juillet 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche | Aller au blogroll | Identification

dimanche 30 juillet 2006

Entre sensiblerie et raison: on connaît la chanson

Bien sûr il devrait suffire de souligner que la cinquantaine de morts de Cana, dont une trentaine d'enfants, est entièrement imputable au Hezbollah, qui attaque Israël depuis le Liban (alors qu'il n'existait aucun conflit sérieux entre les deux pays) en utilisant sciemment la population civile[1]. Et que la capacité de résistance et de riposte du Hezbollah sous la contre-attaque israélienne est la justification même que celle-ci est nécessaire, opportune (voire déjà tardive) et, mais oui, proportionnée. Quant à l'Etat libanais, il est évident qu'il faillit à ses obligations internationales en laissant opérer le Hezbollah[2] et ne saurait dès lors se poser en victime d'Israël.

Il n'empêche: l'effet psychologique de ces victimes est désastreux à un moment crucial. Alors que le plan Bush-Blair semblait en passe de faire prévaloir la voix de la raison sur les incantations impuissantes, la France, la Suisse ou Kofi Annan repartent de plus belle avec un émotionnel "arrêt immédiat des combats". Evidemment il ne vise qu'Israël et ne résout rien: il augmentera simplement le nombre total des victimes en prolongeant la capacité de nuisance du Hezbollah. Pourtant, en Grande-Bretagne, même des amis du premier ministre commencent à ne plus comprendre une stratégie qui me semble juste et limpide, et des divisions sont sans doute à craindre en Israël même. Alors, oui, je me sens toujours avec Israël dans l'épreuve. Et j'ai dans la tête cette chanson de Serge Gainsbourg composée à l'occasion de la Guerre des Six Jours et redécouverte récemment: tous les détails par le texte, la musique et la vidéo sur Le Mont de Sisyphe[3].

COMPLEMENT DU 01.08 à 18h15: J'étais en direct par téléphone dans la séquence Blog à part à la fin de l'émission Recto Verso d'Alain Maillard sur RSR1 La 1ère (principalement consacrée à un intéressant entretien avec Antoine Chollet, auteur de La Suisse, nation fêlée. Essai sur le nationalisme helvétique). Pas de doute, je préfère l'écrit! ;-) Mais ça peut s'écouter ici.

COMPLEMENT DU 03.08 à 20h20: Grâce à Tristan Mendès France (dont je devrais lire plus régulièrement le blog), je découvre un édito de Philippe Val dans Charlie Hebdo qu'il n'est nullement trop tard pour lire à votre tour!

Billet précédent << sur ce sujet >> Billet suivant

Notes

[1] Fanatisme ou, plus vraisemblablement, lassitude et désespoir, elle ne paraît au demeurant pas unanimement non consentante.

[2] Qu'il ait ou non la capacité de l'en empêcher est autre chose.

[3] Mon co-blogueur Guillaume Barry s'interroge sur les vers: "Je défendrai contre tout ennemi / Le sable et la terre qui m'étaient promis". Certes, il est raisonnable d'y voir une allusion à la parole biblique (à un Gott mit uns) qui n'est évidemment qu'un argument pro domo, et, dans la bouche de Gainsbourg, au fond provocateur (mais n'est-ce pas pour ça qu'on l'aime?). Mais on peut aussi rappeler que l'Etat d'Israël résulte d'une décision des Nations Unies mettant fin au mandat britannique, une promesse qui doit encore et toujours être défendue contre des forces hostiles près de 60 ans plus tard. Et si la solution d'un Etat palestinien à côté de l'Etat israélien, refusée les armes à la main, en 1948, par les Arabes, est aujourd'hui assez généralement admise, si l'Egypte et la Jordanie ont signé des traités de paix avec Israël et ne se prêtent plus à des attaques contre leur voisin, l'Iran prône la disparition d'Israël, arme le Hezbollah et cherche à se doter de l'arme nucléaire...

Quatre manières d'appeler les choses par leur nom

Exemple 1. Le Matin Dimanche comme prévu revient sur l'affaire du blog qui fâche: article et édito. Et demande naturellement à untel ou untel ce qu'il pense. Il y a l'inévitable sondage dont les derniers résultats sont à l'opposé de ce qui est annoncé dans l'article. Il y a "l'avocat libéral et polémiste Charles Poncet" qui diagnostique "la schizophrénie des Romands, qui sont très contents qu'on emploie un autre ton, mais qui ne veulent surtout pas qu'on en fasse trop. C'est pour cela que nous sommes le pays de la langue de bois." Déjà que pour la modestie, y en avait point comme nous. Mais la langue de bois et la modestie ne vont-elles pas très bien ensemble? Et comment interpréter la requalification sémantique que Poncet applique à l'expression qui a visiblement frappé le plus les journalistes (alors qu'il y avait bien plus insultant à mon avis): "Dire d'un homme politique qu'il est un con pathétique n'a rien d'une attaque personnelle, c'est un jugement de valeur." Habile retournement de situation? Ou sophisme qui pourrait être médité par les lignilinguistes?

Exemple 2. Plus grave: le débat dans The Observer, pour savoir si la gauche doit rejoindre la droite pour qualifier l'islamisme radical de fascisme (et faire alliance contre cette menace). Au départ, il y a un article de Martin Bright, rédacteur-en-chef du New Statesman, incarnant donc la gauche.

Exemple 3. (Horti)culture urbaine. Est-ce une bonne chose de révéler au grand public la vie secrète de certains parcs? Mark Turner, toujours de The Observer, pense que oui, et il le fait ici - le prétexte étant fourni par la dernière apparition "publique" de George Michael. Mais il se livre à une exposition et une réflexion magistrales, ni scabreuses ni racoleuses, en tant qu'histoire d'une certaine culture. (A l'opposé d'un journal gratuit romand qui avait récemment cru pertinent d'écrire sur le même sujet, mais c'était aussi abrupt que trivial.)

Exemple 4. Art contemporain. Pour entendre appeler un chat un chat d'une façon paradoxalement décalée à 12h45 sur la TSR et dans un contexte où on ne s'y attend pas, cliquer sur ce lien et télécharger la vidéo relative à Exposition étonnante à la Chaux-du-Milieu (NE) - 12.45 le journal (lundi 17 juillet 2006). A la fin du sujet (c'est très court), l'artiste commente sans prévenir le choix de la taille de ses figurines.

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH à 16h48: Le Matin peut bien se poser en donneur de leçon branché, mais quand il prétend donner l'adresse du site personnel du Carougeois François Longchamp, il envoie les internautes sur son homonyme de Saint-Prex...

vendredi 28 juillet 2006

Blogs d'élu-e-s romand-e-s

Finalement, la retombée la plus positive de l'"affaire", ce sont les liens vers de vrais blogs d'élus romands publiés par Le Temps.... Mais cette courte liste est-elle exhaustive? J'en doute un peu. Comme je l'avais fait pour les blogs de commentaire politique écrits par des femmes, je me propose de publier dans ce billet, qui sera régulièrement actualisé des compléments que vous voudrez bien me signaler (pas courriel à fbrutsch @ perso.ch), tous les blogs de politiciennes et politiciens (élus, candidats ou titulaires de fonctions partisanes exécutives) suisses écrivant en français (par ordre alphabétique):

Je renonce désormais à viser à l'exhaustivité dans cette liste, face à l'apparition prévisible de blogs de campagne plus ou moins opportunistes et temporaires avec en 2007 les élections communales genevoises, cantonales vaudoises et fédérales. Mais n'hésitez pas à continuer de me signaler les blogs de politiciennes et politiciens actifs qui paraissent viser plus large.

LISTE ACTUALISEE LE 24.02.07 à 19H50

Blair-Bush... comme Maudet-Longchamp!

