février 2006 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche | Aller au blogroll | Identification

mardi 28 février 2006

GDF-Suez: Denys avait tout dit la veille

J'étais un peu en peine (surtout faute de temps) de lire ou, mieux encore, de parvenir à formuler la sidération amusée ou indignée devant la dernière gesticulation du couple Villepin-Breton le week-end dernier: la France n'aura pas un champion national de l'électricité mais deux, ou les vraies-fausses renationalisation de Suez / privatisation de GDF.

J'ai quand même trouvé ça chez Krystoff, d'aujourd'hui, ou ça, chez Versac, d'hier (qui m'a conduit à deux excellents billets d'Alain Lambert dimanche et lundi).

Et puis je lis DirtyDenys, qui dès le vendredi présentait un tableau définitif élargi à toute la palette européenne, de Saint-Gobain à Endesa en passant par Arcelor-Mittal: "Quand l'OPA va, tout va".

Morale princière: Commentaires.com ne fait pas de quartiers

Commentaires.com se veut un "e-magazine contre le néo-conformisme". C'est-à-dire qu'il est plutôt à droite, un poil réac et (mais) écolo. Voilà qui rend les lignes suivantes (qui font partie de la rubrique des ''griffures''), d'autant plus jouissives et permet de les apprécier à leur juste valeur:

Décadence et décadence - Faisons une hypothèse banale. Un de vos copains couche avec une femme noire, lui fait un enfant, puis la laisse tomber pour épouser une femme blanche très blonde. Tout le monde trouverait ça dégueulasse, non? Maintenant, imaginez que votre copain s'appelle Albert (simple hypothèse), qu'il s'affuble d'un titre d'opérette, genre prince, et qu'il règne sur une sorte de coffre-fort net d'impôts au bord de la Méditerranée. Cela change tout! Du coup, l'idylle est merveilleuse, les gazettes se pâment, et tout le monde trouve cela formidable.

Selon que vous serez puissant ou misérable...

Philippe Barraud ne respecte ni les institutions monarchiques (est-ce le cas seulement si elles sont d'opérette?) ni la sacralité des sanctuaires fiscaux (jalousie à l'égard des concurrents?). Mais quel est le lieu, de nos jours, où on peut encore trouver une telle liberté de parole, un tel affranchissement de la pensée? Ce lieu existe, il s'appelle le café du commerce. Qui se fait un point d'honneur de tenir à disposition de sa clientèle les gazettes, pour que ladite clientèle ne se trouve point en manque de sujet de conversation inoffensifs.

Ceci dit, j'ai d'abord bien ri en lisant cette griffure, et j'ai même commencé par penser qu'elle disait le vrai et surtout le bien. Avant de me demander si la qualité des informations dispensées par des gazettes indûment tombées en pâmoison autorisait un contre-jugement moral aussi péremptoire. Les paparazzi n'ont pas encore réussi à mettre des puces dans l'âme de leurs proies.

dimanche 26 février 2006

Du canari juif à l'islamisation des esprits européens

Je ne trouve pas que cet article (via Instapundit) figure parmi les plus géniaux du génial Mark Steyn. Mais il est au moins égal à lui-même: on pourrait qualifier de Glocal People cette manière de marier faits divers et vaste fresque stratégico-sociétale.

Or donc: L'affaire Ilan Halimi est occasion pour notre Canadien sans frontières de noircir encore - comme si c'était possible - sa perspective de la menace que l'islamisme représente. Pour Mark Steyn, les Juifs dont, soit on se préoccupe peu, soit on considère qu'ils sont responsables, par exemple, des ambitions nucléaires de l'Iran, sont à considérer comme les canaris que les mineurs de jadis prenaient avec eux dans la mine. Mark Steyn ne développe pas la comparaison, chacun sera assez grand pour le faire.

Plus inquiétant - comme si c'était possible : Mark Steyn est convaincu que les esprits européens sont en voie d'islamisation, c'est-à-dire raisonnent exactement dans le sens souhaité par les islamistes. Au nom du respect des minorités, on accepte des empiètements sur sa souveraineté: non-mixité des piscines, affaire des caricatures, meurtre de Theo Van Gogh etc. tout cela démontrerait bien que l'objectif de globalisation islamiste - et la globalisation est inhérente à l'Islam, et en représente une application cohérente - relèverait du réalisme.

J'aime beaucoup Mark Steyn et me complais à me ranger parmi ses fans raisonnables. Mais j'ose espérer, par raison ou alors par confort, que ce qui le meut et le fait séduire relève d'une élitaire inclination au pessimisme. Voir, prévoir et lire le pire fait toujours se sentir plus intelligent. Et ça peut même être une manière de l'éviter.

samedi 25 février 2006

Fondamentalisme: il y a aussi les animalistes

On a connu ça en petit à Lausanne, où une combinaison d'action directe et de guérilla juridique et institutionnelle a culminé, récemment, avec le refus en votation populaire d'un crédit destiné à une animalerie élevant des souris destinées à la recherche scientifique.

Comme en bien des domaines, la Grande-Bretagne est très en avance dans ce domaine et l'ampleur et la violence des extrémistes "défenseurs des animaux" a aussi appelé des mesures juridiques exceptionnelles. Dans une stratégie d'intimidation tous azimuts, le cercle des victimes potentielles s'étend à quiconque fournit des prestations et travaille pour la recherche, y compris leur famille, voisins et proches. En dérogation aux règles de transparence en la matière, il a fallu prévoir la possibilité de ne pas rendre public les noms et adresses d'administrateurs de sociétés engagées dans la recherche, pour les protéger du harcèlement et de la violence.

Mais la violence fondamentaliste doit aussi et surtout être combattue sur le plan des idées. Cette contre-offensive a pris aujourd'hui, à Oxford, la forme d'une contre-manifestation qui a réuni 600 personnes à l'occasion de la énième manifestation animaliste (150 personnes): le problème c'est que la majorité silencieuse a rarement la flamme et l'obstination qui vont avec un point de vue minoritaire...

A lire également chez Harry's Place, dans The Guardian ou The Daily Telegraph.

Il n'y a pas que le fondamentalisme islamique qui menace les sociétés démocratiques. Le fondamentalisme animaliste, comme aussi le fondamentalisme anti-avortement, nécessitent des mesures de sécurité que les bonnes âmes sous estiment trop souvent.

vendredi 24 février 2006

Un bon hold-up à l'ancienne

L'équivalent de 100 millions de francs suisses en billets de banque: à côté, l'affaire du train postal Glasgow - Londres qui a excité l'imaginaire de deux générations (stimulé il est vrai par la cavale brésilienne de Ronald Biggs), c'est de la petite bière.

Mais ce que je trouve rare et fascinant, dans ce commentaire de Leo MacKinstry (Daily Telegraph), c'est la synthèse éblouissante de 40 d'évolution de la criminalité et donc de la société: de l'attaque de banque au trafic de drogue, d'une police corrompue à l'utilisation des moyens techniques et scientifiques les plus sophistiqués...

jeudi 23 février 2006

Une "taupe" chez Ramadan

Je ne sais pas très bien s'il faut se sentir rassuré (que les services secrets fassent leur travail) ou inquiet (des couacs à répétition) ou encore, sait-on jamais, s'il s'agit d'une subtile opération de communication dissuasive: la Tribune de Genève d'aujourd'hui (fichier PDF) donne la parole à une "taupe" introduite par le joliment nommé Service d'analyse et de prévention au Centre islamique de Genève. Sa mission: communiquer des informations sur Hani Ramadan (le frère tout aussi militant mais moins médiatique, moins habile, de Tariq).

C'est du Le Carré de la bonne époque (qui a d'ailleurs commencé à Berne): recruté à sa sortie de prison, on lui créé une "légende", il ne fait pas cela "que pour de l'argent", ses chefs lui paraissent un peu limités et il finit par être séduit par sa cible... d'où sa confession.

