avril 2007 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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samedi 28 avril 2007

Planche à roulettes blasphématoire

La Suisse romande va-t-elle avoir son affaire des caricatures? C'est ce que laisse redouter cet article du Matin.[1] Cette fois, le support n'est pas une planche à dessin mais une planche à roulettes; le sujet représenté est le fondateur de la religion chrétienne et ses apôtres; leur défenseur est un jeune UDC valaisan. C'est piquant, dans la mesure où au niveau du Parti faîtier, on a dit, à propos de l'affaire des caricatures, que "la liberté d'expression n'a pas de limites". C'est piquant, dans la mesure où ce parti se veut intraitable avec l'Islam (et annonce qu'une initiative contre la construction de minarets est prête à être lancée, [2]etc.). Mais ce n'est pas la première fois que des jeunesses des partis incarnent foi, fougue (et fanatisme?), quitte à se mettre en contradiction avec leurs aînés qui les envient.

Notes

[1] Seul de son espèce pour l'instant à ma connaissance. Les développements ne devraient pas manquer de suivre.

[2] Cf. le contre-appel enflammé du Courrier.

lundi 23 avril 2007

Retour sur les élections de 73-74 (Bayrou face aux législatives)

Je devais rectifier une certaine confusion dans un paragraphe de mon billet précédent. Et je suis d'autant plus enclin à y revenir que l'UDF paraît choisir[1] comme stratégie de ne pas rallier l'un des candidats au second tour mais de viser un groupe autonome dans l'Assemblée nationale qui sera élue en juin, distinct tant de la majorité présidentielle que de l'opposition présidentielle (si je puis dire). Dans le temps, on appelait cela la "troisième force"[2] dont le début des années 70 a vu, à l'initiative de Jean-Jacques Servan-Schreiber, la seule tentative sérieuse de la faire émerger sous la Ve République (après l'échec de la candidature de "Monsieur X", alias Gaston Defferre, à la présidentielle de 1965).

Rappelons le cadre pour nos plus jeunes lecteurs (et ceux dont la politique n'est pas la substance récréative de choix):

  • En juin 1968, les élections de la peur donnent à la droite (gaullistes du RPR et Républicains indépendants de Valéry Giscard d'Estaing) une chambre introuvable; l'opposition, divisée en centristes, radicaux, socialistes et communistes, est laminée.
  • En 1969, de Gaulle démissionne après l'échec du référendum sur la régionalisation et le Sénat; Pompidou est élu président contre Alain Poher, centriste d'opposition au bénéfice d'un phénomène de "vote utile" qui est cependant insuffisant. Il n'a pas de raison de dissoudre l'Assemblée nationale, et obtient encore le ralliement d'une frange de centristes autour d'Alain Duhamel.
  • Fin 1969, JJSS devient secrétaire général (puis dès 1971 président) du parti radical et se donne pour ambition de mettre fin au règne de la droite. Il publie le manifeste radical Ciel et Terre et est élu en juin 1970 député lors de l'élection partielle de Nancy. Sa politique est alors celle d'un accord de l'opposition autour de ses idées.
  • En juin 1971, les socialistes se refondent à Epinay et Mitterrand devient premier secrétaire. Sa politique est celle de l'union avec le PC qui passe par une surenchère à gauche autour d'un programme commun de gouvernement[3].
  • Aux élections législatives de 1973, le Mouvement réformateur qui regroupe les radicaux de JJSS, les centristes de Jean Lecanuet et les dissidents socialistes hostiles au programme commun avec le PC et présente dans chaque circonscription un candidat contre celui de la majorité de droite et celui de l'Union de la gauche fait 16,7% au premier tour. Le rêve qui semblait atteignable quand JJSS annonçait qu'il cherchait à devenir "pas parti charnière, parti moteur" se déchire: le Mouvement réformateur n'est ni la première force du pays, ni la deuxième. Et le scrutin majoritaire est dur au tiers parti (que ce soit en France ou au Royaume-Uni). C'est à l'occasion de ce scrutin (et non de la présidentielle de 74 comme je le racontais par erreur) qu'une divergence majeure apparaît entre les deux leaders du Mouvement réformateur, Jean Lecanuet et JJSS: Lecanuet se rallie à la droite, alors que JJSS, estimant (comme la suite le montrera) que l'union PS-PC n'est pas en mesure d'être majoritaire à l'Assemblée, est partisan de contenir sa victoire par un vote tactique.
  • En 1974, Pompidou meurt. Après un invraisemblable chassé-croisé qui voit JJSS envisager de se se présenter, puis se retirer en faveur d'Edgar Faure, qui renonce également, le Mouvement réformateur rejoint Giscard d'Estaing. Mitterrand est alors toujours le candidat du programme commun de gouvernement PS-PC. Giscard est élu et commet l'erreur funeste de ne pas chercher à recomposer le paysage politique dans la foulée. On connaît la suite: Chirac premier ministre, la création tardive et insuffisamment unitaire de l'UDF (c'est alors une simple structure fédérative), puis Chirac entrant en insurrection au sein de la majorité, créant le RPR en vue des législatives de 1978 puis se présentant contre Giscard et au bout du compte favorisant la victoire de Mitterrand en 1981...

