août 2007 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 29 août 2007

Pour les fans de

Avis aux fans qu'il faut bien tenter de consoler: François Brutsch est vacances jusqu'au 13 septembre. On dévoilera même un pan de sa vie privée en disant qu'il s'adonne aux joies des randonnées en Toscane.

Pendant ce temps, Catherine Nivez fait un coming out: après avoir parlé blogs tous les matins qu'Europe 1 fait, elle ose un passage à l'acte et rejoint son compagnon Pierre Chappaz[1] sur Kelblog. Elle continuera ses chroniques à la radio, mais à un rythme hebdomadaire, le dimanche matin et soir.

Restons avec les grandes pointures, voire les toutes grandes: Mark Steyn cite dans un article qui devient un article fleuve - et c'est tant mieux - des textes qu'il avait commis au sujet de Lady Diana, dont un a paru dans un ouvrage consacré aux personnagers qui ont façonné le XXème siècle. Pas besoin de s'intéresser à la famille royale ou aux people pour trouver de quoi nourrir la réflexion en profondeur. Un exemple:

Diana was the queen of hearts, her mother-in-law is a Queen with no heart; Diana was a warm mother, Charles is a cold father. Were they? Who really knows?

Once upon a time, we were more mature: we knew enough to know we didn’t know the Royal Family. You don’t have to go back a century, just to that long-ago day before yesterday before Lady Diana came along. In the years immediately after the Queen’s Silver Jubilee in 1977, the Royal Family were more popular than ever - and no one knew a thing about them.

Epoque où l'agnosticisme allait de soi, où les foules comme les médias était kantiens sans le savoir, puisqu'ils savaient qu'ils ne savaient rien sur la chose en soi...

Notes

[1] Co-fondateur de Kelkoo, ancien directeur de Yakoo Europe, actuellement président du nouveau moteur de recherche d'informations de Wikio

dimanche 26 août 2007

"On ne peut pas réfléchir dans des conditions soumises à des votes"

Une pensée profonde très juste de Michel Rocard, qu'un vieux renard comme lui feint seulement de découvrir: c'est en dehors des partis que l'on peut penser, débattre, innover, puis le rôle des partis est de faire leur choix, mettre en musique (en programme) et sélectionner le personnel politique.

C'est sur le Nouvel Obs, sponsor de l'université d'été des Gracques et qui paraît le site à suivre pour le débat sur la reconstruction de la gauche française, avec notamment ces interventions de Jacques Julliard ou de Jean Daniel, parmi plein d'autres choses.

Reformulé et complété le 27.08 à 1h48

vendredi 24 août 2007

Le discours de Bush aux anciens combattants américains

Il mérite la lecture intégrale, une fois de plus! Surtout en ce moment où, même si une hirondelle ne fait pas le printemps, la visite de Bernard Kouchner à Bagdad semble annoncer que la France est prête à cesser de punir les Irakiens pour avoir été libérés malgré elle.

Il n'y a pas que le retournement dialectique de la comparaison entre l'Irak et le Vietnam invoquée par ses adversaires depuis des années, mais sous l'angle embarrassant des conséquences funestes sur le plan humain et sur le plan stratégique lorsque l'Amérique abandonne la partie comme certains proposent de le faire à nouveau. Bush rappelle combien le Japon aujourd'hui démocratique, prospère et allié a été un ennemi impitoyable qui paraissait à beaucoup sans espoir:

There are other critics, believe it or not, that argue that democracy could not succeed in Japan because the national religion -- Shinto -- was too fanatical and rooted in the Emperor. Senator Richard Russell denounced the Japanese faith, and said that if we did not put the Emperor on trial, "any steps we may take to create democracy are doomed to failure." The State Department's man in Tokyo put it bluntly: "The Emperor system must disappear if Japan is ever really to be democratic."

Those who said Shinto was incompatible with democracy were mistaken, and fortunately, Americans and Japanese leaders recognized it at the time, because instead of suppressing the Shinto faith, American authorities worked with the Japanese to institute religious freedom for all faiths. Instead of abolishing the imperial throne, Americans and Japanese worked together to find a place for the Emperor in the democratic political system.

And the result of all these steps was that every Japanese citizen gained freedom of religion, and the Emperor remained on his throne and Japanese democracy grew stronger because it embraced a cherished part of Japanese culture. And today, in defiance of the critics and the doubters and the skeptics, Japan retains its religions and cultural traditions, and stands as one of the world's great free societies.

