gôche - février 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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samedi 26 février 2005

Gauche fanatique

Jeff Jarvis, un Démocrate qui a voté Kerry, adversaire des baisses d'impôts de Bush, partisan du mariage gay, n'est pas disposé à se laisser excommunier par les blogueurs qui le décrivent comme conservateur ou de droite uniquement parce qu'il était partisan de l'intervention internationale en Irak et que, plus généralement, il croit judicieux de soutenir les militants démocratiques dans les dictatures. Il le dit avec passion et conclut:

I'm no right-winger. But I'm not their kind of left-winger.

J'ai déjà brièvement fait allusion, à la fin de ce billet, à l'affaire soulevée par des blogueurs de gauche qui a contraint à la démission d'un journaliste accrédité à la Maison Blanche en révélant ses liens avec un site de prostitution homosexuelle. Andrew Sullivan:

The real scandal is the blatant use of homophobic rhetoric by the self-appointed Savonarolas of homo-left-wingery. It's an Animal Farm moment: the difference between a fanatic on the gay left and a fanatic on the religious right is harder and harder to discern.

jeudi 17 février 2005

Kamm, Chomsky et Havel

Une fois de plus, Oliver Kamm démonte froidement et minutieusement les mensonges de Noam Chomsky. Cette fois, il s'agit de l'allégation selon laquelle l'antisémitisme n'est pas un problème aux Etats-Unis, mais est mis en avant par les Juifs eux-mêmes, alors qu'ils font déjà partie des gens les plus privilégiés et les plus influents, et ce pour avoir un contrôle total des Etats-Unis, ou plutôt pour masquer le fait qu'ils aspirent au contrôle total. C'est un très long billet, car Chomsky ayant la réputation (usurpée) de citer correctement ses sources, Kamm ne fait pas les choses à moitié.

Au passage, on apprend que dans son livre Deterring Democracy paru en 1991, Chomsky a tourné en dérision un discours que Vaclav Havel a tenu au Congrès américain. Or, comme le dit très bien Kamm, "à la différence de Chomsky, Havel est un vrai dissident, opposé à un pouvoir arbitraire, qui sait ce que c'est que de vivre sous le totalitarisme".

jeudi 10 février 2005

68 enterré ou réincarné?

Un ami me reproche (gentiment) de ne rien écrire sur Condoleezza Rice. Mais qu'ajouter (puisque les métaphores de patinage artistique sont de rigueur avec elle) à un sans faute? Son voyage au Proche-Orient et en Europe a été impressionnant de précision et de clarté, que ce soit vis-à-vis d'Israël, de l'Autorité palestinienne, de l'Iran, de la Françallemagne, de l'Union européenne ou de l'ONU, et il semble qu'elle va continuer sur cette lancée: le temps ou Colin Powell, peu sûr de ses arrières, n'osait guère quitter Washington est révolu.

Outre la conception idéologique, Condi a sur son prédécesseur l'avantage de ne pas être un ex-militaire dirigeant des diplomates, mais quelqu'un du sérail, venue de la recherche académique. Cette légitimité indiscutable lui sera indispensable pour opérer une transformation des mentalités bien nécessaire: au département d'Etat (comme sans doute tous les ministères des affaires étrangères, à voir la France, la Grande-Bretagne ou la Suisse) prédominent les dinosaures dont le "réalisme" le dispute au cynisme et n'a pas grand chose à voir avec la hauteur de vues de Bush et Rice.

Nombreux sont ceux qui voient dans la période actuelle l'enterrement définitif des illusions laissées par Mai 68. Pour m'en sentir un peu un héritier, j'aimerais proposer une autre thèse: si c'est vrai pour tous ceux qui ont mal assimilé ces idéaux (tel François Gross qui illustrait le propos de Ludovic Monnerat: "A toute une génération dont la conception du monde est aujourd'hui périmée, je crains que seule la tombe n'apporte enfin un peu de paix"), je suis tenté de voir une sorte de réincarnation à un stade supérieur de l'esprit de Mai dans cette lutte contre le fondamentalisme, pour la libération des peuples et pour la liberté des individus (le compte personnel de retraite...). Bush c'est Cohn-Bendit, "Soyons réalistes, demandons l'impossible!", et Condi c'est Angela Davis! Seule Hillary Clinton, probablement, est en mesure de doubler la mise (de l'actualisation de 68) pour la gauche.

