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Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 8 juin 2011

Ne pas mélanger musulman et islamique

Il faut distinguer les valeurs issues d'une foi religieuse et la doctrine politique totalitaire qui se réclame de cette religion

Au Royaume-Uni, la coalition Tory-LibDem vient de trancher un débat qui la divisait (comme il divisait aussi les gouvernements Labour qui l'ont précédée, comme il divise les intellectuels, les policiers ou les diplomates dans toutes les démocraties[1]) sur la stratégie Prevent de lutte contre l'endoctrinement islamiste et le recrutement de futurs terroristes parmi les musulmans du pays:

  • Faut-il, pour combattre Al Qaida, collaborer avec, encourager, politiquement et financièrement, les groupes islamistes qui récusent officiellement le terrorisme et se limitent à promouvoir leurs vues par des moyens légaux? C'est une stratégie largement défendue dans les milieux sécuritaires ou diplomatiques qui privilégient l'ordre et ont au fond une vision plutôt cynique de la démocratie et des valeurs libérales. Politiquement, elle est soutenue dans tous les partis par ceux qui se disent préoccupés par la nécessité de ne pas braquer les musulmans en donnant l'impression d'une attaque frontale contre leur foi et leurs valeurs.
  • Ou faut-il placer la barre plus haut et lutter aussi contre le discours anti-démocratique, anti-libéral qui met en cause la primauté du droit (étatique), la liberté religieuse (comprise comme le droit aussi de ne pas avoir de religion ou d'en changer) ou l'égalité des sexes? Ceux qui défendent cette vision partent de l'idée qu'il est insultant pour les musulmans modernes de les croire prêts à tomber dans les bras d'Al Qaida alors qu'ils en sont les premières victimes! Cette vision, illustrée par Cameron dans un important discours[2], incarnée aussi par le ministre de l'éducation, Michael Gove (auteur sur ce sujet de Celsius 7/7 en référence aux attentats terroristes de Londres du 7 juillet 2005), est celle qui l'a emporté dans la nouvelle stratégie Prevent.

C'est la doctrine de Tony Blair, qui a toujours insisté sur la nécessité de combattre non seulement militairement Al Qaida mais aussi politiquement l'islamo-fascisme (je simplifie), à distinguer soigneusement de la religion musulmane et de sa pratique.

Voir à ce propos un récent billet sur Harry's Place, à la suite duquel j'ai laissé le commentaire suivant[3]:

Defining Islamism by Islamic values is indeed a bit circular…
But I think the point Lucy is making can be addressed quite simply: by referring Tehmina Kazi and British Muslim for Secular Democracy to the application of Muslim values (based on their faith), not Islamic (based on a political doctrine).
Being careful with the vocabulary is a tricky business. "Moderate Muslims" for instance is self-defeating, as Paul Wolfowitz rightly pointed out (think of moderate socialists, moderate liberals…), I try to use "modern" instead.

Notes

[1] Et c'est à vrai dire l'une de ces questions sur lesquelles la même personne peut, selon les moments ou les circonstances, osciller d'un discours à l'autre.

[2] Prononcé, pour tout compliquer, à Munich! ;-)

[3] Je regrette toujours qu'un outil comme CoComment pour rassembler les contributions que l'on peut être amené à faire sur d'autres blogs que le sien ne parvienne pas à s'imposer: pour la prochaine évolution d'Un swissroll, nous envisageons non seulement de développer, à côté de nos propres billets, la place faite à nos sélections Glâné sur le web de ceux qui nous ont intéressés ailleurs (disponibles aussi sur Google Reader pour votre serviteur), mais aussi la reproduction, avec lien vers la source, de certains de nos commentaires. Dans le cas précis, c'est d'autant plus justifié que je découvre chez les amis d'Harry's Place une nouvelle politique (peut-être depuis un certain temps!) qui me semble intéressante pour les blogs qui drainent des dizaines ou des centaines de commentaires (et tous les givrés que cela attire et qui tuent la conversation): tous les commentaires sont effacés après sept jours! Un bon moyen aussi de concilier débat en ligne et droit à l'oubli pour des paroles plus fugitives...

vendredi 18 mars 2011

2002-2011: le retour du devoir d'ingérence humanitaire

La résolution 1973 sur la Libye renoue avec l'esprit volontaire de la résolution 1441 sur l'Irak

La résolution 1973 sur la Libye a donc été adoptée par 10 voix sur 15[1] au Conseil de sécurité de l'ONU. En 2002, c'était à l'unanimité que le Conseil de sécurité avait voté la résolution 1441 qui a conduit à l'intervention en Irak. La différence, c'est le rôle de la France: avec Chirac et de Villepin, elle freinait déjà avant le vote à contre-coeur de 2002 (pour ensuite renâcler début 2003 devant l'obstacle, renoncer à prendre part à l'intervention et empêcher le vote d'une seconde résolution[2]); aujourd'hui, ce sont Sarkozy et Juppé qui sont au charbon avec Cameron et Obama.