Quand on tient un bon filon, on l'exploite, surtout en plein été. Après le scoop mercredi, puis le sel dans la plaie jeudi (en invitant les victimes des sarcarmes de Longchamp et Maudet à réagir, mais l'article est payant), Le Temps prend de la hauteur et passe aujourd'hui à l'analyse et à la réflexion sur les blogs politiques; bienvenue aux lecteurs de l'édition électronique du quotidien qui ont cliqué sur le lien vers Un swissroll!

Mais Le Temps d'aujourd'hui aborde aussi un autre sujet qui m'intéresse: la "relation spéciale" entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, telle qu'elle s'incarne en Tony Blair et George Bush (mais auparavant le prédécesseur de ce dernier, et là les critiques étaient moins vives tant Bill Clinton est admiré en Europe). Il le fait d'ailleurs d'une manière subtile et nuancée, en rappelant aussi les précédents de Thatcher et Reagan ou Churchill et Roosevelt. La relation entre un "grand" et un "moyen" excite par nature les susceptibilités: ce n'est au fond que si les Etats-Unis étaient à la remorque de la Grande-Bretagne que l'opinion publique de cette dernière serait pleinement rassurée, selon un mécanisme psychologique bien connu en Suisse entre Romands et Alémaniques.

Le dernier élément à charge pour critiquer Blair à ce propos, aussi bien dans la presse britannique que dans la presse internationale, est une conversation avec Bush capté par un micro indiscret lors du récent Sommet de Saint-Petersbourg. Les commentateurs ont donné l'impression que Blair était traité avec condescendance et adoptait une position plutôt obséquieuse. En réalité, comme chaque fois que des propos strictement privés de personnalités politiques tombent dans le domaine public (Bush signalant à Cheney un journaliste hostile dans l'assistance: "He is a major league asshole", c'est un connard fini, John Major, alors premier ministre britannique, parlant des "bastards", les salopards dans son propre Cabinet), on découvre avec étonnement que les politiciens font la différence entre un discours à la tribune ou une séance officielle et une conversation privée. Ils parlent entre eux comme vous et moi, dans un langage apparemment inconnu de ces journalistes qui font assaut de condamnations vertueuses parce que, bien sûr, ils bavardent et même pensent comme ils publient...

Les médias britanniques sont prêts à mettre les moyens lorsque cela se justifie, comme on l'a vu avec la mobilisation des plus réputés experts de lecture labiale pour décrypter l'incident Matterazzi-Zidane. La politique est certes un domaine moins important, mais The Times s'est tout de même donné la peine de revenir, à froid, sur la conversation Blair-Bush, avec une transcription complète (et complétée par rapport aux nombreux "inaudible" des premières versions)[1]. Il me semble qu'elle infirme clairement la thèse paranoïaque de la subordination et confirme, au niveau interpersonnel, la connivence profonde née de la similitude des objectifs politiques poursuivis sur les grands sujets de politique internationale (qui n'excluent nullement des différences d'approche).

Par exemple l'affaire du pullover. Des premières transcriptions, les journalistes ont donné l'impression que Bush se moquait de Blair en le remerciant du cadeau qu'il lui avait offert conformément au rituel des relations internationales (voire que Blair donnait dans la flagornerie en tentant de faire croire qu'il l'avait choisi personnellement). La réalité est plus prosaïque et d'un humour complice:

- Merci pour le pullover. Je suis sûr que tu l'as choisi personnellement...
- Je l'ai tricoté moi-même!

Autre exemple qui n'a, à ma connaissance, été souligné nulle part. Bush vient de refuser l'offre d'un collaborateur qu'on lui prépare un texte pour son intervention finale lorsque la séance reprendra, car il a l'intention d'être bref[2]. Blair lui demande s'il compte mentionner la question des négociations commerciales en cours (le cycle de Doha, qui n'avait pas encore échoué). Et Bush lui répond:

- Tu veux que j'en parle? Pas de problème.

Ca ne fait pas de Bush le caniche de Blair, mais cela éclaire différemment la relation entre les deux hommes.

La conversation a aussi porté sur la situation au Moyen-Orient, avec des propos comme "que le Hezbollah arrête de foutre la merde" et "il est mignon", "oui, adorable" (Assad, le président syrien), jusqu'à ce que Blair remarque le micro et le coupe, qui ne sont embarrassantes que parce qu'elles ont été rendues publiques, exactement comme les échanges entre Maudet et Longchamp. Dont j'aimerais tout de même souligner qu'ils se sont eux-mêmes rendus compte immédiatement qu'ils n'étaient pas adéquats pour un blog, puisque celui-ci a, en réalité, duré exactement 12 minutes: le collationnement de 26 courriels a été mis en ligne le 11 juin 2005 à 19h20 et la dernière modification date du 11 juin 2005 à 19h32. Leur maladresse (à moins que, comme le suggère Guillaume Barry, cela relève de ce goût du jeu vertigineux qui me frappe en effet fréquemment chez les politiciens), aura été de le laisser en ligne après avoir décidé de ne pas donner suite à cet essai.

Notes

[1] Impossible de retrouver le lien pour le moment, je compléterai dès que possible.

[2] Où ceux qui croient que Bush est stupide et ne fait que ce que Cheney lui dit découvrent qu'il lui arrive de parler sans notes...

jeudi 27 juillet 2006

La Sagesse au secours des blogueurs de scandale

Dans le Livre des Proverbes l'élite libérale-conservatrice exprime son bon sens cosmophile, par opposition aux prophètes contempteurs de l'establishment (hiérarchophobes). Et voici deux sentences qui auraient pu illustrer le blog PM-FL et plaider en sa faveur:

On trouve la sagesse dans les propos de l'homme intelligent [1] mais, pour le dos de l'insensé [2] , le bâton (10,13)

Qui reprend quelqu'un obtiendra finalement sa faveur bien mieux que l'homme au langage enjôleur (28,23)

L'honnêteté m'oblige à dire qu'iI y a aussi une abondance de proverbes qui fustigent le bavardage et les paroles en l'air. Je me garderais bien de les reproduire en ces circonstances, ce serait hypocrite, vu que je me suis trop délecté à surprendre les échanges de ces langues...ophidiennes.

Notes

[1] auquel s'identifieront auteurs et lecteurs du blog

[2] équivalent biblique d'un mot de trois lettres moderne présent dans leur blog

mercredi 26 juillet 2006

Longchamp, Maudet et Doris Leuthard, ou: comment "Un swissroll" s'est fait griller un scoop

Le 19 juin 2006, Guillaume Barry google "Doris Leuthardt", élue le 14 au Conseil fédéral. Mais le plus précieux, qui n'a pas été utilisé pour ce billet, se trouvait au détour de la 44e entrée:

Skyblog de legoutdelavenir : Le goût de l'avenir
Intéressante conversation aussi avec un journaliste de la DRS qui m'a expliqué que Doris Leuthardt (tu sais, cette présidente du PDC suisse qui vantait ...
www.skyblog.com/blog.php/legoutdelavenir - 29k - Résultat complémentaire - En cache - Pages similaires

Casa RadicalAllant voir, par curiosité obstinée plus qu'autre chose, Guillaume tombe sur le Graal. Ou plus précisément le "Blog commun PM-FL", illustré de la photo d'une Casa Radical Emilio Badia sud-américaine: 26 billets entre un jour d'avril et le 7 juin 2005, tous mis en ligne le 11 juin 2005 (et plus touchés depuis). Il n'a pas de peine à reconnaître notre ami commun Pierre Maudet, éphémère contributeur de ce blog, et l'un des membres actuels du gouvernement genevois, François Longchamp (dont les noms n'apparaissent qu'au détour d'une citation de L'Hebdo).

