novembre 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mercredi 30 novembre 2005

S'instruire en s'amusant: les inégalités mondiales

Trouvée, via Econoclaste (c'est un des fils de la colonne de droite, mais je cite un lien qui m'a l'air davantage permanent que celui d'Alexandre Delaigue), une puissante animation interactive du Rapport Mondial sur le Développement Humain 2005 du Programme des Nations Unies sur le Développement (PNUD). Comment la pauvreté diminue (mais oui), mais pourquoi il reste encore beaucoup à faire. Pour les nostalgiques de Tout l'Univers et du Pilotorama dans le Pilote des années 60, qui ont maintenant la page Focus du Monde...

mardi 29 novembre 2005

La mort de Pierre Seel, gay français déporté

Un blogueur était à son enterrement (via Laurent de Embruns, qui renvoie judicieusement à cette présentation).

lundi 28 novembre 2005

Mgr Genoud et les gays

Comme athée (de culture protestante), je suis réservé sur les injonctions aux Eglises, par exemple de s'ouvrir aux femmes et aux gays: personne n'est obligé d'en faire partie, donc les non membres n'ont pas vraiment voix au chapitre; les membres potentiels non plus, d'ailleurs: par définition les Eglises sont dans l'ordre du dogme, pas de la raison, et un dogme n'a pas être démocratique. L'application des lois anti-discriminatoires me semble extrêmement délicate dans ce contexte, on est vraiment à la jonction de deux droits humains de valeur égale: le droit à la liberté religieuse et l'interdiction des discriminations; et s'il est évident qu'une Eglise ne saurait, au nom de ses dogmes, se lancer dans des campagnes racistes haineuses, je ne suis pas sûr que l'ordre constitutionnel devrait empêcher une Eglise de n'accepter que des Blancs, par exemple, parmi ses fidèles et ses officiants (ce qui me rappelle que mon père, missionnaire au Cameroun, avait joué un rôle de médiateur vis-à-vis d'une Eglise dissidente des "Fils de Cham", réservée aux Noirs...). J'ai donc toujours trouvé qu'il y avait un peu de chutzpah (effronterie, culot; mais cela ne rend pas vraiment la saveur du mot yiddish: c'est l'attitude de celui qui, ayant tué père et mère, invoque comme circonstance atténuante le fait qu'il est orphelin) pour un gay catholique à revendiquer son admission à part entière par une Eglise qui le rejette (puis à vouloir en changer les règles), à la Andrew Sullivan.

Tout cela pour dire que j'ai suivi d'assez loin et sans m'en indigner outre mesure l'affaire des restrictions mises par l'Eglise catholique à l'embauche de gays (je défends d'ailleurs le droit d'établissements gays à sélectionner leur personnel et leur clientèle de la même manière). Mais la présentation arrogante et désobligeante qui en est donnée commence tout de même à m'agacer, en particulier dans cette interview de Mgr Genoud (fichier PDF), évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, dans Le Temps de samedi (que Guillaume Barry est trop occupé par ailleurs pour commenter ici, mais nous ne perdons sans doute rien pour attendre -- complément: c'est ici).

Le lien opéré avec les scandales pédophiles impliquant des prêtres catholiques tout d'abord (il faudrait commencer par rappeler que le scandale porte davantage sur la manière dont la hiérarchie catholique a dissimulé les délits et crimes commis, se faisant ainsi complice des auteurs et déniant toute reconnaissance de leur statut aux victimes, et en définitive permis des récidives par un traitement inadéquat des plaintes dont elle avait connaissance): le test d'embauche ferait mieux de rechercher les tendances pédophiles ("simples" ou "profondément enracinées"), qu'elles soient hétéro ou homo. En ne le faisant pas et en s'en prenant spécifiquement aux gays, on jette gratuitement l'opprobre sur ceux-ci, alors que la pédophilie hétéro n'est pas moins menaçante (et est évidemment une réalité statistiquement plus importante, puisqu'ils sont plus nombreux). Au mieux, en admettant l'idée, largement répandue et apparemment corroborée par des sondages, que la proportion des gays est plus élevée parmi les prêtres catholiques que dans d'autres groupes professionnels (par nécessairement par machiavélisme pour assouvir plus facilement leur perversion... plus vraisemblablement, pour certains, comme mécanisme de fuite devant la découverte de leur homosexualité), ce genre de mesure parviendra à diminuer cette proportion, donc le nombre de cas d'actes pédophiles commis par certains d'entre eux; à effectif constant, la proportion des hétéros augmentera donc, et le nombre total d'actes pédophiles restera certainement inchangé -- mais au moins toucheront-ils des filles, protégeant mieux les garçons: est-ce vraiment là le but recherché?