Après des années marquées par le recul déprimant, dans l'opinion et parmi les élites, de la notion de devoir d'ingérence humanitaire (selon l'expression inventée, je crois, par Kouchner à la fin des années 60, au moment de la guerre du Biafra), pourtant consacrée depuis en droit international sous la forme de la "responsabilité de protéger" la population d'un Etat pourtant souverain qui incombe à la communauté internationale, dans certaines circonstances, l'internationalisme démocratique est donc de retour. Pas celui, très Big Society, des Brigades internationales, mais celui de la fondation voulue par Roosevelt de l'Organisation des Nations Unies après la victoire sur le nazisme, avec son accent mis sur la liberté autant que sur la paix, et sa conviction que la force doit être mise en commun et utilisée s'il le faut pour cela (avant que la guerre froide rende le dispositif largement inopérant).

L'Union européenne et le G8 ne sont certes pas illustré par leur attitude sur la Libye, et la résolution 1973 est bien tardive. Mais comme pour la résolution 1441 l'essentiel est dans la mise en oeuvre, et les conditions sont ici bien meilleures, notamment parce qu'il y a un acteur national effectif que l'intervention vient appuyer.

Et si je puis me permettre un post-scriptum à mon billet sur les réfugiés d'Afrique du nord, c'est surtout dans le cas d'une victoire de Kadhafi que (comme après le coup d'Etat de Pinochet au Chili) qu'il faudrait se préparer à octroyer l'asile politique à de nombreux Libyens en fuite... Un élément d'intérêt immédiat qui n'enlève rien au mérite des pays qui s'engagent -- et rien ne s'oppose à ce que la Suisse soit du nombre!

Notes

[1] Abstentions: Allemagne, Brésil, Chine, Fédération de Russie et Inde.

[2] Qui n'était pas juridiquement indispensable -- tout l'art des diplomates a consisté à rédiger la résolution 1441 pour permettre les deux lectures -- mais aurait mis les points sur les i, c'est pourquoi Blair y tenait tant.

dimanche 20 février 2011

Irak: Bush et Blair n'ont pas menti (The Guardian)

Le quotidien britannique retrouve le véritable auteur du crime et innocente deux hommes injustement condamnés depuis 8 ans

Avant même les dysfonctionnements politiques et les manoeuvres d'entreprises sans scrupules, ce sont les erreurs judiciaires qui ont inspiré le genre du journalisme d'investigation: la contre-enquête qui permet de trouver l'indice ou le témoignage irréfutable innocentant un condamné voire désignant le vrai coupable.

C'est très précisément ce qu'a fait The Guardian cette semaine en retrouvant Rafid Ahmed Alwan al-Janabi, alias Curveball, la source décisive des services de renseignements sur les armes chimiques en Irak au temps de Saddam Hussein, et en publiant ses aveux: ce scientifique qui a participé activement au programme de recherche secret du régime avant de faire défection l'avoue aujourd'hui, il a sciemment menti, enjolivant les informations qu'il apportait de détails particulièrement suggestifs. Pourquoi? Pour augmenter la crédibilité de la menace afin de provoquer une action décisive de la part de la communauté internationale et libérer l'Irak de la dictature de Saddam Hussein.

Cela a parfaitement fonctionné: il a été cru par ses officiers traitants qui ont fait remonter l'information au plus haut niveau. Notre homme ne regrette d'ailleurs rien et le referait aujourd'hui.

Ce témoignage confirme (ou révèle) que Bush et Blair n'ont rien inventé ni comploté mais se sont fondés en toute bonne foi sur les informations à leur disposition: ce n'est ni la première ni la dernière fois que le travail des services de renseignements, qui n'est certes pas facile, laisse à désirer. Personnellement, je ne suis pas surpris, évidemment. Mais cela reste une information importante pour tous ceux qui, de bonne foi eux aussi, ont été trompés par le martèlement simpliste de "Bush, Blair, menteurs" et qui devraient le reconnaître (voir aussi cette fascinante analyse).

Evidemment ce n'est pas ce que fait The Guardian qui, le lendemain de ses révélations, met en Une de l'édition papier un titre perpétuant la confusion: Colin Powell demand answers over WMD lies (sans le génitif Curveball's qui figure en ligne)...

mardi 8 février 2011

Bush interdit à Genève

Dernière édition: vendredi 11.02 à 14h30

Quand j'ai appris que Bush devait venir Genève, le 12 février, pour présider un banquet de bienfaisance en faveur de l'Etat d'Israël, j'ai immédiatement vu la suite comme un accident au ralenti: l'occasion était trop belle pour tous ceux qui ont honte de leur liberté et de leur prospérité et n'hésitent pas à les dénier à autrui! Ca n'a pas manqué: l'appel à manifester au nom de l'anti-impérialisme et de l'anti-sionisme conjugués, les demandes d'inculpation pour crime contre l'humanité voire simplement (comme si cela existait) violation du droit international public... Et je me disais que l'on pourrait aussi compter sur les autorités fédérales, cantonales et municipales pour donner le coup de pied de l'âne.

