mars 2008 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche | Aller au blogroll | Identification

dimanche 30 mars 2008

Fitna: l'amalgame est-il soluble dans la dérision?

Contre toute attente, on trouve facilement le film anti-islam (par exemple ici) du cinéaste et député d'extrême-droite néerlandais Geert Wilders. Première réaction: c'est rageant de savoir que c'est quelque chose d'un tel degré zéro (à tous points de vue) qu'il va falloir défendre au nom de la liberté d'opinion et d'expression.

Imaginez qu'on prenne tous les passages hard de la Bible, qu'on filme des télévangélistes, qu'on mette en évidence ce qui a été dit autour de la mort de Matthew Sheppard ou, mieux, qu'on diffusait l'intégrale des vidéos de Fred Phelps, en ajoutant des images d'attentats contre les cliniques pratiquant l'IVG, etc. et qu'on disait: le judéo-christianisme ne passera pas.

Une organisation culturelle néerlandaise a invité ses visiteurs à se filmer en train de dire "Sorry" pour Wilders et à mettre la demande de pardon en ligne. C'est ici. Au début, je n'ai pas compris que c'était une pure farce et je me suis dit voilà des Occidentaux qui demandent pardon aux terroristes en puissance pour éviter de se prendre des attentats. Bref on a honte de cette honte. D'un autre côté - et tant pis pour l'ambigüité - je les ai excusés en me disant qu'il était peut-être pertinent, tout en proclamant un fier attachement à la liberté d'expression du pays de Spinoza qui a aussi édité Descartes, de se désolidariser d'une pensée qui procède par amalgame et généralisation pour blesser et insulter un certain nombre de concitoyens (la proportion qu'ils représentent ou devraient représenter est un autre débat).

Si c'est un gag, c'est à double tranchant. Certes on se moque délectablement de la propension occidentale à demander pardon à ses agresseurs, mais ça rajoute une couche pour la population stigmatisée par Wilders.

COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 02.04 à 15h30: Je ne l'ai malheureusement pas vu, mais le film présenté comme le clou du Festival du film gay et lesbien de Londres (jusqu'au 10 avril) présente probablement un utile contrepoint à Fitna. Pas une réfutation, mais un contrepoison en quelque sorte, un film qui amène à voir que la question est plus complexe et la solution moins simple que les présente Wilders (ou, en Suisse, un Alain Jean-Mairet). A Jihad for Love, film de Parvez Sharma, présente des témoignages provenant de 12 pays sur trois continents de personnes désireuses de préserver deux facettes, musulmane et gay ou lesbienne, de leur identité (plutôt que de renoncer à l'une ou l'autre). Voir la bande annonce ici.

lundi 24 mars 2008

Coming out conservateur et péché originel

L'auteur de théâtre et réalisateur David Mamet a fait son coming out de conservateur. Il a publié un long article dans le Village Voice pour dire qu'il n'était plus un "dead brain liberal".[1] - c'est par Sardanapale que j'en ai eu connaissance.

Le film de lui qui m'a le plus fasciné, c'est le premier: Engrenages (The House of Games - 1987). C'est une des meilleures illustrations de ce que peut être une mise en abyme cruelle. Il y a une trouvaille, qui est géniale, non seulement du point de vue de l'intrigue, mais du point de vue de la psychologie. Mais cette lucidité audacieuse ne fait préjuger en rien d'un bord politique. [2]Par contre, la charge contre le politiquement correct que représentent la pièce et le film Oleanna en 1994 pourrait être vue comme un lointain signe précurseur de la sortie du placard.

Il y a juste un problème, c'est la dichotomie. Mamet oppose la gauche (liberal) aux conservateurs, et cela implique sans que cela soit dit que ces derniers se recoupent avec les libéraux au sens français du terme. Mais l'article est intéressant (et cela vaut la peine de le lire en entier). Parmi les points qu'il soulève, un théologien relèvera ce qu'il faut bien appeler le rôle central d'une doctrine du péché originel qui ne dit pas son nom. Pour Mamet, la gauche prétend avec Rousseau (depuis Rousseau?) que l'homme naît bon et que c'est la société qui le corrompt. Tandis que la droite part de l'idée que l'humain est mené par des instincts de survie, qu'il est corrompu, qu'il faut faire avec ce qui colle avec le "tous pécheurs". La gauche compare toutes les situations avec un idéal qui lui fait voir le mal partout. La droite constate les bonnes choses qui sont réalisées malgré la nature imparfaite de l'humain, elle croit à la perfectibilité.