Que peut faire Bayrou et l'UDF d'ici le second tour de l'élection présidentielle et quelle en serait la conséquence? Il me semble qu'il n'y a que cinq cas de figure:

  • L'UDF rallie Sarkozy et celui-ci est élu: à vrai dire il ne lui devra pas grand chose... Au mieux il accueillera avec magnanimité le retour au bercail du berger fou et de ses brebis égarées.
  • L'UDF rallie Sarkozy et Royal est élue: Bayrou a joué le mauvais cheval. Il a encore moins de raison que sous la législature précédente de se fondre dans l'opposition présidentielle de l'UMP (qui ne sera pas nécessairement d'humeur à la ménager) mais ne paraît pas dans la meilleure des situations pour se rallier au nouveau pouvoir... La seule chance de l'UDF est l'absence de majorité absolue pour la majorité présidentielle aux législatives.
  • L'UDF rallie Royal et celle-ci est élue: elle lui devra une fière chandelle... mais peut ne pas vouloir le reconnaître (on a sa fierté, et ça lui évitera des problèmes avec les plus sourcilleux de son clan). Il ne sera pas vraiment de la famille, mais on le tolérera.
  • L'UDF rallie Royal et Sarkozy est élu: là c'est le Waterloo complet pour Bayrou... sauf si le PS implose sous le choc. Mais justement, les élections législatives qui arrivent rendent ce dernier scénario improbable, l'instinct de survie des élus l'emportant sur toute autre considération, en particulier idéologique. Il est douteux que le PS fasse alors grand cas de son nouvel allié. Et l'UMP n'a aucune raison de ne pas lui faire payer sa trahison. La seule chance de l'UDF est l'absence de majorité absolue pour la majorité présidentielle aux législatives.

Donc, oui, Bayrou et les talibans de l'UDF ont raison: dans la configuration actuelle, leur meilleure chance est de conserver farouchement leur indépendance et d'aller "seul à la lutte" (comme on dit en Suisse quand un parti tente la carte de la séduction héroïque en se présentant devant les électeurs sans la béquille de ses alliés traditionnels): pas de consigne pour le second tour de la présidentielle, pas d'accord d'exclusivité au premier tour des législatives, pas d'accord de désistement (ou alors de manière ponctuelle, tactique, pour la cause commune des deux forces de l'opposition, comme JJSS le voulait en 1973). Ca les mène peut-être à un groupe autonome, de là à ce qu'il soit fort... sauf échec de la majorité présidentielle à obtenir la majorité à l'Assemblée en juin: une hypothèse peu vraisemblable mais probablement maximisée par la tactique "héroïque" de l'UDF. Qui est aussi le cas qui peut leur permettre d'obtenir le scrutin proportionnel. Car sinon, le parti porté au pouvoir de toutes les forces de la France du scrutin majoritaire n'est généralement pas enclin à s'en départir si facilement!

Notes

[1] Mais ce ne serait ni la première ni la dernière fois qu'un parti, sa tête comme ses militants les plus acharnés, sont à des années-lumière de leurs troupes, solidement ancrées à droite et alliées à l'UMP localement; quant à l'électorat, il faudrait distinguer les strates, de l'électorat traditionnel de l'UDF, sans doute d'une droite modérée, aux vrais partisans de la ligne actuelle "ni gauche, ni droite" de Bayrou, en passant par des motivations plus opportunistes et plus volatiles comme l'Europe, la déception vis-à-vis de l'archaïsme du PS, le vote utile anti-Sarko, la misogynie anti-Ségo de gauche et l'antisémitisme anti-Sarko de droite.

[2] Non, ce n'est pas la même chose que la troisième voie.

[3] Jusqu'en 1973, le PCF est plus fort électoralement que le PS.

Inspirations non qualifiées

En suivant son discours en direct, je me suis demandé plus que jamais, comment la catholique Royal avait hérité de la gestuelle, de la phraséologie et de l'intonation d'un pasteur protestant à l'ancienne (aucun n'osant d'ailleurs s'exprimer pareillement de nos jours). Ça va même au-delà, en amont de cette catégorie, quand elle dit "Venez à nous/à moi" - c'était carrément une imitation du Jésus de "Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et je vous donnerai du repos..."[1].

Jésus qui a aussi dit: "Aimez vos ennemis." Or, lors de sa prestation sur France 2, Bernard Tapie n'a guère appliqué cette maxime à propos de ses anciens amis[2] devenus ses ennemis actuels au point d'embarrasser ses nouveaux amis[3] en parlant de leurs adversaires[4].

Enfin, pour parler d'amis plus ou moins inspirés dans un tout autre contexte - leurs réactions face à votre cancer - il y a le billet d'Anna Lietti sur lequel il faut se précipiter, pour une fois qu'il est en accès libre.

Notes

[1] Mt 11,28.

[2] Socialistes

[3] Le camp sarkozyste

[4] Le camp royaliste

dimanche 22 avril 2007

Le choix de Bayrou (Rocard a-t-il été utile ou nuisible?)