Les organisateurs ont préféré renoncer, Bush ne viendra pas. C'est assez pitoyable, ironique même au moment même où l'actualité lui donne raison: c'est désormais de manière massive que dans les sociétés arabes elles-mêmes s'exprime l'aspiration qu'il avait le tort de croire universelle pour la liberté et la démocratie. Et même Obama ou l'Union européenne en viennent enfin à reconnaître, comme il le proclamait, que "60 ans d'accomodements avec des dictateurs amis au nom de la défense de la stabilité ont échoué". Le même Bush vient sur le plan intérieur, de dénoncer avec force les trois fléaux que sont l'isolationnisme, le protectionnisme et la préférence nationale (nativism, le refus d'une politique ouverte d'immigration et d'intégration)...

COMPLEMENT DU 11.02 à14h30: Quand Bush ne vient plus, que reste-t-il? La haine d'Israël! La manif est donc maintenue, contre l'organisation caritative Keren Hayesod fondée en 1920. Un pas de plus dans l'accoutumance de larges milieux (toute la gauche genevoise, en particulier) à la négation du droit d'Israël à l'existence.

dimanche 1 août 2010

WikiLeaks et la guerre contre la démocratie

La deuxième guerre mondiale serait-elle été gagnée par Hitler si elle survenait aujourd'hui? C'est une des questions que pose la mise en ligne par des adversaires résolus de l'intervention militaire en Afghanistan (et en Irak) de documents supposés embarrassants -- alors même qu'ils ne contiennent rien de vraiment nouveau[1].

La question est d'ailleurs double. Il y a non seulement celle, évidente, des moyens redoutables[2] que, par nature, l'Internet, offre aux ennemis de la démocratie aussi bien qu'à ses amis, mais aussi celle de la vulnérabilité accrue aux traîtres et autres whistleblowers (choisissez votre camp) que représente l'usage de moyens électroniques: les documents en question, qui contiennent en particulier les détails personnels d'Afghans qui ont eus des contacts avec les militaires et sont aujourd'hui offerts aux représailles des Talibans par WikiLeaks, étaient disponibles sur un Intranet... Les choses étaient, respectivement, plus difficiles et plus simples au temps du papier et de la TSF. Qu'on pense, par comparaison, au centre ultra-secret de Bletchley Park ou étaient décodés les messages chiffrés allemands, grâce au "craquage" d'Enigma: rien n'a transpiré, et cela a bien sûr joué un rôle crucial dans la victoire des Alliés.

Dans les justifications avancées par Julian Assange[3] il y a deux outrances (la comparaison avec l'ouverture des dossiers de la Stasi est-allemande, la prétention de contribuer à la révélation de sources pour l'histoire quand en réalité, celle-ci étant loin d'être terminée, il contribue sciemment à la faire dans le but assumé de faire perdre la guerre aux Américains et autres pays de la coalition quitte à faire triompher les Talibans en Afghanistan, puis sans doute rétablir une dictature en Irak) et une illustration de la parabole de la paille et de la poutre: le sentiment vertueux de dénoncer ce qu'il voit comme des crimes de guerre par les troupes de la coalition.

Je ne doute pas qu'il y a eu des crimes de guerre[4], encore que s'il y avait un My Lai dans les documents révélés, on nous l'aurait dit, et toute victime civile n'est de loin pas le résultat d'un crime de guerre[5], mais évidemment ni Assange ni les médias ne s'appesantissent sur la vraie révélation de ces documents: le bilan des victimes civiles des mines posées par les Talibans (et là ce sont des crimes de guerre, car la population afghane est visée sciemment ou sans aucun effort de l'épargner) s'élève à quelque 2'000 hommes, femmes et enfants.

Notes

[1] Ce qui explique peut-être pourquoi les médias et la blogosphère du monde francophone semblent y attacher si peu d'intérêt -- mais en se concentrant sur le contenu des documents ils passent aussi à côté du vrai débat qui est celui sur la nature de l'action de WikiLeaks et la possibilité pour une démocratie de mener une guerre à l'heure de l'information 24 heures sur 24 et de l'Internet.

[2] Ici la rapidité, l'ubiquité et l'invulnérabilité qu'offre un site basé en Suède et en Belgique, répliqué un peu partout, créé par un Australien, Julian Assange, et géré évidemment par un réseau international anonyme.

[3] Assassin qui fait l'ange? Par sa certitude de la justesse de sa cause et de sa supériorité morale, Taliban libertaire, si je puis me permettre un oxymore.

[4] Au même titre que les crimes civils, on doit tenter de les prévenir, on doit poursuivre et condamner les auteurs, mais il est illusoire de croire qu'ils pourraient ne pas exister.

[5] Comme l'illustrent par exemple les trois cas mettant en cause des troupes françaises.

mardi 26 janvier 2010

Intervention en Irak: la commission Chilcot va-t-elle trouver l'arme du crime?