Admirable communiqué officiel de limitation des dommages:

Conformément à la pratique, le Service d'analyse et de prévention (SAP) ne peut ni confirmer ni infirmer le fait que des personnes lui livrent des informations. Dans les cas concrets, nous ne nous prononçons ni positivement ni négativement pour ne pas mettre en danger d'éventuelles sources d'informations. Mais la loi permet au SAP de faire appel à des particuliers pour rechercher des informations.
C'est uniquement sur les fronts de l'extrémisme violent, du terrorisme, de l'espionnage et de la prolifération des armes de destruction massive que le SAP, à savoir le service de renseignements intérieurs, peut recueillir des informations en faisant appel à des informateurs.
Le SAP a donc parfaitement le droit d'inciter des personnes à lui livrer certaines informations (...).
Les informateurs sont dûment informés des limites juridiques liées à leurs activités. A titre d'exemple, il n'est pas admis qu'une personne commette un cambriolage ou une autre infraction pour obtenir des informations.

COMPLEMENT DU 26.02 à 23h55: S'il y a encore des visiteurs de ce blog qui ne lisent pas systématiquement Ludovic Monnerat: il met tout cela utilement en perspective.

Jouez au Kiladikan

"C'est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique. Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l'islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l'origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n'ont trouvé la réponse."

Réponse en cliquant sur

Lire la suite

Posture post-"neocon" de Fukuyama

Le Guardian d'hier publiait un extrait de After the Neocons: America at the Crossroads, qui sera publié le mois prochain chez Profile Books. Dans le titre, le théoricien de la fin de l'Histoire reconnaît qu'il ne peut plus soutenir les néoconservateurs. En sous-titre, il préconise que l'Amérique doit envisager sa politique étrangère comme une compétition pour gagner les coeurs et les esprits. Mais son désaccord porte donc plus sur les moyens (par ex. le fait de parler de "guerre contre le terrorrisme", la surmilitarisation) que sur les buts. L'intérêt de la posture de Fukuyama vient de ce qu'elle ne relève ni de l'anti-impérialisme ni du réalisme égoïste ni du pacifisme. Le plus grand danger serait une victoire de l'antinéoconservatisme, qui selon lui signifierait la perte de valeurs hautement morales comme le souci de ce qui se passe à l'extérieur, le souci de promouvoir la démocratie et la liberté des peuples.

mercredi 22 février 2006

Ségolène en 07, Hillary en 08?

On l'annonçait comme "différent" des sites web classiques et autres blogs, plus ou moins laborieux, de personnalités politiques, et c'est bien le cas: Désirs d'avenir, la rampe de lancement d'une candidature de Ségolène Royal à l'investiture socialiste pour l'élection de mai 2007 à la présidence de la République française, innove et fait parler de lui. KoZ persifle, Damien est intéressé, Versac indigné... Et le site marche, avec déjà des centaines de contributions d'internautes qui se sont docilement inscrits préalablement (et adhèrent au PS pour pouvoir participer à la désignation!).

A la vérité, il n'est pas si nouveau: l'année avant la présidentielle de 2002, Christian Blanc lançait, de manière très similaire dans la forme et le fond, L'Ami Public à l'appui de sa disponibilité à sauver la France. J'en ai un souvenir d'autant plus précis que j'avais à l'époque publié un article à ce propos dans Domaine Public , repris par Le Temps.

Royal a sur Blanc l'avantage d'être une élue et une responsable politique confirmée (députée, ministre, présidente de région), et d'avoir compris, après Mitterrand ou Chirac, qu'à la mystique gaulliste de la rencontre solitaire avec la France qui fait encore rêver Villepin il faut préalablement ajouter la conquête d'un grand parti; si Giscard est parvenu à s'en passer en 1974, c'est bien grâce à l'effet de surprise de l'élection anticipée en raison de la mort de Pompidou.

Et je trouve insultante (pour ne pas dire d'un machisme qui me surprend chez lui) l'alternative à laquelle la réduit Versac:

Soit elle est naïve et suffisamment inexpérimentée en politique, un peu fleur bleue, aussi, pour croire que le fait de balancer quelques sujets à la cantonade suffit pour créer un débat constructif qui aboutisse à des propositions intéressantes. Soit elle est en fait suffisamment méprisante du débat public et de la capacité des internautes pour nous offrir ce simulacre de forum participatif, qui ignore des années de réflexion sur le débat public et la construction d'un programme, sur internet ou ailleurs.

Versac connaît trop bien la vie politique française pour croire une seconde à son premier terme. Et son mépris doit l'amener à ne pas avoir creusé suffisamment son sujet pour oser le deuxième, alors qu'il suffit d'aller voir ce qui se passe concrètement en Poitou-Charentes pour vérifier que Royal sait de quoi elle parle, et qu'elle s'entoure de professionnels de qualité. Les critiques à l'égard du site, qui n'a pas une semaine et est en développement (et la décision du PS est pour septembre-novembre, pas le mois prochain!), me semblent aussi relever d'un survol superficiel et empreint de parti-pris; en réalité, Royal représente pour la présidentielle française le type d'innovation amené par un Howard Dean aux Etats-Unis (je prends le pari que la section Rencontres évoluera en une forme de Meet-Up), tout en ayant assimilé le principal enseignement du désastre Dean-Kerry: ne pas rester prisonnier de la base enragée mais parler à l'opinion en général, et ne pas dire tout et son contraire. C'est ce que fait de manière impressionnante une Hillary Clinton (j'en profite pour déclarer ici un désaccord avec Emmanuel Ceteris Paribus que je tenais depuis 9 mois sub imo pectore: je parie que, loin d'être inéligible, ce sera une formidable candidate) -- bon la comparaison flatteuse pour Royal est peut-être un rien prématurée...

Non, il y a bien sûr une troisième hypothèse: la démarche de bonne foi portée par la passion des affaires publiques, dont aux Etats-Unis on a au moins la décence de faire crédit au plus minable gouverneur de Géorgie (Carter), d'Arkansas (Bill Clinton) ou du Texas (Bush jr). Il est vrai que là-bas les enfants sont élevés dans le mythe qu'eux aussi peuvent aspirer à servir dans cette fonction, pas dans le mépris général envers des politiciens "tous pourris".

Mon autre désaccord avec Versac porte sur le sens de la démarche et le rôle des politiciens: Ségolène devrait-elle se poser en générale sachant où elle va, impressionner par l'originalité de sa pensée et de ses propositions clé en main dans tous les domaines, plutôt que de se mettre en position d'écoute? C'est un principe rabâché dans les séminaire sur la communication pour managers et autres apprentis leaders qu'il faut d'abord faire parler l'interlocuteur (et lui démontrer, en répétant ce qu'il a dit, qu'on l'a écouté): il doit avoir vidé son verre avant qu'on puisse le lui remplir. Mais surtout il y a malentendu sur le contenu de la fonction dans un régime présidentiel: ce que l'on attend du président c'est avant tout une orientation, un caractère, la capacité de trancher et de faire faire. En bref c'est un incarnateur, qui pour le reste fait avec les circonstances. Mitterrand n'a pas été élu pour son programme mais pour son équation de progressiste (puisqu'il était le candidat de gauche) conservateur (sa culture et son tempérament), et il compte pour la décentralisation (Defferre), les réformes judiciaires et la suppression de la peine de mort (Badinter), la libéralisation économique et l'euro (Delors, Bérégovoy), saupoudré d'Attali (Cancun, la Berd). Les deux fonctions (l'incarnation et l'esprit de décision d'une part, l'imagination créative et la capacité de réaliser d'autre part) sont bien distinctes -- et à cette aune un Christian Blanc est effectivement plus à sa place aux manettes ou en coulisse qu'en représentation. Quant à Chirac, ses élections doivent davantage au hasard qui a écarté Balladur en 1995 et Jospin en 2002 qu'à son génie propre (le suffrage universel apporte une garantie de légitimité, pas de justesse du choix effectué...), et on en voit le résultat.