Ce qui est intéressant, c'est que la doctrine du péché originel, associée à l'obscurantisme aliénant, ou à l'écrasement des personnes, si elle est bien comprise, fait partie d'une vision libératrice de l'être humain qui lui donne toute sa dignité. Bien comprise, cette doctrine, associée à celle de la rédemption, devrait en premier lieu libérer l'individu du fardeau de se juger lui-même, de se comparer à un idéal inatteignable. [3]

Cette doctrine sape les fondements de tout jugement comparatif, une interdiction qui est un élément fort de la prédication de Jésus puis de Paul. Le calviniste Jean de Léry est considéré comme l'un des précurseur de l'ethnologie avant la lettre. Confronté en 1557 à des pratiques cannibales au Brésil, il a estimé que c'était une forme que pouvait revêtir le péché, et il a refusé de considérer les adeptes de cette altergastronomie comme monstrueux ou inhumains. Cette doctrine devrait donc transcender les clivages gauche et droite: tous pécheurs! Et mettre le doigt sur leur tâche aveugle respective. La découverte par Mamet de ses affinités avec la pensée conservatrice est intéressante. Mais sa réflexion sur la nature humaine devra aussi l'amener à ce qui pèche dans les attitudes fondamentales. La psyché conservatrice peut être mue exclusivement par la crainte de perdre (une situation ou des biens acquis), ce qui est une forme basique du péché originel (les actions de l'être humain dans la sphère religieuse ou morale sont déterminées par la peur de perdre la vie, reçue gratuitement). [4]A l'inverse, la résurrection, c'est la vie communiquée (channellisée si on voulait détourner ou subvertir le lexique New Age) à travers un vecteur qui n'est rien d'autre que la confiance [5] en cette gratuité. Une gratuité irréductible à une logique de marché, en vue d'une liberté que Mamet ne trouverait sans doute pas très liberal.

Notes

[1] Faut-il traduire: - un homme de gauche au cerveau cliniquement mort?

[2] Pour rappel à ceux qui l'ont vu: C'est cette histoire d'une psychanalyste qui s'intéresse à un truand, et on ne peut rien dire de plus.

[3] Dans la situation extrême qu'on trouve dans la dépression, l'individu prend la place de Dieu, il occupe toute la place et il se juge et condamne impitoyablement pour ne pas être à la hauteur du Dieu qu'il croit devoir être.

[4] Dans le jardin d'Eden, Adam et Eve ont accès gratuitement à l'arbre de vie. C'est en sortant de cette relation de confiance, mise en cause par le serpent, qu'ils donnent un objet et un fondement à la crainte, qui acquiert une justification rétrospective.

[5] ou foi, le si joli terme grec pistis ne se retrouvant malheureusement dans aucun mot en français

dimanche 23 mars 2008

L'OLPC XO s'expose

Je l'avais prédit: alors qu'il vient seulement de commencer sa distribution, le XO, l'ordinateur pour enfant de la Fondation One Laptop Per Child (OLPC) est une icône du design. Le Museum of Modern Art (MOMA) de New York vient d'en acquérir deux. Et il est actuellement en vedette à Londres.

Le Design Museum, au bord de la Tamise, expose depuis le 13 février cent objets des 12 derniers mois sélectionnés dans le monde entier pour les Brit Insurance Design Award 2008. Le 11 mars, les lauréats pour chacune des sept catégories ont été annoncés: Yves Béhar, de Fuseproject, pour OLPC et Quanta Computers Inc., a été consacré meilleur Produit industriel (dans la catégorie Architecture, ce sont aussi des Suisses, Herzog & De Meuron, qui ont été primés pour le stade national de Pékin: cocorico!).

Et le 18 mars le XO a reçu le Award général (fichier PDF)! A voir jusqu'au 27 avril.

