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News and views (gay or not!) on earth, in heaven, left or right, from Geneva, London or elsewhere

Bayrou serait un président par défaut, non par choix

L’interview de François Bayrou dans Le Monde va-t-elle enfin faire éclater la bulle? Car enfin, les contradictions sont énormes:

  • Il prétend ne pas parier sur un éclatement du PS et de l’UMP — mais il reconnaît la nécessité de la création d’un « grand parti démocrate » à  la place de l’UDF.
  • Les élections législatives auront bien lieu en juin au scrutin majoritaire — après tout, à  ce stade de politique-fiction on pouvait tout imaginer, y compris leur report pour permettre l’adoption de la proportionnelle par référendum –, puis la nouvelle Assemblée nationale instaurera la proportionnelle, mais apparemment seulement pour 5 ans plus tard… Donc cette belle vision d’un président d’union nationale avec un parlement représentatif de toutes les forces politiques n’est au mieux que pour le second mandat de François Bayrou.
  • Etrange innovation, c’est le gouvernement qui accorderait un label « majorité présidentielle », le cas échéant à  plusieurs candidats dans la même circonscription si l’on comprend bien (tous ceux qui ne s’excluront pas eux-mêmes de l’union nationale?). L’électeur y reconnaîtra les siens.
  • Une référence valorisante mais déplacée à  la grande coalition allemande: ce n’est pas un chancelier FDP qui a contraint le SPD et le la CDU à  gouverner ensemble (sans réticence ni exclure personne, alors qu’on voit mal Sarkozy et Royal ministres dans le premier gouvernement du président Bayrou).

Tout cela découle de la confusion initiale:

« L’élection présidentielle, c’est la décision profonde d’un peuple qui s’exprime par le choix d’un nouveau président. (…) Elu président de la République, investi de la confiance des Français et porteur de ce mandat du peuple… ».

C’est vrai lorsqu’il y a confrontation de deux visions alternatives[1]. ça n’a pas vraiment été le cas en 1969 (Poher/Pompidou), certainement pas en 2002 (Le Pen/Chirac), et ce ne serait à  nouveau pas le cas si Bayrou était élu, vu la démarche qu’il a adoptée[2]. Le candidat et les journalistes qui l’interrogent sautent à  pieds joints sur une réalité incontournable:

  • Bayrou ne peut pas être élu au premier tour (ce qui serait un vrai choix).
  • S’il parvient au second tour, c’est soit contre Sarkozy (après avoir recalé Royal et Le Pen), soit contre Royal (après avoir recalé Sarkozy et Le Pen) soit contre Le Pen (après avoir recalé Sarkozy et Royal).

Qu’il le veuille ou non, il serait élu contre et non pour, conformément à  la formule: « au premier tour on choisit, au second on élimine ». Il n’y a guère que dans le troisième cas qu’il pourrait continuer de jouer les équilibristes. Dans les deux autres il devra nécessairement son élection à  l’électorat du/de la candidat-e qui aura été éliminé-e et n’aura pas préféré la politique du pire le report paradoxal sur l’adversaire principal et non le plus proche[3] [4]; il suscitera des ralliements plus ou moins rapides de ce bord, mais je doute qu’il parvienne à  diviser le camp de son adversaire du second tour avant le 6 mai — et après d’éventuels ralliements ne seront plus de même nature.

On peut faire la même observation pour Sarkozy ou Royal si l’un ou l’autre devait être élu-e contre Le Pen: leur légitimité ne serait pas la même que s’ils s’affrontent. Mais dans ce cas, au moins, les législatives qui suivent permettent de clarifier les choses, alors qu’avec Bayrou j’en doute: il faudrait pratiquement que les députés nouvellement élus acceptent de se faire hara-kiri en votant la proportionnelle avant une dissolution et de nouvelles élections législatives à  l’automne…

Notes

[1] Au prix d’une forte contrainte de l’électorat par rapport à  ses convictions profondes.

[2] Par opposition à  celle de Giscard d’Estaing en 1974, qui ne se voulait pas en opposition simultanée à  Mitterrand et à  Chaban-Delmas, mais bien à  ce dernier seulement en proposant un renouvellement de la droite; dans le système français, ce renouvellement intervient à  l’intérieur de la gauche ou de la droite, soit par opposition interne (Chaban/Giscard, Barre/Chirac, Balladur/Chirac) soit par mutation (hypothèse où le PS aurait désigné Rocard en 1981 ou 1988, pari sur Royal aujourd’hui pour un certain nombre de ses partisans — dont moi –, sans garantie évidemment, et ses déclarations sur l’affaire Airbus sont plutôt inquiétantes).