Alors que les orphelins de François Bayrou, mais aussi lui-même et l'appareil de l'UDF et les candidats de celle-ci aux élections législatives qui vont avoir lieu dans la foulée, doivent maintenant se déterminer entre Sarkozy et Royal, on peut revenir sur la proposition de Rocard, immédiatement relayée par Kouchner et Allègre[1], d'une forme d'alliance entre socialistes et centristes. Etait-elle anticipatrice (comme il le soutient), prématurée (comme veulent le croire ceux qui l'aiment bien) ou simplement maladroite (ce ne serait pas la première fois), voire malintentionnée mais elle a échoué (pour ceux qui le soupçonnent d'avoir parié sur Bayrou en prélude à cet éclatement du PS dont on ne sait plus trop s'il le juge inévitable ou s'il l'appelle de ses voeux pour recomposer le paysage politique)? A-t-il préparé le terrain, ou a-t-il raidi les attitudes? Autant reprendre et développer ici une interrogation laissée au recoin d'un commentaire chez Versac[2] maintenant que se pose concrètement la question de savoir comment amener à voter Royal au second tour celles et ceux qui ont voté Bayrou au premier.

A vrai dire, je vois toujours mal comment cela se passerait. Je pense au précédent de 1974 (Mitterrand en tête, suivi de Giscard d'Estaing)[3]. Les leaders de ce qui est alors l'opposition centriste[4] au gouvernement UDR - Républicains indépendants - CDP[5], le Mouvement réformateur, en rupture également avec le Programme commun PS-PC-MRG, sont placés devant un choix du même genre. JJSS, qui voit bien que Mitterrand ne peut être élu, tente de vendre ses idées avant tout, faisant durer le suspense, mais Lecanuet se rallie sans condition: il devient ministre, JJSS d'ailleurs aussi (quelques jours, avant que Chirac ne parvienne à l'éjecter), et même Françoise Giroud qui a pourtant formellement appelé à voter Mitterrand.

Je verrais bien Bayrou développer trois ou quatre thèmes en demandant à Sarkozy et Royal de se déterminer. Pourquoi pas deux débats télévisés la semaine prochaine? Ou du moins une rencontre avec chacun des deux candidats?

Mais la mécanique institutionnelle, particulièrement avec la funeste idée de placer les législatives dans la foulée, ne joue pas en faveur de la logique d'appareil, du donnant-donnant. Sarkozy a déjà pris les devants en s'adressant de manière rassembleuse à ses "chers compatriotes" et Royal est certainement sur la même ligne. Malheur aux vaincus, ni Bayrou, ni Le Pen, ni tous les autres ne sont propriétaires de leurs voix. Quant aux partis, s'ils veulent des accords préférentiels pour les élections législatives, il ne leur restera qu'à s'aligner. Et si une dose de proportionnelle est introduite, ce ne sera au mieux que pour le Sénat et/ou les prochaines législatives...

Si je pense qu'il n'y a idéologiquement rien chez Royal qui empêche un électorat centriste de la rejoindre (ni bien sûr la composante du vote Bayrou qui vient de la gauche et est susceptible d'y revenir, ni même une composante non négligeable du vote Le Pen), je suis plus perplexe sur sa capacité à accueillir de nouvelles forces, de nouvelles têtes. Elle manifeste certes, comme le remarque Damien, une indifférence rafraîchissante au discours d'extrême gauche, comparée à Mitterrand, par calcul, et Jospin, par éducation trotskyste. Mais elle me semble appartenir, en disciple de Mitterrand, à cette catégorie de politiciens pour qui ce qui importe c'est le clan, dur à ceux qui n'en font pas partie, là ou justement un JJSS n'en avait que faire pouvait dérouter en naviguant de Maurice Thorez à Mendès France, de Mitterrand à Giscard d'Estaing et Jean-Marcel Jeanneney (en passant par Brice Lalonde), mais toujours pour faire avancer ses idées et ses projets. Là c'est Sarkozy qui paraît démontrer la plus grande capacité d'agglomérer des talents divers sous son leadership: de Christian Blanc et Jean-Louis Borloo[6] [7] jusqu'à Balkany ou Estrosi.

Notes

[1] Ce qui ne fait pas beaucoup de divisions!

[2] Même s'il a certes plus de visiteurs!

[3] A la relecture je me rends compte je me suis emmêlé les pinceaux dans ce paragraphe: ma mémoire a télescopé les législatives de 1973 et les présidentielles de 1974. Voir ce billet. (Note du 23.04, actualisée à 23h23)

[4] Ce que n'a jamais été formellement l'UDF de Bayrou.

[5] La frange des centristes anti-gaullistes qui avaient ralliés la droite, autour de Jacques Duhamel, lors de l'élection de Pompidou en 1969.

[6] Que je tiens, contrairement au premier, pour un faiseur, mais qui ne peut être rangé dans la droite dure.

[7] Et Eric Besson! complément de 23h39!)

Présidentielle: le quarté idéal

Finalement la surprise c'est qu'il n'y a pas de surprise, et que tout rentre dans l'ordre[1]: Sarko et Ségo sont en ordre de bataille en vue de proposer une vraie alternative au second tour, Bayrou ne parvient pas à se placer deuxième mais renvoie Le Pen à un étiage plus raisonnable; et surtout il peut peser sur la campagne pour éviter les dérapages à gauche comme à droite... Que peut-il y avoir d'autre à dire? Profitons de la soirée! ;-)

COMPLEMENT DE 20h47: Si néanmoins vous êtes addicted et en voulez plus, suivez le site qui agrège les blogueurs faisant République en temps réel du Pavillon Baltard à Paris.

Comment ça, pourquoi est-ce que je ne suis pas encore déconnecté?

