octobre 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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dimanche 29 octobre 2006

Tony saved the Queen

De ce côté-ci de la Manche, on a aussi vu un beau film, ce qui est la moindre des choses, son réalisateur étant un sujet de Sa Majesté (mais Sa Majesté est de son côté objet du film).

A ses débuts, Stephen Frears a traité ultraclassiquement un sujet ultratabou en son temps (Maurice).Mais il a aussi été capable de ne pas être convenable, à la limite du trash (Prick Up Your Ears) ou ultraclassique (A Room With A View). Que dire alors de The Queen? Cinématographiquement parlant, c'est beau et dépouillé. Surtout pas classique. Bref, absolument magnifique indépendamment de l'histoire et du propos. On peut se demander si le titre approprié ne serait pas The Queen and I - le moi étant celui de Tony Blair. Dans le film, ce dernier a manifestement plus de ficelles à tirer à sa disposition que sa souveraine. De plus, lui a la liberté de ne prendre aucune initiative, d'intervenir ou non, d'agir ou non dans le drame qui nous occupe.

La reine, elle, a choisi initialement de confisquer le deuil au public, de le confiner au privé, de protéger ses petits-enfants, de les soustraire à l'exposition médiatique. Depuis son divorce, Diana n'appartient plus à la famille royale, qui la perçoit comme quelqu'un qui a craché dans la soupe et qui était en train de détruire rapidement une institution séculaire.

Tony Blair tient aussi à l'institution de la monarchie. Et il réalise l'erreur stratégique, suicidaire de l'attitude de Windsor et consorts. Paradoxe pour un travailliste, dont le parti a souvent envisagé d'abolir la monarchie. L'ambiguité ne l'épargne pas: s'agit-il de sauver une institutions au nom des valeurs qu'elle incarne, au nom des services qu'elle a rendu au pays, au nom de la relation spéciale qui l'unit au peuple. S'agit-il d'en faire des alliés? Ou s'agit-il simplement d'éviter un chaos dont Tony Blair et son gouvernement ou son parti pâtiraient? Opportunisme, cynisme ou idéalisme et foi sincère? (Tony Blair fait une brève allusion à la religion à un moment donné.)

La grande qualité du film est qu'il ne prend pas parti. Il propose des hypothèses sur les comportements, les stratégies, les motivations. Et comme on ne sait pas (pour l'instant) ce qui s'est réellement passé, le film est un magistral Gedankenexperiment.

L'option de la ressemblance jusqu'à un certain point seulement fonctionne à merveille, avec des acteurs extraordinaires. On comprend que la reine ne pouvait qu'apparaître odieuse, mais sur ce point l'ambiguité ne l'épargne pas non plus. Est-elle fidèle à des principes, des valeurs, une éducation? En est-elle prisonnière? Ou est-elle, comme les autres membres de la dynastie, mue par le ressentiment?

Voilà comment un film plaisant, qui se laisse voir si facilement, si agréablement, donne à réfléchir et à réfléchir...

COMPLEMENT DE 20h15. Ad tempus pro me. To the time for me. An die Zeit für mich.[1] Ce n'est pas parce que Frears et Ivory sont tous les deux gais, qu'ils ont fait tous les deux des films à thématique gaie, que l'un est un Américain très britannique tandis que l'autre est franco-anglo-américain qu'ils sont un seul et même réalisateur. Indeed.

CORRECTIF DU 21.11.06 O taon, pour moi, suspends encore ton vol: Frears n'est pas gai, à en croire cet article du Guardian.

Notes

[1] Sur l'origine et l'orthographe correcte de cette expression, l'Académie française a tranché, ce que je n'oserai faire, puisqu'il s'agit précisément de reconnaître une erreur.

Familles, je vous haime

Little Miss Sunshine (en, fr), vu hier à Londres, a achevé de me convaincre que Mon frère se marie, vu jeudi à Genève, est un vrai film d'auteur, un grand film. Tous deux abordent le thème de la réparation des relations familiales[1]. On passe une bonne soirée à voir le premier, il y a du rire, de l'émotion et des bons sentiments, mais c'est sans commune mesure avec la subtilité, la densité et la résonance de la première fiction de Jean-Stéphane Bron, connu jusqu'à présent pour ses documentaires (en particulier Mais im Bundeshuus - Le génie helvétique).

Faisant penser tant à L'Invitation de Claude Goretta qu'au Wedding Banquet (Garçon d'honneur, en français) de Ang Lee, le film semble avoir le succès qu'il mérite en Suisse et sortira en France le 7 février 2007, c'est pourquoi je pense utile de préparer le terrain ici... Il vient de remporter deux prix au Festival international du film francophone de Namur en Belgique (lire le discours de réception de J.-S. Bron, meilleur scénariste avec sa co-auteure Karine Sudan, lu par Cyril Troley, meilleur comédien). Bron s'engage maintenant sur une nouvelle fiction qui se déroulera au Pôle Nord, ainsi que sur un documentaire qui lui prendra 5 ans: un thriller sur la mondialisation financière, annonce-t-il; on pourrait craindre le pire, si son regard empathique et humain n'était aussi affirmé, et si l'on ne connaissait pas son jugement sur Michael Moore:

J'avais beaucoup aimé son premier film, Roger et moi, mais pas du tout le dernier. On ne peut pas utiliser les mêmes armes que celles que l'on dénonce. Fahrenheit 911 ne fait que prêcher des convaincus, avec des procédés télévisuels. C'est une pensée qui fonctionne par slogans. Pour moi, la fin ne justifie jamais les moyens. C'est une question de morale.

PS: Ce billet s'inscrit dans l'utilisation du blog comme instrument de gestion du stress dont parle Pikipoki (ou du moins comme moyen d'évacuer une obsession: j'ai hier passé l'Internet au peigne fin pendant quelques heures, autant que ça serve à quelque chose...).

Notes

[1] Comme dit joliment Jean-Stéphane Bron.

samedi 28 octobre 2006

Ségolène et les militants pathologiques

J'étais un peu inquiet en suivant de loin les titres sur le déroulement du débat parisien des candidats à l'investiture socialiste: Royal en difficulté, sifflée etc. Et puis quand je lis le compte-rendu du Monde de ce matin, je suis entièrement rassuré: ce n'est pas elle qui a un problème, ce sont eux. Si les membres encartés (qui voteront) ne sont déjà pas représentatifs des sympathisants, qui ne le sont pas de l'électorat en général (et c'est lui qui importe, en mai 2007, il ne faudrait pas l'oublier), le public qui vient à ce genre d'événement fait surtout le plein de ceux que j'appelle les militants pathologiques (et qui se retrouvent tout naturellement davantage parmi les partisans de Fabius et de Strauss-Kahn).