Si vous ne le savez pas déjà, vous pourrez difficilement l'ignorer vendredi quand le processus atteindra son point d'orgue: Tony Blair sera entendu toute la journée, en séance publique et télévisée notamment sur le web, par la commission indépendante chargée de faire rapport sur la participation britannique à l'intervention en Irak (The Iraq Inquiry). Présidée par sir John Chilcot, un haut fonctionnaire retraité, elle a été nommée par Gordon Brown en consultation avec les leaders des partis d'opposition quant à sa mission et à sa composition[1]. Une telle procédure est usuelle au Royaume-Uni pour tirer à froid les leçons de toute affaire sensible et elle obéit à des règles quasi-judiciaires. Il ne me paraît pas y avoir d'équivalent en France[2] où il faut tout en plus s'en remettre à des commissions d'enquête parlementaires aux moyens et au recul discutables; en Suisse on peut probablement faire l'analogie avec la commission Bergier constituée par le Conseil fédéral après le scandale des fonds en déshérence pour faire la lumière sur l'attitude de la Suisse durant la deuxième guerre mondiale, mais qui était justement exceptionnelle.

Sur l'intervention en Irak, il y a d'ailleurs déjà eu deux rapports de même nature sur des sujets particuliers: celui de la commission Butler sur le travail des services secrets et les éléments de renseignements remis aux autorités à l'époque[3], et celui du juge Hutton sur les circonstances ayant entouré la mort de David Kelly, le scientifique invoqué par la BBC comme source de l'accusation, au printemps 2003, que le gouvernement avait menti dans son rapport au Parlement sur la menace que représentait le gouvernement de Saddam Hussein en 2002[4]. La commission Chilcot a plus de recul et un mandat plus large. Elle est cependant confrontée à deux difficultés:

  • Réclamée à corps et à cris pratiquement dès le déclenchement de l'intervention, il était pourtant évident qu'elle n'aurait un sens qu'ultérieurement. Mais fallait-il vraiment la nommer sitôt le dernier contingent combattant retiré (alors que des conseillers militaires britanniques restent cependant engagés et le pays toujours partie prenante du soutien international aux autorités démocratiques irakiennes)? Il est en tout cas propice à la légitimité des conclusions de la commission Chilcot que son rapport ne sera rendu que dans la législature suivante. Mais la tenue de ses travaux en pleine campagne électorale nuit à la sérénité nécessaire, et d'autant plus qu'il est apparu souhaitable que la commission procède à un grand nombre de hearings publics et télévisés (et pas seulement à du travail sur documents ou à des auditions non publiques).
  • Mais surtout la commission Chilcot doit faire face à l'attente déraisonnable d'un courant particulièrement actif dans les médias, pour lequel une seule conclusion est acceptable: Tony Blair a menti, l'engagement britannique était contraire au droit international[5], l'intervention en Irak était pire qu'un crime, une faute. Peut leur chaut que, loin d'avoir agi avec dissimulation, Tony Blair a proclamé dans un discours à Chicago le 24 avril 1999[6] la "doctrine de la communauté internationale" fondant un engagement internationaliste démocratique pour renverser tant Slobodan Milosevic que Saddam Hussein. Que loin d'être étouffée, la discussion en 2002 et 2003 a été vive et contradictoire, et que la décision n'a pas été prise par ukase de l'exécutif mais par un vote du Parlement nullement gagné d'avance (et Blair était prêt à démissionner s'il l'avait perdu), à l'issue d'un impressionnant débat qui a vu toute la palette des objections représentées avec force, de l'isolationnisme à l'anti-impérialisme, l'ancien ministre des affaires étrangères Robin Cook menant par exemple la charge après une spectaculaire démission du gouvernement Blair. Que pendant que des centaines de milliers de pacifistes égarés manifestaient à l'appel des apologistes des dictateurs du tiers-monde et des habituels tenant de la haine de soi comme Occidental libre et prospère, les sondages d'opinion confirmaient qu'une solide majorité de la population soutenait la position du gouvernement.

La désinformation contemporaine sur l'intervention en Irak confine au False Memory Syndrom ou au révisionnisme de la pire espèce: ignorance ou oubli du fait que Saddam Hussein avait bel et bien disposé d'armes de destruction massive qu'il avait d'ailleurs utilisées dans la guerre contre l'Iran et contre son propre peuple; refus de voir la cohérence stratégique qu'il y avait à ne pas tolérer le potentiel destabilisateur de ce régime après avoir libéré l'Afghanistan des Talibans; occultation de la duplicité chiraco-villepinienne[7] après le vote en 2002 de la résolution 1141 1441 du Conseil de sécurité en refusant le vote d'une seconde résolution en 2003 (et dès lors de se joindre à la coalition après l'avoir laissé espérer[8]) alors que Saddam Hussein ne se conformait nullement à ses obligations[9]; ahurissante incapacité à se représenter ce qu'aurait signifié "l'autre politique": le maintien au pouvoir de Saddam Hussein, l'encouragement donné partout dans le monde aux ennemis de la liberté, de la démocratie et du progrès.

