Quand l'intendance ne suit pas
François Brutsch | jeudi 22 novembre 2007 à 19h46 | droit/politique | rss
Décidément, la scoumoune poursuit Gordon Brown depuis sa fatale décision d'annuler les élections qui étaient prévues pour le début de ce mois. Après bien d'autres[1], avant la prochaine, l'affaire des des deux disquettes égarées contenant les données personnelles et bancaires des 25 millions de personnes (adultes et enfants) concernées par les allocations familiales est édifiante à bien des égards. Ceux que je souligne personnellement:
- Fragilité de l'hypercentralisation: au-delà d'un certain seuil, l'économie d'échelle se paie d'un coût plus que proportionnel du moindre bug. A quand la "fédéralisation" de l'Angleterre?
- Caractère crucial des ressources humaines, du management et de l'organisation: on se gargarise volontiers, surtout à gauche, de la spécificité du service public. Mais l'idéalisme ne remplace pas le professionnalisme, surtout pour une activité aussi peu glamour. Et de ce point de vue, l'Etat moderne souffre lui aussi du défaut dont on affuble volontiers les ogres capitalistes. A l'obsession du court terme et de la valeur actionnariale prêtée aux dirigeants des multinationales, qui négligent les intérêts à long terme de l'entreprise et de son personnel, de sa clientèle, de ses fournisseurs et de la société en général (les stakeholders), correspond très précisément le mépris des dirigeants politiques, obnubilés par l'échéance électorale suivante et leur positionnement par rapport au parti adverse, pour l'intendance (et l'effet réel des annonces dont ils sont friands): au sens étroit, l'administration; au sens large, la mise en oeuvre, le contrôle et l'évaluation des politiques publiques[2].
- L'opposition conservatrice a été rapide à exploiter l'affaire en attaquant sur un deuxième front pour embarrasser au maximum des travaillistes pas toujours à l'aise sur le sujet: elle réclame le retrait du projet de doter tout habitant du Royaume-Uni d'une pièce d'identité (= carte d'identité nationale pour les Britanniques, titre de séjour pour les étrangers résidants). Mais comme l'a immédiatement relevé David Blunkett[3], ancien ministre de l'intérieur, c'est le contraire: c'est parce qu'il n'y a pas de pièce d'identité qu'aujourd'hui tout repose sur la communication de données personnelles ou bancaires (que ces disquettes permettront de produire facilement -- pour autant qu'elles tombent en des mains à la fois malintentionnées et techniquement compétentes, ce qui n'est pas encore certain) et qu'il est donc relativement facile d'usurper une identité pour obtenir une carte de crédit ou une allocation de chômage; une fois les pièces d'identité introduites, non seulement le contrôle sera plus simple mais l'usurpation d'identité exigera la falsification du document.
Notes
[1] Avance des pensions alimentaires, crédits d'impôts, détenus en attente d'expulsion, certification des personnes autorisées à travailler avec des enfants, registre des délinquants sexuels, statistiques de l'immigration, certification des agents de sécurité privés...
[2] D'un autre côté, qu'ils veuillent s'en mêler (et ça a été un des axes de l'action de Tony Blair qui avait bien identifié qu'avec l'évolution du rôle de l'Etat et des attentes des citoyens c'est ce volet qui devient déterminant) et on les accuse de "politiser l'administration" et de faire du micromanagement: Damned if they do, damned if they don't.
[3] Comme quoi même dans The Sun qui est tout ce que j'ai trouvé tout à l'heure au café, il y a quelque chose à lire!








Commentaires
1. Le vendredi 23 novembre 2007 à 09h32, par Vonric
2. Le samedi 24 novembre 2007 à 12h53, par Step
3. Le samedi 24 novembre 2007 à 16h00, par François Brutsch
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