Maintenant que vaudrait vraiment une Royal à l'Elysée (avec Strauss-Kahn à Matignon, peut-être)? Il serait intéressant, même si la différence d'échelle et d'objet amène à rester prudent, d'en savoir plus sur sa manière de fonctionner; il existe quelques signes d'autoritarisme et de tendance à l'isolement qui pourraient se révéler négatifs. D'ici novembre si elle n'a pas, telle un Dean, été écartée bien avant, et surtout après, journalistes, mais aussi blogueurs du Poitou, c'est à vous!

Pour le moment on peut rêver d'un affrontement Sarkozy - Royal: comme en 1974, je me consolerai allégrement du résultat quel qu'il soit. Mais les Français étant ce qu'ils sont, si l'on se fie à leur propension à désigner à l'usure des candidats deux fois battus pour la fonction, c'est peut-être bien Jospin qu'ils éliront en 2007 (et ce ne serait pas si mal, me souffle par mail mon co-blogueur, à juste titre), contre Villepin, Raffarin... ou Le Pen!

Mahomet et le kitsch orienté gai

"Ces étranges portraits de Mahomet jeune", titre Patricia Briel dans Le Temps. Au kiosque, les affichettes mentionnent carrément "Des portraits sensuels de Mahomet". Le Temps n'ira pas plus loin dans la provocation. C'est l'histoire de ces affiches vendues en Iran dont on peut avoir une idée ici et dont le kitsch fait penser à celui du Jésus éthéré au Sacré-Coeur. Il semble que ces posters de Mahomet ont eu pour modèle une photo prise en 1904. Le sujet représenté était un jeune Arabe enturbanné, prénommé Muhammad, un peu efféminé et à l'épaule dénudée. Or les amateurs de telles photos étaient, entre autres, des touristes occidentaux, comme Gide, qui venaient vivre dans le Maghreb ce qu'ils ne pouvaient vivre en Europe. Bon, ce n'étaient pas les seuls clients, et il y a d'autres éléments qui entrent en jeu dans l'histoire de l'iconographie mahométane, mais, quand même, je ne pouvais résister au raccourci piquant dans le titre de ce billet...

mardi 21 février 2006

Affaire Ilan Halimi

Je ne sais ce qui est le plus sidérant dans la question de la part éventuelle de la judéophobie dans l'enlèvement puis la torture à mort de Ilan Halimi (voir ce billet sur Carte de presse):

  • le gros scepticisme initial sur le fait que cela ait pu jouer un rôle: inimaginable, n'est-ce pas?
  • la raison donnée par cet enquêteur pour expliquer qu'en effet ce n'est pas de l'antisémitisme: "Ce qui fait agir, ce n'est pas une raison raciale ou religieuse. Dans leur tête, juif égale argent" (Libération)
  • ou le fait qu'on vient demander rien moins qu'au Premier ministre de se prononcer sur la question? Au moins Villepin aura-t-il tiré la leçon des précédents dénis de la réalité de l'antisémitisme en France... Et bien sûr lui et son ministre de la justice se tiennent au courant des dernières péripéties de l'instruction.

COMPLEMENT DU 23.02 à 12h40:

Une excellente analyse d'Annette Lévy-Willard dans Libé: "Les juifs et l'argent, rapprochement nauséeux".

Toujours aussi agité et hypocrite, Villepin, après l'arrestation du chef du gang, enjoint à la justice de statuer rapidement.

COMPLEMENT DU 24.02 à 16h:

L'affaire suscite manifestement une émotion exceptionnelle, à en juger par l'afflux de visiteurs supplémentaires drainés ici ces derniers jours par Google et qui commence seulement de diminuer un peu. Continuez peut-être avec ce billet d'Eric Dupin aujourd'hui.

lundi 20 février 2006

Des villes privées?

Attention, je ne prétends nullement endosser la chose! Mais je n'en avais jusqu'à aujourd'hui que vaguement entendu parler. Les Chroniques patagones ont un récent billet avec des liens vers plusieurs cas aux Etats-Unis, et ça me paraît suffisamment intrigant pour être mentionné, non?

dimanche 19 février 2006

Décriminaliser le déni de l'Holocauste

J'ai récemment fait allusion au malaise que je ressens à l'égard des législations européennes qui pénalisent le négationnisme à la manière d'un Robert Faurisson français ou d'un David Irving britannique et qui sanctionnent les discours racistes, sexistes, homophobes... Je n'osais pas encore formuler expressément l'idée que, pour redonner toute sa vigueur à l'idéal démocratique, il était nécessaire de revenir sur 20 ans d'amollissement politiquement correct et d'abroger ces législations. Mais dans sa chronique hebdomadaire dans le FT de samedi Christopher Caldwell (du Weekly Standard américain) instruit clairement la cause en l'illustrant principalement par l'exemple français:

  • La loi Gayssot permet simplement à des extrémistes de se poser à bon compte en martyrs de l'anti-conformisme et offre à un Le Pen un accès garanti aux médias.
  • L'historienne de gauche Madeleine Rebérioux avait mis en garde contre le danger que le précédent d'une vérité officielle à propos du génocide des Juifs ouvre simplement la porte à d'autres revendications du même type. Cela s'est vérifié avec le génocide arménien, la traite des Noirs, et bien sûr l'affaire du "rôle positif" de la colonisation.
  • Caldwell cite de nombreux cas qui témoignent de l'extension du phénomène de judiciarisation du "politiquement correct": l'universitaire Bernard Lewis, condamé en France pour refus de qualifier de génocide le massacre des Arméniens en Turquie; les plaintes contre Michel Houellebecq, Oriana Fallacci, Alain Finkielkraut; la tentative d'empêcher la parution de Charlie Hebdo avec les caricatures de Mahomet; la condamnation du député RPR Vanneste pour propos homophobes (la liste n'est pas exhaustive, il aurait aussi pu citer la condamnation d'Edgar Morin pour une tribune dans Le Monde sur le conflit israélo-arabe).
  • Rappelant que l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, spécialiste respecté de l'esclavage, a lui aussi été sous la menace d'une plainte pour avoir exprimé dans une interview ses doutes sur la loi de 2001 à ce propos, Caldwell mentionne les pétitions "Liberté pour l'histoire" lancée par Pierre Nora, Michel Winnock et Mona Ozouf, et "La liberté de débattre", lancée par Paul Thibaud, qui réclament toutes deux l'abrogation des lois Gayssot et autres.

Caldwell signale de surcroît un important article du philosophe du droit Ronald Dworkin, paru mardi dernier dans The Guardian, qui en appelle à la Cour européenne des droits l'homme pour annuler ces législations (ce qui impliquerait une sérieuse révolution des mentalités):

Even bigots and Holocaust deniers must have their say

Celui-ci, je renonce à le développer ici car il est intégralement en ligne.

Islam des Lumières et apologie classique du christianisme et de l'athéisme

"Pourquoi les mouvements laïcs restent-ils minoritaires dans le monde musulman?"

"Parce que les dictatures ont tué le politique. L'espace politique est aujourd'hui dévasté, et seul le message intégriste y fleurit. Cette responsabilité incombe aux Etats arabes post-coloniaux. Leur incurie a fait échouer les processus de modernisation et de démocratisation. Des gens peu instruits sont arrivés au pouvoir et, avec les concessions qu'ils ont faites aux intégristes, ils ont participé à la diffusion de leur pensée, désormais dominante dans ces sociétés. Les gens en ont peur, comme ils ont peur de trahir leur origine en revendiquant davantage de laïcité. N'oublions pas que la non-séparation entre le religieux et le politique fait partie de la fantasmagorie qui s'est développée autour des origines de l'islam, très en vogue chez les intégristes."