Voir des compte-rendus de première main chez Phersu et radical chic, lire pour le plaisir Jules de Diner's room (plusieurs billets). Pour ma part je me retrouve entièrement dans les Commentaires et vaticinations royalistes de Hugues (plusieurs billets).

mercredi 25 octobre 2006

Donner encore plus de publicité à des Abdelwahab Meddeb

Le déclin de la surreprésentation de Ramadan Bros et de ceux sans qui ils n'existeraient pas, les antiislamiques ultraprimaires, poindrait-il? C'est ce que laisse espérer un nouvel article (accès-libre) du Temps. Patricia Briel a du mal à cacher la jubilation qu'elle éprouve à annoncer la parution des Contre-prêches d'Abdelwahab Meddeb[1] qui se pose en Voltaire arabe.

Pour ceux qui comme moi ne le connaissaient pas ou presque pas, la lecture de ce chat organisé par Libération Le Monde ne peut qu'être recommandée.

Notes

[1] Qui a déjà publié en 2002 La maladie de l'Islam. Cf. ce compte-rendu.

mardi 24 octobre 2006

Les blogs, ça sert aussi à lire les journaux

Plein de bonnes choses dans Le Monde lu, comme trop rarement, de la première à la dernière page dans le confort du bus pour l'aéroport:

  • Ce prof de sciences politiques, Philippe Raynaud, qui mouche José Bové à Trans Europe Express, repris dans la chronique télé de Dominique Dhombres:

"La France est le seul pays démocratique où le mot libéral soit une insulte. Le libéralisme, historiquement, c'est la séparation des pouvoirs, les droits de l'homme et l'économie de marché. Cela dénote à mon avis une antipathie de beaucoup de Français pour la liberté qui est un peu inquiétante."

  • Le portrait d'un élève commissaire de police d'origine tunisienne, Abdelhafidh Chraiet, qui confirme combien l'intégration est en retard en France, par rapport au Royaume-Uni, mais aussi la convergence des deux modèles.
  • Quelqu'un qui des démêlés plus graves que les miens pour passer un faire-part dans son quotidien local (L'Est républicain).
  • Une improbable compilation de la chanson homo de 1906 à 1966.
  • L'appel d'un député CDU, Matthias Wissmann, à une zone de libre échange transatlantique comme nouveau projet mobilisateur pour l'UE. Cela fera hurler ceux pour qui l'Europe ne peut s'affirmer que contre l'Amérique, alors que les deux camps ont probablement une guerre (économique) de retard: le libre échange, c'est l'affaire de l'OMC, plus un enjeu européen, et pas quelque chose à enfermer à nouveau.

dimanche 22 octobre 2006

Médias, poussette et conviction

dessin de Cabu: Chirac poussant SarkozyIl y a, rarement, des choses qu'on lit qui vous marquent irréversiblement: la dernière fois, pour moi, c'est un article du Canard enchaîné de cette semaine sur la problématique psycho-culturelle des poussettes où le bébé ou l'enfant ne fait pas face à la personne qui pousse. Au mieux il est brandi comme la Victoire de Samothrace The Spirit of Ecstasy sur les Rolls-Royce, au pire il est face à l'adversité, fendant l'étrave et la foule hostile. Dans un article de Libération (décevant, voir surtout le livre d'un chercheur à l'appui: Une folle solitude, le fantasme de l'homme autoconstruit, par Olivier Rey, ça a l'air passionnant), Jean-Luc Porquet nous explique que c'est néfaste; cela ne m'avait jamais effleuré mais c'est l'évidence même, non? Même les ravages du portable qui, eux, me frappent (cela doit néanmoins augmenter la propension des hommes à promener bébé) seraient moins dommageables si l'enfant pouvait au moins suivre la conversation. Je ne sais d'ailleurs s'il faut tant incriminer des théories psycho-pédagogiques débiles que le souci des fabricants de proposer des poussettes légères, pliables et bon marché.

Et quand en plus c'est illustré d'un de ces fantastiques dessins de Cabu... Entre le FT et Le Canard enchaîné, il me semble que c'est dans cette haute valeur ajoutée de la forme et du contenu que la presse écrite n'a pas de souci à se faire pour son avenir.

samedi 21 octobre 2006

"Liberté, égalité, féminité"

C'est la cover story du FTweekend, le magazine de l'édition britannique du Financial Times du samedi.

Un portrait de Ségolène Royal et une analyse approfondie de sa candidature et de la France d'aujourd'hui, par John Thornhill, rédacteur en chef de l'édition européenne du FT, qui est disponible gratuitement en ligne.

vendredi 20 octobre 2006

Marie-Hélène Miauton (regard bienveillant)

Néoréac, conservatrice pas toujours éclairée? Oui, mais: il y a l'intelligence du coeur. Moralisatrice à en jouir? Oui mais: il y a toujours cet humanisme (à l'ancienne), dont la gauche n'a pas le monopole. Dans ce billet (accès libre) de Marie-Hélène Miauton, chroniqueuse au Temps, c'est un intérêt authentique pour son prochain qui prévaut. Une authenticité d'autant plus certaine qu'elle ne fait rien pour prévenir un soupçon de condescendance dans la bienveillance. Peu importe. L'humanisme déployé dans des rapports verticaux (et les couvreurs sur le toit sont plus hauts!) réchauffe davantage le coeur que l'horizontalité cynique.

jeudi 19 octobre 2006

Encore la philanthropie

La philanthropie, plus spécifiquement pour moi dans sa liaison avec l'économie sociale (le tiers secteur) que dans son rôle de mécénat artistique par exemple, est un sujet récurrent, plus discret que d'autres, sur ce blog.

Sans développer, encore deux références puisées dans le FT:

  • Un article avec des exemples pratiques de jeunes entrepreneurs philanthropes de le magazine mensuel de luxe du quotidien au titre explicite: How To Spend It (pages 9 et 10). On peut désormais feuilleter chaque numéro en ligne (et admirer les pubs ou s'en indigner).
  • Un article plus ironique de Tim Harford, "the undercover economist", dans le magazine hebdomadaire FTweekend, sur les motivations de la philanthropie. Les économistes sont d'ailleurs fort peu pratiquants du genre! A noter que tous ses articles sont désormais accessibles en ligne gratuitement, et même par fil RSS. Si ce n'est pas de la générosité...

mardi 17 octobre 2006

Vieillir c'est se bonifier, comme pour un bon vin

Pas envie de traiter de sujets déprimants ou rabâchés... Et puis je tombe sur ce billet d'Agnès Maillard (Le Monolecte) qui vaut la lecture!