L'autre point qui me dérange, c'est ce double standard relatif à l'exigence (ou tout au moins au voeu) de chasteté pour les prêtres catholiques: apparemment seuls les gays seraient menacés d'être emportés par leur sexualité, pour les hétéros ce n'est bien sûr pas un problème de la maîtriser (Genoud n'en parle jamais et le journal tourne autour du pot sans poser la question)! On n'est pas loin des fantasmes purs, comme naguère à propos de la sexualité féminine, ou de celle des Noirs... S'il est en revanche reconnu que l'intensité de la pulsion sexuelle varie selon les individus, pourquoi ne pas plutôt limiter l'embauche en fonction de cela (là aussi sans distinction entre hétéros et gays)? Evidemment, si le respect du voeu est ainsi rendu plus facile, il est aussi moins méritoire (et je soupçonne en vérité l'Eglise catholique de préférer la faute suivie d'une confession au respect des obligations qu'elle créé)... Mais est-il vraiment souhaitable que ce Superman dont parle Mgr Genoud, père célibataire de sa communauté, soit asexué? Il parle d'ailleurs de continence plutôt que de chasteté ce qui me paraît curieux: dans une échelle qui va de Carter (une pensée impure, c'est déjà pécher) à Clinton (seule la pénétration est une "relation sexuelle") est-ce à dire que la masturbation, et même les éjaculations nocturnes, sont interdites?

Bref, la confirmation d'une hypocrisie fondamentale de la part d'une Eglise qui prétend afficher du respect pour les personnes, mêmes homosexuelles, mais développe des théories fumeuses et insultantes sur l'inaptitude au sacerdoce des gays (ou des femmes) plutôt que de simplement assumer son rejet dogmatique de ce qui sort du schéma hétérosexuel mâle (pourtant convenablement théorisé par cette idée que le prêtre est l'époux de l'Eglise).

dimanche 27 novembre 2005

Votation du 27 novembre: les résultats

Un oui sans bavure à l'initiative constitutionnelle contre les organismes génétiquement modifiés (55,7% et tous les cantons).

Un oui de justesse aux commerces le dimanche dans les grands centres de transports publics (50,6%, et heureusement que la double majorité du peuple et des Etats n'est pas nécessaire pour les simples lois, car le projet n'a été accepté que dans 7 cantons et demi-cantons contre 19!).

Un oui unanimiste à une Cour des comptes à Genève.

Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues

Quand j'ai lu, dans Le Monde de jeudi, les extraits d'une interview d'Alain Finkielkraut au quotidien israélien Haaretz, j'y ai surtout vu une parenté avec les thèses de Ludovic Monnerat. Et je me suis réjoui que ce débat puisse être porté en France même.

Il ne m'a pas échappé que l'expression du philosophe est un peu "brut de décoffrage". Elle est impliquée, véhémente, provocatrice voire carrément maladroite et outrancière, là où l'analyste suisse est distancié, nuancé, complexe. Ce n'est aussi qu'une interview recueillie par des journalistes, par nature circonstancielle et partielle, pas une réflexion développée et précisée au fil d'un blog, écrite par l'auteur lui-même. Il ne restait plus qu'à souhaiter que le débat se concentrerait quand même sur le fond...

