juillet 2008 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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vendredi 25 juillet 2008

Obama rencontre l'opposition partout, sauf à Paris

Bon, tout est dans le titre... Le candidat en attente de confirmation par la convention démocrate fait une tournée internationale en vue de voir par lui-même les lieux et les personnalités avec lesquels ils aura à travailler pour les 4 ou 8 prochaines années, s'il est élu en novembre face à McCain. Cela veut généralement dire le tenant du pouvoir en place mais aussi, c'est dans les usages démocratiques, son alternative possible. En Allemagne il s'agit certes de la chancelière CDU et de son vice-chancelier SPD, qui sont dans le même gouvernement de grande coalition, mais au Royaume-Uni ce sera bien le premier ministre Gordon Brown et le chef des conservateurs David Cameron[1] (mais surtout Tony Blair, qui reste une valeur sûre aux Etats-Unis).

En France c'était un problème (et cela milite en faveur de la conception ségoliène[2] du premier secrétaire du PS): qui voir? Pas le premier secrétaire sortant, quand même. Après, c'est la bataille de chiffonniers, pour le moment, il n'y a personne qui a une stature suffisante pour incarner l'opposition. On voit bien le ridicule qu'aurait une délégation. Une connaissance fine de la vie politique française aurait pu conduire ses conseillers à lui faire voir Michel Rocard, histoire de montrer qu'il n'a rien à craindre des septuagénaires, bien au contraire.

Notes

[1] Qui a semble-t-il gagné la course à la plus belle photo, quand bien même il vient d'offrir une belle démonstration de niaiserie: il s'est fait faucher devant le supermarché local son vélo qu'il avait pourtant soigneusement enchaîné autour d'un poteau... de 80 cm, il a suffi de le soulever pour l'emporter; elle n'aurait de toute façon pas sauvé un Gordon en perdition.

[2] Deux "n" ou un? Note de Guillaume Barry: Si on veut faire preuve de correctitude grammaticale autant que sémantique, il faudra préférer un sobre 'ségolénienne' à 'ségolénale', 'ségoléniste' ou ségolénique'. Sinon, c'est impérativement 'ségoliène', mais qui serait l'adjectif dérivé de 'Ségole', dont on dirait que 'Ségolène' est elle-même un premier dérivé; mais on ne peut en tout cas pas avoir un e grave suivi de deux n - même en hommage à quelqu'un qui s'est illustré par sa production de néologismes. - C'est corrigé, merci!

jeudi 24 juillet 2008

De Max Mosley à Roland Nef, en passant par Bill Clinton

Billet revu et augmenté samedi 26.07, actualisé à 23h35[1]

Max Mosley, je vous en parlais ici, a gagné son procès: le News of the World devra lui payer 60'000 £ pour violation de sa vie privée (voir les 54 pages du jugement[2] qui présente de manière très lisible, étroitement et didactiquement articulés, l'état de fait, la situation juridique -- avec un accent tout particulier sur la jurisprudence pertinente -- et le raisonnement, à la première personne, du juge). Une compensation surtout morale puisqu'elle ne répare en rien le dommage gratuitement infligé par la publication de son goût pour la scène SM, en particulier vis-à-vis de sa famille qui n'en savait rien. Est-ce une menace pour la liberté d'expression, celle de la presse en particulier? Ce n'est que depuis la ratification de la Convention européenne des droits de l'homme que les tribunaux du Royaume-Uni ont commencé de la mettre en balance avec un droit à la vie privée. A vrai dire, la crainte de voir un tel jugement s'appliquer à une enquête légitime paraît aussi loufoque que la défense des procédés du NoW serait perverse. Le montant accordé, s'il est record au Royaume-Uni, reste modeste[3], et le juge a refusé d'infliger des dommages-intérêts "punitifs".

En Suisse nous avons également en ce moment une belle affaire de déballage par la presse d'éléments relatifs à la vie privée d'une personnalité, en l'occurrence le chef de l'armée[4], Roland Nef, récemment nommé par le Conseil fédéral. Ce qui a commencé comme une informalité (l'autorité de nomination n'était pas informée de l'existence d'une procédure pénale, classée, engagée sur la plainte de son ex-compagne) se développe aujourd'hui comme un débat de société à l'américaine sur la vertu privée exigée des hommes (et femmes) publics.