Pour ceux qui persistent à sous-estimer Bush, il y a ce passage dans lequel il se paie le luxe du parallèle entre l'attitude républicaine sous un président démocrate, Harry Truman, à propos de la guerre de Corée, et les démocrates aujourd'hui:

After the North Koreans crossed the 38th Parallel in 1950, President Harry Truman came to the defense of the South -- and found himself attacked from all sides. From the left, I.F. Stone wrote a book suggesting that the South Koreans were the real aggressors and that we had entered the war on a false pretext. From the right, Republicans vacillated. Initially, the leader of the Republican Party in the Senate endorsed Harry Truman's action, saying, "I welcome the indication of a more definite policy" -- he went on to say, "I strongly hope that having adopted it, the President may maintain it intact," then later said "it was a mistake originally to go into Korea because it meant a land war."

Throughout the war, the Republicans really never had a clear position. They never could decide whether they wanted the United States to withdraw from the war in Korea, or expand the war to the Chinese mainland. Others complained that our troops weren't getting the support from the government. One Republican senator said, the effort was just "bluff and bluster." He rejected calls to come together in a time of war, on the grounds that "we will not allow the cloak of national unity to be wrapped around horrible blunders."

Many in the press agreed. One columnist in The Washington Post said, "The fact is that the conduct of the Korean War has been shot through with errors great and small." A colleague wrote that "Korea is an open wound. It's bleeding and there's no cure for it in sight." He said that the American people could not understand "why Americans are doing about 95 percent of the fighting in Korea."

Many of these criticisms were offered as reasons for abandoning our commitments in Korea. And while it's true the Korean War had its share of challenges, the United States never broke its word.

Today, we see the result of a sacrifice of people in this room in the stark contrast of life on the Korean Peninsula. Without Americans' intervention during the war and our willingness to stick with the South Koreans after the war, millions of South Koreans would now be living under a brutal and repressive regime. The Soviets and Chinese communists would have learned the lesson that aggression pays. The world would be facing a more dangerous situation. The world would be less peaceful.

Instead, South Korea is a strong, democratic ally of the United States of America. South Korean troops are serving side-by-side with American forces in Afghanistan and in Iraq. And America can count on the free people of South Korea to be lasting partners in the ideological struggle we're facing in the beginning of the 21st century.

Mais lisez tout!

jeudi 23 août 2007

Mouton noir ou brebis perdue?

Après avoir vu en Suisse les affiches du mouton noir, à l'appui de l'initiative (purement électoraliste[1]) de l'UDC pour l'expulsion des étrangers criminels[2], me voici de retour à Londres où la presse est pleine d'un beau cas pratique: faut-il expulser vers son Italie natale, au terme de sa peine, le meurtrier de Philip Lawrence, un enseignant qui s'était interposé alors qu'un gang s'en prenait à un élève[3]? Oui, clame la veuve, le gouvernement travailliste, l'opposition conservatrice et la plus grande partie des médias et de l'opinion publique. Non, a décidé un tribunal qui fait prévaloir le droit que l'intéressé peut tirer, en qualité de ressortissant de l'UE, d'une directive européenne restreignant l'expulsion entre pays membres, et son "droit à la vie familiale" au Royaume-Uni inscrit dans la Convention européenne des droits de l'homme (le gouvernement fait recours).

Ce qui est au moins remarquable, c'est la qualité de la couverture médiatique de l'affaire: des opinions vigoureuses allant du populisme le plus xénophobe à l'élitisme le plus naïf, des informations complètes et une présentation pédagogique des acteurs et des normes, nationales ou internationales, en jeu. Voir The Daily Telegraph, The Times, The Guardian et The Independant.

Notes

[1] Les élections fédérales sont en octobre.

[2] La prime de la confusion et de la démission politique à la réaction de l'extrême gauche genevoise: sommer l'autorité municipale d'interdire les affiches pour contrariété à la norme pénale contre le racisme!

[3] Qui a mal tourné, pour rendre toute cette histoire encore plus désespérante.

dimanche 19 août 2007

Ratatouille

Même si l'unanimité (ou presque) de la critique et du public peut exercer un effet dissuasif: il ne faut pas bouder ce qui est un immense plaisir - un régal pour l'âme, un baume pour le coeur. Il faut aller se régaler du film Ratatouille.

Fidèles au style Disney, les personnages sont touchants et attachants, mais sans aucune mièvrerie, sans aucun racolage. C'est-à-dire sans clins d'oeil lourds et appuyés.

Certes, certains traits de morale moderne y sont distillés: l'impératif d'être soi-même, de croire en soi-même, d'utiliser à fond son imagination qui est l'emblème d'une liberté infinie... mais c'est distillé finement, sur fond d'une bienveillance et d'une confiance dans les êtres typiquement américaines qui sont premières, mais, en l'occurrence, exemptes de naïveté. Si on prend le temps d'y penser, la morale finale surprend, car elle dévie (légèrement) du rêve américain qui semble être l'une des bases idéologiques de l'animation.