C'est évidemment le contraire qui s'est produit, avec l'indignation "politiquement correcte" du MRAP (mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, sauf erreur), complétée pour faire bon poids de l'annonce d'une plainte pénale pour incitation à la haine raciale (ou quelque chose comme ça).

Finkielkraut a, je trouve, eu le bon réflexe en reconnaissant immédiatement qu'une pensée à contre-courant peut d'autant moins s'accommoder d'une expression qui prête à confusion. Ses excuses de vendredi, l'interview qu'il donne au Monde de ce dimanche, publiée sous le titre "J'assume", le retrait de la plainte du MRAP, devraient maintenant permettre à ce qu'il dit vraiment d'être entendu. Du moins je l'espère...

COMPLEMENT DU 28.11 à 18h50: A lire ailleurs: Jules de Diner's room, Pikipoki, Versac, Hugues de Commentaires et vaticinations, Eric Dupin...

COMPLEMENT DU 29.11 (mieux vaut tard que jamais!): une traduction française intégrale du Haaretz en anglais.

samedi 26 novembre 2005

La Passion de George Best

Les phénomènes de Dianalâtrie sont évidemment un sujet inépuisable (et pour poursuivre sur celui traité par Guillaume j'étais personnellement agacé par le sentimentalisme niais, à chaque bulletin d'information à la radio, de la précision que cette policière avait été tuée le jour de l'anniversaire de sa fille cadette).

Un autre est celui de la mort à 59 ans d'une gloire du football anglais, George Best (et j'ai beau ne pas m'y intéresser, il est impossible d'y échapper depuis que je passe du temps en Grande-Bretagne). J'ai donc fait sa connaissance à l'occasion des problèmes de santé (et conjugaux, sauf erreur) dont les médias se sont fait l'écho, il y a déjà quelques années, en raison de son alcoolisme. Puis il y a eu son abstinence, suivie par une greffe du foie réussie. Rejoyce, rejoyce! Hélas, le héros a failli, l'alcool l'a repris (pas question évidemment de vie privée pour un tel personnage, avec débat de société pénible à la clé sur la question de savoir s'il n'y aurait pas eu un destinataire plus "méritant" pour l'organe transplanté). J'étais à Genève cette semaine, mais avant mon départ nous avions depuis quelques jours les bulletins réguliers de son agonie, tel un pape mourant. Et depuis mon retour les tributs en son honneur m'ont appris la fin inéluctable. Qui sait, cela contribuera peut-être aux efforts gouvernementaux pour enrayer la popularité de la cuite hebdomadaire. Mais je ne m'attends quand même pas à une résurrection, sinon dans l'édition.

COMPLEMENT DU 27.11: Le Monde de dimanche-lundi lui consacre une nécrologie, avec la reprise de cette formule fameuse du personnage:

"J'ai dépensé beaucoup d'argent dans la picole, les femmes et les voitures de course. Le reste, je l'ai gaspillé."

COMPLEMENT DU 28.11: Et encore deux articles du Daily Telegraph pour aider à comprendre le phénomène: la nécrologie (cet incontournable de la presse anglo-saxonne de qualité) et un commentaire aujourd'hui (il y a une photo couleur en première page car il y a eu des cérémonies ce week-end dans tous les stades du Royaume-Uni) de l'éditorialiste sportif Jim White.