Il y a toutefois une différence fondamentale entre l'affaire Nef et l'affaire Mosley (ou bien d'autres qui viennent à l'esprit: l'affaire Lewinsky pour Clinton, l'affaire Spitzer[5]): l'existence d'une victime[6]. Selon la presse, dépit ou vengeance, Nef aurait utilisé le Net de manière à ce que son ex reçoive des propositions sexuelles qu'elle n'avait nullement sollicitées. Il est désormais suspendu, en attendant un départ qui paraît inévitable, sauf nouveau coup de théâtre, en raison de l'atteinte portée par ces révélations à sa crédibilité.

COMPLEMENT DE 18h05

Le débat sous-jacent est au fond le suivant: la société peut-elle exiger un degré de sainteté (fût-elle laïque!) proportionnel à la responsabilité exercée à son égard? Au citoyen lambda le droit à la médiocrité et à la cuite du samedi soir[7], aux politiciens, dirigeants d'entreprises, de syndicats ou d'organisations non gouvernementales[8], hauts fonctionnaires, hauts gradés, sportifs d'élite (le show-biz, on le sait, échappe encore largement à cette exigence) non seulement d'exceller dans leur domaine après s'être imposés face à une concurrence féroce, mais encore d'être des exemples dans leur vie de tous les jours voire jusque dans leurs pensées... La réponse n'est pas aussi évidemment négative que j'ai l'air de le suggérer avec cette formulation: il est clair que l'hypocrisie mensongère, "Faites ce que je dis, pas ce que je fais", peut et doit être dénoncée. Lorsque c'était encore d'actualité, je n'étais pas le dernier à défendre l'incitation active à sortir du confort de la confidentialité pour les personnalités gaies ou lesbiennes, voire l'outing de celles qui de surcroît s'affichaient homophobes. Mais c'est finalement toujours du cas par cas, et je ne crois certainement pas que telle attitude, même hautement critiquable, dans la vie privée oblitère nécessairement la vie publique.

Prenons l'exemple de Bill Clinton. Pour ceux qui haïssaient sa politique, l'affaire Lewinsky confirmait simplement tout le mal qu'ils en pensaient. Mais ceux qui approuvaient sa politique, admiraient le politicien, l'homme d'Etat: la tache sur la robe de Monika doit-elle leur faire tomber les écailles des yeux, réaliser qu'ils avaient tort? Non, bien sûr, pas plus que l'alcoolisme dépressif de Churchill n'enlève quoi que ce soit à ses mérites. Ma théorie personnelle, aux antipodes du vice privé qui se reflèterait nécessairement dans la prestation publique, ce serait plutôt qu'un individu de génie n'est pas seulement un être ordinaire (hélas) comme le proclame le dicton "Nul n'est un grand homme pour son serviteur", mais a probablement des défauts à sa mesure... Attention donc à ne pas créer une situation dans laquelle seuls les médiocres seront considérés comme sans risque.

COMPLEMENT DU 26.07 A 13h45

Affaire Mosley

Il y a eu des réactions extrêmement corporatistes dans la presse[9], agrémentées de l'habituel déni que la Convention européenne des droits de l'homme puisse avoir une quelconque pertinence quand bien même c'est bien le Parlement qui l'a incorporée au droit britannique (il faut dire qu'à l'autre extrême les exemples caricaturaux abondent ici de précautions les plus absurdes mises en oeuvre par invocation frileuse voire masochiste de la CEDH, qui feraient bien rire les autorités françaises ou italiennes). Quand bien même le jugement réfute expressément l'argument (ch. 73ss.), le Times allait hier jusqu'à laisser entendre que Mosley et la principale organisatrice, Woman A, ont détruit des courriels qui auraient prouvé la thématique nazie (il exhume aussi, en une sorte de diffamation par association, une note d'Orwell dans son Journal, en 39: "Il apparaît de source sûre qu'Oswald Mosley [le père, chef des fascistes britanniques] s'adonne en privé au sado-masochisme le plus extrême"...).

Mais Woman E, la témoin de la défense qui a fait défaut et à qui ces rats du NoW n'avaient même pas payé la somme convenue pour son rôle et la caméra dans son soutien-gorge (ou faut-il dire bustier?), a présenté des excuses et confirmé que la séance n'avait rien de nazi; l'explication que je donnais d'emblée que les Britanniques assimilent trop facilement allemand et nazi est largement reprise (il y avait pourtant eu de remarquables expressions de repentance à l'égard de ces préjugés à l'occasion de la Coupe du Monde de football en Allemagne, mais c'est trop profond...).