[3] A la Chirac en 1981, préférant pour son propre avenir un Mitterrand élu à  un Giscard réélu et cette fois à  même de recomposer la droite.

[4] Contrairement à  moi: je n’aurais aucun état d’âme à  voter non seulement Royal, mais également Sorkozy, contre Bayrou; d’autant que face à  lui, ce serait le seul intérêt, ils auront l’une ou l’autre à  évoluer dans le bon sens… (précision terminologique et complément de 16h47).

4 commentaires

  1. 3 mars 2007

    Effectivement, il propose finalement un non-choix, une forme d’équilibre entre des options assez différentes. Sans avoir les instruments institutionnels pour le mettre en oeuvre. Imaginons la situation après des jeux d’alliances instables et complexes, au bout du quinquennat, sans autre oppositions réelle que les extrêmes.

    La dette, sujet important, ne peut pas être notre unique préoccupation.

    Donc intéressant, mais pas convainquant.

  2. @François Brutsch : franchement, votre raisonnement me semble pousser la subtilité dialectique bien loin. Pourrais-je vous suggérer un raisonnement franchouillard ?

    1) aller sur bayrou.fr/propositions voir si ce qu’il propose correspond à  ce que vous jugez bon ;

    2) si oui, (inciter à ) voter pour lui aux présidentielles et pour les candidats qui soutiendront le même projet aux législatives ;

    3) si non, (inciter à ) voter pour les candidats dont le projet correspond mieux à  vos points de vue ?

    Est-ce que ça ne ferait pas de la bonne politique, si on choisissait le candidat qui propose de bonnes politiques ?

    Trop naïf suis-je, peut-être.

  3. L’interpellation de FrédéricLN fait suite à  un autre bout de cette conversation foisonnante, engagé chez les amis dOptimum… C’est vrai que je raisonne plutôt en relatif qu’en absolu, m’adressant à  l’électeur qui hésiterait entre Royal et Bayrou (et à  moi-même car j’aurais pu être cet électeur ;-) ). Mais le refus de prendre en compte le contexte a conduit au résultat du 21 avril 2002!

    Je ne crois pas trop que la présidentielle soit une question de programme, il s’agit avant tout d’un choix de personnalité et d’équipe politique; et ce que j’exprime c’est un doute sérieux sur le fait que Bayrou soit en mesure de gouverner une fois élu, même en lui faisant le crédit que ses promesses l’engagent davantage qu’un Chirac ou un Mitterrand. Par ailleurs j’ai un désaccord profond avec lui sur l’Europe: des trois candidats acceptables (parmi les quatre sérieux) il est me semble-t-il le plus hostile à  l’adhésion de la Turquie.

  4. 5 mars 2007

    Je comprend ton point de vue François, mais je ne suis pas si sûr de la conclusion. Surtout, l’analyse actuelle que je fais est à  peu près la suivante : Le peuple français a le choix entre deux présidents issus des partis poids lourds qui font, comme Jospin en 2002, tout pour amadouer l’électorat de l’autre. Sarkosy tente de tirer des voix à  gauche en promettant « un peu » de social et Royal fait de même en promettant « un peu » plus de sécurité (ce sont des exemples.)

    Comme dans quasiment toutes les démocraties occidentales actuellement, on se retrouve dans un système de centre-gauche-droite qui inévitablement 1) ne laisse peu de choix réel à  l’électeur (et l’embrouille), 2) amène les principaux partis vers des scores très proches (Allemagne, Italie, Etats-Unis, les exemples sont abondants.) Les autres choix de l’électeur sont souvent situés dans les extrêmes.

    De plus, Bayrou ne semble pas moins à  même de gouverner en tant qu’individu que Royal ou Sarkosy. Son problème c’est son parti, trop petit actuellement pour barrer la route aux autres au niveau législatif. Il a du coup à  mon avis raison (et c’est peut-être sa seule chance) de vouloir créer une sorte de coalition à  l’allemande autour de sa présidence. Je remarque que Chirac a passé plus de temps à  choisir et dompter ses ministres qu’à  faire une véritable politique (certains trouveront que j’exagère.) Du coup je me dis que Bayrou ne serait pas moins à  sa place que lui…

    Et s’il fallait un jour secouer le cocotier de cette République des petits copains ? Même en temps qu’écolo, je me surprend parfois à  préférer Bayrou aux deux autres, même si je voterais Voynet si j’étais français ;-)

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