vendredi 25 novembre 2005

Des bouquets d'artichauts

Spiked épingle ici le néo-sentimentalisme contemporain qui fait que lors d'un décès d'un policier en fonction (en l'occurrence une policière, à Bradford), on ne se réfère plus à la personne dans sa fonction, on ne met pas en avant son héroïsme, on ne veut pas savoir que le métier comporte des risques. Non, la personne défunte est vue essentiellement sous son aspect privé et la seule qualité évoquée est la sympathie qu'elle suscitait auprès de ses collègues et qu'elle aurait suscitée auprès de tout le monde. Et quant à la réalité policière, elle fait l'objet d'une occultation tout angélique. Cf. ce commentaire d'une collègue de la défunte, elle-même blessée: "Ce vendredi aurait dû être une journée de travail normale" (et l'article de compléter "comme si elle avait travaillé dans un bureau ou à l'usine"). La Suisse romande a connu un déplacement d'émotion semblable lorsqu'un jeune policier s'est fait tuer à Bex (Vaud) il y a quelques semaines. Le journal Le Matin a titré "Adieu Damien", comme s'il avait été le meilleur ami de chacun. Un statut proche de celui de Lady Diana, la princesse des coeurs.

Pour en revenir au drame de Bradford, cf. cet article du Yorkshire Post Today cité par Spiked qui se focalise sur le déluge de fleurs déposées par des anonymes - Morley Street est devenue une mer d'hommages floraux à la défunte (a sea of floral tributes) - et surtout sur l'émotion, à savoir les larmes des policiers, qui pleurent les uns après les autres, même les plus endurcis. Pour paraphraser cet ancien billet de Pikipoki (et des tas d'autres proustofreudiens), le coeur d'artichaut s'émeut de sa propre émotion, et il s'aime beaucoup soi-même pour le fait d'éprouver de si beaux sentiments. Autre manière de se faire plaisir: repérer, dénoncer les tropismes du peuple. (En ce qui me concerne, parfois, je cumule les plaisirs.)

jeudi 24 novembre 2005

Votations du 27 novembre: les affiches

C'est presque devenu une tradition sur ce blog: j'ai mis en ligne une nouvelle galerie de photos des affiches en vue de la votation du 27 novembre, qui porte sur deux questions fédérales et une question cantonale à Genève (fichier PDF seulement, déplorablement).

Répondant fort bien à l'objectif que je me suis en quelque sorte donné de vulgarisation et d'appréciation des mécanismes de la démocratie directe telle qu'elle est pratiquée en Suisse, cette votation comporte des objets variés dans leur forme et dans leur objet, et à nouveau d'un intérêt indéniable (loin de l'autodérision dont nous sommes coutumiers en Suisse sur le caractère gris et incompréhensible des objets soumis au peuple):

  • Une révision de la Constitution fédérale instituant un moratoire sur les organismes génétiquement modifiés, proposée par une initiative populaire rejetée par les autorités fédérales; elle illustre l'une des figures obligées de la vie politique suisse: il faut taper sur le clou pour qu'il finisse pas s'enfoncer, un échec d'une précédente initiative plus absolutiste amène à revenir à la charge avec un projet plus modéré. On en a même fait un film qui a été un succès dans les salles!
  • Une révision de la loi sur le travail concernant le travail du dimanche, adoptée par les Chambres fédérales mais dont le nombre requis de citoyens (50'000) a obtenu que la promulgation soit subordonnée à l'approbation du peuple par référendum. Guillaume Barry en a déjà parlé ici.
  • Un projet en vue d'instituer une Cour des comptes dans le canton de Genève, adopté par le Parlement cantonal mais qui est obligatoirement soumis à votation car il s'agit d'une modification de la Constitution cantonale.

Parmi les affiches, il y a à nouveau une oeuvre du dessinateur genevois Exem! Et une illustration, avec l'affiche libérale, du mauvais coup facile du libellé ambigu: "OGM: Non" veut dire pour ce parti (qui ose au moins s'afficher: "La droite") Votez Non à la question sur les OGM, mais pour le lecteur pressé Non aux OGM (comme le propose l'initiative). Sur le bulletin de vote, la question est toujours posée par rapport à l'acte, pas à son contenu: "Acceptez-vous l'initiative (contre les OGM)?"; il faut la lire, la démocratie a ses exigences vis-à-vis des électeurs. Mais l'observation des diverses affiches suffit à comprendre le sens de la question, il n'y a pas vraiment à pleurnicher. Sur l'affiche du Parti du travail (l'un des Pieds Nickelés de la gauche de rupture), je me demande si l'inversion OMG pour organismes génétiquement modifiés est, plutôt qu'une énorme faute de frappe, destinée à faire un lien subliminal avec l'OMC, ce Grand Satan?... Mais regardez les vous-même!