Nous l'avons lu avec jubilation, dégustant chaque perle et nous émerveillant de la vigueur des propos. J'ai bien sûr tout copié par sécurité. Et nous nous sommes demandés quel meilleur parti en tirer. Les faire chanter? Notre silence devait au moins nous valoir un dîner en intéressante et distrayante compagnie... Ou sortir le scoop sur Un swissroll? Plus cynique que Guillaume, je l'aurais volontiers fait sur le thème "ce que ne doit surtout pas être un blog de politiciens". Las, nous avons cru bêtement avoir le temps d'attendre le retour d'Italie de Pierre Maudet, à la rentrée, pour en parler avec lui...

Et c'est Le Temps de ce matin qui révèle qu'en 2005, ceux qui étaient alors le président et le vice-président du "grand vieux parti" genevois, le parti radical, ont tenu une ébauche de blog en forme de journal de campagne. Les auteurs s'y révèlent fidèles à eux-mêmes et à leur mentor, Guy-Olivier Segond[1]: bitchy, gossipy, arrogants, égocentriques, mais aussi visionnaires et ne se prenant pas (trop) au sérieux. La sincérité des perfidies relatives aux amis et alliés comme à Dominique von Burg, le rédacteur en chef du principal quotidien local, est d'ailleurs attestée par les rares compliments troussés à l'égard d'adversaires. Bref, ils ont écrit en ligne ce que tous les politiciens racontent d'ordinaire seulement à ceux qui font partie du même marigot et que leurs confidences mettent en joie: leurs amis politiques (les autres, s'ils en ont, ne sont pas intéressés), les hauts fonctionnaires et les journalistes (off the record bien sûr). C'est Mitterrand confiant, à propos de Margaret Thatcher: "Elle a les yeux de Caligula et les lèvres de Marylin Monroe". Seulement cette fois c'était sur un blog, et pas démentable comme du Franz-Olivier Giesbert[2]....

Outre le choix aussi improbable que risible (ou était-ce pour faire "djeunz") de SkyBlog comme plate-forme, l'erreur principale a été celle de la forme de la "correspondance" entre les deux auteurs (comme Le Temps rebaptise avec justesse les billets publiés, qu'il met en ligne en intégralité): or la connivence, le sous-entendu, l'allusif, ou alors l'outrance, qui font le charme de la conversation entre gens qui se connaissent (ou des mails avec un proche, aussi bien pour se défouler que pour l'amuser), est l'ennemie résolue du blog, qui lui s'adresse à un public: c'était le grand oublié de nos duettistes, trop occupés à se faire plaisir[3]. Ironiquement, ce blog est représentatif du plus grand nombre des blogs: ceux qui sont abandonnés à peine ouverts...

Avec ce blog, Longchamp et Maudet illustrent d'autres caractéristiques communes à la plupart des politiciens: la certitude de tout faire mieux que personne, la difficulté à savoir utiliser les compétences que l'on devrait dès lors reconnaître à autrui (à moins que ce soit l'incapacité à faire confiance à quiconque, mais ce n'est qu'une variante de ce qui précède), la faible capacité d'écoute... Car si Maudet n'a toujours pas donné suite aux velléités de créer son propre blog dont nous avions parlé ensemble, si j'avais adjuré Longchamp de faire un blog de campagne, si j'avais encore travaillé dans ce sens un de leurs "seconds couteaux" et que j'avais été informé que la formule retenue était celle d'un blog à deux auteurs, j'avais attendu en vain que cela sorte (et n'avais pas manqué d'ironiser sur leur inconstance); l'excès de mon prosélytisme a dû leur faire peur!

Notes

[1] Ancien membre du gouvernement genevois, ancien parlementaire fédéral et ancien futur candidat au premier siège suisse à la Commission européenne, qui est à la politique genevoise et suisse ce que Peter Mandelson est à la Grande-Bretagne.

[2] En vrai pros, nos compères ont immédiatement dit à la journaliste qui leur annonçait avoir découvert leur secret: "J'assume!", tout en le mettant enfin hors ligne hier à 17h.

[3] Mais n'est-ce pas au fond une des caractéristiques des SkyBlogs?

mardi 25 juillet 2006

Le bonheur est d'une simplicité biblique. Quoique.

Dans l'article sur le bonheur qui vient d'être signalé dans le billet précédent, on ne parle pas de la Bible, qui contient des points de vue étonnamment variés (voire contradictoires) sur ce thème. Par exemple: Dieu (sa faveur ou sa loi) n'est pas toujours étroitement impliqué dans l'histoire humaine. Le poème érotique du Cantique des cantiques, c'est du bonheur à l'état pur non théorisé et sans Dieu. Autre exemple: Qohéleth (l'Ecclésiaste), après avoir éprouvé l'absurdité de l'existence, l'absence de justice immanente ou rétributive, après avoir déclaré le bonheur de pas être né, recommande de jouir de la vie (simple) pendant qu'on le peut. A l'opposé, bien des paroles de Jésus, prises hors contexte, semblent promouvoir cette idée d'un bonheur différé dans l'au-delà. Il faudrait prendre son mal en patience en attendant réparations, indemnisations et autres compensations (au centuple).

Or l'idée était autre. L'idée était que la préoccupation du bonheur terrestre tue l'aptitude au bonheur. C'est la dynamique du recevoir pour donner. Ou plutôt de donner parce qu'on a déjà reçu gratuitement (le pardon, la grâce, l'amour, le statut d'enfant de Dieu). Et non pas: prendre, accaparer, thésauriser (des biens terrestres ou spirituels) - qui résulte d'une angoisse aussi compréhensible qu'aliénante. Mais l'idée de Jésus, ce n'est pas davantage cette caricature abominable: privations, mortifications, etc. qui renient la générosité originelle en y substituant l'ego humain prétendant manipuler le divin.

Des études sociologiques sur le bonheur: titre provocateur qui de ce fait suscite mon intérêt. Si on s'intéresse différemment aux gens, à partir d'un autre angle d'approche... Au risque de découvrir que les gens qui vivent une foi simple et/ou profonde, plutôt engagée (voire traditionaliste voire frôlant le fondamentalisme) sont particulièrement heureux?

lundi 24 juillet 2006

La poursuite du bonheur

Le FTmagazine de ce week-end consacre l'un de ses articles de fond à une recension d'ouvrages sur le bonheur -- de la philosophie ancienne aux recherches scientifiques les plus contemporaines[1]. Et comme il est en ligne, on ne va pas bouder son plaisir. Je m'empresse de le partager, puisqu'il paraît que c'est une des recettes à suivre; c'est un de ces articles qui donne à son auteur un travail considérable (mais certainement très satisfaisant) pour la plus grande joie des lecteurs qui dégustent de manière agréable la "substantifique moëlle" du sujet.

Il m'a aussi rappelé cette anecdote dans l'enregistrement filmé de la mère de deux amies pour les archives Spielberg sur l'Holocauste. Elle raconte son adolescence dans un milieu socialiste laïque en Allemagne, avant d'être envoyée in extremis en Grande-Bretagne:

When Hitler came to power I was very happy and...

L'intervieweuse croit à un lapsus et veut corriger.

No, no, I was very happy: it was a happy time in my life, I had many friends!

La conclusion de l'article n'est pourtant pas d'un optimisme sans nuage. Elle rejoint mon vague pressentiment que la prise de conscience croissante de l'utilité d'encourager les démarches positives présentera certainement un bénéfice accru pour ceux qui y sont déjà prédisposés... Mais lisez-le vous-même!