Notes

[1] Sur la base du mail du Monde de 20h02 trouvé au retour d'une splendide performance de Sylvie Guillem & Akram Khan: Sarkozy à 29,9%, Royal à 25,8%, Bayrou à 18,5% et Le Pen à 11%.

samedi 21 avril 2007

L'horreur en grand et en petit

Il y a les grandes tragédies comme la tuerie de Virginia Tech, où l'on oscille entre la simple émotion humaine et le deuil par procuration, plus voyeuriste. Mais il y aussi les petites horreurs quotidiennes, du type clochard battu à mort par jeu, ou ce fait divers britanniques impliquant quatre femmes qui se sont filmées encourageant deux bambins à se battre à la manière d'un combat de coqs.

Sur la grande, mon premier réflexe est de ne pas me précipiter sur l'info, de me protéger en quelque sorte. Nous ne regardons guère la TV et ce n'est pas ça qui va me faire l'allumer, les journaux sont bien préférables (j'en viendrais même à regretter le newsmagazine d'antan). Et le net avec du recul. Je me retrouve tout à fait dans ce qu'écrit un chroniqueur britannique que j'aime bien, Andrew Marr:

One of the endless problems of journalism is the awful, big event which is basically resistant to analysis, as in the Virginia university massacre. Rightly, any newspaper or TV organisation thinks it should show respect, and "proper news values", by describing the killings and the killer at some length. But it's also one of those stories which, frankly, tells us absolutely nothing about the human condition we did not already know, and has nothing to say about life here in Britain. (...)
Perhaps we need a new typeface which announces: dreadful, nothing to add.

De ce que je retiens pour le moment, il y a l'agacement[1] à l'égard du réflexe de chercher à blâmer quelqu'un d'autre[2] que le meurtrier[3]: les autorités policières, universitaires, sanitaires, et en sens inverse à l'égard du "politiquement correct" de certaines de ces dernières, comme cette candide volonté de ne pas "discriminer" les personnes qui ont un problème de santé mentale... Quand donc comprendra-t-on que "discriminer" c'est faire des distinctions sans raison ou pour de mauvaises raisons, mais pas pour des bonnes? L'agacement bien sûr à l'égard de la curée sur la tradition américaine en matière d'armes en guise de bouc-émissaire[4]. Et l'admiration à l'inverse devant cette nouvelle manifestation de la réalité cosmopolite du "rêve américain" et ces petits actes de vraie humanité: ce professeur rescapé de l'Holocauste, qui enseigne toujours à 76 ans, et qui meurt en protégeant ses élèves qu'il incite à sauter par la fenêtre; cet étudiant qui se fait un garrot avant de s'évanouir, sauvant sa propre vie...

Mais c'est plutôt l'autre histoire, sur laquelle je suis tombé par hasard, qui me plonge dans un abîme de perplexité. Ce monde où la mère, les tantes et la grand-mère rient aux éclats à leur petit jeu cruel, et où le père des enfants, de retour de service en Irak, fond en larmes en découvrant la vidéo. Son réflexe, alors, d'aller se plaindre aux services sociaux, qui contactent la police, qui met en oeuvre la justice, qui condame les femmes... Ce policier qui s'émeut des actes anormaux que l'on aurait fait faire aux enfants: en réalité se battre est naturel (et la nature n'est pas toujours positive!), c'est une vie d'éducation et de civilisation qui combat chez chacun de nous l'instinct de violence, personnel et par procuration. Et il y a bien sûr les stéréotypes sexuels, du plus ancien (inciter le garçon à taper pour montrer qu'il n'est pas un pédé) au plus moderne (inciter la fille à ne pas s'avouer battue).

Venant après bien d'autres, cette affaire nourrit insidieusement le soupçon que, conformément au préjugé, la société britannique a un profond problème de psychologie collective tournant autour de la relation aux enfants, de grossesses adolescentes en éducation en internat à mauvais traitements fréquents à ruptures familiales, et de la relation entre hommes et femmes (du moins pour les hétéros), dans cette culture de la séparation des sexes et de la "cuite" apparemment indispensable à tout rapprochement entre eux... Ce qui ne veut pas dire que les animaux sont toujours mieux traités!

Notes

[1] Ou l'indignation? Mais non, la mesure ici fait aussi partie de l'hygiène mentale.

[2] Joint à un certain auto-apitoiement veule de la part de survivants.

[3] Comme bien sûr de l'attitude de celui-ci rendant tout le monde sauf lui, pauvre victime, responsable de son acte!

[4] J'avoue avoir été ébranlé par cet article.

jeudi 19 avril 2007

Fraude aux prestations sociales

C'est l'un de ces sujets qui donne lieu aux identifications politiques les plus caricaturales (et l'un des exemples les plus simples de ce qu'est la "triangulation" typique de la troisième voie): pour la gauche traditionnelle, s'inquiéter du risque de fraude aux prestations sociales est une attitude de droite, une manière camouflée d'attaquer les prestations sociales elles-mêmes en jetant le soupçon sur les bénéficiaires; la gauche traditionnelle tend donc à minimiser le problème (sa frange la plus paternaliste culpabilisée n'étant pas loin de penser que c'est tant mieux si certains parviennent à obtenir un peu plus que ce à quoi ils ont droit). Evidemment cela ne rassure pas le citoyen lambda, même voire surtout de milieu populaire, qui, lui, travaille, paie des impôts et voudrait qu'ils ne tombent pas dans la poche de profiteurs.