mardi 22 novembre 2005

Racisme compassionnel

Peut-être la formule n'est-elle pas nouvelle, mais moi je la découvre dans une admirable tribune d'Andre Glucksmann à propos des émeutes françaises parue dans Le Monde de ce mardi, "Les feux de la haine".

Elle rejoint les musulmans modernes (plutôt que "modérés", empruntée à Paul Wolfowitz) et la gauche de rupture (plutôt que "radicale") dans mon lexique politique personnel.

lundi 21 novembre 2005

Peine à suivre...

Non, je ne parle pas de la miraculeuse et dérisoire synthèse au congrès du PS français...

Un inconvénient du nombre accru de blogs francophones intéressants, c'est que j'ai moins de temps pour suivre mes blogs anglophones favoris (et encore moins pour en découvrir de nouveaux!).

C'est donc avec retard que je relève quand même:

  • Via Jeff Jarvis, une réflexion sur la spécificité du Net qui vient nourrir intellectuellement le rejet, auquel j'adhère, d'une régulation interétatique du type Sommet ONUsien sur la société de l'information à Tunis.
  • Norman Geras souligne un fait qui m'avait échappé lors des récentes élections parlementaires en Afghanistan: la performance des femmes candidates, qui existe bien pour elle-même et pas seulement grâce au quota qui leur a été garanti.
  • Enfin il y le livre publié par Oliver Kamm: Antitotalitarianism: the Left-Wing Case for a Neoconservative Foreign Policy que je ne me suis pas encore procuré...

dimanche 20 novembre 2005

"La vraie crise de l'Europe"

Si les opinions publiques se raidissent, résistent aux réformes structurelles, redemandent des particularismes sécurisants, ce n'est pas à cause des ravages du libre échange triomphant, mais bien de sa mise en oeuvre très en retrait des intentions du Marché unique: c'est la démonstration de la passionnante (comme toujours) "Chronique de l'économie" d'Eric Le Boucher dans Le Monde de ce dimanche. Mais lisez vous-même!

L'anglicanisme et les gays

Propos décapants d'un évêque anglican britannique du doyen de la cathédrale du diocèse de Southwark captés au vol sur BBC Radio 4 (et restitués de mémoire au loisir d'un trajet en bus pris dans les embouteillages). Il critique comme "sectaire, et non schismatique" la démarche du courant homophobe au sein de l'Eglise anglicane mondiale, qui en veut à l'Eglise du Vermont New Hampshire d'avoir ordonné un évêque gay (et pas platoniquement) et réclame maintenant la démission de Rowan Williams, archevêque de Canterbury et à ce titre "pape" anglican. Il parle de pur chantage. Il pratique lui-même l'offensive qu'il appelle de ses voeux de la part du courant libéral en dénonçant le silence de Mgr Akinola, chef de file des homophobes, sur ce qui se passe dans son diocèse du Nigéria: polygamie, mutilation sexuelle des filles, condamnations à la lapidation des femmes adultères... Il blâme le sentiment de culpabilité des Occidentaux à l'égard du tiers-monde et la trop grande réserve du caractère anglais, qui les empêchent de reconnaître et combattre pour ce qu'ils sont (de simples préjugés) les propos anti-gays...

Je ne sais si c'était l'un des rares ministres du culte partisans de l'intervention en Irak (ou, comme c'est plus vraisemblable, un adversaire tout aussi résolu), mais cela sonnait soudain comme un discours "neocon" décomplexé appliqué à la question gay.