[Non, je n'ai rien fumé... et je me rends bien compte que je vais me faire taper sur les doigts par Guillaume Barry parce que j'utilise une fois de plus à la légère un concept, la réincarnation, que je ne connais pas vraiment, et par tous ceux qui vont vouloir m'objecter le fondamentalisme chrétien (mais il n'est que personnel, pas théocratique, et n'y avait-il pas aussi dans l'esprit 68 une recherche spirituelle qui a trouvé des débouchés dans le New Age?), la libération sexuelle et l'avortement (mais le respect de la vie est une composante de 68, dont a aussi découlé l'écologie, et il faut replacer les choses dans leur contexte d'hypocrisie, d'interdiction et de criminalisation qui n'a rien à voir avec aujourd'hui, où, comme le raconte Le Monde -- mais l'URL est actuellement indisponible --, l'école catholique fait la promotion du préservatif en milieu aisé, mais pas l'école publique en milieu défavorisé) ou les droits des gays (une pirouette: le mariage n'était pas vraiment branché, alors)...]

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY DU 11.02 A 10H25: Pour la réincarnation, il n'y a pas de quoi taper sur les doigts de mon co-blogueur. On peut juste préciser (très très schématiquement) que dans l'hindouisme et encore plus dans le boudhisme, la réincarnation est une malédiction, puisque le but est d'atteindre le nirwana et de ne pas se réincarner. Car du désir et de l'aspiration à exister naît la souffrance. Si on se réincarne, c'est qu'on n'a pas encore assimilé toutes les leçons, qu'on a des fautes à réparer. Je ne sais pas quelles applications on peut faire à mai 68 et à la doctrine de Bush... On peut d'ailleurs aussi régresser...

Quant à Condoleezza Rice, je l'ai vraiment regardée de près à la télévision il y a deux jours et je dois dire que j'ai été complètement bluffé et subjugué, en me disant "C'est trop beau pour être vrai. Où est la faille?" Mais la faille, n'est pas qu'elle n'avait rien vu venir des nouveaux dangers, de la nouvelle donne, et qu'elle était restée au début accrochée à une vision classique des conflits d'Etat à Etat, de guerre froide etc.? Cela n'empêche pas qu'elle incarne (!) quelque chose comme le meilleur de ce qu'une certaine Amérique peut produire - je parle bien sûr surtout de sa prestance, de son style etc. C'est passé très vite, mais il me semble qu'il y avait un mélange de sûreté de soi non arrogante (qui ne reniait donc pas sa puissance) et de respect bienveillant pour les interlocuteurs.

lundi 7 février 2005

L'UE et les dissidents cubains

Guillaume Barry avait signalé une tribune de Vaclav Havel s'indignant que l'Union européenne s'apprête à renoncer à inviter des opposants cubains aux réceptions officielles dans les ambassades; il témoignait de l'importance que cette pratique avait eue pour les dissidents de l'Est.

J'avoue avoir eu de la peine à croire que la levée (sans justification convaincante) des sanctions protocolaires à l'égard de Cuba, prononcées par l'UE il n'y a pas bien longtemps en raison de ses atteintes aux droits de l'homme, puisse descendre à ce niveau de détail dans la veulerie. Eh bien j'en ai eu la confirmation, mais simultanément aussi la satisfaction d'apprendre que Havel a été entendu: grâce au gouvernement de la République tchèque qui était prêt à utiliser son droit de veto, le Conseil européen des ministres des affaires étrangères a finalement laissé chaque pays décider qui il inviterait à ses réceptions (via le Best Of The Web de James Taranto).