Le thème de la bonne cuisine est un prétexte, il ne constitue aucunement un message. C'est à tort qu'on y verra des clichés ou des caricatures sur Paris et la culture française, dont la gastronomie fait partie. Mais c'est très surprenant de voir apparaître tous ces éléments dans un film d'animation américain destiné à un public de jeunes et d'adultes.

En résumé, les ingrédients de cette ratatouille sont beaucoup de finesse, de tendresse, d'humour portés par une technique, certes époustouflante, mais à qui n'a pas été dévolu pour autant le premier rôle.

Et puis, à l'heure des vacances américaines de Monsieur Sarko, ce film semble avoir été programmé pour sceller la réconciliation entre le pays de la souris (et plus tard du rat) et celui du coq (ou des grenouilles).

samedi 18 août 2007

Congrès de l'UDC: hyperbolique sans vergogne

L'UDC - Union Démocratique du Centre [1] tenait un congrès extraordinaire à Bâle aujourd'hui - comme le Matin en ligne en fait déjà le reportage. Un discours radicalisé, si c'était encore possible, qui fera le bonheur de ses détracteurs symétriquement opposés, mais qui pourrait donner quelques soucis aux modérés. En effet, le style Nous appelons un chat un chat (ou un bouc un bouc), semble proche des préoccupations des gens et a des accents très persuasifs, même quand c'est énoncé par un non francophone[2]. Là où les gens auront de la peine, c'est la revendication d'un manichéisme qu'on croyait confiné outre-Atlantique ou à l'extrême-droite. Car les élections fédérales du 21 octobre placent la Suisse devant le choix entre l'enfer socialiste et le paradis UDC. Certes, les gens savent reconnaître une hyperbole, même si ce trope-là n'est pas une idiosyncrasie helvétique. Certes, les Suisses pro-UDC sont moins primairement antiaméricains que d'autres et se retrouvent dans une expression sommaire des valeurs conservatrices articulées sur l'axe du bien et du mal. Mais jusqu'ici, on ne les avait pas vu à ce point décomplexés. La droite (ou la gauche) raisonnable doit encore arriver à falsifier l'équation non populiste = non décomplexé.

A relever quelques points de rencontres avec les socialistes. D'abord, ces derniers se réunissaient aussi à Bâle aujourd'hui. Mais surtout, on a fait l'honneur de reprendre à leurs cousins français l'idée, perfectionnée, d'un contrat avec le peuple. Perfectionné puisque le document signé par les délégué-e-s est est sous la forme d'un parchemin pour rappeler le Pacte fédéral de 1291.

Ce sera peut-être un caractéristique du début du XXIème siècle. Sur le plan des discours politiques, le froid de la guerre avait perduré dans le rationalisme froidement gestionnaire de la rhétorique politique qui a suivi. Pour se faire réchauffer maintenant par un grand retour des symboles, des valeurs, des mythes. Est-ce pour le meilleur - le paradis de la libre et riche expression - ou le pire: l'enfer populiste?

Notes

[1] Parti de la droite populiste-mais-démocrate

[2] Cf. les clips dont les liens sont dans l'article

vendredi 17 août 2007

Rhétorique et poétique de l'humanocentrisme

J'ai appris l'existence d'un lobby à l'habillage surréaliste, qui existerait depuis 2003, au détour d'un article de Philippe Barraud qui ironisait sur les mésaventures d'un médecin libéral, pôle humaniste, passé à l'écologie libérale. Ce dernier a vécu comme une contrariété la confrontation avec un taureau et des vaches sur leur pâturage, la question étant à peu près de savoir qui avait la priorité, qui était chez soi. Et c'est donc dans ce contexte qu'est évoqué, comme terme de comparaison,un certain groupement nommé AQUA NOSTRA, qui, comme son nom ne l'indique pas, veut remettre l'être humain au centre, face aux sectarisme, au fondamentalisme écologiste. On prône le recours à une pesée des intérêts équitables où l'être humain est au centre des préoccupations, un développement durable au service de l'homme. Car

figer (la nature), en excluant l'homme, c'est se confiner dans une vision doctrinaire du cours du monde. L'épanouissement de l'être humain dicte la conduite d'AQUA NOSTRA SUISSE dans le respect des spécificités de chaque région et du patrimoine naturel que ses membres jugent indispensable de transmettre aux générations futures.