Affaire Nef

Il présente donc sa démission. Mais "pas d'argent, pas de Suisse": aucun panache aucune tentative même de se replacer sous un jour plus honorable, en humain faillible ou en militaire se sacrifiant pour ne pas entacher l'institution. Seulement des négociations laborieuses sur les conditions du départ. De quoi envier ce qui m'apparaît autrement comme une douteuse spécificité française, résurrection napoléonienne des privilèges de l'Ancien Régime pour l'aristocratie du pouvoir: la dissociation de l'appartenance à un corps, auquel sont liées les conditions matérielles, plus ou moins à vie, si je comprends bien, et la fonction exercée. On peut certes la perdre de manière assez sèche tous les mercredis en conseil des ministres, mais on peut aussi s'en retirer sans mesquinerie.

Notes

[1] Ce genre d'indication est-il utile pour qui lit ce blog par fil RSS? RSVP

[2] Pour un commentaire juridique détaillé et en français, voir Jules de Diner's room.

[3] Tant pour pour News Corp., le groupe de Rupert Murdoch qui édite le NoW, que pour Mosley, qui consacrait 75'000 £ par an à son hobby.

[4] Ça aurait sans doute amusé Foucault mais c'est son titre, et non seulement la chose, comme les conseillers fédéraux qui composent l'exécutif collégial sont appelés "chef (ou cheffe) du département" ministériel qu'ils dirigent chacun. C'est seulement en temps de guerre que l'Assemblée fédérale élit ce que l'on appelle alors un "général".

[5] Est-ce l'avantage de ne pas être élu? Contrairement à eux, Mosley ne s'est jamais senti obligé d'exprimer l'ombre d'un remord, plaçant entièrement sur le NoW la responsabilité de l'épreuve infligée à celle qui est son épouse depuis 48 ans ainsi qu'à ses deux fils, et revendiquant fermement pour lui-même le rôle de la victime outragée: "He was the first witness, and gave a performance that bristled with self-righteousness and self-confidence.".

[6] Dans cette mesure, elle se rapproche plutôt des affaires scandinaves où l'on a vu des ministres démissionner lorsque la presse a été révélé l'emploi de personnel étranger sans titre de séjour, ou l'usage abusif d'une carte de crédit professionnelle.

[7] Deux cuites par mois font partie de la nouvelle définition du minimum vital (excellente au demeurant, je voulais en faire le sujet d'un billet spécifique) proposée par une fondation charitable -- c'est en Grande-Bretagne évidemment, pas en Suisse!

[8] Ben oui, il n'y a pas de raison...

[9] Ainsi, plus largement, qu'une alliance contre-nature entre libertaires (fondamentalistes de la liberté d'expression) et hérauts de la morale conservatrice traditionnelle, exprimée par exemple par l'ancien archevêque de Cantorbéry ou ce commentateur catholique. Le juge Eady y avait répondu par avance: "(I)t is not for the state or for the media to expose sexual conduct which does not involve any significant breach of the criminal law. That is so whether the motive for such intrusion is merely prurience or a moral crusade. It is not for journalists to undermine human rights, or for judges to refuse to enforce them, merely on grounds of taste or moral disapproval. Everyone is naturally entitled to espouse moral or religious beliefs to the effect that certain types of sexual behaviour are wrong or demeaning to those participating. That does not mean that they are entitled to hound those who practise them or to detract from their right to live life as they choose" (ch.127). "It is not simply a matter of personal privacy versus the public interest. The modern perception is that there is a public interest in respecting personal privacy" (ch. 130) -- c'est moi qui souligne.

mercredi 23 juillet 2008

Malraux - Blair même combat!