Depuis Clinton et Blair, la gauche moderne se rend compte qu'elle est plus crédible en ne niant pas la réalité et en s'y attaquant elle-même. Ce n'est pas faire une concession à la droite, mais bien au contraire refuser de lui concéder le terrain que de tenir un discours rigoureux et de le mettre en acte (même chose pour la sécurité, le patriotisme ou les finances publiques). C'est aujourd'hui l'un des éléments distinctifs entre la gauche de gouvernement et celle qui ne veut surtout pas y toucher.

J'y repensais à propos de l'affaire rapportée par la presse d'aujourd'hui: une Britannique de 65 ans a détourné 2,3 mios de £ en 13 ans par une fraude à grande échelle fondée sur l'usurpation d'identités (comme quoi on n'a pas attendu les cartes de crédit ni l'Internet pour ça!) en vue de réclamer des prestations sociales.

On peut y voir une fraude "de droite", si je puis dire, vu le caractère entrepreneurial de cette activité, et si ça peut décomplexer la gauche traditionnelle et faire mieux accepter aux travailleurs sociaux l'utilité des contrôles. Au demeurant il ne faut pas être naïf: à côté du crime organisé, il y a bel et bien les cas plus courants de ces incapacités maladie ou invalidité qui courent le marathon ou organisent des classes de danse...

Pierre Rosanvallon sur la campagne présidentielle et Royal

Il est l'une de mes références stables dans l'univers intellectuel français, et plus précisément au sein de la (deuxième) gauche dont il est partie prenante. Pierre Rosanvallon s'exprime dans Le Nouvel Observateur de cette semaine, et apparemment c'est en ligne: profitez-en!

Plus anecdotique, mais émouvante et également intéressante, une prise de position répercutée par Jacques Julliard il y a déjà une semaine: celle de Jean-Marcel Jeanneney (97 ans, père de Jean-Noël qui lui fait campagne dans Le Monde). Je ne m'en souviendrais pas forcément comme ministre du général de Gaulle auteur du projet de régionalisation refusé en 1967 dans un de ces référendums où la réponse ne dépendait pas de la question, ni même pour son noeud papillon, s'il n'avait plus tard rallié Jean-Jacques Servan-Schreiber, auteur du Pouvoir régional, au sein du Mouvement réformateur. Il explique en quoi Royal est gaulliste...

Et tant qu'à faire, je signale aussi la réponse de Jean Daniel à Michel Rocard!

mercredi 18 avril 2007

Qui apportera le bonheur aux Français?

Ce n'est pas la question, en fait: la "poursuite du bonheur" qu'évoque mythiquement la Déclaration d'indépendance américaine du 4 juillet 1776 (13 ans avant la Révolution française) n'est pas une tâche de l'Etat mais bien une définition en creux, un droit naturel que celui-ci a le devoir de respecter. Le défi, pour Royal ou Sarkozy, est d'autant plus difficile que la situation de départ est subjectivement négative: une étude d'économistes de l'Université de Cambridge place les Français seulement au 11e rang de ceux qui se déclarent heureux (parmi les Etats de l'UE à 15). Et l'état du Danemark s'identifie apparemment moins à la morosité d'Hamlet qu'au bonheur d'un couple gay en partenariat enregistré: c'est ce pays qui arrive en tête du classement.

Comme le dit le Dr Luisa Carrado, qui a dirigé cette recherche:

The survey shows that trust in society is very, very important. The countries that scored highest for happiness also reported the highest levels of trust in their governments, laws and each other.

D'un autre côté on peut aussi se dire qu'il est plus agréable de pouvoir chercher à améliorer les choses que de n'avoir pour ambition que d'éviter leur détérioration...

On aimerait bien, à vrai dire, en savoir plus sur cette étude: elle a porté sur 20'000 personnes et distingue apparemment des résultats pour 180 régions; elle comporte également un croisement avec d'autres études similaires. Malheureusement, au delà du communiqué, l'Université de Cambridge ne met rien d'autre à disposition. Et les médias qui en parlent, principalement britanniques, ne développent ni ne nuancent, zoomant au contraire sur ce qui est susceptible d'intéresser leur public immédiat. Quelle est, plus précisément, la différence entre l'indice de bonheur et l'indice de satisfaction (où la France fait pire: 13e sur 15, devant la Grèce et Portugal)?

Si le Daily Telegraph, quotidien d'opposition, monte en épingle négativement la place du Royaume-Uni (Londres fait toutefois un score enviable), la BBC doit à l'objectivité de souligner qu'il devance tant la France que l'Allemagne...

lundi 16 avril 2007

Succession Blair: de la résignation à l'espoir

Il n'y a pas que Chirac qui s'apprête à passer le témoin. Tony Blair a annoncé qu'il démissionnerait de sa fonction de premier ministre -- lui à 54 ans dans quinze jours, et après 10 années de réel pouvoir -- d'ici la conférence annuelle du parti travailliste, soit avant fin septembre (et selon les médias d'ici le début de l'été déjà). Tout paraissait réglé d'avance pour le successeur annoncé depuis 10 ans, Gordon Brown. L'opposition conservatrice s'est d'ailleurs donnée un leader, en David Cameron, à même de recentrer le parti tout en maximisant le contraste entre les deux hommes. Et, à vrai dire, l'alternance politique aux prochaines élections (d'ici deux ou trois ans) semblait s'annoncer avec l'inévitabilité d'une tragédie grecque[1].