Vie de Mahomet: Ramadan a opté pour l'hagiographie

Jusqu'à présent, je voulais encore accorder à Tariq Ramadan le bénéfice du doute qui profite à l'accusé. Ce n'était pas sa faute si son frère s'appelait Hani. Ce n'était pas sa faute s'il avait un côté charmeur qui pouvait le desservir auprès de ceux qui n'y étaient pas sensibles (ou qui y étaient trop sensibles ou encore qui étaient jaloux). Certes, on lui avait refusé l'accès aux USA, mais les Américains ne font-ils pas parfois preuve d'une obsession de la sécurité qui peut les amener à des excès de prudence? Quant aux Français, ne sont-ils pas déconcertés chaque fois qu'ils sont confrontés à un intellectuel croyant (le même genre d'oxymore que gai chrétien). Certes, Caroline Fourest[1] m'avait ébranlé, mais, elle avait aussi commis des erreurs sur la Suisse.

Aujourd'hui, la Légende dorée de Mahomet, article de Patricia Briel, spécialiste des articles sur la religion dans le Temps, met enfin le doigt sur une faille. (D'autres l'ont fait ou le feront.) En écrivant une biographie du Prophète, le brillant universitaire a versé dans l'hagiographie. Il n'est pas entré en matière sur les points sensibles ou contestables de la vie du prophète. Dans un débat politique, on n'est pas obligé d'entrer en matière sur les points faibles. Ce n'est pas toujours expédient. On peut esquiver, on peut glisser. Mais quand on se pose en intellectuel, en universitaire. C'est presque l'aveu d'un renoncement au débat avec l'Occident infidèle, pour se concentrer sur l'édification des fidèles présents et à venir.

Dans un sens, je suis soulagé, parce que je suis fixé. Vraiment? On peut toujours espérer que l'Islam pour lequel il sacrifie la rigueur intellectuelle[2] reste un Islam modéré à défaut de moderne et éclairé. Modérément homophobe, par exemple, avec des châtiments modérés à l'encontre des adultères et des sodomites, ce qui implique que les pays concernés acceptent le moratoire de Ramadan sur la lapidation. Et dans ce cas, il faut bien qu'il leur donne des gages. Alors, faut-il donner à cette hagiographie le Nihil obstat qui ne nous est pas demandé? Retour à la case départ, et aux doutes.

Notes

[1] Dont j'ai découvert hier dans les Mots croisés de France Télévision à quel point son jugement limpide était aussi susceptible de prendre en compte toute une série de paramètre et de nuances: chapeau!

[2] Bon, je sais qu'il faudrait que je l'aie lu pour revendiquer cette rigueur.

dimanche 15 octobre 2006

Najah Larbi, anthropologue critique du monde arabo-musulman

On me permettra de faire de la pub pour une conférence de

Madame Najah Larbi
Anthropologue spécialiste du monde arabo-musulman

Thèmes: Point de vue scientifique sur l'Islam, position de l'Islam et du Coran sur l'homosexualité, réalités sociologiques du monde arabo-musulman, le voile linguistiquement décodé, etc.

Les recherches, les analyses et les interprétations de Najah Larbi sont à la fois inédites du point de vue islamique, par la critique radicale qui est faite du traditionalisme, et classiques du point de vue de l'approche scientifique. C'est particulièrement le cas de son regard sur l'homosexualité dans les sociétés musulmanes d'une part, et dans le Coran d'autre part. Par ailleurs, l'analyse linguistique qu'applique Najah Larbi à la question du voile dans le texte coranique apporte un éclairage assez nouveau. Enfin, à travers une observation rigoureuse, elle montrera que la lecture fondamentaliste du Coran est en contradiction avec le texte lui-même.

Mardi 17 octobre à 20h
dans les locaux de Dialogai (11-13 rue de la Navigation) à Genève

La soirée est organisée par le Groupe C+H / Chrétien-ne-s et Homosexuel-le-s de l'association Dialogai, mais tout le monde peut venir.

J'ai déjà pu m'entretenir avec elle. Elle est vraiment intéressante et surprenante. J'y reviendrai après coup.

COMPLEMENT DU 18.10.06. Voici quelques éléments que j'ai gardés de la conférence de Nadjah Larbi.

La conférencière a d'abord évoqué brièvement la Tunisie, où elle a grandi et fait une partie de ses études. Ce pays se distingue, avec la Turquie, en étant le seul pays musulman laïc. Par exemple, le voile y est interdit depuis Bourguiba. Actuellement, l'un des combats féministes en cours est d'avoir droit à la même part d'héritage qu'un homme (le Coran prévoit qu'une femme à droit à la moitié de la part d'un homme). Pour illustrer la dérive islamiste survenue dans de nombreux pays, elle a raconté une "anedote" personnelle qui lui est arrivée en Egypte, où règne une surveillance et une dénonciation des moeurs dues à l'influence progressive des Frères musulmans depuis les années 70. Un homme et une femme ne doivent pas se se trouver seuls dans un domicile privé. Elle-même a été dénoncée par un voisin pour avoir invité à souper un camarade d'université. Arrivée de la police, contrôle d'identité. Comme à l'époque elle avait déjà un passeport occidental, elle n'a pas été trop inquiétée.

Ainsi, elle insiste sur les méfaits de la prise en otage des modérés par une poignée de radicaux. Elle pense que le texte du Coran a certes du mauvais mais surtout du bon, et que c'est l'interprétation (l'usage) qu'on en fait qui est déterminante. Dans les bonnes choses, il y a une vision positive et décomplexée de la sexualité, une valorisation du plaisir (sauf que ce doit être hétéro et que les célibataires sont des frères du diable, leur semence étant perdue). Dans le bon, il y a une net progrès de la condition féminine par rapport à ce qui précède ou aux sociétés alentour. A la différence de ce qui se passera dans le christianisme, le divorce est autorisé, et la procédure est simple. (Ce faisant, elle est assez proche de Caroline Fourest - et comme elle est se veut à gauche et féministe.)

Quant à l'homosexualité masculine, elle doit être punie de mort, le partenaire actif (qui a gaspillé sa semence) comme le partenaire passif (qui a transgressé l'ordre naturel et créationnel en occupant la place de la femme). C'est dans le Coran lui-même, avec référence au peuple de Lud (= Lot). Mais il faut quatre témoins des faits. Les interdits prouvent que ce qui est interdit existe. La tolérance par rapport à cette "déviance" varie selon les époques. Logiquement, en période de faiblesse démographique, ou quand on a besoin de soldats etc., on réprimera plus ou moins totalement. Au IXème siècle, sous un califat prospère et puissant, l'homosexualité fut ouvertement et textuellement célébrée par le poète Abu Nawas (entre autres). C'est donc de la mauvaise foi que de prétendre que c'est une pratique occidentale, comme le font certains apologètes, y compris certain qui ne sont pas radicaux.