Comme avant lui son porte-parole, Alastair Campbell, et son secrétaire général à Downing Street, Jonathan Powell, je ne doute pas que Tony Blair illustrera brillamment devant la commission Chilcot pourquoi l'engagement britannique et l'intervention internationale en Irak furent justes et nécessaires. Loin d'avoir à les regretter, c'est un motif de fierté. Mais je suis bien persuadé que cela ne convaincra pas tout le monde[10]. Et j'espère que la commission Chilcot évitera de sombrer dans ce psychodrame pour se consacrer ensuite aux vraies leçons à tirer de l'intervention, touchant plus particulièrement à la planification des opérations et la mise en oeuvre de la transition une fois l'Irak libéré.

P.S. J'ai renoncé à renvoyer aux nombreux billets de ce blog qui documentent le point de vue des auteurs sur ce sujet, mais ils sont faciles à trouver. Dans la blogosphère britannique de gauche, il est en particulier partagé par Norman Geras, Harry's Place, Oliver Kamm ou Nick Cohen qui en tiennent une chronique évidemment plus serrée (souvent reprise dans le fil de mes lectures)

Notes

[1] Ce qui n'a pas empêché d'aucuns de dénoncer l'absence d'un juriste parmi les membres (comme si cela devait les rendre incapables de comprendre une argumentation juridique), ou la présence de deux Juifs (comme si cela devait les récuser).

[2] Je n'ai pas souvenir d'un rapport officiel indépendant, et encore moins d'audiences publiques, sur l'engagement au Rwanda, le sang contaminé ou encore le Concorde.

[3] Qui a conclu que le gouvernement avait agi en toute bonne foi sur la base des données dont il disposait.

[4] Qui a conclu que la BBC avait violé sa mission d'information en manipulant les propos de David Kelly, qui s'est par la suite suicidé, et en refusant toute rectification. Le journaliste a été licencié et le directeur de la BBC a démissionné.

[5] Les juristes partagent avec les scientifiques l'honneur douteux d'être promus chamans, alors qu'ils ne sont que des donneurs d'avis, par ceux qui refusent la responsabilité de ce qui est pourtant l'essence de la politique (par opposition à l'administration): la décision discrétionnaire (que le vulgaire tend à appeler arbitraire quand elle lui déplaît mais qui est pourtant parfaitement légitime lorsqu'un processus démocratique la confie à une autorité élue plutôt qu'elle appartienne un monarque absolu ou autre dictateur).

[6] C'était donc sous Clinton, plus de 18 mois avant l'élection de George W. Bush, près de 30 mois avant le 11 septembre 2001.

[7] Dont la politique n'était, elle, nullement conduite par l'idéalisme.

[8] Mitterrand, lui, n'avait pas failli lors de l'intervention pour la libération du Koweit.

[9] Car il faut rappeler que c'était à Saddam Hussein de prouver qu'il n'avait plus d'armes de destruction massives comme tout le monde alors le croyait, ce qu'il se gardait bien de faire puisque la terreur qu'il inspirait tant à l'intérieur qu'à l'extérieur reposait sur elles. A dire vrai, cet épisode de faux semblant rocambolesque est digne de l'affaire de "l'homme qui n'a jamais existé": encore pendant la bataille, les combattants tant irakiens qu'alliés attendaient à tout moment leur emploi. La découverte qu'elles n'existaient plus priva la coalition d'un argument décisif pour faire taire les critiques, et nourrit au contraire chez ces derniers les théories de la conspiration les plus échevelées.

[10] Et ce n'est après tout pas indispensable. Mais il serait bon que les adversaires de l'intervention en finissent avec l'illusion qu'ils sont seuls détenteurs d'une vérité que tous doivent impérativement reconnaître, après s'être repentis.

dimanche 2 août 2009

L'Iran de Guillaume II?

L'intellectuel américain Francis Fukuyama (démocrate, pas bêtement "anti-guerre" mais pas "neocon" non plus), publie une analyse juridico-historique qui ne me paraît pas inintéressante du régime iranien et du rapport entre la religion et le droit. Je ne suis pas forcément convaincu du caractère universel de la reconnaissance de la suprématie du droit par les religions comme étape de l'évolution des régimes politiques (illustration boudhiste? shintoïste?), et j'espère que sa lecture des articles de la Constitution iranienne ne ressemble pas trop à ce que l'on pouvait faire avec la Constitution stalinienne de 1936. Mais voyez vous-mêmes.

vendredi 5 juin 2009

Le "discours aux musulmans" d'Obama

Donc tout a changé. On pense à Lampedusa (mais si cela pouvait marcher, tant mieux!)... Car moi j'ai (comme d'autres, mais contrairement au plus grand nombre et en particulier aux médias) entendu pendant 8 ans Bush expliquer que les musulmans, l'Islam, n'étaient nullement l'adversaire, soulignant qu'ils étaient au contraire les premières victimes du suprémacisme islamique dont Al Quaïda est une des principales manifestations. James Taranto illustrait admirablement ce point au moment du discours d'Obama au parlement turc, en argumentant de manière convaincante qu'une telle dénégation était inutile et contre-productive. C'était une erreur de la part de W et il est peu vraisemblable, quelles que soient ses indéniables qualités oratoires, qu'Obama parvienne davantage à être cru.