Il arrive parfois qu'on donne la parole à des penseurs musulmans de la modernité. C'est le cas de cet interview de Abdelwahab Meddeb par Patricia Briel dans Le Temps de ce week-end. Pour cet essayiste, qui "lutte en faveur d'un Islam des Lumières", l'Islam est à la base une religion laïque, qui connaît la séparation du spirituel et du temporel. La preuve: l'empereur Frédéric II lors de la dernière croisade, a été fasciné par l'impuissance du calife par rapport au pouvoir temporel. C'est que, pour Meddeb,

"... la consubstantialité du politique et du religieux n'appartient pas à l'essence de l'islam. On peut la construire artificiellement, et c'est ce que fait l'intégrisme diffus répandu dans le monde arabo-musulman."

Dane le même numéro du Temps, la même Patricia Briel évoque le dialogue entre l'ex-cardinal Ratzinger et le philosophe athée Paolo Flores d'Arcais, qui constitue le petit livre Est-ce que Dieu existe? Dialogue sur la vérité, la foi et l'athéisme (Payot, 184 p.). Patricia Briel retient du philosophe des arguments comme le scandale du mal et la fonctionalité de Dieu pour maintenir la cohésion sociale, tandis que du côté du théologien devenu pape, on retient la non moins classique critique de la cruauté éthique que représente la théorie de l'évolution. Je n'ai pas lu le livre, mais si le christianisme et l'athéisme ne doivent être défendus que par des arguments aussi classiques et convenus (et lourds), hérités des Lumières de part et d'autre, faudrait-il envisager que l'avenir théologico-phlosophique est aux lumières de penseurs musulmans se revendiquant également de la modernité, mais un peu plus pertinents en même temps que plus courageux?

samedi 18 février 2006

Blogs: quand la question est mal posée

Bien sûr l'article contient aussi des vérités et plein de choses intéressantes. Mais il n'est pas vraiment digne d'une publication de la qualité du FTmagazine joint à l'édition du week-end du Financial Times. "Time for the last post", par Trevor Butterworth, est fondé sur l'idée que les blogs ont l'ambition de remplacer les médias traditionnels. Ayant ainsi paresseusement défini son sujet, il n'est pas difficile de deviner la conclusion à laquelle il arrive: absurde!

C'est passer complètement à côté du vrai sujet: la révolution que représentent pour les médias comme pour le débat public dans son ensemble les nouvelles technologies de l'information dont les blogs ne sont qu'un volet; le vieux Rupert Murdoch, lui, l'a parfaitement compris. Je trouve assez significatif que Butterworth se garde de citer l'autorité en la matière, Jeff Jarvis: soit il ne l'a pas interrogé, et c'est de la négligence grave, soit ses réponses ne lui ont pas plu, et on va très probablement le savoir rapidement sur le blog de Jeff...

Ironiquement, il y a un blog associé à l'article (mon commentaire est le 13e).

mercredi 15 février 2006

Le socialisme des chefs de clans

Frêche (celui qui réussit le tour de force de courtiser les rapatriés d'Algérie mais d'insulter les "harkis", Algériens qui combattaient les indépendantistes) en Languedoc-Roussillon, Royal dans le Poitou, Bockel à Mulhouse... La place des grands féodaux, et de l'attachement à une personne plus qu'à une famille idéologique, est l'un de ces signes d'une maturité démocratique incertaine du système politique français (soyons vache); d'autres sont la Constitution de 1958 ou l'instabilité des partis de droite, qui commencent seulement a s'accepter comme tels et se refondent et changent de nom toutes les quelques saisons.

J'ai souvent été frappé de lire, pour un Fabius ou une Royal, par exemple, comment tout a commencé par la rencontre entre une jeune ambition disponible et un monstre sacré... En l'occurrence ce fut Mitterrand mais on se dit que ç'aurait aussi bien pu être Giscard, Barre, Balladur voire Chirac. A l'inverse, pour un Mauroy, un Rocard, mais aussi une Aubry, le lien est d'une autre nature: militant (un engagement fondateur), familial, voire simplement tribal, comme c'est le cas ordinaire dans les partis sociaux-démocrates traditionnels.

Un autre signe de ce que je trouve être une fragilité du PS m'est suggéré par l'analyse du score de la motion Bockel pour le congrès du Mans, dont le pourcentage après la virgule est détaillé de manière un peu pathétique sur son blog (à 0,65% de moyenne nationale, évidemment, ça prend de l'importance!). Sur la foi du projet, le socialisme libéral, même au PS français elle devrait obtenir entre 10 et 30%... Mais elle ne fait que des miettes, sauf là ou Jean-Marie Bockel est top dog (54%), ce qui indique la nature essentiellement plébiscitaire du scrutin.

mardi 14 février 2006

Sommet mondial de la gauche de gouvernement

Il s'est tenu en Afrique du Sud et vient de se terminer. Depuis la première rencontre tenue à Washington en 1999 entre Bill Clinton, Tony Blair, Gerhard Schröder, Wim Kok et Massimo d'Alema, la Progressive Governance Conference en est à sa septième édition. Sa cheville ouvrière est le Policy Network de Peter Mandelson. Le commissaire européen travailliste britannique était d'ailleurs de la partie, comme aussi Pascal Lamy, le socialiste français qui dirige l'OMC.

L'originalité de la formule, c'est son périmètre à géométrie variable selon le principe "Malheur aux vaincus" (ou, pour le dire plus positivement, l'accent mis sur les politiques progressistes réelles): c'est un sommet entre chefs d'Etat et de gouvernements réformistes et leurs collaborateurs, les chefs de partis d'opposition ne participent qu'à une table ronde préliminaire. Lorsque les invitations sont parties, le Canada et la Pologne étaient encore membres... Pour le reste, le site Internet de la Conférence ne dit pas encore grand chose de son contenu.

lundi 13 février 2006

Freud et l'homosexualité

Il n'y a pas que les monothéismes qui privilégient la parole: c'est aussi le cas de la psychanalyse. Toutefois, ce que la psychanalyse met en opposition à la parole, c'est la sexualité. La sexualité représente le vécu par excellence; l'ordre de la parole, par défintion, n'est pas l'ordre du vécu qu'elle cherche à saisir, à maîtriser, à organiser. Le vécu de la sexualité échappe donc toujours à l'humain et le "gêne" puisque, à travers le langage, il s'appréhende comme un être rationnel. Le malaise de la sexualité n'a donc pas été inventé par les religions, qui n'ont fait que l'organiser chacune selon des modalités qui varient suivant les temps et les lieux.

Cette redécouverte des fondamentaux de la psychanalyse, je la dois à ce livre d'Hubert Lisandre, Parole d'homme. Au départ, je l'ai acheté parce qu'il traite de Freud et l'homosexualité, et que j'avais entendu son auteur avec le plus grand intérêt traiter de ce thème, il y a plus de 10 ans. Ce que j'en retiens: tout comme la sexualité en général, l'homosexualité fait problème à l'être humain (avant que la religion ne s'en occupe). Comme la sexualité en général, ce malaise est organisé différemment selon les cultures. C'est un constat et surtout pas un jugement de valeur. On peut parler d'acceptation sociale en surface, mais il n'est pas sûr que les structures psychiques fondamentales soient vraiment modifiées. La militance gaie pourrait bien ne jamais devenir superflu contrairement à ce qu'elle prétend espérer.

Le livre de Lisandre est un dialogue fictif entre un journaliste et un psychanalyste, avec aussi le cheminement de l'enquêteur. On y expose ce que Freud a dit et n'a pas dit sur l'homosexualité, tout en essayant de dénoncer et lever les malentendus y relatifs. Il semble nécessaire de chaque fois répéter que la démarche psychanalytique ne s'occupe pas de dire ce qui est bien. En partie (mais pas seulement) parce qu'il y a des psychanalystes qui lâchent un jugement normatif sur des sujets de société (et je ne pense pas qu'à Tony Anatrella). Ce faisant, ils trahissent la psychanalyse. Mais, de toute façon, il ne peut qu'y avoir toujours un malentendu à propos de la psychanalyse. Elle ne peut pas répondre aux attentes "normales" du public demandeur d'explications sur le chaos du monde, elle ne peut dire le bien ou rassurer sur la normalité.