Enfin, c'est comme ça qu'est habillée ce qui s'avère plus prosaïquement une défense au service notamment des milieux des transports routiers, si on se réfère aux noms connus dans le Comité (que des hommes). Mais c'est tellement bien dit et envoyé qu'on serait prêt à leur sacrifier confier quelques millimètres carré de paysage qui ne seraient pas jugés digne d'être conservé, ou encore quelques millilitres d'air que des esprits réactionnaires, au nom du mythe proche de celui de la virginité qu'on doit pouvoir psychanalyser, voudraient garder purs.

lundi 13 août 2007

La "flat tax" en Suisse?

Oh, il n'y a pas de quoi se réjouir (ou s'indigner) trop tôt! Mais enfin c'est désormais le ministre des finances lui-même, Hans-Rudolf Merz, qui en parle à la SonntagsZeitung pour l'impôt sur le revenu, et plus seulement des fonctionnaires rêveurs ou des idéologues en mal de révolution (voir aussi ce site[1]).

La flat tax, ou impôt à taux unique, c'est un impôt progressif (contrairement à ce que l'on croit ou raconte souvent), mais régulier et non sujet à des accélérations ou déccélérations de la courbe à prétention socio-politique. Il a un but unique: faire rentrer de l'argent dans les caisses publiques au meilleur coût[2]. Les autres préoccupations dont la politique fiscale est souvent surchargée sont renvoyées à d'autres modalités de l'action publique, plus appropriées et d'un coût de fonctionnement moins élevé.

D'un côté, la Suisse présente une prédisposition psychologique relativement favorable: on n'y révère pas l'Etat et l'hypertrophie administrative, on n'est pas trop porté sur la haine des riches et on aime l'efficacité. Mais la simplicité? Pas vraiment! C'est un pays d'ingénieurs, d'horlogers amoureux de leurs "complications". Un monstre institutionnel comme la RPT (comme on l'a mal traduit de l'allemand: Réforme de la Péréquation financière et de la répartition des Tâches entre la Confédération et les cantons), a fini par passer, au prix d'ailleurs d'atermoiements qui laissent mal augurer de la réalité des bénéfices escomptés, qui étaient politiques et non seulement financiers.

Pour l'impôt à taux unique, l'obstacle sera de même ordre, avec l'inconvénient d'être clair et facile à comprendre: il s'agit de parvenir à transcender les niveaux de souveraineté fiscale (en Suisse l'impôt sur le revenu est le cumul d'une assiette et d'un taux fédéral, d'une assiette et d'un taux cantonal et d'un taux communal). Car il n'aurait guère de sens d'avoir une flat tax qu'à un seul niveau.

COMPLEMENT DU 15.08 A 19h56: Jean-François Mabut évoque une fort intéressante proposition, remontant à 1998 déjà, du professeur Carl-August Zehnder qui adapte remarquablement le concept de l'impôt à taux unique (flat tax) aux besoins d'un Etat fédéral.

Notes

[1] Qui confirme une tendance regrettable à voir des sujets d'importance nationale traités sans la participation de Romands, donc dans la seule langue de Goethe.

[2] Comme le souligne un commentaire, il ne s'agit pas seulement d'appliquer un seul taux, mais surtout de supprimer le jeu des déductions qui va de pair avec la tentation d'échapper à une progressivité accélérée: pour résumer, la flat tax s'applique au revenu brut déduction faite d'un montant forfaitaire, alors que l'impôt à taux variable s'applique à une fiction pleine de distorsions, le revenu imposable (complément du 14.08 à 0h30 actualisé le 15.08 à 19h56).

dimanche 12 août 2007

Entre oubli, faux souvenir et mythe

On sait que l'écoulement du temps peut parfois aider à surmonter un traumatisme. On connaît le False Memory Syndrome, en français syndrome des faux souvenirs. Et il y aussi ce besoin de racines, d'une filiation.

C'est à tout cela que me fait penser un petit texte fascinant dans le courrier des lecteurs du Monde d'aujourd'hui:

Histoire de scouts

Que le mouvement scout célèbre ses cent ans d'existence en Grande-Bretagne, rien de plus normal. Mais de voir les scouts de France d'obédience catholique célébrer aussi leur centenaire est pour le moins curieux. Faut-il rappeler que l'Eglise a vu dans la création des Eclaireurs de France (laïques) et des Eclaireurs unionistes (protestants) une menace pour ses patronages et qu'elle dénonçait alors le scoutisme comme une institution judéo-maçonnique et protestante? A preuve ce texte relevé dans L'Echo de Saint-Clair de Nantes, le 28 décembre 1913: "A notre jeunesse nationale catholique, les francs-maçons et laïcisateurs ont opposé une jeunesse laïque anglaise, les boy-scouts, mot anglais qui signifie, dit-on, éclaireurs. Parents français, nos francs-maçons laïcisateurs veulent faire de vos enfants de petits Anglais! Aujourd'hui ils travaillent pour l'Angleterre comme hier ils travaillaient pour l'Allemagne. Petits enfants de France, retirez-vous de leurs rangs. Toute société qui a écarté le prêtre cache un pasteur ou un rabbin qui travaillent pour le compte de l'Angleterre ou de la Prusse." L'interdiction d'adhérer au scoutisme, promulguée dans tous les diocèses, ne sera levée qu'en 1920, date de la création des Scouts de France. Ceux-ci feraient donc bien d'attendre 2020 pour célébrer "leur" centenaire!