Notes

[1] Non, Luc Ferry (Qu'est-ce qu'une vie réussie?) n'est pas mentionné.

dimanche 23 juillet 2006

Voyage initiatique

On va à nouveau se rabattre sur le cinéma. C'est encore là qu'on trouve un peu fraîcheur - humaine, à défaut de climatisation. Après les Latinos d'Echo Park, voici le Voyage en Arménie de Robert Guédiguian (dont on lira une interview très instructive ici). L'histoire semble être un prétexte, parfois hénaurme - mais peu importe. On nous y fait comprendre les "défis" (soyons positifs) d'un jeune pays qui est, paradoxe, le premier royaume européen à avoir embrassé le christianisme. On y proclame à la fois la libération que représente la fin du communisme et la fatalité d'un système mafieux. Vers la fin, le seul espoir semble venir de la religion. Mais il ne s'agit pas de croyance individuelle - à ce point de vue, elle apparaît plutôt comme une béquille ou une échappatoire. La religion n'est pas non plus envisagée comme institution susceptible de donner une cohérence à un peuple ou de le moraliser. C'est plutôt ce qu'a représenté (en l'idéalisant j'imagine) comme bulle d'oxygène la conversion de l'Arménie au christianisme en l'an 300. Dans une Europe où se pratiquaient des sacrifices humains - tel est l'argument apologétique qui est donné en passant. Y a-t-il un parallélisme voulu avec des sacrifices humains contemporains?

samedi 22 juillet 2006

"Principe de proportionnalité" et usage excessif de la force

J'étais déjà agacé par ces références entendues à la "proportionnalité" souhaitable de la riposte israélienne aux attaques du Hamas et du Hezbollah. Et voici que le CICR, puis la commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Louise Arbour, franchissent le pas supplémentaire d'invoquer un "principe de proportionnalité" que toute partie à un conflit devrait prétendument respecter, à défaut de quoi les foudres (au moins procédurales) de la Cour pénale internationale pourraient la menacer.

Si les droits de l'homme (ou le droit de la guerre, ou le droit humanitaire) relèvent du droit public, celui-ci a un champ beaucoup plus vaste, et concerne principalement l'organisation des rapports entre l'Etat et les individus. Il comporte un certain nombre de concepts et d'expressions, et bien évidemment leur sens peut aussi varier selon le domaine d'application.

Pour la clarté du débat, je voudrais exposer en quoi le "principe de proportionnalité" en général se distingue nettement de la notion de "proportionnalité" dans le droit de la guerre.

Dans son sens courant, le principe de proportionnalité désigne l'une des conditions nécessaires que doit remplir toute intervention de l'administration dans un Etat fondé sur le droit. A côté de l'obligation de poursuivre un intérêt public et d'être fondée sur une base légale, selon ce principe l'intervention n'est conforme au droit que si:

  • elle est adéquate: elle permet d'atteindre l'objectif qui lui est assigné (obligation de moyen; l'obligation de résultat, vers laquelle on tend, non sans raison, à se diriger à la faveur de la généralisation de l'évaluation des lois ou des politiques publiques renvoie, elle, sur ce plan à l'effectivité de l'intervention); ce qui veut dire à la fois que si, de toute façon, elle n'atteindra pas son but, mieux vaut s'abstenir, ou, plus utilement, qu'une intervention ne saurait poursuivre, sournoisement, un but différent de celui qu'elle proclame;
  • elle est subsidiaire: elle est la moins "lourde" possible pour le destinataire, il n'existe pas de mesure moins incisive permettant de rechercher le même résultat;
  • elle respecte la proportionnalité au sens étroit, par quoi l'on entend qu'il y a un rapport acceptable entre l'effet attendu de l'intervention et la restriction que celle-ci établit (c'est le délicat jeu de balances qui préside à l'examen du respect par l'intervention des droits fondamentaux).

Car, on le comprend, ce principe est fondé, dans l'esprit des Lumières, sur la méfiance instinctive vis-à-vis de l'Etat du point de vue de citoyens "nés libres et égaux en droits". Toute intervention étatique est a priori suspecte. Aussi bien intentionnée soit-elle, elle se traduira nécessairement par une réduction de la liberté. Le principe de proportionnalité a pour but de soumettre même et surtout la majorité qui, en démocratie, gouverne, à un test préalable à défaut duquel son intervention est non seulement illégitime, mais inconstitutionnelle.

S'agissant du droit applicable aux conflits internationaux, on tend à rattacher une exigence de "proportionnalité" pour les parties aux dispositions du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux (Protocole I), du 8 juin 1977[1].

Ce à quoi on se réfère, c'est à des dispositions telles que:

(...)
Les attaques sans discrimination sont interdites.
(...)
Seront, entre autres, considérés comme effectués sans discrimination les types d'attaques suivants:
(...)
les attaques dont on peut attendre qu'elles causent incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens de caractère civil, ou une combinaison de ces pertes et dommages, qui seraient excessifs par rapport à l'avantage militaire concret et direct attendu.

(Art. 51, al. 4 + al. 5 lettre b)

Et c'est exactement ce qu'entendent le CICR ou la commissaire aux droits de l'homme. Evidemment, il est leur est plus facile d'interpeller le gouvernement d'un Etat démocratique à ce propos qu'une organisation terroriste dont on nous dit qu'elle est évidemment soumise aux mêmes obligations...

Ni l'expression "principe de proportionnalité" ni même ce mot (ou ses variantes, comme proportionnel ou proportionné) ne sont utilisés dans le Protocole. On trouve en revanche à cinq reprises la prohibition de mesures qui seraient "excessives" par rapport au but poursuivi: on voit bien que, contrairement au principe de proportionnalité exposé ci-dessus, qui a une définition positive à contrôler a priori, on se trouve ici face à une notion (forcément indéterminée) qui ne peut être appréciée qu'a posteriori. Un élément déterminant à cet égard est la définition de l'objet du conflit ou de l'attaque: ce qui serait évidemment excessif en vue de la libération ponctuelle de deux soldats enlevés n'est pas la même chose que ce qui serait excessif en vue d'éradiquer la menace pour Israël d'une force armée privée échappant à tout contrôle de l'autorité légitime au Liban.

C'est largement comme le débat sur la légitime défense en droit pénal: faut-il vraiment faire peser sur les victimes potentielles la crainte que toute résistance de leur part puisse ultérieurement être jugée excessive (et d'ailleurs, dans le doute, les poursuivre, quitte à ce qu'elles soient acquittées)? Pour ma part je préfère m'en tenir à la notion que seul l'usage manifestement excessif de la force[2], au point qu'il relève de la vengeance grossière, doit faire l'objet de poursuites: il ne convient pas de décourager, mais bien d'encourager la résistance à l'agression et la légitime défense pour autrui de la part de tiers.

S'il y a bien un principe limitatif dans le droit de la guerre, plutôt que de l'appeler principe de proportionnalité, de manière trompeuse ou naïve, on ferait mieux de l'appeler "principe d'interdiction de l'usage (manifestement) excessif de la force". Ce qui ne résout pas pour autant les problèmes liés à son appréciation et à son application de manière équilibrée à toutes les parties.

P.S. Sur un sujet différent mais voisin, je signale l'intéressante, quoique très théorique[3], réflexion de groM sur Bloghorrée: plutôt que de riposter, Israël aurait pu porter l'agression du Hezbollah devant la Cour pénale internationale en vue de tenter d'obtenir une condamnation de la Syrie et de l'Iran.

Billet précédent << sur ce sujet >> Billet suivant

Notes

[1] Qui a marqué la fusion du droit de la guerre (droit de La Haye) et du droit humanitaire (droit de Genève).

[2] Donc évidemment pas du point de vue de l'agresseur perturbé dans son acte, ni de celui des bleeding heart liberals prompts à s'apitoyer, mais de celui d'un individu lambda qui se trouverait placé dans les mêmes circonstances que la victime.

[3] Je ne crois pas au gain de popularité dans le monde occidental ou ailleurs que cette voie ouvrirait, et bien évidemment elle ne mettrait pas fin aux attaques contre Israël sur le terrain.