Tout compte fait, ce discours progressiste n'est pas forcément révolutionnaire. Dans les pays musulmans, il y a la peur que les dirigeants non démocrates ont des islamistes. Chez nous, les médias, invitent plus volontiers les Ramadan. Mais cela n'exonère pas non plus de toute responsabilité les musulmans de la base vivant ici.

samedi 14 octobre 2006

Petits fours ou jalousies?

Les Verts européens tenaient congrès à Genève les 13-14 octobre. Certains esprits mesquins, chagrins qui ne voient pas plus loin que le bout de leur jet d'eau, goûtent fort peu la générosité ambitieuse [1] de la Ville et du Canton manifestée à cette occasion. En effet, une subvention de Fr. 17'500.- a été octroyée à l'événement, au motif qu'il contribue au rayonnement de Genève (à une époque de restrictions budgétaires etc.). Relayant les mauvaises langues qui dénoncent bassement un goinfrage de petits fours[2], le Gniolu de l'hebdomadaire populaire GHI croit savoir en plus que Pierre Maudet[3] va intervenir, pour imposer la choucroute.[4]

A la décharge de tout ce monde, il faut savoir que "Malheureusement, le Groupe Vert au Parlement a choisi de ne pas soutenir financièrement le Congrès des Verts Européens à Genève (une seule grande Conférence peut être financée hors Union Européenne et le Groupe a choisi de financer la Conférence des ONG sur Tchernobyl à Kiev)."

J'imagine qu'en pareille circonstance, des libéraux ou des conservateurs qui se respectent ne songeraient pas un instant à quémander la moindre allocation autre que privée, qu'ils refuseraient avec indignation comme un affront tout geste étatico-collectiviste en leur faveur. Amis lecteurs européens, pouvez-vous me le confirmer?

Notes

[1] Si on me passe cet oxymore.

[2] Etant donné les couleurs conventionnelles (vert et rouge) des fruits confits qui les garnissent, quoi de plus approprié?

[3] Qui n'en parle pas encore sur son blog.

[4] Plat traditionnel, favori et identitaire du Parti Radical Genevois.

vendredi 13 octobre 2006

La tablée s'agrandit

Deux glissement dans le blogroll: Authueil (c'est lui qui l'écrit comme ça) et radical chic (que demander de plus) sont passés dans la liste des partenaires de Lieu-Commun. Un protestant et un original de gauche, deux dotcleariens de plus. C'est l'occasion d'avouer que ce n'est ni un programme commun, ni l'attrait du pouvoir qui nous réunissent (nous nous déchirons joyeusement sur Sarko ou les candidats à la candidature socialiste), mais le plaisir: celui de discuter, d'argumenter et de découvrir, à partir d'autres histoires, d'autres expériences, de nouveaux points de vue qui nous interpellent. C'est au fond parfaitement subjectif. Allez donc les lire si ce n'est pas déjà fait!

Un Prix Nobel pour Orhan Pamuk

My Name is Red - Front coverEst-ce trop demander que de rappeler qu'il s'agit du Nobel de littérature? Et qu'il est amplement mérité à ce seul titre, sans que l'auteur soit nécessairement instrumentalisé par rapport l'Islam, l'adhésion à l'Union européenne, les Kurdes ou le génocide arménien, en suggérant en quelque sorte qu'il le mériterait moins que d'autres?

J'ai lu Mon Nom est Rouge il y a quelques années déjà dans sa version anglaise -- attiré au départ par la beauté (non figurative!)[1] de la couverture d'une édition de poche. J'ai été enthousiasmé et l'ai fait lire à d'autres, puis j'ai lu d'autres livres de lui.

Je compte bien revenir dans ce blog sur les multiples questions turques. Mais un autre jour.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY DU 14.10.06. - De Pamuk j'ai lu La Vie nouvelle et, cette année, Mon Nom est Rouge. Cet auteur m'a enthousiasmé tant pour la forme, le style, le ton (une tendre ironie humaniste) - d'une part - que pour le fond, la trame, l'intrigue, les personnages - d'autre part. Je n'arrive pas à citer un écrivain francophone qui déploie pareillement une inventivité, une créativité humbles et tranquilles (mais je ne demande qu'à être détrompé). Tant mieux si le Prix Nobel contribue à augmenter sa notoriété. Mais pourvu que cela mette en avant ses qualités littéraires d'abord.

Notes

[1] Le false memory syndrom a encore frappé!

jeudi 12 octobre 2006

Primaires et duels

Je ne compte pas suivre dans le détail le processus de désignation du/de la candidat-e du PS français à l'élection présidentielle. Mais on peut quand même lire des énormités, comme dans cet article du Monde à propos des débats télévisés qui vont avoir lieu:

Les pourparlers ont duré deux jours : lundi 9 et mardi 10 octobre, au siège du PS. Pour la première réunion, les présidents des deux chaînes, M. Elkabbach et Richard Michel (LCP-Assemblée nationale), avaient fait le déplacement avec une armada de techniciens, le réalisateur Philippe Lallemant. Ils s'étaient munis des cassettes des duels américains Bush-Kerry ou allemand Merkel-Schröder.

C'est beau le professionnalisme! Il n'y a pourtant pas besoin d'avoir fait Science Po pour réaliser que la référence c'est plutôt les débats télévisés (ennuyeux) entre candidats à l'investiture démocrate pour l'élection présidentielle américaine (bien davantage que trois). Et effectivement la confrontation entre concurrents mais néanmoins amis camarades, les battus s'apprêtant à faire loyalement campagne pour le vainqueur afin de défaire l'adversaire, ça n'a rien de commun avec l'affrontement entre deux camps antagonistes.

De ce point de vue, le PS a d'ailleurs pris un risque en retenant la traditionnelle majoritaire à deux tours: si Royal ne l'emporte pas dès le premier, cela n'est pas de nature à faciliter l'unification ultérieure[1]. La majoritaire avec seconde préférence, en un seul tour, aurait été nettement préférable. Et elle obligeait d'emblée les militants à penser: si pas Royal, DSK ou Fabius? si pas Strauss-Kahn, Royal ou Fabius? si pas Fabius, Royal ou DSK?

Lang n'aurait alors eu aucune raison de renoncer, ni même Aubry ou qui sais-je. Car à trois ce sont exclusivement les "deuxièmes préférences" de ceux qui ont voté pour le troisième qui sont prises en compte et additionnées aux suffrages recueillis par les deux premiers pour déterminer qui, en fin de compte, arrive en tête.