J'aime bien les séries d'articles du Monde cet été, d'abord ces portraits de frères et soeurs puis ces rêves de leaders... Hier c'était celui de Tony Blair (dans Le Temps aussi bien que dans Le Monde). Il s'exprime simplement, mais avec passion, sur lé rôle que la religion joue dans sa vie. Une foi trouvée sans angoisse et vécue avec une jubilation généreuse et pour tout dire oecuménique, lorsqu'il raconte qu'il n'a pas attendu le 11 septembre 2001 pour lire le Coran. Et il précise (comme si cela était nécessaire) que si cette inclination informe ses choix, elle ne les détermine pas: "Ma défense résolue de la recherche sur les cellules souches témoigne de ma liberté", il aurait pu aussi citer le partenariat pour les couples de même sexe. Sa conversion au catholicisme? "(P)our partager, très naturellement, la religion de ma famille". Cherie ne s'en embarrasse pas davantage, qui raconte dans ses mémoires que si Leo a été conçu lors d'un séjour du couple au château de Balmoral avec la famille royale, c'est parce qu'elle avait laissé à Londres son nécessaire de contraception... Des catholiques modernes comme on souhaite des musulmans modernes!

Pour lui comme pour Malraux, "Le XXIe siècle sera religieux" -- mais autant faire en sorte que cela soit bénéfique à l'humanité: la Tony Blair Faith Foundation, qui embrasse les six grandes religions, trouve ainsi sa place au côté d'une fondation pour l'intégration des jeunes par le sport dans la région dont il fut l'élu, son mandat de représentant du Quartet au Moyen-Orient, son engagement contre le réchauffement climatique ou ses activités de consultant ou d'administrateur... Un one-man-show global et multiforme à l'enseigne de The Office of Tony Blair qui suit les exemples de Jimmy Carter ou Bill Clinton.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY A 14h00: La foi assumée d'un Tony Blair doit être bien déconcertante pour les honnêtes hommes qui voient dans l'athéisme, humaniste, droits-de-l'hommiste, la seule manière conséquente de se réclamer des Lumières et d'être moderne (en tolérant bien sûr avec commisération les expressions de la foi).

Or, pour les profanes qui, comme moi, ne maîtrisent pas les subtilités de la troisième voie, Tony Blair incarne la modernité. Je me représente grossièrement sa démarche, sinon comme une synthèse (Aufhebung hégélienne?), pour le moins comme une optimisation de l'économie de marché et de la social-démocratie réconciliées. Bref un esprit affranchi des préjugés et des dogmes de toutes sortes.

Et voilà que ce personnage public apporte la démonstration que la foi (par ailleurs décomplexée et jamais sur la défensive) s'accommode d'une indépendance d'esprit totale - pour ne pas dire, en toute partialité, qu'elle la fonde. Si j'avais pu avoir des doutes sur le personnage, ils sont maintenant levés, et je n'ai plus à me sermonner en me disant que je n'étais peut-être que sous l'influence d'un charme trompeur. Son charme extérieur était donc bien animé d'une brillance qui vient de l'intérieur...

vendredi 18 juillet 2008

Sac en plastique: un bouc-émissaire et non un symbole

Au Royaume-Uni, c'est Gordon Brown lui-même qui s'en mêle: il est impératif de réduire voire d'éradiquer l'usage des sacs en en polyéthilène distribués de manière généralisées aux caisses des supermarchés, en les taxant ou en les interdisant[1]. En France je ne doute pas que le Grenelle de l'environnement a trouvé un accord là-dessus. Et en Suisse c'est un parlementaire démocrate-chrétien qui présente une motion sur le sujet[2], et s'indigne au passage dans Le Temps d'un projet d'exporter de l'eau minérale aux Etats-Unis (l'un de ses collègues veut d'ailleurs interdire, tout court, l'eau minérale).

Tout récemment Swissinfo s'est fendu d'un dossier sur les initiatives dans ce sens, en Suisse et à l'étranger. Mais il est un peu court sur la question centrale, finalement: l'impact environnemental réel de ces maudits sacs. Or je me souviens que le FT Weekend Magazine avait, lui, consacré un dossier à cette question précisément (et le plastique en général, pas seulement les sacs): le voici. De quoi désespérer sur nos fixations sur le gimmick qui fait qu'on se sent moralement supérieur, sans considération d'efficacité.

Notes

[1] Au moment où les unes après les autres les enseignes rivalisent de distribution de sacs durables et de campagnes incitatives à les réutiliser, avec un résultat que je trouve notable alors que depuis des années mon calvinisme écologique enrageait de ce que je voyais...