Au passage, le danger est grand qu'Obama s'écarte de la principale percée conceptuelle de l'après 11 septembre 2001 (dont les germes se trouvent dans le discours de Chicago de Tony Blair en 1999): la reconnaissance du droit universel (et non exclusivement occidental) à liberté et à la prospérité comme rempart contre tous les totalitarismes, l'abandon de la politique de soutien au statu quo (si cher aux diplomates de tous les pays, de gauche comme de droite) qui a échoué au Proche-Orient et au contraire le soutien au changement profond comme moyen de promouvoir une stabilité qualitativement supérieure[1]. Je ne suis pas loin de partager l'inquiétude de ce commentateur du Times à l'égard d'une notion aussi grossière que celle d'un discours aux musulmans, ainsi identifiés et confondus: c'est d'ordinaire Oussama qui s'adresse aux chrétiens et aux infidèles. Et je signale aussi le retour en bonne forme de Paul Wolfowitz!

Notes

[1] L'Europe en est une démonstration avec la disparition du communisme.

dimanche 3 mai 2009

Churchill et la torture

Un article du Times retrace à son avantage l'origine d'une déclaration d'Obama invoquant Churchill à l'appui de sa position relative aux moyens utilisés par la CIA dans les interrogatoires ("torture"). Plus précisément il s'agit des méthodes mises en oeuvre dans un centre d'interrogatoire secret de la deuxième guerre mondiale dirigé par le colonel Robin Stephens. Quelque 500 espions de 44 pays démasqués grâce au décryptage des messages codés allemands y ont passé. La torture (la violence physique) était prohibée. Mais tous les autres moyens, allant jusqu'au simulacre d'exécution, étaient systématiquement appliqués pour "faire parler" et "retourner" les détenus... (et les récalcitrants étaient bel et bien pendus sans autre forme de procès): c'était bien sûr avant les Conventions de Genève de 1948 et la Convention européenne des droits de l'homme.

Il est significatif que le journaliste du Times donne comme exemple de cette torture prohibée l'arrachage des ongles, une technique qui ne figure pas que je sache dans le fameux manuel de la CIA actualisant aux yeux des juristes de la couronne américains jusqu'où ne pas aller trop loin. Bush, dont on connaît l'admiration pour Churchill, aurait aussi bien pu soutenir n'avoir rien voulu faire d'autre que du Stephens (et il est absurde de faire une violette humaniste de Churchill, pour qui le châtiment corporel était naturel et qui ne cachait pas son sentiment qu'il aurait fallu exécuter sommairement les officiers des camps d'extermination nazis). La question est toujours celle de l'emplacement du curseur: trop loin avec le supplice de la baignoire, mais dans l'autre sens ce sont les fondamentalistes du droit de l'hommisme qui sont dans le déni de réalité en prônant la judiciarisation de la guerre et des services secrets.

Comme la Bible, on peut tout faire dire à Churchill, l'important est de l'avoir avec soi! Ce qui me frappe aussi c'est le parallèle entre la baraka d'Obama ou, en son temps, de Blair (la clarté, l'intelligence, la force de conviction) et la scoumoune de Bush et de Brown (les maladresses, la rigidité, l'inaptitude à s'exprimer). Mais c'est une autre histoire...

jeudi 30 avril 2009

Blair revisite l'interventionnisme démocratique

Les lecteurs attentifs de ce blog et quelques rares esprits qui n'ont pas été submergés par l'intoxication collective le savent: loin d'avoir servilement suivi Bush, c'est Blair qui a défini, dans un grand discours de politique internationale à Chicago en 1999 (c'était sous la présidence Clinton, frère en Third Way), la doctrine dite de la communauté internationale tirant les conséquences politiques ultimes de la globalisation de l'économie mondiale. La nécessité de contrer la menace islamiste comme de lutter contre les Etats à la dérive du type de l'Irak de Saddam Hussein comme d'agir à l'égard du réchauffement climatique.

Dix ans plus tard à un jour près, au même endroit, Blair s'est prêté à l'exercice de revisiter et d'actualiser son propos. Ceux qui espéraient une autocritique en bonne et due forme en seront pour leurs frais! C'est nuancé et sans concession, idéaliste et pragmatique, subtil et en même temps empreint de cette confiance en soi qui manque si désespérément à la gauche social-démocrate empêtrée dans les traditions, le matérialisme et un sens de la culpabilité déplacé. Une merveille. Mais lisez-le vous-même!

mardi 27 janvier 2009

«Yes we can» en Irak

Vous saviez, vous, qu'il y a des noirs en Irak? Je ne parle pas de GI's, ou d'immigrants récents, non: des Afro-irakiens, descendants d'esclaves dont la traite remonte à 1500 ans (l'esclavage a été aboli officiellement en 1924 mais aurait de fait continué jusque dans les années 50; mais c'est le même terme signifiant esclave, abd, qui continue de désigner les noirs en arabe). En l'an 869, une révolte d'esclaves est intervenue à Basra, que les Spartacus locaux ont tenue jusqu'en 883[1]. La minorité noire irakienne est concentrée dans le sud du pays et représenterait entre 1,5 et 2 millions de personnes (la population totale de l'Irak est de quelques 29 millions d'habitants). Inspirés par Obama, 8 Afro-irakiens (5 hommes et 3 femmes) sont pour la première fois candidats à des élections. Car samedi ce sont les élections régionales dans 14 des 18 provinces du pays. Pas de mal si vous n'y aviez pas prêté attention: c'est la routine démocratique.