Notes

[1] Il est à craindre que Fabius et ses partisans choisissent de voter surtout "contre": contre Royal, cette ennemie intime car également mitterrandienne pur sucre, davantage encore que contre DSK, le plus social-démocrate de la bande.

mercredi 11 octobre 2006

Google Docs & Spreadsheets: c'est parti!

Il n'y a pas que le rachat de YouTube... Ces diables de Google ont maintenant finalisé la mise en service commune de leurs outils de collaboration en ligne dont je vous parlais ici. Ca fonctionne comme une fleur, j'y retrouve sans problème mes fichiers Writely et mes fichiers Google Spreadsheet. C'est ici que ça se passe.

lundi 9 octobre 2006

Pascal Décaillet se met en abyme

Quand Pascal Décaillet semblait à terre, les chers confrères de la presse écrite notamment s'autorisèrent et se lâchèrent - dans le sens de la critique. Depuis, il est devenu bienséant d'applaudir à ses débuts télévisés sur Léman Bleu.[1] Et on a bien raison de le faire, comme dans cet article du Temps. C'est juste le concurrent à qui on pique ses conseillers fédéraux d'invités qui fait une petite moue et lâche un cordial et chaleureux "Grand bien lui fasse".

Décaillet dit avoir conscience de faire de la radio filmée. Mais ce disant, il se trahit et vend implicitement la mêche: pour les débats, il y a bel et bien une supériorité de la radio (il n'y a pas photo si j'ose dire), où il a excellé. A priori, le calviniste impénitent que je suis dira que l'image apporte peu, qu'il faut s'en méfier. Elle empêche de se concentrer sur le contenu principal. Ce serait même trompeur de croire qu'elle nous apprend quelque chose sur la personnalité des intervenants.

Or Décaillet a déjà trouvé un plus.

"J'ai bien conscience que pour le moment je fais de la radio filmée. J'ai beaucoup à apprendre sur le langage télévisuel. Je dois subir une cure de désintoxication radiophonique! Mais vous avez peut-être remarqué qu'il y a un début de mise en scène, par la mise en évidence des jeux de regards entre l'intervieweur et l'interviewé." (Nous soulignons.)

Avec le passage à la télévision, on a ajouté la dimension... visuelle. Or qu'est-ce que Décaillet veut mettre en scène? – Les jeux de regards, pardi. En voulant que son médium nouvellement visuel filme un acte visuel, Décaillet réalise une mise en abyme soft. Une mise en abyme stricte montrerait une caméra filmant la scène ou filmant un moniteur. Comme le peintre des Ménines qui se met en scène dans le tableau.

Mais Décaillet a commencé avec l'essentiel. La révélation des jeux de regards, loin de distraire, favorise l'attention et la concentration, parce qu'on nous rappelle qu'il y a un échange entre deux personnes situées dans l'espace l'une par rapport à l'autre (en l'occurrence en face), et que cet échange passe par un contact entre les deux personnes - le regard vif et attentif de Décaillet veillant à prévenir la dérive vers un monologue (mais ce n'est pas une garantie automatique). Le regard de Décaillet représente alors le regard du téléspectateur, qui espère que l'interlocuteur s'adressera à lui, à ses préoccupations, apportant peut-être de nouvelles perspectives. C'est un autre aspect de la mise en abyme, qui paradoxalement ne suggérera pas l'enfoncement dans les tréfonds de l'insignifiance mais l'élévation des débats vers ces hauteurs auxquelles Décaillet nous avait habitués.

Mais jugez vous-même (en nous pardonnant ce "spécial copinage" au carré):


Notes

[1] Voir ce billet et ce billet.

dimanche 8 octobre 2006

Vidéos parodiques

Je ne sais pas pour vous, mais moi j'ai tendance à diversifier dangereusement mon usage de l'Internet du côté de YouTube (il y a aussi DailyMotion, qui a l'avantage d'être en français)... Autant je suis réservé à l'égard des podcasts (voir pourtant cet excellent réflexe de KoZ, interviewant le compagnon de Michèle Alliot-Marie sur son marché, muni de son seul téléphone portable), autant la vidéo apporte quelque chose. La diffusion est ensuite assurée par courriel ou blog, mais il y en a aussi pour qui les films envoyés sur un site d'hébergement sont directement le blog: voir par exemple geriatric, ce retraité britannique de 79 ans qui en est à sa 31ème chronique vidéo aux YouTubers, déjà vue par 6000 personnes après sa mise en ligne hier; entre Henri Guillemin et Alistair Cooke, il a 28'000 abonnés.

J'avais déjà occasionnellement fait des liens vers des vidéos sur ce blog, mais aujourd'hui j'ai envie de tester l'inscrustation directe. Idéalement ç'aurait été avec celle-ci, trouvée chez Versac, désopilante et très pro sur Cameron et Blair, mais elle ne s'y prête pas pour une raison technique. D'accord avec Versac que les Français ont pas mal de retard sur les Anglo-Saxons dans ce domaine, mais ça se rattrape: voir celle-ci, due à azote76 (Quantic), un internaute de 19 ans:

vendredi 6 octobre 2006

Voile islamique: une autre approche

Encore une polémique britannique qui mérite d'être répercutée en français (même si j'ai une certaine compréhension pour l'agacement exprimé par un MP musulman[1] devant l'accumulation sur une courte période de manchettes relatives à des musulmans britanniques[2]): Jack Straw, ministre chargé des relations avec le Parlement (leader of the House of Commons) après avoir été ministre des affaires étrangères, raconte que, lorsqu'il reçoit une électrice voilée dans sa permanence (il y a un tiers de musulmans dans sa circonscription), il explique courtoisement que cela le met mal à l'aise de ne pouvoir voir la personne avec qui il parle, et sollicite qu'elle écarte son voile. Eh bien elles ont toujours accepté! Un vrai cas d'école de la puissance du "langage-je" prôné par le psychologue Thomas Gordon ou de la communication non-violente de Marshall Rosenberg.

Chez Harry's Place, Wardytron commente les réactions délirantes que cela a suscité (Norman Geras le corrige à juste titre sur un argument, mais qui déforme entièrement la démarche de Straw), et le Guardian remonte à la source: la chronique benoîtement tenue par Straw dans son quotidien local.

Notes

[1] Et peut-être des lecteurs de ce blog!

[2] La dernière, cet après-midi: un chauffeur de taxi musulman refusant l'accès à un chien, impur -- mais guide d'aveugle.

Quel est le taux de diversité ethnique de votre quartier? Et votre taux idéal?