[2] En Suisse cela fait des années que le sac plastique est marginal par rapport aux cabas réutilisables, et en papier, que les supermarchés vendent, mais cela focalise probablement d'autant plus l'attention sur l'hérétique.

mercredi 9 juillet 2008

Fessée nazie: l'inconscient anglais en procès

L'un des nombreux paradoxes de la société britannique est le suivant: si vous demandez réparation d'une atteinte illicite à votre vie privée, vous commencez par multiplier cette atteinte. Il faut une capacité singulière d'obstination dans l'adversité, ancrée dans la certitude de défendre un principe essentiel (et c'est ma foi l'une des qualités traditionnellement attachées à la mentalité insulaire) à Max Mosley, le demandeur, pour poursuivre le News of the World, le défendeur. Vidéo à l'appui, le magazine à scandale avait révélé en mars le goût pour les jeux sado-masochistes dans une mise en scène piquante du patron de la course automobile de formule 1 (et fils d'une famille haïe, cela joue un rôle); celui-ci était parvenu à s'y adonner dans le plus grand secret pendant 45 ans, vis-à-vis en particulier de sa femme et de ses enfants. Cette semaine, le procès a lieu, en audience publique comme il se doit, et donne donc lieu à compte-rendus aussi exhaustifs que neutres ("Il a dit...", "elle a dit...", "l'avocat a dit...") dans les journaux les plus convenables. Il y a certainement matière à l'une de ces pièces qui fait fureur ici où l'on met magistralement en scène des extraits verbatim d'un événement d'actualité.

La goutte d'eau qui semble avoir fait déborder le vase, tant pour l'écoeurement vendeur du News of the World que pour l'indignation cérébrale de Max Mosley, c'est que ces jeux sexuels se seraient inscrits dans un contexte "nazi": l'une des cinq partenaires féminines[1] de Mosley était allemande, le scénario comprenait entre autres l'interrogatoire d'une autre partenaire féminine dans cette langue qu'elle ne connaît pas du tout, Mosley s'appliquant pour sa part à donner un accent allemand à son anglais.

Frappé, probablement comme tous les étrangers, par la rémanence en Grande-Bretagne d'un antigermanisme épidermique lié à la deuxième guerre mondiale, qui n'a d'équivalent ni en Suisse, ni en France, ni aux Etats-Unis, je suis tout prêt à donner raison sur ce point aux deux parties. Pour Mosley, né en 1940, allemand n'est pas nazi (et une vie entière sous le poids de l'engagement de son père comme chef des fascistes britanniques et de la vénération de sa mère, Diana Mitford, pour Hitler, qui leur valut à tous deux l'internement, puis l'exil à Paris, ne l'incite nullement à érotiser ce moment de l'histoire allemande); il tient sa vie sexuelle en général pour strictement privée mais s'indigne particulièrement de cette accusation. Quant au News of the World, il est certainement de bonne foi, conformément à des préjugés solidement ancrés et largement répandus[2], en "voyant" du nazisme dans un interrogatoire en allemand suivi de fessées. Voir ce compte-rendu particulièrement éclairant.

Au demeurant, la vraie question est celle de l'atteinte à la vie privée, ou plus précisément de la justification pour un média de la commettre. Est-ce la saveur nazie (plutôt que, disons, "Club Méd'", avec des GO particulièrement enthousiastes, qu'aurait eu la même scène sur un mode français, italien ou espagnol) qui créé l'intérêt public? Même le NoW ne va probablement pas soutenir cela; il s'en tient à la thèse que, par sa fonction de président de la Fédération internationale de l'automobile, Mosley est un homme public, un personnage influent, et qu'il n'est pas indifférent de connaître ses (répugnantes, évidemment) pratiques SM. Bien sûr cet aspect de sa personnalité n'est connu que grâce au magazine, mais celui-ci invoquera comme intérêt public le risque que présente, vis-à-vis d'un maître-chanteur, l'existence d'un tel secret... Un raisonnement[3] dont on se demande où, dans la hiérarchie sociale, placer précisément le curseur, qu'il s'applique ou non à Mosley; mais bien sûr le juge n'ira pas jusque là.

Pour ma part je souhaite sincèrement que Mosley gagne. Complément du 24.07: le jugement

Notes

[1] C'est l'une d'elle qui a caché la caméra pour le compte du NoW, les quatre autres témoignant au procès pour le demandeur.

[2] La question cruciale: comment se situe le juge, Mr Justice Eady, à cet égard? Réponse du 24.07: le juge Eady est manifestement un homme plus moderne et informé sur le monde contemporain que sa perruque le donne à craindre.

[3] Appliqué naguère à l'homosexualité.

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