Notes

[1] Comme ceux de la phrase précédente, cet élément factuel figure dans un encadré de l'édition papier du Times d'hier qui n'est malheureusement pas repris en ligne. Mais toute la page m'a replongé dans cet émerveillement de la découverte qui me rappelait les Histoires de l'oncle Paul dans Tintin.

lundi 5 janvier 2009

Gaza

Qu'écrire de plus sur ce qui se passe en ce moment au Moyen-Orient? Si le simple alignement sur les uns ou les autres ne présente guère d'autre intérêt que de choisir où l'on se situe (et c'est parfois édifiant), l'originalité provocatrice ne me paraît pas vraiment de mise. Juste quelques remarques, donc, et surtout parce qu'écrire me permet de réfléchir.

On connaît la déformation de la perception qu'entraîne la proximité[1] (des milliers de morts en Afrique ou en Asie n'ont pas le poids de quelques dizaines de victimes proches), et les outrances verbales auxquelles cette déformation conduit: massacre, génocide, nettoyage ethnique. Un autre aspect qui me frappe particulièrement ces jours c'est cette manière de traiter et de découper un conflit[2] comme un feuilleton familier, une série télé, un enième match entre équipes rivales: et l'on peut faire assaut d'érudition pour rappeler tel fait obscur ou moment dramatique des épisodes précédents.

Reste ce qui est pour moi l'essentiel: il est intolérable de faire comme si Israël devait accepter en faisant le gros dos les missiles tirés de Gaza. Dirigés contre des civils sur le territoire de l'Etat d'Israël, chacun d'eux est un crime de guerre, mais cela n'est jamais rappelé. Dans les médias, surtout audio-visuels, c'est en revanche chaque victime civile collatérale d'une frappe israélienne contre un objectif militaire ou stratégique parfaitement légitime qui est présentée comme inacceptable.

Mis en place prématurément, un cessez-le-feu ne serait qu'un encouragement pour le Hamas alors que c'est lui qui a, par ses tirs, rompu une trêve fragile. Ce qui importe c'est plutôt de préparer la suite: l'occupation par une force militaire internationale de l'ensemble du territoire palestinien et de ses frontières avec le triple objectif de mettre fin aux activités et trafics terroristes (dont il serait naïf de croire qu'ils ne visent qu'Israël), d'assurer l'ordre sans lequel aucun développement n'est possible (à conduire probablement, pour une génération, sous la haute surveillance d'une autorité civile internationale elle aussi, vu l'ampleur de la rééducation à accomplir) et de ramener ainsi l'armée israélienne à l'intérieur de ses frontières, la sécurité d'Israël étant garantie. Utopie?

Notes

[1] Ici essentiellement symbolique.

[2] Certains conflits!

jeudi 11 septembre 2008

Rumeur et obscurantisme du 10 au 11

Hier c'était donc la fin du monde, et aujourd'hui on commémore une fantastique manipulation de l'opinion publique... La mise en marche du grand accélérateur du CERN avait donné lieu à des inquiétudes qui avaient été légitimement débattues dans la communauté scientifique. Mais cela n'a pas empêché la rumeur d'être complaisamment alimentée au point d'inquiéter des élèves. Par ailleurs le Nouvel Obs a procédé à un sondage édifiant en France d'où il ressort que 11% des personnes interrogées choisissent "Ce sont les Américains eux-mêmes qui ont en fait organisé les attentats", contre 72% (quand même) qui optent pour "Al-Qaida et Ben Laden sont responsables des attentats du 11 septembre 2001".

Confirmation que l'importance des ressources et la sophistication de l'information et de la communication ne font pas disparaître la superstition, la haine et l'obscurantisme: eux aussi y trouvent une efficacité démultipliée! Aux tenants des Lumières de ne pas se relâcher, car je rejoins assez l'inquiétude de ce billet (signalé par mon co-blogueur) qui analyse en détail l'affaire Jean-Marie Bigard le 5 septembre: son délire à l'écran, l'attitude des animateurs qui l'ont invité et la réaction invraisamblable des lecteurs du site du Nouvel Obs! On comprend d'où leur est venue l'idée du sondage...

lundi 18 août 2008

«Il se trouve toujours des commentateurs pour défendre le droit du plus fort»

Màj 20.08, 0h59 - Billet revu et augmenté le 20.08 à 0h45

Une litanie de précédents remontant à Louis XIV à l'appui, l'ami Sardanapale résume brillamment une attitude courante à propos de l'agression russe contre la Géorgie. Ne manquez pas de lire le billet, qui reprend et éclaire les événements qui ont conduit à cette guerre, puis au bras-de-fer actuel autour de l'armistice négociée entre les deux parties par l'Union européenne sous l'égide du président en exercice du Conseil européen, Nicolas Sarkozy; lire aussi BHL! On doit aussi rappeler la décision de l'OTAN, sous l'influence franco-allemande, de rechercher l'apaisement de Moscou sur l'adhésion de l'Ukraine et de la Géorgie: un acte de faiblesse qui n'a pu qu'encourager Poutine.