Toute discussion sur la diversité entre les personnes dans un groupe ou une population donnée est évidemment bourrée de chausse-trappes, entre a priori et procès d'intention, chantres de l'homogénéité, du métissage ou du multiculturalisme comme valeurs en soi et -- surtout -- complexité des concepts et des données utilisées[1]. Ce préambule effectué, j'aimerais signaler une étude réalisée à partir du recensement britannique de 2001 qui établit une carte de la diversité ethnique répondant à la question: quelle est la chance que deux personnes prises au hasard (dans la rue, dans le bus) ne soient pas de la même origine? Réponse: 85% à Brent (un arrondissement de Londres composé de 29% de blancs britanniques et 9% de blancs d'autres origines, 18% d'indiens, 10% de noirs caraïbes et 8% de noirs africains), 1% à Sedgefield, dans le nord de l'Angleterre[2] [3].

L'étude illustre aussi que là où l'indice de diversité est plus faible, la population peut être blanche d'origine britannique, évidemment, mais pas seulement. Dans une ville comme Bradford, à diversité globale forte, un quartier peut être très majoritairement blanc et un autre très majoritairement pakistanais.

L'étude aborde aussi le volet religieux: après les chrétiens[4], les musulmans sont les plus nombreux (1,6 million, dont plus de 63'000 blancs) et les plus divers ethniquement (pakistanais, bengalis, indiens, noirs africains et blancs). Et elle se prête à bien d'autres analyses, par rapport au taux de chômage par exemple.

La présentation du Times paraît la plus complète, voir aussi le Daily Telegraph, le Guardian ou la BBC.

Ou le site de l'Office national de la statistique, où tout peut être téléchargé gratuitement!

COMPLEMENT DE 23H20: Bon, mais la vraie question sous-jacente, politiquement incorrecte même si elle nettement distincte de celle dite du "seuil de tolérance", est la suivante: quel est l'indice de diversité souhaitable? Et la moyenne qu'il représente, est-il préférable de l'atteindre avec un groupe nettement majoritaire et plusieurs groupes nettement minoritaires, ou travers d'une dispersion harmonieuse entre groupes égaux, tous minoritaires?

C'est le genre de question que pourrait se poser aussi le propriétaire d'un immeuble (un office HLM) ou un employeur (un manager cherchant à composer une équipe optimale), si cela ne contrevenait à l'égalitarisme aveugle des principes anti-discriminatoires, qui finissent par reproduire ce qu'ils cherchent à éviter.

Cela se complique encore si l'on tient compte qu'il y a des aspirations diverses: jeunes ou vieux, célibataires, couples sans enfants ou familles (eux aussi à mélanger au taux adéquat). Une cité universitaire doit probablement viser à la diversité maximale, mais il y a aussi les personnalités fragiles qui ont besoin d'homogénéité: je pense à ce jeu sadique que pratiquaient des gardiens de prison et dont est mort un détenu, en enfermant dans une même cellule un raciste pathologique et un homme d'une autre origine.

Tout dépend évidemment des buts que l'on se donne, des préconceptions que l'on peut avoir: je poserais, par exemple, que l'homogénéité complète est une mauvaise chose, génératrice et de méfiance à l'égard de ce qui est différent et d'appauvrissement de l'esprit, mais que la "dispersion harmonieuse" peut aussi être une atomisation, une perte de repères, aboutissant davantage à l'ignorance d'autrui qu'à l'enrichissement par la différence. Mon idéal serait une majorité non hégémonique, donc contrainte à s'ouvrir, et des minorités sachant où elles sont (et il y a aussi des blancs prêts à vivre dans un quartier bengali, jamaïcain ou vietnamien). Naïf?

Notes

[1] Un exemple: entre le Royaume-Uni et la Suisse, une comparaison des pourcentages de ressortissants nationaux et d'étrangers rend compte d'une situation assez différente dans la mesure où la nationalité britannique s'obtient facilement après 6 ans seulement; mais elle traduit tout de même une différence légale qui a un effet social: un étranger en Suisse depuis 12 ans, ce n'est pas la même chose qu'un Britannique naturalisé depuis 6 ans... Et si en Suisse, contrairement à la France, ce genre d'étude n'est pas tabou, on préfère s'en tenir au critère formel de la nationalité plutôt que celui de l'origine ethnique (annoncée, et que l'on soit ressortissant ou étranger) qui ne pose pas d'état d'âme aux Anglo-Saxons.

[2] La circonscription de Tony Blair, ce qui est assez ironique par rapport à l'image de la Grande-Bretagne comme un pays jeune et qui glorifie la diversité ethnique associée au New Labour.

[3] Ce "taux de diversité" est manifestement une trouvaille de vulgarisation, surtout. Car en fait c'est une moyenne, le vrai taux de diversité varie selon le groupe: il est de quasiment 100% pour les rares représentants de la minorité ethnique de Sedgefield, et plus élevé pour les noirs africains de Brent que pour les blancs britanniques.

[4] La distinction entre catholiques et protestants semble retenir nettement moins l'intérêt ici qu'en Suisse ou à Genève... ;-)

jeudi 5 octobre 2006

Les policiers musulmans entre objection de conscience et interdiction professionnelle?

Polémique aujourd'hui, à Londres, à propos d'un agent de police qui a sollicité et obtenu une dispense de tour de garde devant l'ambassade israélienne, en raison du fait qu'il ne sentait "pas à l'aise" dans cette mission: il est musulman, sa femme est libanaise, son père syrien. Si, sur le plan quotidien, il est parfaitement raisonnable entre collègues de trouver des accomodements pour tenir compte de circonstances personnelles, à partir du moment où l'affaire est divulguée c'est la question de principe qui prédomine et il est évidemment inacceptable d'entrer dans une telle logique. Au demeurant, il ne lui était pas demandé de bombarder le Hezbollah, mais bien de protéger une ambassade accréditée et le public londonien qui ne manquerait pas d'être touché en cas d'attentat.

Mais ce qui me frappe davantage, c'est qu'on a au moins échappé à l'inverse, qui aurait été aussi sinon plus scandaleux: que ce soit à l'initiative de ses supérieurs, regardant un agent musulman comme un risque de sécurité pour une mission telle que celle-ci, qu'il ait été muté d'office[1]. Ce qui ne veut pas dire que cette pensée n'a pas effleuré ceux qui ont eu à se prononcer sur la demande...

Notes

[1] Au demeurant, certains lecteurs un peu échauffés de Ludovic sont probablement chaudement partisans d'une telle politique!

mercredi 4 octobre 2006

Société: rien entre l'avis de naissance et l'avis de décès?

Les lecteurs de ce blog peuvent difficilement l'ignorer (même si je n'en tiens pas une chronique aussi exhaustive que Laurent de son mariage au Canada), mon état civil est récemment passé de "célibataire" à "partenaire enregistré"[1]. Une journée inoubliable, pour un événement unique dans la vie[2].