COMPLEMENT DE 23H (actualisé le 29.11): Le lien audio vers The World This Weekend, l'émission phare du dimanche de 13h à 13h30, n'est plus valable. Le sujet sur l'Eglise anglicane et les gays, traité sous les différents angles, dure plus de 11 minutes (dès 17'52"). L'intervention du Dr Colin Slee va de 25'11" à 29'0".

samedi 19 novembre 2005

Trêve dominicale et contemplations sabbatiques

Le 27 novembre prochain, le peuple suisse est appelé, notamment, à voter sur une modification de la loi sur le travail qui élargit l'emploi de travailleurs le dimanche pour des commerces situés dans les aéroports et les grandes gares. Les partis de gauche, les syndicats et les Eglises sont contre cette loi.

Pourtant, la nouvelle loi maintient le principe que le dimanche est un jour de repos, mais au lieu d'énoncer, comme avant, des exceptions, en établissant un catalogue des choses qui peuvent être vendues le dimanche - selon le critère des "besoins des voyageurs" (alimentation, fleurs, hygiène...qui inclut les livres mais pas les CDs!), elle définit l'autorisation en fonction du lieu (gares et aéroports) et de sa fréquentation.

Dans son ensemble, le monde occidental n'est pas conscient qu'à l'origine, le jour de repos hebdomadaire, objet du quatrième des Dix Commandements, est le samedi. Et que, dans la Bible juive, le respect du sabbat reçoit une double motivation.

Il existe en effet deux récits, deux versions des Dix Commandements. Dans l'une (Exode 20), le repos est compris comme la fête, la célébration de la Création. Le repos que Dieu a pris ne peut évidemment pas être pris comme une récupération physique. C'est une contemplation et une réjouissance, dans lesquelles l'être humain est invité à entrer. Cette invitation est exempte de contrainte morale, et de justifications pragmatiques.

Dans la deuxième présentation du Décalogue (Deutéronome 5), la motivation est toute autre: le peuple doit se souvenir que son Dieu l'a tiré de l'esclavage en Egypte. C'est une définition de Dieu. Dieu, le vrai Dieu, le Dieu d'Israël, c'est celui qui l'a tiré de l'esclavage. Et il n'y en a pas d'autre. Cela implique que tout ce qui se présente comme dieu, et n'est pas libérateur, n'est pas le vrai Dieu. Le sabbat est donc le rappel de ce qui constitue l'identité d'Israël et de son Dieu. Israël existe en tant que peuple libéré par le Dieu libérateur.

L'interruption des activités laborieuses est donc liée avec une réalité négative, l'esclavage, et positive, la libération de cet esclavage. Le commandement est une invitation à faire à autrui le bien que Dieu nous a fait.

En faisant du dimanche le jour du repos des chrétiens, l'Eglise a voulu fêter une autre dimension: la résurrection intervenue le 1er ou le "8ème" jour de la semaine, comme une nouvelle Création, qui englobe cette fois l'idée de la libération.

Indépendamment de ces considérations théologiques-là, précieuses, mais qu'on ne peut pas imposer aux non-croyants, les Eglises, et pas seulement elles, ont bien raison de craindre un monde où on ne ferait plus la distinction des jours, un monde où partout on produirait et achèterait 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. C'est effectivement le risque, la tendance, la tentation d'un monde soumis à un autre dieu que celui qui crée et (re)donne continuellement sa liberté à l'être humain. En même temps, ce que proclament les affiches pour le oui est est aussi une réalité, à savoir que, dans les gares et les aéroports, il n'est d'autre animation (= vie...!) que commerciale.