"L'esprit munichois"[1] est une faiblesse des démocraties toujours à combattre et surmonter. Cet effort sur soi-même n'est pas un affrontement naïf entre réalisme et idéalisme, mais la difficulté de la démocratie à penser son intérêt collectif et à long terme (qui est évidemment d'aider les jeunes démocraties, d'aider les peuples à se libérer des dictatures), tant elle est tout naturellement conduite à privilégier l'intérêt à court terme, et vécu par les individus.

La "médiation Sarkozy" illustre de manière criante une spécificité de l'Union européenne: elle intervient dans cette affaire alors qu'elle est culturellement, socio-politiquement, incapable, encore pour longtemps, d'exprimer, en politique internationale, une position propre, commune, supranationale -- bref qui soit autre chose que la ligne de moindre résistance entre ses membres, partagés entre leurs visions nationales: celle de la Pologne et des pays baltes ou de la Grande-Bretagne[2] n'est pas celle de l'Allemagne et de la France[3]. Que ce soit le président français qui l'incarne en ce moment lui donne certes une coloration particulière, mais il ne faut pas se leurrer: ce serait aussi le cas avec un président "permanent" (pour 5 semestres), assisté par un service diplomatique babélique: loin d'être l'expression d'une Europe-puissance, cette UE est condamnée à être une grosse Suisse dans ce que sa neutralité, même active, a pu avoir de plus caricatural. Dans The Times, Gerard Baker[4] appuie là où ça fait mal:

Georgia: Europe wins a gold medal for defeatism

Dans un récit du séjour de 12 apprentis eurocrates en Géorgie, je trouve fascinant ce mouvement de recul impuissant devant la réalité de la force: "Espérons que, face à des comportements guerriers venus d’autres siècles, l’Union Européenne saura, dans un futur très proche, proposer une alternative crédible à la seule force armée".

Et je termine, avec une question: et l'OSCE (l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, née des Accords d'Helsinki) dans tout ça? C'est probablement par son intermédiaire que des troupes russes se trouvaient curieusement garantes de la paix en Ossétie du sud et en Abkazie, ce qui évidemment ne la signale pas pour sa lucidité et sa compétence. Et conduit en fin de compte à souligner le rôle irremplaçable et fondamentalement pacifique dans le bon sens du terme d'une autre organisation: celle du Traité de l'Atlantique Nord, l'OTAN.

Notes

[1] De même que toutes les révolutions sont condamnées à se mesurer en référence à la Révolution française, les circonstances de la deuxième guerre mondiale puis de la guerre froide sont la matrice d'analyse inévitable de ce type de conflit. Un autre terme de cette époque qui paraît destiné à reprendre du service est celui de "finlandisation" pour qualifier ce qui est attendu de la Géorgie: comme le neutralisme à l'autrichienne, il illustrait une sorte de doctrine de la "souveraineté limitée" décrétée par Moscou sur ses confins.

[2] Elle reste celle qu'aurait éloquemment illustrée Tony Blair s'il était toujours aux affaires, même si on ne l'a pas entendue sur le moment.

[3] Merkel déçoit ici plus encore que Sarkozy.

[4] Qui n'est à ma connaissance nullement anti-européen, comme l'en accuse un commentateur ci-dessous.

lundi 9 juin 2008

La vérité sur le 11 Septembre 2001

Après les attentats contre New York et Washington, il s'est bien sûr trouvé quelques illuminés pour y voir la main des Juifs, ou une punition divine à l'égard de la tolérance envers les homosexuels et, plus largement, la liberté sexuelle. Mais par la suite, selon un mécanisme qui devient habituel au moins depuis l'assassinat de John Kennedy, les adeptes de la théorie du complot ont commencé d'essaimer en chapelles. Et j'ai été atterré l'an dernier lorsque ce mouvement a touché la Suisse: des enseignants, des journalistes en font partie ou s'en font le relais. Les mêmes ne s'imagineraient pas -- ils risqueraient d'ailleurs leur réputation et susciteraient des interrogations, voire davantage, de leur hiérarchie ou de parents d'élèves -- fricoter avec des "créationnistes" qui prétendent réfuter le darwinisme.

Je n'avais pas blogué sur le sujet faute d'avoir alors autre chose à exprimer qu'une exaspération rationnaliste: en parler aurait été simplement les valoriser. Mais le FT Magazine du week-end passé consacre un important dossier en trois parties à ce mouvement, dans sa diversité. Et souligne le rôle positif et efficace d'un site de réfutation systématique des révisionnistes qui croient détenir la vérité[1].

Notes

[1] Un peu à la manière de Hoaxbuster pour les légendes urbaines et autres alertes ou appels fantaisistes, auxquels les esprits crédules prêtent attention parce qu'ils leurs parviennent par courrier électronique, souvent relayés en toute stupidité innocence par une connaissance...

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