Freud est athée, mais le théologien ajoutera que l'Evangile est aussi sujet à malentendus, à attente déçues et à prise en compte d'un désir refoulé...

dimanche 12 février 2006

Retour sur les caricatures de Mahomet

Quelques petites choses glânées ici ou là:

  • Trois articles (Die Zeit, ici en anglais, The Guardian, The Times) qui restituent le contexte initial, autour de Kåre Bluitgen, l'auteur de livres pour enfants déclencheur involontaire du tumulte: l'opération du Jyllands-Posten était une réaction à l'égard de la menace physique ressentie par les auteurs des illustrations pour cette "Vie de Mahomet" si leur nom apparaissait, effectivement inadmissible.
  • En octobre 2005, les caricatures litigieuses avaient été publiées sans autre dans un journal égyptien (et en arabe) qui rendait compte de l'affaire danoise. Cela confirme, s'il en était besoin, la nécessité de distinguer l'émotion suscitée parmi les croyants par ces dessins (au demeurant légitime, comme celle de chrétiens confrontés à d'autres blasphèmes, et qui peut même justifier une attitude de réserve préventive, en temps normal, hors de la presse satirique), d'une part, et l'instrumentalisation politique actuelle parmi les musulmans d'Europe, dans le monde arabe et par le régime iranien (qui ne peut rester sans réplique), d'autre part.
  • Dans Le Monde de vendredi, une analyse du rédacteur religieux, Henri Tincq, sur la responsabilité de la théologie musulmane, et L'Europe en nouveau "grand Satan", une tribune de Gilles Kepel.

COMPLEMENT DU 14.02: Et si, par improbable, vous avez manqué le début, Laurent d'Enbruns a réalisé une synthèse en un seul billet!

samedi 11 février 2006

Statistiques sur l'emploi et le chômage

C'est un chausse-trappe de concepts divers, et l'on ne lit en général dans un article que celles qui sont conformes à la thèse de l'auteur. En prenant l'exemple du Royaume-Uni (comparé principalement à la France), Verel décompose avec clarté les différents angles d'approches à considérer.

vendredi 10 février 2006

Bush et les autruches

Fascinante mais aussi tellement prévisible, cette manière des grands médias d'informer sur l'attentat d'Al Qaida déjoué à Los Angeles en 2002 en s'intéressant principalement aux motifs et circonstances de sa révélation, jusqu'au point parfois de mettre en doute sa réalité (The Guardian évoque "the alleged Al-Qaida threat to Los Angeles"). Croire qu'une menace n'en est pas vraiment une, ignorer l'importance des efforts internationaux qui ont permis de l'éviter, c'est tellement plus confortable (et ça évite de devoir souligner l'efficacité, au moins dans ce cas-ci, des services compétents).

La transcription officielle du discours du président Bush (comme toujours, aux Etats-Unis, sans lui faire grâce du moindre lapsus!).

Justice pénale: d'Outreau à Billie-Jo...

Tandis que la France est entrée en thérapie de groupe en vue de comprendre et corriger les défauts du modèle inquisitoire en matière de justice pénale après l'affaire d'Outreau (plein de choses intéressantes à lire chez nos petits camarades de Lieu Commun après l'audition du juge Burgaud devant la commission parlementaire d'enquête, et déjà bien avant, y compris sur ce blog!), la presse britannique d'aujourd'hui expose ce qui est à la fois la grande qualité mais aussi le défaut du système "accusatoire" anglo-saxon (celui que vous connaissez par la télévision).

Au lendemain de l'acquittement du père adoptif de Billie-Jo, une adolescente tuée à coup de barre de fer dans le patio de la villa familiale alors qu'elle repeignait les volets, on apprend (BBC, The Daily Telegraph, The Guardian, The Times) que l'accusation s'était vu interdire, par le juge unique qui arbitre les débats, de présenter au procès le résultat d'une nouvelle expertise des traces de sang trouvées sur l'accusé et des témoignages sur des épisodes colériques et de violence familiale antérieurs.

Admirable volonté de faire respecter l'égalité entre les parties (l'expertise arrive trop tard, a décidé le juge), et de refuser que le jury soit amené à se prononcer sous l'influence de faits extérieurs à ceux dont il est saisi, dira-t-on! Mieux vaut un coupable libre qu'un innocent en prison, et on ne peut totalement exclure que Siôn Jenkins soit réellement innocent, que le crime soit réellement le fait d'une personne extérieure au cercle familial et sans que l'on puisse avancer un motif, même si c'est statistiquement peu vraisemblable... Le critère ultime de l'échec du système est ici qu'il y a indubitablement un crime, et que son auteur reste inconnu et impuni.

A vrai dire, ce dossier est assez extraordinaire. Après le crime en février 1997, Jenkins est condamné à la prison à vie en 1998. Un premier appel échoue, un deuxième aboutit: il est libéré en 2004 dans l'attente d'un nouveau procès. Il a lieu en juillet 2005, mais le jury ne parvient pas à se déterminer. Le troisième procès, commencé en novembre 2005, s'est terminé hier à nouveau sans que le jury parvienne à atteindre la majorité qualifiée pour un verdict de culpabilité et, cette fois, le juge prononce l'acquittement. Le dossier reste toutefois ouvert et, si le Crown Prosecution Service renonce à se lancer immédiatement dans une quatrième procédure sur la base de son ultime expertise, celle-ci n'est pourtant pas exclue à jamais.

Attention, la phrase suivante est à prendre avec des pincettes! Intuitivement, c'est-à-dire sur la base de ma connaissance très incomplète du sujet tout en me supposant une omniscience que je n'ai évidemment pas, j'aurais tendance à croire que le système accusatoire (en tout cas dans sa version britannique) renonce à condamner davantage de coupables que le système inquisitoire (de type français), et que le système inquisitoire condamne davantage d'innocents (ou condamne plus facilement pour un crime plus grave que celui que le condamné a effectivement commis) que le système accusatoire. Avantage éthique au système accusatoire? Mais il faudrait aussi se demander lequel des deux systèmes résout avec justice la plus grande proportion des crimes: si c'était le système inquisitoire, cela balancerait-t-il l'injustice faite aux innocents et coupables de moindre degré? Au demeurant, la division n'est pas aussi simple, les deux approches peuvent se combiner...

En tout les cas, je trouve désinvolte et surtout conservateur l'argument pro-système inquisitoire fréquent, en France, d'un prétendu avantage de classe sociale qui serait inhérent au système accusatoire: comme si système inquisitoire en était dépouvu. C'est en réalité un risque qu'il y a lieu de prévenir dans les deux systèmes (et le système britannique le fait notamment au travers d'un droit très développé à l'assistance juridique).

mercredi 8 février 2006

Robert Schuman - la comédie musicale!

J'exagère à peine, c'est peut-être davantage: le drame en trois actes. The Times de ce matin rend compte d'une nouvelle pièce, The Schuman Plan, par Tim Luscombe, qui s'inscrit dans cette veine très britannique du théâtre comme meilleure compréhension du politique et de l'actualité. A Londres jusqu'au 25 février.

Et comme le hasard organise parfois des collisions, le même journal publie une nécrologie de Henri Rieben, président de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe, à Lausanne, décédé il y a quelques semaines.

COMPLEMENT DE 23h55: J'aurais évidemment dû également mentionner Thatcher The Musical, qui se joue à Warwick et dont nous avons entendu parler au réveil à la radio!

COMPLEMENT DU SAMEDI 11.02 en fin de soirée: De retour d'aller voir The Schuman Plan -- c'est bien un drame en trois actes! Une leçon d'histoire qui commence dans les années 30 et finit en 2006, avec une multitude de personnages interprétés par seulement cinq acteurs et, en épilogue, Benoît XVI désireux de canoniser Schuman (avec de Gasperi et Adenauer) s'il obtient l'affirmation des racines chrétiennes dans la Constitution... Je trouve que la pièce aide bien à comprendre l'essoufflement actuel de l'idée initiale de Jean Monnet, entre effondrement du communisme et globalisation.

mardi 7 février 2006

Webclips et parodie

L'Internet, et particulièrement les blogs, seront-ils à l'élection présidentielle française ce que la télévision a été à la campagne de 1965? En tout cas, à en croire le précédent des Etats-Unis, sous l'angle de la contre-propagande à coup de sites parodiques. Et de ce point de vue, il faut reconnaître que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont d'ores et déjà candidats reconnus...