Comme nous avions fait le choix d'une célébration et d'une fête partagée avec nos familles et nos amis, mais néanmoins intime (en tenant compte en particulier de l'obstacle géographique pour toute union binationale), nous n'avions pas envoyé tous azimuts un faire-part préalable[3], de sorte qu'il nous restait, tout naturellement, à annoncer notre joie et notre nouveau statut à tous ceux qui n'avaient pas pu être invités. Mais c'est bien à cela que servent les avis de faire-part publiés dans la presse, non?

C'est à cette occasion que j'ai découvert qu'au moins à Genève ils ont disparu. Si Le Monde, ou les quotidiens de qualité britanniques, ont toujours (encore?) une page "Carnet" dans laquelle on peut, contre paiement, annoncer une naissance, une union, un décès (et même un anniversaire de naissance, de mariage ou de décès), tel n'est plus le cas dans Le Temps ou la Tribune de Genève. Les régies publicitaires de ces deux quotidiens m'ont chacune précisé que ma demande d'une publication dans une rubrique "Partenariat" identique à la rubrique "Mariage" tombait à faux en raison de l'inexistence de cette dernière!

Cela m'a plongé dans un abîme de réflexion morose sur l'évolution de la société: de l'étouffante communauté rurale où rien n'échappe à tous, à la foule solitaire où plus rien ne se partage. Cf. Bowling Alone et toutes ces sortes de choses.

A tort ou à raison, je n'ai pas poursuivi avec Le Temps qui est un journal supra-cantonal (alors même que j'aurais pu, en toute mégalomanie, publier cette annonce dans Le Monde). Mais je me suis quand même étonné de l'attitude de la Tribune de Genève qui dans la stratégie du groupe Edipresse est LE quotidien local par excellence, dont la page des avis mortuaires est sans doute la plus lue et la plus utile. Sur mon insistance, on m'a alors proposé une rubrique dont j'avais noté avec horreur l'apparition il y a quelques années: "Coup de coeur", consacrée à ce que l'on peut décrire comme des "messages personnels" rédigés dans un style "jeune", voire cryptique[4]. Rien à voir avec le formalisme, pourtant simple et direct, de Prénom Nom & Prénom Nom ont la joie d'annoncer l'enregistrement de leur partenariat / la célébration de leur mariage le ... à ..., suivi de leur(s) adresse(s) le cas échéant, dans une rubrique idoine.

annonce (détailFinalement, croisière aidant, c'est près d'un mois après l'événement que la Tribune de Genève a publié notre faire-part, selon une présentation qui manquait un peu de finesse et en omettant un surtitre "Partenariat" mais pas une mention "PUBLICITE" qui ne précède pas les avis de naissance et les avis mortuaires.

Parallèlement, tout à la joie de prolonger l'événement et en possession d'une photo symbolisant parfaitement la cérémonie, nous avons imprimé et envoyé des faire-parts a posteriori qui nous valent de continuer de recevoir de touchants messages[5].

faire-part envoyéJe suis prêt à me reconnaître un léger penchant à l'exhibitionnisme prosélyte: en 1995, j'avais eu infiniment moins de peine à faire publier par la même Tribune de Genève un faire-part de "Re-naissance", suivant les avis de naissance et selon le même graphisme, pour célébrer la transplantation rénale dont je venais de bénéficier. Mais dans l'ensemble, je crois qu'il y a quelque chose de profondément faux dans ce grand écart entre une obsession malsaine pour l'intimité, la vie privée, d'un côté, et, de l' autre, le "moi je" solitaire et sans se soucier d'autrui du type télé-réalité. Entre les deux, c'est le lien social qui se détruit.

Notes

[1] Selon la terminologie de la loi suisse adoptée le 5 juin 2005 dont l'entrée en vigueur a été fixée au 1er janvier 2007, le temps d'adapter toutes les dispositions réglementaires d'application.

[2] Au moins la première fois! ;-)

[3] Avec l'invitation multicouches usuelle: la cérémonie (vient qui veut) / la verrée (vient qui est sur place ou est invité) / le banquet (s'y rendent les invités, qui s'éclipsent discrètement de la verrée).

[4] Usage de surnoms, forcément débiles hors contexte, ou des prénoms, de sorte que seul l'annonceur a la satisfaction narcissique de reconnaître son annonce avant de la signaler au(x) destinataire(s), qui n'est donc guère le public ou les amis non informés...

[5] Le plus over the top est probablement celui de cet ami qui nous dit que sa voisine (?) en a eu des larmes de joie! C'est aux Etats-Unis bien sûr.

Les folies de Mark Foley

Pour une fois que je peux communier dans la dérision et le sens de la supériorité européenne à l'égard de la société américaine! La démission ignominieuse d'un élu républicain de Floride à la Chambre des représentants, à quelques semaines d'une réélection qui s'annonçait facile, a tout du conte de fées moral (pour adultes, quand même): il était en particulier l'artisan de cette loi qui introduit une majorité sexuelle différente sur Internet (18 ans, règle fédérale)[1] et dans la vie de tous les jours (variable selon les Etats), et qui lui est aujourd'hui fatale. Les ex-stagiaires qu'il poursuivait (avec leur consentement, même si cela ne change rien à l'affaire) de ses assiduités à coup de messages instantanés à contenu explicite ("salace" est un mot trop vieillot pour rendre compte des dialogues parfaitement modernes[2] qui sont maintenant publiés par ABC News) avaient moins de 18 ans, mais plus de 16, ce qui rend grotesque l'accusation de pédophilie immédiatement articulée à son égard: à le lire, ce ne sont pas les pré-pubères qui excitent Foley.

Que ces ex-stagiaires soient des jeunes hommes plutôt que des jeunes filles ne change à peu près rien à l'affaire non plus, sinon que cela illustre une fois de plus le danger pour l'équilibre mental qu'il y a à ne pas s'assumer: Foley n'était pas "ouvertement" gay, c'était seulement de notoriété publique. Voilà qui contraste, par exemple, avec le président de la Chambre basse du Parlement fédéral helvétique, Claude Janiak...

COMPLEMENT DE 23H: Comme souvent dès qu'il est question d'affaire de moeurs, le vocabulaire tend à déraper pour suggérer davantage que ce qu'il y a à dire. Ce n'est pas à une mais à deux reprises que Le Monde parle de "jeunes garçons" (une expression qu'on devrait réserver à des gamins de moins de 10-12 ans en culotte courte) à propos de jeunes hommes de 16 à 18 ans, sexuellement majeurs même si ce ne sont pas encore de "jeunes adultes". De la même manière, le mot "fillette" ne vient plus guère sous la plume des journalistes qu'à propos de victimes pré-adolescentes ou adolescentes...

