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Commentaire de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres ou d'ailleurs
News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Le choix de Bayrou (Rocard a-t-il été utile ou nuisible?)

Alors que les orphelins de François Bayrou, mais aussi lui-même et l’appareil de l’UDF et les candidats de celle-ci aux élections législatives qui vont avoir lieu dans la foulée, doivent maintenant se déterminer entre Sarkozy et Royal, on peut revenir sur la proposition de Rocard, immédiatement relayée par Kouchner et Allègre[1], d’une forme d’alliance entre socialistes et centristes. Etait-elle anticipatrice (comme il le soutient), prématurée (comme veulent le croire ceux qui l’aiment bien) ou simplement maladroite (ce ne serait pas la première fois), voire malintentionnée mais elle a échoué (pour ceux qui le soupçonnent d’avoir parié sur Bayrou en prélude à  cet éclatement du PS dont on ne sait plus trop s’il le juge inévitable ou s’il l’appelle de ses voeux pour recomposer le paysage politique)? A-t-il préparé le terrain, ou a-t-il raidi les attitudes? Autant reprendre et développer ici une interrogation laissée au recoin d’un commentaire chez Versac[2] maintenant que se pose concrètement la question de savoir comment amener à  voter Royal au second tour celles et ceux qui ont voté Bayrou au premier.

A vrai dire, je vois toujours mal comment cela se passerait. Je pense au précédent de 1974 (Mitterrand en tête, suivi de Giscard d’Estaing)[3]. Les leaders de ce qui est alors l’opposition centriste[4] au gouvernement UDR – Républicains indépendants – CDP[5], le Mouvement réformateur, en rupture également avec le Programme commun PS-PC-MRG, sont placés devant un choix du même genre. JJSS, qui voit bien que Mitterrand ne peut être élu, tente de vendre ses idées avant tout, faisant durer le suspense, mais Lecanuet se rallie sans condition: il devient ministre, JJSS d’ailleurs aussi (quelques jours, avant que Chirac ne parvienne à  l’éjecter), et même Françoise Giroud qui a pourtant formellement appelé à  voter Mitterrand.

Je verrais bien Bayrou développer trois ou quatre thèmes en demandant à  Sarkozy et Royal de se déterminer. Pourquoi pas deux débats télévisés la semaine prochaine? Ou du moins une rencontre avec chacun des deux candidats?

Mais la mécanique institutionnelle, particulièrement avec la funeste idée de placer les législatives dans la foulée, ne joue pas en faveur de la logique d’appareil, du donnant-donnant. Sarkozy a déjà  pris les devants en s’adressant de manière rassembleuse à  ses « chers compatriotes » et Royal est certainement sur la même ligne. Malheur aux vaincus, ni Bayrou, ni Le Pen, ni tous les autres ne sont propriétaires de leurs voix. Quant aux partis, s’ils veulent des accords préférentiels pour les élections législatives, il ne leur restera qu’à  s’aligner. Et si une dose de proportionnelle est introduite, ce ne sera au mieux que pour le Sénat et/ou les prochaines législatives…

Si je pense qu’il n’y a idéologiquement rien chez Royal qui empêche un électorat centriste de la rejoindre (ni bien sûr la composante du vote Bayrou qui vient de la gauche et est susceptible d’y revenir, ni même une composante non négligeable du vote Le Pen), je suis plus perplexe sur sa capacité à  accueillir de nouvelles forces, de nouvelles têtes. Elle manifeste certes, comme le remarque Damien, une indifférence rafraîchissante au discours d’extrême gauche, comparée à  Mitterrand, par calcul, et Jospin, par éducation trotskyste. Mais elle me semble appartenir, en disciple de Mitterrand, à  cette catégorie de politiciens pour qui ce qui importe c’est le clan, dur à  ceux qui n’en font pas partie, là  ou justement un JJSS n’en avait que faire pouvait dérouter en naviguant de Maurice Thorez à  Mendès France, de Mitterrand à  Giscard d’Estaing et Jean-Marcel Jeanneney (en passant par Brice Lalonde), mais toujours pour faire avancer ses idées et ses projets. Là  c’est Sarkozy qui paraît démontrer la plus grande capacité d’agglomérer des talents divers sous son leadership: de Christian Blanc et Jean-Louis Borloo[6] [7] jusqu’à  Balkany ou Estrosi.

Notes

[1] Ce qui ne fait pas beaucoup de divisions!

[2] Même s’il a certes plus de visiteurs!

[3] A la relecture je me rends compte je me suis emmêlé les pinceaux dans ce paragraphe: ma mémoire a télescopé les législatives de 1973 et les présidentielles de 1974. Voir ce billet. (Note du 23.04, actualisée à  23h23)

[4] Ce que n’a jamais été formellement l’UDF de Bayrou.

[5] La frange des centristes anti-gaullistes qui avaient ralliés la droite, autour de Jacques Duhamel, lors de l’élection de Pompidou en 1969.

[6] Que je tiens, contrairement au premier, pour un faiseur, mais qui ne peut être rangé dans la droite dure.

[7] Et Eric Besson! complément de 23h39!)

3 commentaires

  1. Passant
    23 avril 2007

    « Je verrais bien Bayrou développer trois ou quatre thèmes en demandant à  Sarkozy et Royal de se déterminer. « 

    Une sorte de pacte écocentriste ?

    Ne rêvons pas trop : Sarkozy n’a aucune raison de céder publiquement ou formellement quoi que ce soit à  Bayrou. Il peut éventuellement choisir de conserver sous le coude la possibilité de déclarer qu’il s’engage sur sa parole d’homme à  tenir compte du vote centriste s’il lui prenait l’idée de vouloir plus encore écraser sa challengeuse. Mais qu’y gagnerait-il ? Rien, hormis une réputation d’opportuniste cruel.

    Quand à  Royal, elle avait la possibilité de se désister en faveur de Bayrou. Ou de lui proposer une alliance. Cette hypothèse a été présentée, débattue, redébattue, défendue par quelques personnes ayant risqué gros à  prendre parti sur cette question et n’a pas atteint l’intellect de Mme la France Présidente. Il faut s’y résoudre : puisque manifestement, Ségolène Royal préfèrera jouer son propre intérêt plutôt que celui de son pays, elle restera en place, coulera avec le frêle esquif de ses immenses ambitions, et fera élire un Nicolas Sarkozy libre de tout engagement envers quiconque.

    Vanitas et omnia vanitas.

  2. 23 avril 2007

    je suis assez d’accord avec votre billet. Du point de vue du discours de SR, un infléchissemdnt social démocrate est envisageable. Du point de vue des équipes, c’est moins certain. Or un vrai rassemblement nécessitera des gages de ce côté-là .

  3. 24 avril 2007

    Dites, mais c’est en gros un argumentaire pro-Bayrou que vous développez-là  ? quelques heures trop tard, je le crains ;-)

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