Et puis voici qu'en quelques jours ou semaines (d'une présentation ratée du budget à une polémique sur les caisses de retraite qui le met sur la défensive à un résultat négatif prévible pour les travaillistes en Ecosse, son pays, début mai) l'aura d'invincibilité de Brown se déchire et une alternative crédible émerge: David Miliband, le ministre de l'environnement. Je suis toujours fasciné par les situations paradoxales (les jeux à contre-emploi, les chassé-croisés apparents de valeurs), et là c'en est une.

Ce qui devrait jouer pour Brown après 10 ans de Blair, c'est bien la différence de tempérament entre eux: homme de dossier et non homme de communication, cérébral et non instinctif, sérieux et non charmeur, prudent et non joueur, méfiant et non (trop) confiant... tous les deux aussi prêcheurs cependant[2]! Mais indépendamment de la réalité des défauts qu'on lui prête (psycho-rigide et "stalinien", pour faire court), ce qui le plombe c'est qu'il est depuis le début le co-auteur du New Labour, une sorte de frère siamois de Tony Blair. Ensemble, ils ont conçu le réalignement du parti dans l'opposition en vue de reconquérir le pouvoir, puis ils ont gagné trois élections; par leur style d'autorité, on a pu dire que Blair était un président et Brown le vrai premier ministre. Ce qui est sûr, c'est qu'il a pris lui-même, ou il a participé activement à toutes les décisions importantes dont il lui est impossible de se dissocier (et notamment les plus contestées, d'une certaine façon précisément parce qu'il les freinées, dont il a déterminé très précisément les contours, comme le mécanisme des taxes universitaires élevées payées sur le revenu futur, ou l'autonomisation des écoles et des hôpitaux). Ceux qui, à gauche comme à droite, rêvent d'un retour au travaillisme traditionnel en seront pour leurs frais: Brown est autant que Blair fasciné par le dynamisme du secteur privé et cherche à l'émuler dans la sphère étatique. Il est tout aussi atlantiste tout en étant nettement moins européiste.

Miliband, lui, apparaît comme un homme neuf et différent: il n'a que 41 ans, n'a accédé au cabinet (la quinzaine de chefs de grands départements) qu'au dernier remaniement. Surtout, il parvient à faire entendre un discours différent en étant en particulier à l'avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique. Et pourtant il était déjà le principal conseiller politique de Blair comme chef de l'opposition, puis à Downing Street, avant d'être élu au parlement et de gravir les échelons ministériels. Homme du changement, il incarne en réalité un blairisme sans Blair, qu'il vient d'articuler dans une brillante reformulation de la troisième voie: du "j'ai besoin" de la gauche traditionnelle (qui en assure la réponse par l'Etat) au "je veux" égoïste du thatchérisme triomphant pour arriver au "je peux" de la gauche libérale et "communautarienne"[3]. Quand je parie sur Ségolène Royal, c'est dans l'espoir (un peu fou je le concède) qu'elle permette l'émergence de cette gauche-là en France. Ce n'est pas tant de la social-démocratie (avec ce que cela suppose de prudence matérialiste et de clientélisme collectiviste) qu'un retour aux racines de ce qu'on a appelé la deuxième gauche: utopiste et pragmatique, faisant plus confiance à l'initiative collective qu'à l'autorité étatique, idéaliste plutôt que protectrice d'intérêts. Avec Miliband, c'est un véritable deuxième souffle pour la gauche modernisatrice britannique et européenne qui s'annonce, et les espoirs des conservateurs qui s'évanouissent tant Cameron, à côté, fait camelot[4].

D'ores et déjà, les médias en sont pleins. Dès l'annonce de la démission de Blair, c'est une période de sept semaines de campagne interne au parti travailliste à travers tout le Royaume-Uni qui sera ouverte. Il n'est pas encore sûr que Miliband se lance (il fait tout pour ne pas se compromettre tout en conservant toutes les options ouvertes). Mais la capacité de conduire le parti à de nouvelles victoires plutôt qu'à la défaite sera cruciale. Et Brown paraît désormais suffisamment ébranlé pour mobiliser ses adversaires, ministres et anciens ministres. Qui de surcroît paraissent prêts à s'unir derrière Miliband plutôt de se diviser: viendra alors pour celui-ci l'heure de vérité... Le blog à suivre est ici!

COMPLEMENT DU 20.04 à 17h30: Comment dit-on "croquis d'audience" à propos d'une séance du parlement? Le Parliamentary Sketch est une figure obligée du journalisme de qualité britannique, et celui d'aujourd'hui dans le Daily Telegraph aide à mieux comprendre ce que représente Miliband (en l'occurrence c'est manifestement davantage le tropisme journalistique pour tout ce qui brille et qui est nouveau qui s'exprime, ajouté peut-être au désir d'attiser le trouble dans les rangs travaillistes, que l'intérêt véritable de l'opposition é laquelle se rattache ce quotidien).

Notes

[1] Sauf peut-être si Brown organise une élection anticipée cette année encore en tablant sur un effet positif du changement de personnalité à la tête du parti travailliste -- on s'attend tellement au pire avec lui qu'il ne peut guère que surprendre en bien au début -- pour profiter de l'impréparation du parti conservateur et obtenir une nouvelle législature complète; mais justement, Brown n'est pas homme à prendre un risque...