Parmi les précédents billets consacrés au XO, celui-ci contient des vidéos, dont l'une autour de Yves Béhar dans son studio de San Francisco.

J'en profite encore pour signaler que la communauté de travail OLPC Suisse est opérationnelle! Elle a notamment tenu un stand à l'Open Expo, à Berne, en distribuant un flyer en français (fichier PDF) et en allemand.

vendredi 21 mars 2008

Après la médicalisation de la mort naturelle, celle du suicide?

Quelques mots encore à la suite de la mort de Chantal Sébire. Le Monde, entre autres, persiste à y voir un débat sur "l'euthanasie", même s'il a la lucidité tardive d'ajouter "la fin de vie", qui me paraît infiniment plus juste. Comme la suite semble l'avoir montré, Chantal Sébire ne présentait pas d'incapacité à mettre fin elle-même à ses jours ce qui devrait exclure que l'on parle d'euthanasie, au sens du verbe transitif, de la définition usuelle: "Fait de donner délibérément la mort à un malade (généralement incurable ou qui souffre atrocement)".

Mais l'euphémisme hypocrite[1] est bien plus confortable, comme on le voit avec cet écho dans Le Monde de vendredi (que je ne trouve pas sur le site):

Le romancier flamand Hugo Claus euthanasié
L'écrivain belge Hugo Claus, né le 5 avril 1929 à Bruges, a choisi de mourir par euthanasie, mercredi 19 mars, alors qu'il était au premier stade de la maladie d'Alzheimer. (...) "Il a déterminé le moment de sa mort" à l'hôpital Middleheim d'Anvers, a précisé sa maison d'édition, De Beizigue Bij, "au nom de sa famille".

Par quoi il faut comprendre qu'il a s'y faire hospitaliser pour l'occasion afin qu'un médecin lui administre une solution létale, en conformité avec la législation belge.

Je suis bien conscient d'un autre aspect du débat, bien mis en évidence dans le pacte mutuel qu'évoque Laurent (ou l'évocation elliptique par Françoise Giroud, dans Leçons particulières, de l'aide qu'elle a fournie à son compagnon au moment de mourir): il paraît plus facile de demander la mort que de se l'infliger. Comme le formule Eolas à propos de Chantal Sébire: "elle a exprimé le souhait que la médecine hâte sa fin".

C'est mon côté "deuxième gauche" illichien: ça ne me plaît pas que l'on s'en remette au pouvoir médical et à l'Etat pour ce qui relève d'abord de l'exercice d'une liberté personnelle.

A lire aussi sur ce blog: D'Hannelore Kohl à Chantal Sébire

Notes

[1] Et le débat sociétal français en est particulièrement friand, avec la "parité" qui n'est pas paritaire ou le PACS, destiné à fournir un statut aux couples de même sexe mais qui se garde bien de les mentionner et les maintient dans l'inégalité par rapport aux couples hétéros mariés.

dimanche 16 mars 2008

Rigueur antiprotestante

Sollicité par Le Matin Dimanche (article) , Nicolas Bideau, qui est Monsieur Cinéma Suisse, explique la réussite de Bienvenue chez les Ch'tis et le flop de Max and Co. Le premier "raconte localement une histoire universelle". Le second manque de "clichés partagés", en l'occurrence de "suissitude". N'ayant vu ni l'un ni l'autre, je veux bien faire confiance. Le rôle et l'importance des clichés dans une comédie destinée à un large public est indéniable. Mais cet homme au jugement indépendant (il n'a pas peur se faire détester par une partie de la classe cinéaste helvétique), qui a certainement dû se construire par rapport à son monstre sacré de père, aime aussi argumenter à partir de clichés. En tout cas un. Dans plus d'une interview, il invoque la mère des clichés romands, à savoir le protestantisme en tant que père de tous les défauts de la Suisse. Dans l'interview d'aujourd'hui, ce tropisme étiologique induit une alterhistoire religieuse de la Suisse:

En Suisse, les Alémaniques savent utiliser un humour de cabaret qui a du succès, y compris de ce côté de la Sarine. Les Romands ont plus de peine, même si certains humoristes arrivent à faire rire toute la Suisse romande, comme le faisait François Silvant. Le problème, c'est que le cinéma romand est encore victime de sa tradition d'art et d'essai pur et dur. Et puis, il y a quelque chose de l'ordre du protestantisme: on a de la peine à y aller, à être ambitieux, pour toucher les gens. Heureusement, la nouvelle génération s'éloigne du poids des anciens.