Phallomorphophobie

Je suis interpellé par le débat autour de la construction de minarets, dans les cantons de Soleure et Bâle-Campagne - cf. cet article du Temps. Malgré toutes les préventions, réticences que j'ai à propos des produits dérivés de la religion musulmane, (théologie, Coran, produits dérivés) qu'elle soit modérée ou non , je ne vois pas, en démocrate, au nom de quoi on empêcherait une communauté religieuse bien représentée (par rapport aux religions historiques locales) de construire un bâtiment, si on respecte les règlements architecturaux en vigueur. Certes les minarets sont un peu plus phalliques que la plupart des clochers. A Genève et à Zurich, les mosquées sont pourvues d'une telle extension, mais pour l'instant, les musulmans se sont autocensurés en ce qui concerne l'appel à la prière. Même si j'avoue que cela me serait plutôt désagréable à entendre, je ne vois pas en quoi cela se différencie de la sonnerie des cloches. J'aimerais avoir des arguments contre, mais la canicule doit m'empêcher de réfléchir correctement.

jeudi 20 juillet 2006

Bon pour l'âme

Par les temps qui courent, il y a un film (peu connu) qui fait oeuvre d'hygiène moralosentimentale: je veux parler d'Echo Park L.A. (titre original Quinceanera). Ça se passe dans la communauté latino d'Echo Park, un quartier de Los Angeles, filmée avec tendresse et humour, sans mièvrerie, sans faire l'impasse sur les côtés durablement sombres. L'histoire importe peu. On y aime les gens, on n'y désespère pas de l'humanité. Il y a un policier qui est aussi le pasteur d'une communauté vaguement pentecôtiste. Il y a une jeune fille (celle du pasteur) tombée enceinte alors qu'elle est vierge (pour des raisons très prosaïques) qui est chassée de la maison. Mais il y a plus méchant que le pasteur: un couple gai riche et odieux, ce sont eux qui ont le plus mauvais rôle - sans rédemption finale, à la différence du pasteur (étonnant quand on sait que les réalisateurs sont un couples de gais militants). Il y a l'oncle au parcours atypique qui sera "canonisé" à la fin pour sa générosité. Les réalisateurs sont sur le bon chemin.

Bonne retraite, Edith!

De mes Monde en retard, je retiens avec satisfaction la condamnation, au moins symbolique, d'Edith Cresson, pour une embauche de complaisance, suivie d'un détournement d'affectation[1], alors qu'elle était commissaire européenne (voir aussi le communiqué de la Cour de justice des communautés européennes, condensé d'arrêt particulièrement limpide).

Je ne sais s'il s'agissait alors de fournir à M. Berthelot, chirurgien-dentiste de 66 ans, le complément de revenu qu'il n'avait pas su s'assurer précédemment pour sa retraite? Mais c'est un autre aspect, rappelé par Le Monde, qui m'interpelle à cet égard: la réquisition (non suivie) de l'avocat général de déchoir Cresson de la moitié de ses droits à sa propre pension de retraite.

Le droit disciplinaire contient certes assez ordinairement, dans sa palette, des sanctions financières sous forme de retenue sur le traitement, voire de rétrogradation dans un traitement inférieur. Mais que l'on y inclue la pension de retraite me paraît reposer sur une conception fausse de celle-ci. J'y suis d'autant plus sensible que le contraste ne saurait être plus grand entre la Suisse (où ce débat est inexistant en raison du statut clairement indépendant de l'employeur du "deuxième pilier", qui est aussi le plus gros, entre le premier, la pension étatique par répartition versée à tous, et le troisième, l'éparge individuelle affectée, dotée d'avantages fiscaux), et la Grande-Bretagne: ici, le désir ardent que le vilain du moment ait une vieillesse misérable, respectivement l'indignation devant la retraite insouciante qui l'attendrait après tout le mal qu'il a fait, est l'ordinaire des journaux, et c'est effectivement une sanction en usage[2].

Car cela revient à dire, au fond, que la pension de retraite relève du bon plaisir de l'employeur (s'exprimant ici par la plume de la Cour de Luxembourg)... qu'elle n'est jamais sûre, que l'on ne peut pas compter sur elle. Or, conceptuellement et dans la pratique, quelle qu'en soient les modalités (et même s'il ne devait y avoir aucune comptabilisation régulière durant la période d'activité), la retraite n'est rien d'autre qu'un salaire différé (pour l'employeur, c'est le montant total, y compris d'éventuelles créances futures, qui définit le coût du travail): c'est une réduction du revenu disponible actuel en vue de constituer un revenu futur. Pour garantir son intégrité, il faut évidemment que le droit suive, et manifestement ce n'est pas le cas au niveau européen. Pour ma part, je suis résolument pour des régimes de financement de la retraite, la santé ou de l'éducation attachés à la personne et inaccessibles aux manipulations de l'Etat et de l'employeur (voire du syndicat): un nouveau "ni Dieu, ni maître"?

Notes

[1] N'aurait-elle pas mieux fait de plaider l'erreur de droit et la bonne foi, tant ces pratiques "l'Etat, c'est moi" paraissent courante dans le milieu politique français?

[2] Je n'ai bien sûr rien contre le fait qu'une personne, condamnée par exemple à réparer un tort moral, doive le faire par prélèvement automatique sur sa pension de retraite pour tout montant supérieur au minimum vital insaisissable; mais c'est tout autre chose.

mercredi 19 juillet 2006

L'évitable expert : bis repetita non placet

Par Alex Dépraz

Souvenez-vous: j'avais émis ici quelques interrogations sur la personnalité d'un de ces nombreux chercheurs spécialisés dans le terrorisme et dans le Moyen Orient qui éclosent dans les médias en toute occasion. Rebelotte aujourd'hui, mais cette fois dans Le Temps: le même Barah Mikaïl "chercheur à l'IFRI" (la journaliste n'indique même pas ce qu'est l'IFRI, sans doute parce que le titre de chercheur doit suffire au lecteur) nous livre son analyse des liens entre le Hezbollah et l'Iran (où il vient d'ailleurs "d'achever un séjour de dix jours"). Il estime que "le Hezbollah n'a pas besoin de l'Iran", que "l'Iran est incontestablement la puissance orientale (sic) actuellement la plus influente" (la Chine est peut être une puissance occidentale?!), ce qui permet à la journaliste d'estimer (les propos ne sont pas entre guillemets et ne peuvent donc pas être clairement imputés à M. Mikaïl) que l'Iran serait prêt "à s'imposer comme médiateur". Oui, comment rêver meilleur médiateur qu'un Etat qui prône la destruction d'Israël et voue aux gémonies les régimes démocratiques?!

Billet précédent << sur ce sujet >> Billet suivant

lundi 17 juillet 2006

Avec Israël dans l'épreuve

Nous étions 4 jours loin de la modernité londonienne, dans le pays profond. Pas le pays réel des villes où est née l'ère industrielle. Plutôt le pays du passé idéalisé: l'Angleterre rurale aux somptueux paysages marqués par l'histoire, tant la petite, celle de la domestication de la nature, que la grande, illustrée par des domaines tels que celui de Chatsworth, propriété de la famille Cavendish depuis le milieu du 16e siècle. Marie Stuart y a été détenue. L'occasion aussi de se déconnecter de l'Internet. De l'autoradio fugace ne surnageaient que la situation au Proche-Orient, la rencontre du G8 et la saga de l'enquête policière sur les nominations de mécènes des partis à la Chambre des Lords[1].

Que Chirac juge la riposte israélienne aux attaque "complètement disproportionnée" n'est pas pour me surprendre et rencontre probablement l'approbation de l'opinion: c'est dire combien l'heure est grave pour Israël. Le titre trompeur qui barre la Une du Monde de dimanche-lundi est tout aussi inquiétant: La guerre entre Israël et ses voisins mobilise la diplomatie mondiale.