[2] Blair plus messianique, Brown plus moralisateur.

[3] Pour distinguer le courant communautarien d'Amitaï Etzioni de ce que le français appelle communautarisme.

[4] Une formule dont je ne suis pas peu fier qui ne vaut malheureusement rien en anglais!

vendredi 13 avril 2007

En attendant la pédophilie et le suicide, le gène de l'obésité et celui de la misogynie

C'était dans le Daily Telegraph de ce matin:

Scientists find fatness gene

Quant à ce propos de Benoîte Groult, aurait-il été proféré par quelqu'un d'autre (et pour justifier l'inverse), je ne doute pas qu'il aurait soulevé un tollé:

(J)e voudrais débusquer un phénomène plus obscur et plus profond, qui s'articule au plus secret de notre inconscient, là où s'enracinent les fondements de nos comportements d'hommes et de femmes (...) à chaque fois qu'une femme remet en question l'accord tacite qui réserve aux hommes les hautes fonctions du pouvoir, chaque fois qu'elle prétend s'intégrer par le haut dans des structures jusque-là masculines, apparaît un élément imprévu, qui ressortit à des pulsions archaïques, inavouées et inavouables, la renvoyant aux sources millénaires de son identité.

Bon, c'est vrai que c'est moins brutalement dit que du Sarko! Dont le procès en déterminisme et eugénisme me paraît pour le moins hâtif. Il me semble que son approche est un progrès par rapport à ceux qui voudraient que l'on soit pédophile par choix pervers. Elle implique plusieurs conséquences relativement positives: la priorité mise sur la nécessité de protéger les victimes potentielles, l'acceptation que la pédophilie ne peut pas simplement disparaître comme un mauvais rêve, voire même, horribile dictu, l'idée que les pédophiles doivent davantage être soignés (contenus) que punis... Je me retrouve largement dans ce qu'écrit Xavier, cité par Pikipoki qui est également plus nuancé que bien d'autres.

jeudi 12 avril 2007

La maîtresse du premier secrétaire du PS, l'amant de la ministre de la défense, Wolfowitz et "Le Monde"

Avez-vous déjà lu Le Monde parler ainsi de Ségolène Royal ou de Patrick Ollier[1]?

C'est pourtant en ces termes que, dans un article de son envoyé spécial à Washington, Alain Faujas[2], Le Monde se fait complaisamment l'écho de la dernière querelle cherchée au très bushiste et neo-con président de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, accusé de népotisme en faveur de sa compagne, Shaha Riza[3]: la nomination de Wolfowitz l'a obligée à quitter son job de responsable de la communication du département Moyen-Orient-Afrique du Nord de la Banque, et elle a bénéficié d'une promotion extraordinaire[4] avant d'être mise à disposition d'une autre administration[5]. Il faut admirer le pharisaïsme sourcilleux avec lequel des journalistes se réfèrent à une règle interdisant à un couple d'être dans un rapport professionnel que nul ne songerait à appliquer en France[6].

Peut-être bien que Wolfowitz n'est pas tout blanc et finira par payer sur cette affaire la haine qu'on lui porte et l'hostilité de ceux qu'il dérange, au sein de la Banque mondiale comme parmi les gouvernements dont il dépend ou qui dépendent de la Banque. J'y vois personnellement davantage de la maladresse due à l'embarras à l'égard de sa compagne (et des collaborateurs qui ont manqué de caractère pour prévenir la faute) que d'esprit de lucre. Et il faut souligner le caractère soigneusement monté de l'embuscade, qui fait sortir, via le Washington Post et l'association du personnel, une affaire remontant à 2005 à la veille d'une réunion du Conseil d'administration et de l'assemblée générale...

COMPLEMENT DU 13.04 à 0h45: Comme de juste Le Temps en rajoute dans un éditorial Paul Wolfowitz doit démissionner: "augmenté de façon scandaleuse le salaire de sa maîtresse"... "avoué son forfait"... "Même si l'erreur est humaine" (ah bon, ce n'est plus de la rapacité lubrique?)... "Va-t-il rendre service à la Banque et aux millions de pauvres qui croient encore en elle?" Les pauvres ont bon dos!

COMPLEMENT DU 20.04 à 16H10: Un point de la situation dans le WSJ OpinionJournal lundi 16 (cité et traduit par drzz dans les commentaires ci-dessous).

COMPLEMENT DU 09.05 à 10h15: Une chronique de Joëlle Kuntz dans Le Temps pour les derniers développements...

Notes

[1] Au demeurant, les deux termes ne me paraissent pas exactement sur le même plan: amant, qui a un féminin parfaitement acceptable, ajoute un élément qualitatif à l'éventuelle illégitimité alors que maîtresse, pour lequel je ne trouve pas d'équivalent masculin, paraît irrémédiablement dévalorisant; est-ce qu'au moins ces termes ne devraient pas être réservés aux cas de relation triangulaire?

[2] Si le terme "maîtresse" qui figure dans le surtitre: Gouvernance: des compensations financières accordées à sa maîtresse n'est pas nécessairement de lui, il utilise celui de "liaison" qui est bien dans le même registre (plutôt que "relation").