Rien à dire sur la pique contre la tradition d'art et d'essai, qu'il aurait même pu qualifier de puritanisme, voire de fondamentalisme, s'il voulait des connotations religieuses. Mais encore et toujours ce mal originel qu'est le protestantisme, cette fois comme clé d'explication de la différence entre Romands et Suisses allemands? C'est oublier que les cantons les plus urbains, paradis des cabarettistes ou patrie des faiseurs de Suisses : Zurich, Bâle et Berne sont aussi protestants que le sont Genève, Vaud et Neuchâtel.

samedi 15 mars 2008

D'Hannelore Kohl à Chantal Sébire

Le dernier épisode français d'un débat sociétal récurrent en Occident m'a rappelé le cas de l'épouse de l'ancien chancelier allemand Helmut Kohl. Comme Chantal Sébire, elle était atteinte d'une maladie "orpheline" évolutive qui l'isolait socialement: allergie à la lumière du jour plutôt que destruction du visage. De la même manière, elle souffrait affreusement, sans possibilité de traitement. Ainsi qu'elle l'avait clairement manifesté préalablement, Hannelore Kohl s'est isolée pour se suicider par surdose de médicaments, laissant des lettres à sa famille.

L'Allemande a exercé sa liberté personnelle de mettre fin à ses jours[1]. La Française revendique, avec fougue pour le Journal télévisé puis devant la justice, un hypothétique droit individuel à ce que l'on mette fin à ses jours. De quoi méditer à n'en plus finir sur l'érosion de la responsabilité individuelle et la fascination envers le pouvoir étatique, médicalisé de préférence. A côté de ma sympathie pour la souffrance physique et morale de cette femme qui veut en finir mais ne voit pas comment s'y résoudre par elle-même (ou ne trouve pas cela "digne"), je conjure une vision plus caustique: Super Sarko lui tenant la main pendant qu'on lui injecte une solution portant la marque du Service Public, comme si c'était une garantie absolue de qualité par rapport au risque, certes réel, du suicide raté.

Cela n'a pas grand chose à voir avec l'euthanasie, qui est le fait de donner activement la mort à titre compassionnel[2]. Dont le droit positif ou la jurisprudence peuvent déduire, ou non, des conséquences variées (de l'absence de poursuite à une condamnation à une peine réduite), en stipulant des conditions variables pour les éléments justificatifs[3] (existence d'une déclaration préalable de volonté, exercice médicalisé etc.), pour les cas qui sont identifiés comme tel: comme pour bien d'autres comportements, il y a ici un "chiffre noir" difficile à évaluer d'actes non répertoriés, accomplis par exemple sur un champ de bataille ou dans des service hospitaliers. En Suisse, c'est l'article 114 du code pénal:

Meurtre sur la demande de la victime
Celui qui, cédant à un mobile honorable, notamment à la pitié, aura donné la mort à une personne sur la demande sérieuse et instante de celle-ci sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.

Ce que Chantal Sébire demande, manifestement, c'est une assistance au suicide du type de celle qui, en Suisse, est pratiquée de manière bien établie dans le cadre d'associations et qui, pour l'une d'elle à Zurich, s'exerce également au bénéfice de personnes venues de l'étranger. Au demeurant, cela ne résulte que de l'interprétation a contrario de l'article 115 CPS, qui criminalise bel et bien l'incitation et l'assistance au suicide:

Incitation et assistance au suicide
Celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide, sera, si le suicide a été consommé ou tenté, puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire.