Jean Guiffan, Nantes

Sur le scoutisme, il faut lire la remarquable série de billets de Verel (à partir de celui-ci et jusqu'au 11 août).

samedi 11 août 2007

Famille, justice et délinquance

Deux choses m'interpellent dans l'affaire de la collégienne de 14 ans poursuivie en justice, à Thionville (Moselle), pour avoir volé le chéquier de sa mère et dépensé 2500 € en quelques jours de fugue avec une amie, racontée par Le Monde d'une manière passablement formelle et juridique qui rencontre l'approbation d'Eolas; le quotidien y consacre un éditorial pour s'en prendre... à la victime[1], plus précisément aux autorités qui ont estimé que la loi permettait de donner suite à sa plainte, et au législateur qui a introduit une modification récente (sans forcément en mesurer toutes les conséquences, il faut lire Jules de Diner's room) rompant avec "une tradition juridique française qui remonte au droit romain: l'immunité familiale":

  • La conception paternaliste, et non individualiste, de la famille ici défendue, à partir de laquelle il n'y a qu'une différence de degré (et non de nature) dans l'acceptation ou le refus de la mutilation génitale (excision) des filles ou les mariages arrangés. Les arguments plaidant contre l'intervention de la justice entre membres de la famille étaient précisément ceux invoqués par les adversaires de la punissabilité du viol entre époux.
  • La défiance de principe même à l'égard de la justice des mineurs (puisque c'est devant un juge des enfants que l'adolescente devait être présentée), alors qu'on sait qu'elle correspond davantage, par sa procédure, ses traditions et la palette des moyens à sa disposition, que la justice ordinaire à leur idéal commun. On ne peut pas à la fois s'indigner de l'abaissement de l'âge d'entrée dans la justice des adultes et refuser que les mesures spécifiquement prévues pour les mineurs soient appliquées (ou, plus précisément, c'est ce genre d'attitude qui empêche le traitement précoce de la délinquance de mineurs qui viendront ultérieurement encombrer la justice et le système pénitentiaire, et nourrit le populisme répressif).

Je trouve pour ma part hautement souhaitable l'appui ainsi donné à cette famille -- à cette mère à bon droit désemparée, à cette jeune fille sur une voie manifestement dangereuse. Et heureux le fait qu'il ne s'exprime pas (seulement) par des propositions d'écoute à n'en plus finir de la part d'éducateurs et travailleurs sociaux bien intentionnés.

COMPLEMENT DE 14H30: Après les nécrologies, c'est sur les faits divers (qu'il savait aborder en détail et dans une approche socio-psychologique aux antipodes de la presse people ou populiste) que Libé n'est plus lui-même: une dépêche AFP! Mais je commence à croire que c'est l'avocate de la fille qui a choisi la voie de la médiatisation, quand même curieuse pour une histoire comme celle-ci. Et j'espère que les prénoms indiqués sont fictifs, mais ce n'est pas précisé. Le droit britannique est bien moins angélique à l'égard des mineurs, mais au moins il fait respecter avec une rigueur impitoyable leur anonymat (voire celui des majeurs pour protéger leurs enfants).

Notes

[1] Ce n'est que par une citation d'un vice-procureur que le journal nous apprend que c'est une femme de ménage élevant seule ses enfants, pour laquelle ce montant représente "bien plus qu'un mois de salaire".

vendredi 10 août 2007

A 89 ans, Rosemonde Pujol écrit sur un tabou sexuel encore en vigueur

Le dernier numéro de Migros Magazine propose un entretien avec une femme au parcours absolument improbable - et ça commence avec le prénom, comme elle l'évoque elle-même. Pour faire court: Rosemonde Pujol (photo) est née en 1917, a été dans le Conseil national de la Résistance à Marseille (arrestation par la Gestapo, prison, salut dû à sa myopie), a déploré qu'aucune femme n'ait été admise à descendre les Champs-Elysées aux côtés du Général de Gaulle. Puis elle a encore fait beaucoup de choses intéressantes: attachée de presse à l'ambassade de France au Canada, Figaro, France Inter.