Ce qui dépasse l'entendement, ou témoigne du bouleversement idéologique en cours, c'est qu'une telle proposition ait pu émaner d'un gouvernement socialiste, et alors que le franquisme est encore dans la mémoire contemporaine.

vendredi 4 février 2005

Interdire des symboles?

Je n'ai pas voulu bloguer sur l'affaire de la croix gammée arborée par le prince Harry... Mais on reparle maintenant d'étendre à l'ensemble de l'UE l'interdiction des symboles nazis en vigueur en Allemagne. Or (comme d'ailleurs pour les discours racistes ou homophobes -- par opposition aux actes, évidemment) je suis très réservé à l'égard du traitement juridico-administratif du problème: je préfère mille fois une réponse politique, comportementale, psychologique. L'indignation et la réprobation sont plus efficaces et plus pédagogiques si elles restent personnelles plutôt que d'être versées en toute bonne conscience au tout-à-l'Etat.

Ces normes n'apportent rien et me paraissent surtout contreproductives. On en a un exemple dès le lancement du débat: à la judicieuse proposition de parlementaires européens de bannir également le symbole de l'oppression communiste, le commissaire européen (berlusconien!) à la justice vient expliquer benoîtement que c'est très différent: ce que l'on reprocherait au nazisme, c'est le racisme! Je rejoins tout à fait Arthur Chrenkoff là-dessus (qui avait déjà à l'époque fait remarquer qu'Harry n'aurait certainement pas provoqué un tel trouble si son brassard avait été frappé d'une faucille et d'un marteau).

mardi 1 février 2005

Oui, une autre gauche est possible

Pour poursuivre sur le billet précédent, deux trouvailles chez Harry's Place:

La première est une une chrono-typologie de la gauche européenne et de la gauche américaine après la deuxième guerre mondiale publiée dans la revue Dissent par Andrei Markovits, un politologue européen, "the Karl W. Deutsch Collegiate Professor of Comparative Politics and German Studies at the University of Michigan in Ann Arbor", qui distingue quatre périodes:

  • La période orthodoxe: 1945 - 1968, dans laquelle en particulier les lignes de forces séparant communistes et sociaux-démocrates depuis les années 20 étaient toujours valables.
  • La période hétérodoxe: 1968 - 1979, avec l'émergence d'une "nouvelle gauche", bien que toujours ancrée dans les références traditionnelles. Cette période se caractérise aussi par de profondes modifications des rapports avec les syndicats, en particulier, et le détachement des appareils. Et Markovits distingue alors quatre sous-groupes dans cette nouvelle gauche: 1) Les "Occidentaux", dont l'archétype est Joschka Fischer, qui mettent l'accent sur les droits de l'homme et l'universalisme; 2) Les tiers-mondistes, que l'on retrouve largement chez les "Fundis"; 3) Les marxistes orthodoxes, y compris au sein du SPD; 4) Les néo-nationalistes, où l'on trouvera des dérives vers l'extrême-droite.
  • Le changement de paradigme: 1980 - 1989, avec l'apparition des Verts et l'émergence de nouveaux enjeux, et l'incapacité du mouvement syndical à agir sur le plan international.
  • Le temps de la fragmentation et de la polarisation: de 1989 / 1990 à nos jours, avec la chute du communisme, la globalisation et l'expansion de l'antiaméricanisme.

J'ai résumé sommairement, si cela vous intéresse référez-vous au texte complet, qui analyse par exemple de manière révélatrice le positionnement de ces différents courants par rapport à la "question juive", du sionisme à l'antisionisme et jusqu'à l'antisémitisme...

La seconde trouvaille est une analyse de Alan Johnson, sur le site britannique Labour Friends of Iraq, tentant de définir le point de rupture entre la gauche internationaliste et antitotalitaire et cette "gauche" défaitiste qui méprise la démocratie (il vaut la peine de souligner qu'Alan Johnson était lui-même opposé à l'intervention).

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