Tout est dans le "poussé par un mobile égoïste"... L'action d'Exit - Association pour le droit de mourir dans la dignité ou celle, plus controversée[4], de Dignitas, a en tout cas permis l'éclosion de rituels pré-funéraires, en quelque sorte, entourant la personne au moment où elle prend, elle-même, les comprimés ou autre liquide destinés à assurer un décès sans souffrance. Ces rituels sont parfois familiaux[5], parfois destinés à contourner les contraintes du grand âge[6]. Ils évitent l'écueil de la solitude et pallient l'insupportable contrainte d'avoir à se cacher de peur d'être "pris en faute" qui entachent le suicide: que l'on songe à Claire Quillot, interrompue dans son suicide conjoint avec son mari Roger, puis quelques années plus tard empêchée de se suicider par les gendarmes à qui une "amie" avait dénoncé son intention, avant d'y parvenir le lendemain.

On l'aura compris, ce billet n'évoque que le suicide de fin de vie décidée de manière aussi libre, rationnelle et sereine qu'il est possible, pas le suicide comme seule porte de sortie imaginée à une situation de contrainte ou de désespoir tel qu'il peut frapper des personnes de tous âges, d'ados confrontés à leur homosexualité au Dr David Kelly ou au chef de la police de Manchester!

A lire aussi sur ce blog: Après la médicalisation de la mort naturelle, celle du suicide?

A lire ailleurs:

Notes

[1] Je garde le souvenir vivace d'un éditorial de Françoise Giroud dans L'Express saluant la décision du professeur Antoine Lacassagne de se suicider (1971).

[2] Et encore moins avec la problématique de l'interruption du traitement de patients en état végétatif.

[3] Avec la certitude de créer de nouveaux cas limites...

[4] Il y a un moment ou le prosélytisme enthousiaste confine au mobile égoïste!

[5] Je songe au cas très public d'un ancien homme politique genevois, père d'un ami.

[6] je songe au cas d'une professeure que j'ai eue, que ses compagnons d'Exit ont dû préalablement sortir de son établissement médico-social pour l'installer dans une chambre d'hôtel; il est actuellement question que des établissements reconnaissent le droit de leurs résidents à se suicider dans leurs murs.

mercredi 12 mars 2008

Un New Yorkais vit une année conformément aux commandements bibliques

Non, pas de rapport avec le billet précédent: ce n'est pas la pénitence que s'inflige Eliot Spitzer mais l'expérience rapportée dans un livre par un journaliste du magazine Esquire, Arnold Jacobs, par ailleurs Juif agnostique. Lisant l'Ancien et le Nouveau Testament, il a dans un premier temps identifié pas moins de 700 règles de vie. Il s'est aussi entouré de conseillers religieux. A lire le Daily Telegraph qui s'est entretenu avec lui, il y a une part sérieuse dans cette entreprise: Jacobs a réalisé que nous autres bobos passons un temps considérable à médire de notre prochain. Et qu'un effort pour s'en abstenir produit des effets positifs. Sa femme garde, elle, un souvenir cuisant du sexisme induit par la Bible. Sa lapidation d'un couple adultère s'est limitée à un modeste jet de gravier. Quant aux rapports avec leurs amis homosexuels, il a fallu trouver un théologien particulièrement ouvert à ce que les juristes appellent l'interprétation conforme pour dégager un sens acceptable et praticable...

mardi 11 mars 2008

La chute d'Eliot Spitzer

Pourquoi lire des thrillers quand il y a les infos? La démission inéluctable du gouverneur de l'Etat de New York (près de 20 millions d'habitants) en a tous les ingrédients.

L'effet de surprise et la rapidité de l'action: il n'y a pas eu le moindre signe annonciateur, bien au contraire, avant que le New York Times ne révèle lundi qu'Eliot Spitzer était impliqué comme client dans une affaire de prostitution et blanchiment d'argent, puis qu'il apparaisse immédiatement devant la presse, sa femme à ses côtés, pour présenter des excuses et une autocritique (quoique le ton ne donne pas vraiment l'impression de la contrition).

Des rebondissements multiples: la carrière de Spitzer l'a fait passer de procureur fédéral (où il lui arrivait de poursuivre, proclamant son écoeurement, des réseaux de prostitution) à procureur général de l'Etat de New York (où il s'est fait une réputation de Monsieur Propre sur le dos des milieux financiers) puis gouverneur élu triomphalement il y a à peine plus d'un an. Présenté comme le futur premier président juif des Etats-Unis, Il a rapidement perdu du crédit au travers d'une utilisation abusive des pouvoirs de sa fonction pour tenter de compromettre le chef de la majorité républicaine au Sénat de l'Etat.

