''Les 14 arguments démontrant que Jésus aurait pu être gai[1] ont aussi fait l'objet d'un article mis en ligne sur le site des blogs de la Tribune de Genève. Ils ont fait l'objet de questions et de réponses, dont celle d'un aimable lecteur demandait quelles eussent été les conséquences si Jésus en avait été. Et voici la réponse, plus longue et plus sérieuse que ce qui précède, que je viens de rédiger à son intention.
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Bonne question difficile à s'imaginer la situation. A l'époque, on ne raisonnait pas dans les mêmes catégories. Tout le monde était considéré comme hétéro – pour le grec, c'était une loi de la nature, pour le juif, c'était dans l'ordre de la Création. Il n'y avait donc pas d'homosexuels: il n'y avait que des gens qui, quand ils passaient éventuellement à l'acte, déviaient par rapport à leur nature. Donc, pour un observateur qui ne ne connaissait pas Jésus intimement, ça n'aurait rien changé. Dans les Evangiles canoniques, on ne dit pas explicitement s'il a aussi eu une disciple préférée, ni s'il avait voeu de chasteté. Donc pour nous, les spéculations pour savoir s'il a été hétéro ont aussi un degré d'incertitude.
En revanche, dans un évangile apocryphe attribué à Marie Madeleine, les disciples mâles sont jaloux de la préférence de Jésus pour Marie Madeine, préférence que Jésus revendique. (Certes, pour l'auteur, c'est à mettre sur un plan spirituel.) La réponse de Jésus est très savoureuse. En substance: "Ah, vous demandez pourquoi je la préfère? combien de temps devrai-je encore vous supporter, vous ?! C'est justement parce que vous êtes jaloux que je la préfère elle. "Revenons à votre question. S'il avait eu des inclinations, il n'aurait probablement pas pas passé à l'acte, car c'était inconcevable à l'époque. Mais célibat, qu'on peut induire du texte des quatre évangiles canoniques, aurait revêtu une autre signification à ses yeux et aux nôtres, comme le l'épithète unique du de "préféré" pour un disciple.
Du point de vu de son enseignement, je ne vois pas ce que cela aurait changé. Sa relation intime au Père, son amour envers les humains de Dieu , ses miracles auraient été les mêmes. Sa condamnation de l'hypocrisie acquerrait un surplus de signification. Idem quand il renonce leur sens au pur et à l'impur: pour Jésus, ce n'est pas l'attention à ce qui entre et et sort dans le corps (le ventre), mais ce qui sort du coeur. Bref, la prise en otage de la Torah qui est interprétée prise selon la lettre et non selon l'esprit. Même son avis sur l'indissolubilité ne change rien: Jésus met en évidence l'hypocrisie de ses interlocuteurs. Jésus leur que Moïse a consenti autorisé le divorce par réalisme, parce que les hommes (les mâles avant tout, à qui Jésus s'adresse) sont incapables de résister à leurs désirs, au détriment de l'épouse légitime. Ce qui revient à dire que Moïse a autorisé le divorce pour que ces femmes ne soient pas contraintes de rester toute vie prisonnières et dépendantes le restant de leur vie d'un mari qui ne les aime plus.
Encore une fois, je en pense pas que l'éventualité d'une orientation homosexuelle de Jésus aurait changé grand chose, cela donnerait simplement un autre accent, un autre poids à certains gestes ou paroles. Mais Jésus, subjectivement parlant, aurait pu ressentir sa singularité avec plus d'intensité. Et lors de son arrestation et de son agonie, le sentiment de trahison par ses amis et d'abandon par le Père auraient peut-être été encore plus intense (si c'est possible).
Il serait devenu tout proche de ceux et celles d'entre nous qui vivent l'exclusion, qui intériorisent la condamnation ambiante qu'ils perçoivent en se détruisant, en se faisant du mal.De même, pour nous, nous pourrions concevoir encore plus concrètement sa proximité et son accueil des petits, des pauvres, des prostituées et des parias d'entre les parias: ces juifs collabos, ces riches percepteurs d'impôts, honnis entre les honnis, qui pressuraient leurs concitoyens (et parmi eux, certainement les petits, les pauvres) en s'octroyant une marge exorbitante sur les montants exigés par l'occupant romain. Non, non, rien n'aurait changé. Si on se penche sur chaque récit de rencontre de Jésus, on se rend compte que l'affection, la compassion, la tendresse, ou la sévérité ne dépendent pas de l'orientation sexuelle. Ou bien?