Mais la campagne américaine de 2004 avait aussi été marquée par l'irruption des clips indépendants des candidats (pro, ou plus souvent férocement contre) rapidement montés et diffusés par le Net, et j'espère qu'on en verra aussi en France.

C'est vrai que je commence à tomber de plus ou souvent sur des liens renvoyant à des clips remarquables. Trois exemples:

Hit-parade

Nous étions déjà très fiers de figurer dans la première moitié, et même régulièrement dans le premier tiers, d'un classement des cent premiers blogs suisses selon le nombre de blogs qui les lient...

Et voici que Le Matin a la bonne idée d'extraire de cette liste les francophones, ce qui nous propulse à la quatrième place! Les trois premiers sont Bon pour ton poil, Climb to the stars et Un grain de sel: Un swissroll peut donc se proclamer carrément premier blog politique (et théologique!) romand -- et même "d'audience internationale", en souvenir du Journal de Genève, puisque nous ne visons pas spécifiquement un public suisse et ne traitons en principe de sujets locaux ou nationaux que sous un angle plus général. Pas bon pour la grosse tête, tout ça... Les Commentaires de Philippe Barraud, pour leur part, ne sont pas vraiment un blog, hélas -- il s'en défend avec panache et non sans pertinence, mais s'en rapproche un peu plus depuis qu'il a introduit le fil de syndication (RSS).

Le No 5 est l'ami Ludovic dont je ne serai pas surpris s'il finit par nous dépasser, malgré une thématique plus spécialisée, tant il est intéressant comme en témoigne une participation des lecteurs par le biais des commentaires nettement plus fournie qu'ici.

Bienvenue à tous ces nouveaux visiteurs qui ont cliqué sur le lien indiqué par le site du Matin! Vous avez sur cette page les 40 derniers billets, ça vous donne un échantillon... Revenez régulièrement pour une petite tranche d'Un swissroll si le coeur vous en dit, n'hésitez pas à contribuer à la conversation en laissant des commentaires, et poursuivez votre excursion parmi les blogs signalés dans la colonne de droite.

lundi 6 février 2006

L'étendard rouge à croix blanche

Par Alex Dépraz

L'image était visible lors du journal du soir de la TSR hier à 19h39: à Beyrouth, les émeutiers s'en sont pris à un drapeau suisse. Cela n'a pas suffi à faire réagir la cheffe de la diplomatie suisse, Micheline Calmy-Rey, pourtant présente sur le plateau pour commenter une actualité autrement plus brûlante: sa décision d'appliquer des quotas pour promouvoir les femmes dans la carrière diplomatique.

La photo du drapeau malmené (a-t-il été brûlé?) est reprise aujourd'hui par Le Matin. Même si ce journal évoque des menaces contre la Suisse - certains journaux ayant également publié les caricatures litigieuses -, la thèse de la méprise avec le drapeau danois est sans doute la plus probable. Les deux étendards n'ont semble-t-il pas la même origine mais le risque de confusion entre les deux drapeaux rouges à croix blanche existe bel et bien. De quoi montrer notre entière solidarité avec les Danois!

dimanche 5 février 2006

Revue de presse: Finkielkraut, Sentamu, Wolfowitz et les crimes communistes

Les blogs, c'est aussi simplement une autre manière de lire les journaux: en suivant ou en donnant des liens... En voici donc quatre:

  • Elisabeth de Fontenay (Le Monde des livres du 3 février) revient, deux mois après, sur le lynchage médiatique dont a été l'objet Alain Finkielkraut (voir ce billet). Malheureusement déjà en accès payant uniquement, à moins de disposer de l'abonnement à l'édition électronique!
  • Un portrait de Mgr John Sentamu, archevêque d'York (dans l'Eglise anglicane, où il a le titre de primat d'Angleterre) publié dans Le Monde (03.02): juriste, juge à la Cour suprême d'Ouganda, il se réfugie en Grande-Bretagne en 1974 et est ordonné prêtre en 1979...
  • Un entretien de Charles Moore (ancien réd-en-chef du Daily Telegraph, futur biographe de Margaret Thatcher) avec Paul Wolfowitz, ancien No 2 du département d'Etat américain et actuel président de la Banque mondiale (Daily Telegraph du 3 février): la victoire du Hamas, l'Irak, l'Afrique...
  • J'avais omis de saluer comme il convenait la résolution du Conseil de l'Europe sur la reconnaissance des crimes du communisme, cette tribune publiée dans Le Monde (03.02 aussi!) par Jean-Louis Margolin et Nicolas Werth m'en donne l'occasion. Leur conclusion (alimentée par des maladresses dans l'exposé des motifs et non dans la résolution elle-même), "la nécessaire critique du communisme est trop importante pour être laissée à des anticommunistes un peu trop professionnels" souligne douloureusement cette autre observation: "Il aurait été bon pour [certains partis communistes et certaines personnalités de la gauche non communiste européenne qui ont combattu la résolution] de montrer qu'ils étaient partie prenante de cette condamnation de régimes faillis, responsables du discrédit apporté dans de nombreux milieux à l'idée communiste elle-même".

Carrefour, Nestlé: "nous ne sommes pas des juifs allemands"

Le Financial Times de samedi (papier seulement, apparemment) raconte qu'en Egypte Arabie saoudite Nestlé a tenu à dissiper par une annonce publicitaire la rumeur infondée selon laquelle deux de ses produits seraient fabriqués au Danemark. Il publie aussi une photo d'un panneau dans un supermarché Carrefour du Caire annonçant que tous les produits danois ont été retirés des rayons "par solidarité avec les peuples musulman et égyptien".

samedi 4 février 2006

Manif anti-danoise à Londres

ambassade du Danemark à LondresAprès les altermondialistes et les adversaires de l'intervention en Irak, ce sont donc des religieux musulmans qui ont organisé hier une manifestation de protestation mondiale et décentralisée (quelque 5 mois après la publication litigieuse: je rejoins assez Pikipoki qui se demande si la victoire surprise du Hamas ne joue pas un rôle dans l'orchestration de cette émotion, plus d'ailleurs par surenchère: le Hamas lui-même semble contrôler remarquablement ses partisans, à en croire Le Monde).

A Londres, elle a eu lieu devant l'ambassade du Danemark, construite en 1977 et due à Arne Jacobsen. Nous n'habitons pas loin, et c'est sous le coup de l'indignation devant une décision de refuser le classement de ce bâtiment que mon compagnon a adhéré à la Twentieth Century Society, ce qui nous vaut de participer à des visites et balades architecturales fort intéressantes. Cliquez sur la photo pour en voir davantage.

Freedom Go to HellLa manif elle-même n'était pas triste, mais quand même assez inquiétante à voir ces autres photos.

Aujourd'hui, devant le Parlement, il y avait un rassemblement et je me suis demandé dans mon bus s'il s'agissait d'une contre-manifestation. Mais il n'y avait pas de pancarte, et des drapeaux néo-zélandais: j'en ai déduit qu'il s'agissait de rugby et me suis rassis.

COMPLEMENT DU 05.02 à 11h: J'ai eu soudain un doute sur le lieu: des photos très similaires sont situées par le FT d'hier à l'extérieur de la mosquée de Regent's Park et par Le Monde daté dimanche-lundi devant l'ambassade de France; pour ma part il me semblait bel et bien reconnaître sur la septième photo publiée par Michelle Malkin la façade de l'ambassade du Danemark... devant laquelle, selon Harry's Place, une manif était convoquée pour samedi! Mais la BBC confirme, avec en particulier une vidéo des deux manifs successives au même endroit (et une réaction indignée et courageuse d'un représentant des musulmans modernes).