De la vulgarisation juridique: le point de départ de l'enquête, c'est la vérification des données bancaires du gouverneur par le fisc fédéral. Ce sont des virements douteux vers des bénéficiaires servant de boîte aux lettres qui ont donné l'alerte. Les agents étaient loin de se douter que c'était "seulement" pour payer des passes! Il a fallu l'autorisation du ministre fédéral de la justice (Attorney General) pour engager la procédure, vu la qualité du prévenu, et d'un juge pour mettre tout le monde sous écoute. Et attendre un passage de frontière entre Etats pour que se matérialise l'infraction fédérale: la veille de la Saint-Valentin, Spitzer a passé commande pour une nuit dans une chambre d'hôtel à Washington. Le document par lequel les autorités ont ouvert la procédure criminelle fait 55 pages et est public.

Des détails croquignolets: le service s'appelle Emperors Club, rien de moins. Spitzer est identifié dans la procédure comme "Client 9". Dans l'hôtel où il se trouvait très officiellement il avait réservé sous un nom d'emprunt une seconde chambre, dans laquelle il s'est rendu à l'insu de son garde du corps. Et je suis surpris du nombre de coups de fils fastidieux qu'il a fallu échanger simplement pour s'assurer que le paiement préalable était arrivé à bon port.

De la psychologie: qu'est-ce qui peut bien pousser à une conduite aussi suicidaire politiquement, à un tel dédoublement de personnalité?

Du politico-people: David Paterson, le successeur désigné (Lieutenant Governor), est un Noir malvoyant au caractère nettement plus amène que Spitzer. Comme lui, il soutient Clinton et non Obama.

Du sexe évidemment: Spitzer aurait payé pas moins de 4'300$ [1] pour une prestation dont on veut bien croire qu'elle a dû être haut de gamme (encore que la dame s'est déplacée démocratiquement en train). Si je vois une bonne raison pour qu'il démissionne, c'est qu'il paraît avoir voulu solliciter une relation non protégée.

COMPLEMENT DU 12.03 à 16H47: Et voilà, c'est fait. Démission télévisée en direct, aussi digne que possible vu les circonstances (la vidéo, le texte intégral):

I go forward with the belief, as others have said, that as human beings, our greatest glory consists not in never falling, but in rising every time we fall. As I leave public life, I will first do what I need to do to help and heal myself and my family. Then I will try once again, outside of politics, to serve the common good and to move toward the ideals and solutions which I believe can build a future of hope and opportunity for us and for our children. I hope all of New York will join my prayers for my friend, David Paterson, as he embarks on his new mission, and I thank the public once again for the privilege of service.

A lire aussi sur ce blog: Le sexe entre liberté, contrainte et argent

Notes

[1] C'est un peu plus compliqué que cela: il lui restait 2'600$ sur son compte chez Emperors Club, ce qui n'était pas assez pour sa commande. La procédure indique qu'il a réapprovisionné son compte de telle manière qu'il lui resterait ensuite un crédit de 1'000$. Si je compte bien, cela signifie que la soirée lui a coûté 5'900$. Mais c'est sans garantie, il y a encore quelque chose que je ne comprends pas entre le paiement effectué juste avant (par porteur, apparemment) et le solde qu'il a remis en cash à la dame. Autre chose: il avait réservé pour quatre heures et n'en a consommé que deux, j'ignore si la facturation est forfaitaire ou au temps effectif (mais j'incline presque à le croire, tant Emperors Club semble avoir une obsession maniaque à conaître l'heure à laquelle il est entré dans la chambre puis en est sorti: à croire qu'ils sont certifiés ISO 9000...).

samedi 8 mars 2008

Subprime, capitalisme, économie de marché et morale

Un Michel Rocard des bons jours a publié dans Le Monde un texte qui me paraît dépasser largement l'affaire de l'UIMM qui en fournit l'accroche. On devrait l'utiliser comme catéchisme de la "gauche de marché" face aux tentations nihilistes et chimériques de l'"autre" gauche, dont des bouffées menacent occasionnellement chacun.