J'aimerais simplement souligner deux petits faits: les agressions à l'origine de la tension actuelle sont venues pour les unes de la bande de Gaza qui avait été entièrement évacuée par Israël, pour les autres du Liban voisin et indépendant. Dans la thèse la plus favorable aux Palestiniens, elles sont le fait d'extrémistes, le Hamas et le Hezbollah, agissant hors de tout contrôle des autorités palestiniennes et libanaises et qui rejettent les bases d'un accord avec Israël sur lequel la grande majorité raisonnable serait, elle, fondamentalement d'accord. Mais le moins qu'on puisse dire est qu'on n'entend pas cette majorité, qui est, avant même Israël, celle qui a le plus à souffrir de l'éloignement de toute perspective de paix; elle donne au contraire tous les signes de la fièvre suicidaire pourvu qu'elle parvienne à y entraîner Israël. Lorsqu'au départ un soldat israélien a été enlevé, cela dépasse tout entendement que les forces fidèles au président Abbas n'aient ni voulu ni pu le libérer, éteignant immédiatement la mèche de la provocation islamiste (pour qui le conflit israélo-palestinien n'est qu'un prétexte dans une offensive mondiale et multiforme[2]) soutenue par la Syrie et l'Iran.

C'est aussi désespérant pour Israël, évidemment, qui après le départ du Liban puis surtout l'évacuation de Gaza, d'abord, faisait le pari que l'autodétermination (massivement soutenue par l'aide européenne, américaine et des organisations internationales, donc par vous et moi) éloignerait peu à peu le spectre du conflit en donnant enfin aux Palestiniens d'abord des projets propres, puis une amélioration de leurs conditions de vie, après ces dizaines d'années d'abandon par les pays arabes. Cela a en particulier toujours été l'espoir optimiste de Shimon Pérès, ancien dirigeant travailliste et actuel vice-premier ministre dans le gouvernement d'Ehoud Olmert.

Dans l'épreuve, Israël se retrouve certes uni: le ministre de la défense, Amir Peretz, est le leader du parti travailliste. Mais aussi bien seul, à ne pouvoir compter que sur ses propres forces et ses rares vrais amis face à la lassitude de l'opinion mondiale comme des gouvernements. Qui ne sont pas pour autant prêts à ce qui me paraît la seule alternative raisonnable au conflit: une force mandatée par l'ONU afin de venir en aide aux autorités libanaises et palestiniennes en occupant le sud Liban et la bande de Gaza pour y faire régner l'ordre, la loi et la coexistence pacifique avec Israël (et offrant par ailleurs la meilleure des garanties contre un retour de l'armée israélienne).

COMPLEMENT DE 16h15: Je n'ai pas voulu lire avant ce que d'autres blogueurs ont pu écrire. L'approche est très différente chez KoZ, qui se veut solidaire des Libanais, "frères" des Français: mais que n'ont-ils alors apporté leur appui à la fragile démocratie libanaise pour l'aider à se débarrasser du Hezbollah! Voir aussi et surtout l'indispensable Ludovic Monnerat. Chez les deux, abondance de commentaires.

COMPLEMENT DU 18.07 à 19H10: Qu'ajouter à cette chronique de David Aaronovitch, lue tout à l'heure, au café, dans The Times, mais qui était déjà sur son blog hier soir?

Sur ce sujet >> Billet suivant

Notes

[1] Sur laquelle je maintiens ce que j'ai dit: il n'y a manifestement pas d'achat ou de vente de siège, qui devrait impliquer, si l'on y réfléchit, un riche vaniteux prêt à obtenir d'un parti dont il ne partage pas les convictions la position prestigieuse qu'il convoiterait. Auto-allumée dans un mélange de vertu et de pharisaïsme (illustré en particulier par le mandat d'arrêt suivi de la libération sous caution du principal fundraiser travailliste, Lord Levy, que Poutine s'est comme de juste empressé d'évoquer pour se dégager des questions sur la dérive autoritaire en Russie), l'enquête ne pourra qu'alimenter le cynisme ambiant: elle n'aboutira ni à faire tomber Tony Blair ou envoyer des travaillistes en jugement, ni à assainir l'atmosphère. Car les milieux de la presse et des partis marginaux qui attisent le feu (les Conservateurs, eux, sont bien plus prudents et sont eux aussi visés par l'enquête) sont d'une parfaite mauvaise foi dans leurs soupçons. Que les partis doivent courtiser des sympathisants fortunés pour compléter les cotisations militantes ne rehausse peut-être pas l'image idéalisée de la démocratie, mais l'alternative qui finira peut-être par s'imposer, un financement par les contribuables, est elle aussi critiquable et susceptible d'exploitation populiste.

[2] Voir aussi les attentats terroristes de Bombay.

Moins qu'un petit pois

Certes, l'actualité a brusquement évolué depuis. Il n'empêche que, même si on les découvre avec décalage, on se délecte des sarcasmes de Mark Steyn à l'encontre des stars qui se relayaient par tranches de 24 h pour faire la grève de la faim pour le retrait d'Irak.

samedi 15 juillet 2006

Affaire ZZ: un décodage impitoyable

Un énième article sur l'affaire ZZ? Certes, mais j'aime tellement la théorie proposée par Duleep Allirajah de spiked, après avoir ironisé comme son confrère Mike Hume sur la grille d'interprétation antiraciste qui se combine avec une hagiographie qui ne demandait qu'à s'épanouir. Alors que la vraie raison est la suivante:

"Even though the racial provocation charge is unproven, Materazzi is still seen as the guilty party for insulting Zidane’s family. But Zidane should have been used to these kinds of slurs, having played in Italy for years. As profanity scholars will tell you, incest and prostitution are common motifs in the lexicon of Italian insults. Professional footballers ought to be resilient enough to ignore such needle. All of which makes me think that what made Zidane lose it was not the taunts about his family, but something else that was even more offensive.

My own theory is that what Materazzi actually said was, ‘you play like an Englishman’. "

Et voilà comment un Anglais est prêt à sauver l'honneur de la France.

Pour ma part, la canicule étant un dopant intellectuel bien connu, je me suis demandé si la chanson de Gavroche dans les Misérables de Victor Hugo n'avait pas d'abord été une ritournelle anglophobe émasculée ensuite par le politiquement correct:

Je suis tombé par terre?
la faute à l'Angleterre.
Droit dans le caniveau:
c'est la faute aux Anglos.

vendredi 14 juillet 2006

Triste Babel vs Gaie Pride: "Vous savez ce qui manque à Dieu?"

J'ai promis de vous entretenir de la pride survenue à Lausanne le week-end passé... Or, ce que j'y aurai vécu avec le plus d'intensité est un événement qui, probablement, sera largement passé inaperçu. Il se trouve qu'une paroisse protestante de Lausanne a un culte "ordinaire" tous les samedis à 17h30. Il lui a été demandé sans grandes précautions si, le jour de la pride, elle voudrait bien accueillir à son culte ordinaire les priders qui le souhaiteraient, et si on pourrait même participer un tant soit peu à la préparation du culte. Requête acceptée en toute simplicité. Il était juste demandé de veiller à faire respecter la dignité et le bon déroulement du culte. Peut-être le brave Conseil de paroisse fantasmait-il sur un déferlement de drag queens et de personnages moins habillés. Il ignorait - ou feignait d'ignorer - que s'exhiber lors d'un culte protestant n'est pas (encore?) tendance. Non, sous nos latitudes, ce n'est vraiment pas le lieu où il faut se montrer pour exister. Mais qui sait ce qui se serait passé si on avait joué habilement sur cette restriction paroissiale érigée en un ultime tabou postbourgeois? Toujours est-il que tout s'est passé au mieux, au-delà de toute espérance même. Certes, il y a eu des grincements de dents, et l'Eglise centrale s'est fendue d'un communiqué de presse remarquable, témoignant d'un accueil inconditionnel (qui ne reflète peut-être pas l'opinion de tous les membres individuels). Pour vous en convaincre, voici le sermon qui a été prononcé par le pasteur qui, en l'occurrence, est le responsable de l'arrondissement (un mini-évêque en quelque sorte).