En 2007, à bientôt 90 ans, elle publie: Un petit bout de bonheur. Petit manuel de Clitologie, Editions Jean-Claude Gawsewitch.

Cette partie de l'entretien est un must absolu. C'est avec un humour et une simplicité ravageur qu'elle explique sa démarche. On le sait, c'est un sujet bien plus tabou que son "pendant" masculin. Un tabou qui lui a valu de ne pas pouvoir passer chez Ruquier, dont on sait à quel point il ménageait les oreilles familiales. Et alors qu'on s'étonne de l'âge de l'autrice, celle-ci répond que justement, c'est son âge qui lui permet d'en parler si sereinement et sa carrière d'économiste. Même si le sujet commence d'être abordé, (cf. Libé en été 2006, Arte cette année), pour un journal familial, c'est quand même faire très fort. Difficile de commenter plus, sans être soit lourd soit grivois soit les deux, c'est elle qui a les mots pour le dire.

Ceci dit, le reste du parcours évoqué dans l'entretien vaut absolument le détour. L'article n'est pas directement en ligne: il faut se rendre sur le site de Migros Magazine, jusqu'au 12 août, cliquer, en-dessous de 'Recherche' sur 'numéro actuel' par la suite ce sera sur 'Archives'. Il s'agit du numéro 32, Rubrique 'Entretien'

COMPLEMENT DU 17.08.07 A 02h00 - La Tribune de Genève publie à son tout un article sur le sujet. Les gynécologues (deux mâles) interrogés affichent un certain scepticisme voire une franche opposition à l'opinion de Rosemonde Pujol.

Certains médias font croire qu’il y a encore des tabous à briser absolument, et c’est assez mauvais. Cela éveille une curiosité morbide et risque de faire croire aux femmes qu’elles n’ont pas une sexualité normale si elles ne réalisent pas certaines performances.

Bon, en tant que mâle qui plus est gai, on est peut-être mal placé pour prendre position, et ce blog n'a pas de vocation en la matière. Ce qui est intéressant d'observer, c'est que même s'il devait avoir partiellement raison, il répond en partie à côté de la question: Mme Pujol n'a pas parlé de performance. Ce faisant, à son corps défendant, il donne raison à Mme Pujol: tabou gênant il y a. Et taxer un questionnement de curiosité morbide est souvent suspect.

jeudi 9 août 2007

Le sursis pour (bi) bigamie

Huit mois avec sursis et 100 heures de travail d'intérêt général: c'est la peine à laquelle a été condamnée Suzanne Mitchell, 30 ans, mère de 5 enfants et toujours épouse de Charles, pour s'être engagée dans un Civil Partnership avec Caroline Beddows, 24 ans. Revers de l'exotique mépris britannique pour les pièces d'identité et l'Etat trop envahissant[1], les procès en bigamie ne sont pas si rares ici. Les autorités font une rafraîchissante confiance aux déclarations qu'on leur fait car votre parcours de vie n'est enregistré nulle part, mais le mensonge a des conséquences sérieuses.

L'annonce de la peine est la conclusion d'une histoire qui a commencé ici et continué . Je ne sais si la condamnation pénale entraîne dissolution automatique du premier mariage/partenariat ou du second, ou plus probablement astreinte à régulariser la situation: dans ce cas précis, Suzanne est retournée à son époux et c'est la procédure de dissolution du partenariat, et non le divorce, qui resterait à engager.

Notes

[1] Ils en reviennent (les autorités comme le peuple, même si les élites libérales continuent de s'accrocher à leur nostalgie), et la carte nationale d'identité est en bonne voie d'être introduite.

mardi 7 août 2007

Les nécros du cardinal Lustiger (et d'Elie de Rothschild)

Les médias anglo-saxons consacrent traditionnellement une place notable à des nécrologies, à la fois plus nombreuses et plus fouillées que la presse francophone. C'est du journalisme finalement bon marché, dont on peut préparer l'essentiel dans un temps creux, qui rencontre l'intérêt des lectrices et lecteurs pour l'humain avant même l'invention du people et qui, pour la presse de qualité, permet de compléter le récit de l'instant présent par l'évocation historique voire l'approfondissement plus soigné qu'à l'ordinaire des événements.