  • Assurant la liberté d'entreprendre, de produire et de commercer, l'économie de marché est à la fois le point d'ancrage et la garantie de la liberté tout court dans notre civilisation. Elle est vieille de plus de trois mille ans.
  • Vieux, lui, d'à peine plus de deux cents ans, le capitalisme y a ajouté – par la machine et l'épargne collectivement utilisée – un système de production de masse inouï dont on n'a jamais inventé ni l'équivalent ni le substitut.

Je suis un peu moins convaincu de la description de l'essor de l'actionnariat "organisé en fonds de pension, fonds d'investissements et fonds d'arbitrage ou hedge funds", comme si c'était deux choses différentes, comme si les fonds de pension étaient autre chose que les salariés qu'ils représentent. Mais bon.

Plus ponctuellement, j'y ai enfin trouvé l'explication de ce qui est scandaleux dans les prêts subprime [quoique: voir le commentaire d'Alexandre ci-dessous]:

une technique bancaire nouvelle consistant à prêter massivement de quoi devenir propriétaire de son logement à toute une population aux revenus moyens ou faibles, sans se soucier des possibilités de remboursement. L'espoir du gain pour les prêteurs n'est plus fondé sur le paiement des loyers, mais sur la valeur des maisons que l'on expropriera et revendra autant que nécessaire. Un million trois cent mille Américains ont été ainsi expropriés ces deux dernières années et trois millions d'autres sont menacés. (...) La rapacité bancaire s'est là débarrassée de tout scrupule découlant du fait que ses victimes étaient des êtres humains. La cause majeure de la crise est clairement l'immoralité.

samedi 1 mars 2008

Harry en Afghanistan

En vacances au soleil cette semaine... Nous rentrons demain. A la télé, outre Arte (Espagne) et TV5Monde (que Sarko est en train de détruire, dommage), nous regardons CNN, BBC News et Sky News qui passent depuis 3 jours en boucle l'info du prince Harry en Afghanistan depuis décembre. Et le feuilleton peut continuer, maintenant qu'il est forcé de rentrer.

Ce qui me semble intéressant à relever, c'est l'accord que les autorités britanniques ont pu passer avec tous les médias nationaux pour ne pas en parler. En échange, ils ont obtenu des envoyés spéciaux, des interviews, mais pour publication ultérieure. Que même The Independant ou The Guardian acceptent de se plier à ce genre de convention témoigne d'un degré qui reste élevé de cohésion nationale -- ou de maîtrise du pouvoir par une élite qui se reconnaît.

Calendrier

« mars 2008 »
lunmarmerjeuvensamdim
12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31

FB Google+ Reader

Subscribe to the feed
Or to the daily newsletter

Dernières tranches

Tranches de choix

  • Blogs d'élu-e-s romand-e-s
  • Où sont les blogueuses politiques?
  • Sheila, les mages et moi (Epiphanie + 1)
  • Après la "flat tax", l'impôt "dégressif"
  • Politique: la force d'inertie
  • La politique n'est pas une compétition
  • Tous athées
  • La légèreté délicieuse qui sous-tend la Création
  • Abolir le mariage en faveur d'un PACS+?
  • Après les élections irakiennes
  • Gérontoloftophilie
  • Archaïsme et modernité: polygamie et pouvoir dans la société française
  • Le Cristal-Rouge, vraie fidélité à Henri Dunant
  • Outreau, chronique d'une erreur judiciaire annoncée
  • Mgr Genoud et les gays
  • Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues
  • Typologie du "mariage gay"
  • Fumée dans les lieux publics et Constitution
  • Affaire Plame
  • Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise
  • (Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi
  • Bonnes nouvelles d'Irak (35)
  • Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique
  • Rocard et le congrès du Mans
  • Le combat de Jacob avec...
  • Saïda vs Tariq
  • Inégalité et pauvreté
  • GB: deux points pour la blogosphère
  • Kouchner comme joker anti-Sarko
  • Excuse et apologie, romantisme et culpabilité
  • Retour sur le "Rainbow Warrior"
  • Lendemain d'attentat
  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    Le Temps

    Domaine Public

    Têtu

    Abonnez-vous