Lire la suite

lundi 10 juillet 2006

Nelly Wenger et Al Qaida: même combat

De retour de la Pride de Lausanne, où les autorités redoutaient tant des dérapages exhibitionnistes qui n'ont pas eu lieu, et dont je vous entretiendrai prochainement (la Pride, donc), je tombe sur cet article de Jean Romain. Ça c'est de l'excès ou du dérapage tout près de chez nous[1] qu'on imputera charitablement à la chaleur, qui n'est décidément pas propice à ce qui touche au chocolat ou plutôt à son emballage (cf. ce billet précédent).

Notes

[1] Tout près de chez vous était le slogan de la Swiss Pride 2006.

dimanche 9 juillet 2006

Chassez le naturel...

J'avais allumé la télévision, pour la première fois depuis plusieurs jours. Et nous regardions le match, honest... Mais mon compagnon a joué avec la télécommande, et nous nous sommes retrouvés, whisky à la main, à regarder sur Channel 5 You've got a mail (du même tonneau que When Harry met Sally ou Sleepless in Seattle, notre genre favori), avec Tom Hanks et Meg Ryan, de Nora Ephron (qui fut mariée avec Carl Bernstein, le compère de Bob Woodward). Le film a eu le bon goût de finir avant la fin du match, ce qui m'a donné l'occasion de voir l'expulsion de Zidane (fascinant, le sourire après que l'Italien l'eut retenu, puis le coup de tête montré au ralenti: la vidéo de ce que j'ai vu, en anglais toutefois) suivi des tirs aux buts. Avec la joie des Italiens (joueurs comme messieurs en costume). Et les Français transformés en statue de sel. Triste.

COMPLETE LE 10.07 à 22h45 avec le lien vidéo, via Versac.

Monopole du massage pour les aveugles?

Je m'en voudrais de ne pas attirer votre attention sur cet excellent billet des Chroniques patagones relatif à un arrêt du Tribunal constitutionnel de la Corée du Sud...

Le "coming out" des élites

En marge de la Swiss Pride qui se déroule ce week-end à Lausanne, Le Matin publie une interview de François Wasserfallen pour Network. Il expose avec clarté et modération une thèse déjà défendue, notamment, ici. Comme collaborateur personnel de Ruth Dreifuss, il avait lu ès qualités un message de la présidente de la Confédération à la Pride 2000 (Fribourg).

samedi 8 juillet 2006

Allez l'Italie!

Car si ça c'est le bilan de la demi-finale, qu'est-ce que ce serait si la France gagnait la Coupe du monde!

COMPLEMENT DE 23h30: Ça n'a rien à voir, mais Le Monde de ce matin publie une analyse d'Antoine Menusier, qui est un journaliste du Temps installé à Paris: France-Suisse: le désamour.

COMPLEMENT DU 11.07 à 23h30: Je ne sais pas quel a été le bilan en Italie, comme le soulève judicieusement Emmanuel dans les commentaires... Mais je tombe sur ce billet de l'écolo du 93 sur le climat de violence en France le soir de la finale, dont rien ne filtre dans la presse.

vendredi 7 juillet 2006

Le Conseil des droits de l'homme comme contre-Conseil de sécurité?

L'organe qui a succédé, dans le système des Nations Unies, à la discréditée Commission des droits de l'homme, s'appelle désormais Conseil des droits de l'homme. Il n'est pas encore clair que les modalités retenues suffiront à améliorer nettement les choses. Et le fait que ce Conseil a cru devoir adopter, sur proposition d'un certain nombre de ses membres, une résolution condamnant les opérations israéliennes en cours dans la bande de Gaza, à la suite de l'enlèvement d'un soldat israélien par des groupes palestiniens, ne me paraît pas aller dans le bon sens.

Et cela pas seulement sur le fond (où je rejoins entièrement Ludovic Monnerat). Car l'organe onusien habilité à se prononcer sur ce genre de situations existe déjà, c'est le Conseil de sécurité (qui est par exemple saisi par le Japon des essais de missiles nord-coréens). C'est lui qui, pour le meilleur ou pour le pire, vote des résolutions soigneusement numérotées au gré de l'actualité -- ou ne les vote pas s'il n'y a pas de majorité ou si l'un membres permanents oppose son veto. Vouloir contourner cet obstacle en passant par le Conseil des droits de l'homme est un enfantillage qui ne trompera que ceux qui le veulent bien. Cette procédure éloigne simplement le nouvel organisme de sa mission, sape au départ une crédibilité qui reste à établir et sabote la réforme globale des Nations Unies si laborieusement entamée.

jeudi 6 juillet 2006

"En mille neuf cent septante-dix-sept..."

Quand une plume du Monde essaie de reconstituer à l'oreille un régionalisme dans une citation... D'autant plus malheureuse qu'on dirait huitante-sept en vaudois (seulement, ailleurs en Suisse romande quatre-vingts suit septante et précède nonante[1]) et que Claude Nobs a probablement voulu parler des éditions 1977 et 1978 du Montreux Jazz Festival.

Notes

[1] Sauf, je crois, à Neuchâtel où l'on se pique de parler le français de France.

Une nouvelle fable économique de Denys

Le récit d'une success story pour une fois, celle de l'armateur CMA CGM, à lire chez DirtyDenys... Nous ne sommes pas pour autant privés de sarcasmes féroces: le destinataire est comme toujours le national-protectionnisme, illustré, cette fois, par les noires prédictions de L'Humanité en 1996, quand l'entreprise avait englouti des fonds publics pour 3,3 milliards de francs français et occupait 2000 salariés. Aujourd'hui elle est privée et occupe 10'000 personnes dont 4'000 en France. Mais lisez l'original!

mercredi 5 juillet 2006

Prodi libéralise à tout va

Dans l'opposition, dotés d'un "projet" passablement rétro: décidément, les socialistes français doivent se sentir bien seuls face à Blair, Zapatero, la grande coalition allemande CDU-SPD et maintenant Prodi. Depuis un mois à la tête d'une majorité de centre-gauche en Italie, Romano Prodi renoue avec la fougue réformatrice et euro-compatible qui avait marqué son précédent gouvernement, avant que son passage à la Commission européenne ne ternisse quelque peu son image. Cela ne fait apparemment pas encore les gros titres (rien dans Le Monde de ce matin) mais cela ne saurait tarder: profitant du début de l'été, voire de l'euphorie footballistique, c'est par un décret-loi[1] que le gouvernement italien a décidé d'ouvrir à la concurrence différents secteurs d'activité (les chauffeurs de taxis, par exemple) auparavant protégés par des contingents protectionnistes. Je suis tombé sur cette info hier dans l'improbable quotidien anticapitaliste genevois Le Courrier, qui ne la met pas en ligne, mais j'en trouve l'écho aujourd'hui dans La Libre.

Courageux mais pas téméraire, comme le souligne le quotidien belge, Prodi préfère fragiliser des indépendants qui ne correspondent pas forcément à l'image du profiteur honni. Mais le signal est tout de même remarquable.

COMPLEMENT DE 23h: Comme Le Courrier, Libé en parlait dès mardi 4 (merci à Lauren Guerby qui le signale en commentaire et dont l'autre lien permet de remonter à des compléments d'explications exhaustifs).