Je suis absolument pour que le repos du dimanche soit maintenu. Mais la nouvelle loi sur laquelle on va voter ne le met pas du tout en cause. Ce sont seulement des critères moins arbitraires qui sont mis en place. Si le peuple disait non, il faudrait aussi fermer des commerces à qui on avait donné une autorisation provisoire - ce qui me dérange profondément. D'autres devraient recourir à ces pratiques qui consistent à délimiter les articles interdits à la vente le dimanche (soit les signaler soit les recouvrir d'une bâche...). Pratique qui fait apparaître la loi, l'Etat, sous un côté ridicule... On est au moins sûr de ne pas leur prêter une dimension divine.

vendredi 18 novembre 2005

Le match Suisse-Turquie

Allez, je vais quand même finir par en parler! ;-) Mais juste pour envoyer chez Ludovic les lecteurs de ce blog pour qui ce ne serait pas déjà un automatisme: il publie une réflexion subtile et nuancée sur la xénophobie et le politiquement correct.

Post-scriptum qui n'a vraiment rien à voir. Le Daily Telegraph d'aujourd'hui amuse ses lecteurs avec la mésaventure du conducteur turc d'une BMW qui se serait fait "flasher" pour excès de vitesse à quatre reprises en l'espace d'une minute et 37 secondes par la même caméra à Kreuzlingen: ne comprenant pas ce qui lui arrivait la première fois, il a refait à trois reprises (à des vitesses d'ailleurs supérieures) le court trajet entre deux ronds-points...

jeudi 17 novembre 2005

Une menace sur l'Internet écartée

Ouf, on respire! L'Internet ne sera pas livré aux dictatures ou, plus sournoisement et avec le soutien inconsidéré de l'Union européenne, à la bureaucratie anti-démocratique de l'ONU, malgré l'américanophobie ambiante. La maladresse du régime Ben Ali a peut-être aidé au compromis (que l'UDC bernois Samuel Schmid, président en exercice de la Confédération, ait entonné des accents libéraux en dit long sur la dégradation de l'image extérieure de la Tunisie).

A noter que Reporters sans frontière ne s'y était pas trompé et préférait le statu quo, tout américano-marchand soit-il.

COMPLEMENT DU 18.11 à 17h50: La France n'est pas une dictature, et pourtant heureusement pour les Français qu'ils ont d'autres possibilités que le .fr ... Un rappel utile et vécu par Philippe Barraud sur le paléo-blog Commentaires.

COMPLEMENT DU 21.11 à 23h20: Voir cette réflexion rapportée par Jeff Jarvis qui nourrit intellectuellement le rejet d'une régulation du type de celle qui était projetée.

mercredi 16 novembre 2005

Election du gouvernement genevois

Dimanche dernier, c'était l'élection du gouvernement genevois, un mois après le parlement. Comme c'est la coutume en Suisse, il s'agit d'un exécutif collégial, en l'occurrence composé de sept personnes qui sont simultanément membres du Conseil d'Etat, qui se réunissent toutes les semaines et qui sont placées chacune à la tête d'un département de l'administration.

A Genève comme dans la plupart des cantons, l'élection s'effectue au scrutin majoritaire de liste plurinominal: l'électeur peut voter pour un à sept candidats. Principalement deux listes de 4 se faisaient face: celle de la gauche avec deux socialistes (sortants) et deux verts (un sortant et un nouveau) et celle de la droite avec deux libéraux (une sortante et un nouveau), un radical (nouveau) et un démocrate-chrétien (sortant). Comme cela était généralement attendu, c'est la libérale sortante qui n'a pas été réélue. Si l'on examine le résultat plus finement, on observe que seuls 4 candidats ont recueilli une majorité absolue des suffrages exprimés: ceux qui proviennent des plus petits partis et qui sont perçus comme plus centristes (le sortant démocrate-chrétien, arrivé en tête, les deux verts, le radical). Le nouvel élu libéral et les deux sortants socialistes, provenant des deux plus grands partis du canton mais plus marqués à droite et à gauche, échouent à ce test qui, dans les autres cantons mais pas à Genève, entraîne l'organisation d'un second tour.