La liberté d'expression entre blasphème et courtoisie (II)

Notre société connaît aussi des tabous, mais elle n'en en a plus du tout concernant la représentation du sacré. Il y a eu deux grands épisodes de guerre de l'iconoclasme au VIIIème et au XIème siècle. L'iconoclasme (destruction plus ou moins violentes d'objets de culte représentant la divinité et des personnages sacrés) est réapparu au début de l'histoire de la Réforme, quand certains protestants se sont crus fondés à dévaster des églises. Cette conscience iconoclaste a toujours été minoritaire dans la société occidentale. Mais il y a toujours eu des théologiens protestants, comme Jacques Ellul au XXème siècle, qui ont continué de se méfier a priori de l'image, comme quelque chose qui a la puissance de fasciner, d'accaparer, de nous garder captif, enfermé dans notre monde, qui s'avère être le monde matériel, tandis que la parole, invisible, pointe vers le sens (la signification), vers l'au-delà de l'humain.

Mais ce point de vue est hermétique ou ésotérique aux yeux de la modernité. La modernité peut très bien comprendre qu'un dessin ou une image soit choquante, parce que pornographique, raciste, attentatoire à la dignité de telle ou telle autre minorité, etc. Mais la modernité ne peut plus comprendre que la seule représentation d'un être humain particulier soit tabou, indépendamment de savoir si la représentation est respectueuse, gentiment ou méchamment humoristique. Cette incompréhension occidentale est d'autant plus compréhensible qu'on croit savoir, plus ou moins confusément, que l'une des caractéristiques de l'Islam est de nier avec véhémence la divinité de Jésus et de qui que ce soit, y compris le Prophète de l'ultime révélation.

Or voici qu'il y a un paradoxe. En dehors de la question de la représentation du Prophète, l'Islam est assez proche des convictions occidentales modernes et "laïques", puisqu'il simplifie et rationalise le divin. Bien des chrétiens contemporains convertis à l'Islam expliquent qu'ils ne pouvaient plus adhérer à des dogmes absurdes comme la Trinité, la filiation divine, la mort ignominieuse réconciliatrice de l'Envoyé divin sur une Croix, une Grâce qui empêche tout calcul, toutes prévisions concernant le poids de la juste croyance et des bonnes actions dans la balance du Jugement dernier. Un Dieu un (indivisible), invisible, non représentable, qui punit le mal et récompense le bien, qui est la Cause première de tout ce qui arrive (= le Destin): c'est logique - et c'est malheureusement aussi le Dieu de bien trop des gens qui se croient chrétiens!

Pour en revenir à la dernière querelle des images. Si le public n'était pas vraiment conscient du tabou de la représentation de Mahomet, les rédacteurs responsables l'étaient, et la provocation fut délibérée. Au bon endroit? Au bon moment? Pour de bonnes raisons? "Tout est permis, mais tout n'est pas utile" disait l'apôtre Paul. Pour ma part, j'applaudis des deux mains quand l'auteur d'ANNALES histoire société christianisme écrit

De mon point de vue, notre défense de la liberté de penser pose la question de la liberté religieuse. Pour que les hommes puissent connaître la vérité et être heureux ici-bàs et dans la vie future, il faut pouvoir manifester ouvertement ses pensées et celles de la révélation.

Par contre, quand il continue

Pour que cela ne conduise pas à la «peste de l’indifférentisme», il faut pouvoir critiquer une famille de pensée au nom de ses effets dans le monde réel et à la mesure d’une morale naturelle et évangélique.

je pense qu'il risque d'entretenir le malentendu. Publier une image qui par elle-même est attentatoire aux convictions n'est pas critiquer cette religion, c'est surtout couper les ponts avec les adeptes de cette religion, y compris un bon nombre de modérés, leur claquer la porte au nez, pour jouir entre nous de la liberté d'expression (une tentation dont je ne suis pas exempt, c'est pourquoi je la dénonce).

Voir aussi ce précédent billet

COMPLEMENT DU 05.02 à 12h: Indépendamment de l'origine des caricatures, qu'il y ait ou non manque de tact ou faute de goût, est-il besoin de préciser que les réactions de violence symbolique et physique qu'elles suscitent sont tellement dégradantes pour ceux qui les commettent et ce au nom de quoi elles sont perpétrées, qu'il n'est évidemment pas un seul instant, pour moi, question de symétrie...

Genève, capitale du web / du blog

Bon, c'est vrai, j'arrive comme la grêle après la vendange... Mais enfin, il n'y a pas que Paris, Genève aussi aime bien se faire mousser. Et se revendique comme le lieu de naissance du web, grâce au travail au CERN de Tim Berners-Lee!

Il y avait donc un raout avec "la fine fleur des blogueurs mondiaux" hier et avant-hier, à l'enseigne de LIFT06. Si j'en parle, c'est que la Télévision suisse romande (dont c'est l'occasion pour moi de souligner l'effort important qu'elle fait pour intégrer les nouvelles technologies de l'information: blogs et podcasts, et maintenant un Journal en continu) met à peu près tout à disposition sur son site (via Infobulles et Bernard Rappaz, lus avec retard). Voir aussi le site de la manifestation.

vendredi 3 février 2006

Garfieldd: victoire aigre douce

C'est fini: le ministre de l'éducation, Gilles de Robien, a communiqué à Garfieldd une nouvelle sanction, assez lourde même si celui-ci l'accepte, comme il l'a écrit à Laurent pour en informer la blogosphère.

Pas de happy end, pas de prolongation ni de bataille d'arrière-garde non plus et c'est tant mieux, comme l'explique très bien Me Eolas.

Précédents billets sur ce sujet:

jeudi 2 février 2006

Un portail de blogs indépendants

Nous avions fait connaissance près de la machine à café virtuelle, et nous avions rapidement sympathisé. Des intérêts communs, des approches différentes, des divergences stimulantes: nous prenions plaisir à échanger nos vues, n'hésitant pas à pousser la porte pour solliciter ou donner un avis, et nous nous retrouvions à l'occasion les uns chez les autres pour refaire le monde, partageant généreusement les amis de nos amis.

lieu-commun.orgAujourd'hui, une quinzaine de blogs indépendants qui se consacrent principalement à l'analyse et au commentaire de l'actualité font un pas de plus: ils proposent à leurs lecteurs, et à l'ensemble de la blogosphère, un portail d'accès commun à leurs billets, à l'enseigne de lieu-commun.org (évidemment ce n'est pas aujourd'hui que cela va briller par la diversité, avec toutes ces annonces identiques...). Mais allez donc lire là-bas la genèse de ce nom et l'esprit de cette entreprise!

Un swissroll est flatté d'avoir été associé par Jules au regroupement dont il a pris l'initiative, et fier d'être partie prenante de ce mouvement d'affirmation des blogs sur la scène politico-médiatique. Et comme une naissance oblige à mettre de l'ordre dans la maison, c'est aussi l'occasion de structurer quelque peu notre blogroll...

COMPLEMENT DE 14H30: Nicolas Versac a réalisé un podcast vidéo promotionnel de 6 minutes -- et après l'avoir vu, je regrette moins de n'être pas dedans (merci à Paxa, Hugues et Damien de s'être prêtés au jeu!) et je suis confirmé dans ma préférence pour l'écrit ;-) .

mercredi 1 février 2006

La liberté d'expression entre blasphème et courtoisie (I)

La Cène de Marithé Girbaud (ou même le Da Vinci Code de Dan Brown, et encore avant cela La dernière tentation du Christ de Scorsese), les caricatures danoises de Mahomet, la soupe au lard des Identitaires, la loi britannique visant à combattre l'incitation à la haine religieuse (qui vient d'être adoptée dans une version moins draconienne que ne le souhaitait le gouvernement)... Le débat sur les limites de la liberté d'expression est toujours ouvert, le combat pour faire comprendre et respecter cette dernières est toujours à recommencer.