Notes

[1] Qui doit à peu près correspondre à ce que les Français appellent une ordonnance: un acte législatif auquel l'exécutif est habilité, quitte à ce que le parlement puisse l'abroger ou doive le confirmer.

mardi 4 juillet 2006

Turqueries (Pub)

Swiss PrideUne fois n'est pas coutume, je vais faire de la pub pour un événement à l'organisation duquel je ne suis pas étranger, et qui a lieu dans le cadre de la Pride lausannoise de ce week-end. Il s'agit d'une conférence-débat le 6 juillet sur la situation des homosexuel(le)s et transgenre en Turquie. Ce pays est en effet l’hôte d’honneur de la Swiss Pride 2006, dont l’un des thèmes est la solidarité avec les homosexuels de l’étranger

Extraits du communiqué de presse y relatif:

Quels sont les droits et les libertés des personnes homosexuelles et transgenre en Turquie ? Une question qui mérite discussion tant le fossé entre la législation et la pratique semble important dans ce pays. Accusée de ne pas toujours respecter les droits humains, courtisée par le fondamentalisme religieux, mais aussi république fière de sa laïcité et candidate à une adhésion à l’Union européenne, la Turquie avance sur la corde raide. Comment ces tiraillements sociaux ressurgissent-ils dans son rapport avec l’homosexualité et le transsexualisme ? A travers le témoignage de deux intervenants, la Swiss Pride cherchera à lever le voile sur une situation souvent conflictuelle allant jusqu’au crime d’honneur, mais qui tend à se normaliser.

D’une part, un militant au sein d'une association gaie turque décrira les aspects historique et politique de cette situation. D’autre part, une artiste-publiciste travesti racontera ses péripéties en terre d’islam.

C’est aussi en musique que cette conférence partira à la rencontre de la Turquie. Et plus particulièrement avec les disques de l’idole Bulent Ersoy. Cette chanteuse transsexuelle, longtemps interdite sur scène, cristallise à elle seule beaucoup des hypocrisies d’une société face à l’homosexualité.

Intervenants
- M. Ismail Alacaoglu, secrétaire général de l’association LGBT (lesbienne, gay, bi et transgenres) Kaos à Ankara.
- Mme Ceyhan Firat, artiste et personnage de l’underground turc installé à Lausanne.

Date: Jeudi 6 juillet 2006 à 20h30
Lieu: Espace Yookoso, rue Madeleine 18, Lausanne

Plus d'infos sur le site de la Pride

dimanche 2 juillet 2006

Nestlé: un cadre dissident fait blog contre sa directrice

Un blog "a mis le feu aux poudres"... de chocolat (mais ce serait plutôt aux emballages). Tel est le scoop du Matin Dimanche. On y apprend (et pas trop sommairement, ce qui est le bienvenu) que depuis mi-juin, un cadre anonyme de Nestlé tient un blog pour exposer ses critiques (euphémisme) à l'égard de la directrice et de son relookage de la vénérable marque Cailler faisant appel à l'architecte Jean Nouvel. Ses collègues sont aussi invités à s'exprimer, toujours anonymement, ainsi que des gens de l'extérieur. On y trouve moult coupures de presses (y compris de la presse alémanique). Le blog de la Boillat aurait-il fait des émules? Des propos et des analyses très virulents sont publiés à l'encontre de la directrice Nelly Wenger. Difficile de se faire une religion. Apparemment, la situation et les rapports de force semblent désespérés aux yeux de ces gens pour qu'ils se croient légitimés à s'exprimer de la sorte sur la place publique.

Au niveau du public, justement, on dira, à un niveau moins sérieux, qu'après Swissair, les Suisses se sont trouvé un nouveau psychodrame (où il n'y a pas d'argent public à perdre, ni, vraisemblablement, de risque pour les emplois). C'est l'affaire CWN, pour Cailler-Wenger-Nouvel. Si la forme géométrique chocolatée n'appartenait pas à la concurrence, je dirais qu'on a affaire à un triangle maudit. Un triangle noir comme l'âme de ceux qui ont conçu un tel projet (le relookage, pas le blog). Un triangle rouge comme l'emballage agressif pour l'oeil et la peau (on peut se couper en l'ouvrant) et pourtant froid, inhumain. Bref un triangle tout sauf vert, le côté antiécologique de l'emballage étant l'un des principaux griefs.

Cf. aussi l'article de Philippe Barraud qui est très sévère.

COMPLEMENT DE FRANCOIS LE 03.07 à 12H30: Le lynchage de Nelly Wenger, une analyse de Jean-Claude Péclet à lire dans Le Temps de ce matin.

Calendrier

« juillet 2006 »
lunmarmerjeuvensamdim
12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31

FB Google+ Reader

Subscribe to the feed
Or to the daily newsletter

Dernières tranches

Tranches de choix

  • Blogs d'élu-e-s romand-e-s
  • Où sont les blogueuses politiques?
  • Sheila, les mages et moi (Epiphanie + 1)
  • Après la "flat tax", l'impôt "dégressif"
  • Politique: la force d'inertie
  • La politique n'est pas une compétition
  • Tous athées
  • La légèreté délicieuse qui sous-tend la Création
  • Abolir le mariage en faveur d'un PACS+?
  • Après les élections irakiennes
  • Gérontoloftophilie
  • Archaïsme et modernité: polygamie et pouvoir dans la société française
  • Le Cristal-Rouge, vraie fidélité à Henri Dunant
  • Outreau, chronique d'une erreur judiciaire annoncée
  • Mgr Genoud et les gays
  • Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues
  • Typologie du "mariage gay"
  • Fumée dans les lieux publics et Constitution
  • Affaire Plame
  • Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise
  • (Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi
  • Bonnes nouvelles d'Irak (35)
  • Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique
  • Rocard et le congrès du Mans
  • Le combat de Jacob avec...
  • Saïda vs Tariq
  • Inégalité et pauvreté
  • GB: deux points pour la blogosphère
  • Kouchner comme joker anti-Sarko
  • Excuse et apologie, romantisme et culpabilité
  • Retour sur le "Rainbow Warrior"
  • Lendemain d'attentat
  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    • PM 'losing control of party over EU'
      The Conservative leadership is "running scared" of its backbenchers on the issue of Europe, former Tory cabinet minister Lord Howe says.
    • Imran Khan blames rival for killing
      Imran Khan, the leader of Pakistan's PTI party, is blaming one of his political rivals for the killing of PTI official Zahra Shadid Hussain.
    • Denmark crowned Eurovision winners
      Denmark's Emmelie de Forest wins the Eurovision Song Contest, with the UK's Bonnie Tyler finishing 19th out of 26 countries.
    • Bank governor in Help to Buy warning
      The outgoing Bank of England governor warns a government plan to boost the housing market with part-mortgage guarantees has no long-term place.
    • Tearful Beckham signs off with win
      David Beckham leaves the pitch in tears as he completes the final home match of his career - for French champions Paris St-Germain.
    • Tories attack PM over gay marriage
      Grassroots Conservatives attack David Cameron's support for gay marriage, saying it has made winning the next election "virtually impossible".
    • Riot mars Belgrade football derby
      Police in the Serbian capital Belgrade make 104 arrests as rival fans of the city's Partizan and Red Star teams clash at a match.
    • Car hits crowd at Virginia parade
      Up to 60 people were injured when a car ploughed into a crowd during a parade in a small town in the US state of Virginia, officials say.
    • Nigeria army says crackdown to go on
      Nigeria's army vows to continue its offensive against militants in the north-east "as long as it takes", as a 24-hour curfew is imposed in Maiduguri.
    • Targets 'risk pupil well-being'
      Pupils' well-being and education should not be sacrificed to meet new targets, the leader of a head teachers' union will tell its annual conference.

    Le Temps

    Domaine Public

    Têtu

    Abonnez-vous