Est-ce un effet de la mondialisation? Il me semble que le contraste tend à rétrécir[1]. Et Libération, qui dans le temps était l'exception capable de consacrer un numéro entier, de manière ébouriffante, à un grand mort, est maintenant quelconque. Evidemment le fait que le sujet soit une personnalité de premier plan en France assure aussi une meilleure couverture: voir donc, pour Aaron Jean Marie Lustiger, avec quelques variations dans les détails qui intriguent tout au plus[2], Le Monde, Le Figaro, La Croix et Libération. La presse anglo-saxonne n'est finalement que marginalement plus complète, plus près des faits, avec The Daily Telegraph de Londres ou The New York Times. The Guardian est loin derrière. (Complément du 08.08: The Times de Londres choisit la voie doublement oblique du blog et de la publication de citations sur le site seulement).

Chez nos amis de Lieu-Commun, je ne sais si KoZ ou peut-être Authueil affûtent leur clavier, mais les Commentaires & vaticinations d'Hugues valent déjà le détour.

COMPLEMENT DE GUILLAUME DU 08.08.07 A 18h10 - Pour ce qui est de la rupture, si on compare entre eux et deux à deux les trois monothéismes, on trouvera chaque fois des convergences et des oppositions en matière de rupture.

A) L'Islam est d'abord une rupture avec un paganisme local. Du point de vue de la continuité, il a revendiqué un ancêtre commun, Abraham, avec le judaïsme, donc le christianisme. La révélation du Coran s'inscrit dans la continuité de la révélation des prophètes, y compris Jésus, dont elle est l'aboutissement. Les divergences ne peuvent être considérées comme une rupture.

B) Avant l'Islam, le judaïsme comporte aussi des ruptures fondatrices: Abraham est appelé à quitter ses parents, c'est-à-dire le monde et l'environnement religieux ('païen', mais c'est un anachronisme) dans lequel il est né. De plus,

- la Loi donnée sous forme de 10 paroles sur le Sinaï se fait elle aussi dans un contexte 1) de rupture par rapport l'Egypte d'où le peuple d'Israël a été libéré; - une partie des préceptes rituels ont pour motivation la distinction par rapport aux peuples païens environnants.

C) Au départ, le christianisme n'était pas une rupture avec le judaïsme. Jésus pensait n'être venu d'abord que pour les Juifs, pour les ramener au Père. Mais l'hostilité juive à l'encontre de la nouvelle communauté (pas seulement bien sûr) a poussé les chrétiens a incité ces derniers, dont Paul, à faire du prosélytisme du côté des non-Juifs. Ceux qui représentaient le côté pagano-chrétien (Paul) ont dû, la mort dans l'âme, se résoudre à prendre acte d'une rupture. Plus tard, les persécutés se sont faits persécuteurs.

Le rapport d'amour qu'entretiennent les Juifs avec les Ecritures me rend cependant incompréhensible la préférence qu'un Juif converti puisse donner au catholicisme sur le protestantisme. Par contre, s'il est attaché à la dimension rituelle, il en trouvera beaucoup plus dans le catholicisme.

Notes

[1] Quoique: on peut comparer les nécrologies du baron Elie de Rothschild parues dans The Daily Telegraph le 07.08 déjà, ou The Times le 08.08, avec celle parue dans Le Monde du 09.08 (note actualisée le 09.09 à 11h35).

[2] Et une question irrésolue à la découverte d'un élément qui ne m'était pas connu: ayant comme rarement été placé dans une situation de choix informé telle que les aiment les économistes, puisqu'à partir du judaïsme il a découvert le christianisme d'abord par une famille et une Bible protestantes, pourquoi plus précisément a-t-il adhéré à la variante (originelle certes) catholique romaine? Une partie de la réponse est probablement dans cette notion de continuité entre les deux confessions (alors que le protestantisme est une rupture même s'il se veut retour aux sources du christianisme). Soit dit en passant (c'est encore un tout autre débat), cette idée de continuité revient aussi à les opposer radicalement à l'islam quand il est de bon ton de traiter des "trois monothéismes" comme s'ils se valaient.

dimanche 5 août 2007

Guerre d'usure

Voilà une affaire révélée par l'hebdomadaire gratuit GHI/Genève Home Informations, qui, en plus de son caractère ironique, pose un dilemme qui va peut-être au-delà des préoccupations locales usuelles sur le logement et la protection des locataires.

Or donc Jean-Pierre Garbade, un avocat genevois très marqué à gauche, héraut notoire des minorités et adepte ordinairement de la rupture avec le Système et l'Etat bourgeois (pensez à Jacques Vergès), demande qu'on applique un libéralisme pur et dur à l'endroit des "salons de massage" dont il représente un propriétaire. Il défend donc le droit de demander n'importe quel prix de location aux prostituées (qui sont en règle avec le fisc et la police), celles-ci étant libres d'accepter de payer ou non. Ce qu'on peut appeler de l'usure, à défaut de proxénétisme. Et c'est un procureur général de droite, Daniel Zappelli, qui veut non pas interdire mais fixer un prix plafond (60€ par jour). C'est-à-dire décréter un taux à partir duquel le propriétaire sera poursuivi pour pratique usurière.