COMPLEMENT D'ALEX DEPRAZ LE 05.10 à 13h56: A mettre en parallèle avec l'affaire "Sophie13"...

Petit rappel des faits: une adolescente suisse chatte avec une interlocutrice de son âge dont le pseudo est "Sophie13" (13 pour le département des Bouches-du-Rhône). Après plusieurs mois de dialogue, une conversation via webcam permet à l'ado de découvrir que "Sophie13" est en réalité un homme d'une cinquantaine d'années. Le contact se poursuit. L'adolescente vit dans un contexte familial perturbé (rumeur de mariage forcé la concernant). Elle part rejoindre son amour du net dans la région de Marseille. Le quinquagénaire accueille l'adolescente, y compris dans son lit, la présente à sa famille. Personne n'a de doute sur son âge: l'ado a juste moins de 15 ans mais de toute évidence elle passe pour plus âgée. La police finit par la retrouver. Depuis, l'homme est en prison et l'ado refuse de retourner vivre au domicile familial.

Reste la manière dont la presse traite cette banale histoire d'amour adolescente: le quinquagénaire est traité comme un "pédophile" alors qu'il n'a aucun antécédent et que la fille est pubère. On qualifie les actes d' "abus" alors même qu'il n'y a aucun indice d'usage de la contrainte. Et bien sûr on dénonce la "perversité" du net (cette couverture de L'llustré) alors même que via webcam l'adolescente savait parfaitement à qui elle avait affaire et a rejoint l'individu en connaissance de cause après de longues discussions!

Certes, l'affaire tombe sous le coup du droit pénal: en France, semble-t-il, l'acte est grave si la mineure a moins de 15 ans (est-il punissable après s'il n'y a pas usage de la contrainte, je l'ignore?); en Suisse, l'acte d'ordre sexuel librement consenti est en principe punissable avec un mineur de moins de 16 ans (sous réserve d'une différence d'âge de moins de trois ans). il s'agit donc bien d'une infraction, mais il n'y a ni pédophilie ni abus (en tout cas au sens du droit suisse). Et dire que Lolita a été publié il y a plus de cinquante ans!

Notes

[1] Inconnue à ma connaissance sous nos cieux. Pas forcément une mauvaise idée, mais c'est peut-être discutable lorsque les interlocuteurs se connaissent, comme c'était le cas ici: dialogues entre ex-stagiaires ayant travaillé pour lui et Mark Foley alias Maf54, jeune quinquagénaire portant beau outre qu'il sécrète le phéronome de la politique...

[2] Les ex-stagiaires y font preuve d'une maturité impressionnante, je le dis sans ironie aucune!

lundi 2 octobre 2006

Le blog de Pierre Maudet - enfin!

C'est parti, et cette fois du bon pied et sur le ton qui convient! Salut l'ami, bienvenue au club!

Amour de la science contrarié ou à retrouver

Alors qu'en pages Régions on apprend dans Le Temps que d'aucun-e-s s'opposent à la venue ponctuelle à Lyon de l'enseignant genevois Hani Ramadan, le courrier d'un lecteur biologiste plaide sans avoir besoin d'ironie pour un retour à la science dans l'Islam.

Pour parfaire son information (biaisée,forcément), on lira ce blog d'une militante féministe et laïque qui a par exemple son idée sur l'ouverture d’un centre de formation islamique (Shâtibi) à Lyon qui, dès septembre 2006 proposera de suivre, dans les locaux du centre islamique Tawhid à Lyon, un cursus d’étude de l’islam et de la langue arabe sur trois années. On y apprend à corriger sa femme losrqu'elle donne des signes de fiertés. Hani Ramadan, lui, y défend le droit à la polygamie, qu'il vend comme un bon remède contre l'adultère. Mais si c'est avec la science que sa femme le trompe, on ne pourra rien y faire.

dimanche 1 octobre 2006

Quand un "neocon" défend Tariq Ramadan

Le titre est un peu accrocheur, mais à peine... Sur la même page du FT que dans le billet précédent, Christopher Caldwell, rédacteur au très conservateur et influent Weekly Standard (bien moins connu sous nos cieux que le Washington Post ou le New York Times qui expriment le point de vue de l'élite bien pensante), consacre sa chronique hebdomadaire à l'interdiction d'entrer aux Etats-Unis prononcée à l'égard du "Swiss Islamic scholar". C'est complet[1], précis, nuancé.

On peut quand même s'amuser de voir Caldwell porter au crédit de Ramadan d'enseigner à Oxford, alors qu'il laisse entendre, s'agissant des universités américaines ("nests of government-subsidised political agitation"), que cela devrait plutôt inciter à la méfiance.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY A 21h20. Sans que cela ne préjuge aucunement de la validité de l'opinion de Caldwell, qui donne sérieusement à réfléchir, on se reportera (pour mémoire), pour être édifié sur la probité intellectuelle de Tariq Ramadan, aux attaques qu'il a portées à l'encontre de Caroline Fourest en guise de système de défense, rapportées ici.

Notes

[1] Caldwell connaît même l'existence du Temps de Genève.

Regard britannique sur la Françallemagne

Le Financial Times de ce week-end commente le nouveau manuel pour l'enseignement de l'histoire contemporaine commun à la France et à l'Allemagne (niveau bac / Abitur, maturité en Suisse). Il analyse l'origine de l'exercice et comment les différences d'approches ont pu être dépassées, en se montrant largement favorable à l'exercice:

It would do no harm for the British to consider a common history textbook with France and Germany.

Paradoxalement, ce qui rend la chose plus facile pour la France et l'Allemagne, c'est qu'elles ont fait l'expérience de la quasi-annihilation mutuelle, avec l'occupation de la France puis l'occupation de l'Allemagne, alors que le Royaume-Uni se voit non sans raison simplement comme vainqueur de la deuxième guerre mondiale. C'est pourquoi une bonne partie du narratif qui sous-tendait la construction européenne au moins jusqu'en 1989 tombe un peu à plat de ce côté du Channel.

12 ans après: le blairisme expliqué aux Français

Une page entière dans Le Monde de dimanche-lundi! Une présentation empathique et approfondie des ressorts de la pensée et de l'action de Tony Blair. Même si cela facilitera peut-être encore mieux sa réception en France, il est toutefois dommage que Wolfgang Nowak, théoricien allemand de la Neue Mitte qui traduisait the Third Way, ne parvienne pas à assumer également le volet international du blairisme (en Irak). Mais cela reste un texte qui mérite la lecture.

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