[3] Comment réconcilier l'image que l'on donne de George Bush avec le fait que l'un de ses proches vit ainsi dans le péché... ;-)

[4] Il est extraordinairement difficile de trouver tous les chiffres pertinents dans le même article, probablement parce que cela ne ferait pas assez répugnant: selon le blog de Corinne Lesnes le "scandale" tourne autour de 13'500 $ par an -- dans le même numéro Le Monde parle des indemnités de départ d'Airbus de Noël Forgeard: 8'500'000 € (note ajoutée à 19h33).

[5] Je ne sais pas ce qu'il en est en France, mais dans le monde anglo-saxon de tels "prêts" temporaires sont courants. Ils relèvent de la fertilisation croisée entre secteur étatique et secteur privé (ou international para-étatique, dans le cas de la BM) et s'effectuent selon une règle simple: c'est l'employeur d'origine qui continue de verser le salaire. Le montant supérieur à celui de Condoleezza Rice s'explique ainsi et n'est nullement inhabituel (il serait bien plus important s'il s'agissait de quelqu'un provenant d'une "vraie" banque d'investissement!).

[6] N'y serait-elle pas même carrément dénoncée comme attentatoire à la liberté personnelle?

lundi 9 avril 2007

Résurrection: subversion du temps par nous maudit

Voici un sermon de votre serviteur tenu ce dimanche soir de Pâques dans sa paroisse genevoise.

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dimanche 8 avril 2007

Noblesse d'un coming out (Daniel Brélaz chez Nadine de Rothschild)

Un homme de 57 ans fait un coming out dans une émission animée par Nadine de Rothschild: il a été puceau jusqu'à l'âge de 40 ans. A l'ère où les reality shows alternent avec leurs services après-vente où on s'arrache la peau car il n'y a plus de masques à faire tomber - à une telle ère, donc, ce genre de confession devrait laisser blasé ou ne prêter qu'à la dérision. D'autant plus que la baronne intervieweuse s'est fait une spécialité, dans un hebdomadaire romand, de prôner la supériorité de la fidélité light. Celui qui a connu une innocence aussi improbable est une personnalité marquante (on n'a pas le droit de dire saillante) en Suisse romande: il s'agit de Daniel Brélaz, syndic (maire) de Lausanne, représentant aussi éminent que populaire des Verts.

Or cette absence de vergogne si peu vaudoise est à saluer. Blague à part, cela fait honneur à cet homme politique qui, une fois de plus, montre son peu d'affinité avec toute langue de bois, et qui, en l'occurrence, est prêt à assumer qu'il n'a pas été parfaitement vert à tout point de vue - en tout cas jusqu'à l'âge du démon de midi. Sérieusement, j'admire et j'approuve, parce qu'on touche à un des derniers tabous. Mais épiloguer ferait courir le risque d'en dire ou trop ou trop peu.

Je n'ai malheureusement pas vu l'émission. Je ne me base que sur cet article du Matin. Il faut juste relever que le titre est de l'article est un téléscopage. Il se présente comme une citation "J'ai connu l'amour, au sens biblique du terme, à l'âge de 40 ans." Rappelons que si on emploie l'euphémisme "connaître bibliquement" pour dire avoir une relation sexuelle c'est que, dans la Bible, le terme "connaître" peut avoir une signification sexuelle: "Adam connut Eve et elle enfanta..." Mais même pour la Bible, cette connaissance-là n'implique pas forcément des sentiments amoureux.

COMPLEMENT DE 01h07: Le Matin, lui épilogue dans son édition dominicale, avec notamment une interview et un édito.

DERNIERE MISE A JOUR A 11h45.

vendredi 6 avril 2007

A chacun sa passion

Les médias se doivent de refléter l'ensemble des opinions politiques et des convictions religieuses de la société. C'est pourquoi, un Vendredi Saint, le journal de 12h30 de la RSR accordera la même importance à un pélerinage traditionnel dans le canton du Jura qu'à l'ouverture rédemptrice des commerces au Valais, où ce jour n'est pas férié - le dieu des Vaudois en soit loué.[1] La juxtaposition des interviews prête plutôt au sourire.

Dans un reportage, on entendra de braves croyants qui expliquent ce que le pélerinage représente pour eux, et on en sera touché ou agacé. Dans le reportage qui suit, ce sont des braves commerçants qui expliquent qu'ils n'ont pas besoin de faire de publicité dans le canton de Vaud voisin, d'où affluent les chalands. Par contre, c'est à leurs ouailles clients valaisans qu'ils doivent rappeler que le jour de la Passion est jour de consommation (au moins) ordinaire. On respire. Les habitants de ce pays connu pour son attachement aux valeurs traditionnelles ont failli oublier leur particularité qui est un privilège.

Les médias doivent donc couvrir équitablement la diversité de la société. Mais, en chiffres absolus, on peut présumer que l'information sur l'ouverture des commerces aura intéressé davantage d'auditeurs.

Autre information religieuse, aux enjeux peut-être un peu plus conséquents: Ludovic Monnerat relaie cet article de rfi sur le Conseil des ex-Musulmans en Allemagne. A noter le nom qu'ils se donnent "Nous avons abjuré", qui serait une allusion au cri féministe allemandes des années 70 qui disaient: "Nous avons avorté."[2]

Notes

[1] Comme au Tessin, "voisin" également catholique

[2] En France, c'était bien sûr le manifeste des 343... - cf. article Wiki et aussi cette information iconoclaste sur le rôle aussi essentiel que méconnu qu'un homme y aurait joué.

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