L'affaire de la soupe au lard est peut-être moins connue, plus localisée: c'est une provocation hivernale d'une frange xénophobe française, sur l'air populiste bien connu "Et la solidarité avec les gens de chez nous?", sous-entendu chrétiens qui n'ont pas d'inhibition à manger du porc (et autre sous-entendu: comme si les Restos du Coeur et autres formes de soupe populaire traditionnelle les oubliaient pour privilégier les immigrés musulmans). Des préfets, des manifestants, Le Monde se sont émus dans leur registre respectif. Paxatagore en a fait un billet qui a donné lieu à un riche débat dans lequel j'ai mis mon grain de sel... Le réflexe d'appel à l'interdiction étatique, comme la seule condamnation politico-morale, me semblent de mauvaises réponses (alors que l'action directe consistant à mette au défi l'extrême-droite de servir sa soupe à des basanés non-musulmans ou non-pratiquants me semble tout droit tirée du Manuel de l'animateur social de Saul Alinsky).

Les réactions à la publication, il y a maintenant quelques mois, de caricatures du prophète Mahomet par un journal danois, le Jyllands-Posten, reprise plus récemment par un journal norvégien (et aujourd'hui par France Soir, ce que le gouvernement français s'est empressé de déplorer!), posent des questions bien plus inquiétantes (voir cet impressionnant dossier de la Wikipedia):

  • sur les manoeuvres d'intimidation et de contrainte auxquels se prêtent des Etats qui feignent d'ignorer des notions élémentaires comme la séparation entre l'Etat et la société civile et le droit individuel à la liberté d'expression au Danemark et en Norvège pour exiger, de la part des autorités politiques, des excuses et des restrictions de la liberté d'expression, mesure de contrainte économique (sous la forme d'un boycott) et manoeuvre diplomatique (sous la forme de l'appel à une législation internationale) à l'appui;
  • mais surtout sur l'engourdissement des esprits (en d'autres temps et avec d'autres connotations, j'aurais parlé de finlandisation) dont témoignent ceux, en Europe, qui sont déjà prêts à la contrition, alors qu'il y a au contraire lieu de se mobiliser contre cette attaque frontale envers l'héritage des Lumières qui est au coeur de la démocratie. Voir à ce propos un autre débat auquel je me suis mêlé à la suite de deux billets de Phersu.

Celles et ceux qui déplorent les provocations, en appellent à la compréhension et au respect mutuel voire souhaitent que les athées mettent une sourdine à leur conviction dans l'intérêt de la paix civile sont complètement à côté de la plaque. A titre individuel, bien sûr, je suis comme eux: cela relève de la plus élémentaire courtoisie réciproque dans les relations interpersonnelles. Mais cela n'a rien à voir avec l'attitude à opposer à qui prétend imposer politiquement ce qui résulte de ses convictions religieuses (que cela soit le Vatican ou la Conférence islamique). Encore faut-il pour cela ne pas se laisser dominer par une haine de soi qui relève de la dépression collective, et réaliser que la liberté, l'économie de marché et la démocratie sont des valeurs de base dont il n'y a pas à avoir honte et qu'il faut réaffirmer constamment. Achetons danois!

Lorsque le gouvernement Blair a proposé son projet visant à compléter le dispositif légal qui déjà réprime l'antisémitisme (mais c'est au nom de la lutte contre le racisme), le négationnisme ou l'homophobie par une pénalisation de l'incitation à la haine religieuse, j'étais partagé: mon réflexe libertaire en matière de liberté d'expression (je ne suis pas un fan des dispositions contre l'expression d'opinions racistes ou homophobes qui sont maintenant généralisées en Europe tant nous sommes frileux devant le conflit ouvert, révulsés par ce qui se passe aux Etats-Unis où l'ACLU défend le droit de nazis à défiler et où des milieux fondamentalistes sont habilités à manifester leur joie aux abords de l'enterrement de victimes du sida ou de crimes homophobes) était balancé par la compréhension qu'il était nécessaire de donner à la population musulmane britannique un signe qu'elle fait pleinement partie de la collectivité nationale, afin de bien marquer la différence entre elle et la lutte contre le terrorisme islamique. Mais je me suis rapidement convaincu, avec Mr Bean (Rowan Atkinson), Norman Geras ou Harry's Place, que ce geste prêtait aussi à une toute autre interprétation et à un tout autre usage, préparant des réveils douloureux. Je ne serais pas surpris que les menaces anti-occidentales de ces derniers jours aient en fin de compte dopé la résistance des défenseurs de la liberté d'expression même en matière religieuse.

Voir aussi ce billet ultérieur

COMPLEMENT DU 02.02 à 14h: Si vous ne croyez évidemment pas que la modération et la hauteur de vue peuvent s'exprimer par le clavier d'un militaire qui planifie par ailleurs sur son blog une attaque préventive de l'Iran, lisez ceci!

Calendrier

« février 2006 »
lunmarmerjeuvensamdim
12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728

FB Google+ Reader

Subscribe to the feed
Or to the daily newsletter

Dernières tranches

Tranches de choix

  • Blogs d'élu-e-s romand-e-s
  • Où sont les blogueuses politiques?
  • Sheila, les mages et moi (Epiphanie + 1)
  • Après la "flat tax", l'impôt "dégressif"
  • Politique: la force d'inertie
  • La politique n'est pas une compétition
  • Tous athées
  • La légèreté délicieuse qui sous-tend la Création
  • Abolir le mariage en faveur d'un PACS+?
  • Après les élections irakiennes
  • Gérontoloftophilie
  • Archaïsme et modernité: polygamie et pouvoir dans la société française
  • Le Cristal-Rouge, vraie fidélité à Henri Dunant
  • Outreau, chronique d'une erreur judiciaire annoncée
  • Mgr Genoud et les gays
  • Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues
  • Typologie du "mariage gay"
  • Fumée dans les lieux publics et Constitution
  • Affaire Plame
  • Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise
  • (Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi
  • Bonnes nouvelles d'Irak (35)
  • Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique
  • Rocard et le congrès du Mans
  • Le combat de Jacob avec...
  • Saïda vs Tariq
  • Inégalité et pauvreté
  • GB: deux points pour la blogosphère
  • Kouchner comme joker anti-Sarko
  • Excuse et apologie, romantisme et culpabilité
  • Retour sur le "Rainbow Warrior"
  • Lendemain d'attentat
  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    • Murder sparks anti-Muslim backlash
      There has been a large increase in anti-Muslim incidents since the murder of a British soldier in Woolwich, an inter-faith charity says.
    • Hezbollah promises Syria 'victory'
      The leader of Lebanon's Hezbollah group promises victory in Syria where his supporters are backing President al-Assad, amid an upsurge in fighting there.
    • Borussia Dortmund 1-2 Bayern Munich
      Arjen Robben scores a dramatic late winner as Bayern Munich beat Borussia Dortmund in the Champions League final.
    • 48 rescued as island boat hits rock
      A total of 48 passengers, including children, are rescued from a boat after it hits a rock and starts taking in water off the Pembrokeshire coast.
    • Warnings over flagship projects
      More than 30 of the coalition's flagship schemes, including the Universal Credit, are at serious risk of failure, a government report warns.
    • Police probe fatal tiger attack
      The death of a zoo worker attacked by a tiger could have been due to "human or technical" factors, police say.
    • Pakistan bus fire kills 16 children
      At least 16 children and a teacher are killed in a fire on their school bus in the eastern Pakistan city of Gujrat, police say.
    • 'Maoist rebels' kill 17 in India
      At least 17 people, including a senior leader of India's governing Congress party, are killed after their convoy was attacked by Maoist rebels, officials say.
    • UK plane alert suspects still held
      Police secure a 12-hour extension to question two men after RAF jets were scrambled to escort a Pakistan Airlines plane in UK airspace.
    • French army in major Mali pullout
      France begins a key stage of its military withdrawal from Mali, four months after sending troops to push Islamist rebels out of the north.

    Le Temps

    Domaine Public

    Têtu

    Abonnez-vous