Difficile de trancher. En la matière, faut-il être un libéral froid (tautologie) avec toutes ses conséquences, en allant au-delà des apparences, en oubliant qui est le défenseur, ou faut-il être humaniste-social, en faisant abstraction de la personnalité du supposé électoraliste procureur? Pour le propriétaire d'un des plus grands salons de massage de la place, c'est une croisade calviniste. A un niveau plus terre à terre, cela pourrait aussi être décodé, soit dans la cadre de la guéguerre personnelle que le procureur est réputé mener contre le magistrat en charge de la police, le socialiste Laurent Moutinot, soit dans le compromis historique qui les a vus la main dans la main pour l'expulsion du squat Rhino... [1]

COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 05.08 A 11h08 - Qui n'a qu'un lien ténu mais permet aux gays de se sentir terriblement privilégiés, voire moralement supérieurs (trouvé chez Turion):

"The big difference between sex for money and sex for free is that sex for money usually costs a lot less."

Notes

[1] Le Temps parle ici d'une alliance contre nature mais révèle des rapports pour le moins complexes.

vendredi 3 août 2007

A mouton, mouton et demi

Photos sur FlickrEn Suisse, la torpeur estivale (si, si) est relevée par une OPA réussie de Micheline Calmy-Rey, la socialiste présidente de la Confédération pour cette année, sur les symboles du patriotisme (le drapeau, la fête nationale du 1er Août, le lieu mythique du Grütli: Royal!) au profit d'un discours de gauche vigoureux, et la polémique qu'avec son talent consommé le parti populiste de droite suscite autour d'une initiative dite "pour le renvoi des étrangers criminels". Elle met en verve les photoshoppeurs, comme vous pouvez le voir dans cet album.

Il fallait quand même un billet pour célébrer le quatrième anniversaire de ce blog!

Album actualisé au 22.09... si vous en connaissez d'autres, merci de les envoyer.

COMPLEMENT DU 06.08 à 0h25: Il y a maintenant un blog dédié pour tenter de démonter aussi le fond de la propagande de l'UDC.

mercredi 1 août 2007

Au-delà des cris et hurlements de la Cage aux folles

M6 diffusait hier soir un épisode de La Cage aux folles, hommage à Michel Serrault oblige. Comment un gai qui se respecte peut-il ne pas honnir ce triptyque? Déjà avec la pièce originelle, la cause fut entendue une fois pour toutes, pour les siècles des siècles. A savoir qu' homosexuel = folle hurlante. La faute à Serrault. Pourtant, une majorité de gais (et j'en suis) ne peuvent s'empêcher d'adorer Serrault et le(s) film(s), tout en déplorant ce qui vient d'être dit.

  • Si la pièce et les films ont si bien passé la rampe, n'ont pas pris une ride pendant des décennies, bref sont devenus des classiques, c'est qu'ils sont d'une qualité supérieure. Au niveau des dialogues, de l'intrigue, et de la mise en scène.
  • Mais il n'y pas que de l'humour. Il y a aussi de la tendresse. Celle que les protagonistes échangent entre eux, et celle que leur porte le film. Et probablement cette tendresse est aussi suscitée chez le public.
  • Du point de vue du film, les méchants et les ridicules, ce sont les conservateurs coincés - personnifiés par Galabru - et les policiers ou agents du contre-espionnage qui représentent les vrais mecs. Certains connaissent sinon une rédemption partielle, du moins une certaine évolution.
  • Les deux héros s'assument, pour le meilleur et pour le pire. Les allusions qu'ils font (surtout Albin) à une condition douloureuse (tout en étant flamboyante) dénotent une réelle empathie du film, qui est résolument de leur côté.
  • Les allers et retours entre le masculin et le féminin ne visent pas uniquement un effet comique. Il y a des petits bijoux métaphysiques, comme cette ligne imaginaire entre l'homme et la femme sur laquelle il faut marcher pour trouver la démarche appropriée, selon l'instruction donnée aux policiers.
  • Et puisqu'on parle de métaphysique, c'est l'occasion de rappeler que Michel Serrault a d'abord suscité un grand étonnement, en France, lorsqu'il parlait de sa foi. Je n'ai pas lu toutes les interviews, mais ce serait piquant de penser qu'il a peut-être fait, par-devers lui, avant que ce ne soit la mode, un parallèle entre son coming out religieux - et la sortie du placard "classique".

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