Après une élection parlementaire marquée à droite (une réalité sur le plan des suffrages encore amplifiée par l'implosion de la gauche de rupture, qui n'a aucun député malgré 15% des voix), les médias ont rapidement parlé de majorité de gauche au gouvernement: le précédent Conseil d'Etat comptait 2 socialistes et un vert d'un côté, 2 libérales et 2 démocrates-chrétiens de l'autre. On a même cru devoir rappeler l'épisode d'un gouvernement à majorité socialiste dans le contexte troublé du début des années 30, ou alors évoquer une future cohabitation entre un "gouvernement rose-vert" et un parlement à majorité de droite. La réalité est très différente et plus complexe.

Dans le système politique suisse, il n'y a pas une majorité qui gouverne et une opposition qui lui fait face, mais un gouvernement et un parlement condamnés à travailler ensemble, sous le contrôle permanent des instruments de la démocratie directe. Les seuls partis non représentés au gouvernement sont deux partis populistes apparus au parlement respectivement il y a 4 ans et cette année, ainsi que la gauche de rupture condamnée pour 4 ans à l'opposition extra-parlementaire. Le Conseil d'Etat élu n'a donc rien à voir avec un gouvernement minoritaire dans un régime parlementaire, ni avec une cohabitation à la française (qui met en jeu un président d'une couleur et un gouvernement disposant d'une majorité parlementaire d'une autre couleur). Il ressemble plutôt à un gouvernement de coalition -- avec la particularité que la coalition est imposée par le peuple, et non fondée sur une volonté de gouverner ensemble, ou sur un contrat détaillé comme c'est le cas dans une "grande coalition". Le choix des personnes importe autant sinon plus que celui des partis (le canton de Berne et le canton de Neuchâtel ont déjà connu le cas d'un gouvernement à majorité rose-verte face à un parlement de droite; dans les deux cas cela n'a d'ailleurs duré que 4 ans).

Certains lecteurs étrangers habitués à une démocratie d'alternance se demanderont peut-être pourquoi les politiciens suisses se prêtent à de telles fantaisies: après tout, qu'est-ce que la gauche peut bien avoir à gagner à quelques sièges à l'exécutif, pire la majorité de celui-ci, alors que le parlement est à droite? La réponse est faite de pragmatisme (comme vient de le rappeler Gerhard Schröder, "il est préférable de partager le pouvoir que d'être dans l'opposition") et de démocratie directe: la "majorité parlementaire" (qui n'a pas d'existence institutionnelle) n'est pas univoque ni toute puissante, l'impulsion gouvernementale jointe à la menace du référendum et de l'initiative parlementaire l'influencent fortement. A l'inverse il faut se rappeler de la frustration de certains, à droite, lorsqu'il n'y avait que deux socialistes à l'exécutif, mais en charge des deux plus gros départements, l'éducation, d'une part, la santé et la prévoyance sociale, de l'autre, qu'ils ont fortement marqué de leur empreinte (une anecdote des années 60 fait par ailleurs justice de la légende du choix protocolaire, à l'ancienneté, des départements et confirme qu'il s'agit d'une négociation politique, qui peut d'ailleurs voir la victoire du faible sur le fort: il avait suffi à Willy Donzé, nouvel élu, de faire mine de quitter la salle de délibération, entraînant son aîné André Chavanne, pour obtenir le département de la prévoyance sociale et de la santé publique).

Dans le contexte particulier de Genève, (trop) influencé par le climat politique français et qui partage par ailleurs les tares socio-économiques de la Françallemagne, on peut faire trois lectures de cette élection:

  • Une lecture cynico-machiavélique à la Monde diplomatique: la gauche modérée va, plus intelligemment que la droite, devoir faire le sale boulot en vue du rétablissement des finances publiques (réduction des prestations, diminution des postes dans la fonction publique etc.), de l'emploi et de la construction (libéralisation).
  • Une lecture désabusée: tous les 4 ans on croit que le vin nouveau sera meilleur et c'est toujours la même piquette, car rien ne vient, institutionnellement, contrecarrer la force centrifuge du pouvoir personnel dans les citadelles départementales (qui s'ajoute aux chocs des personnalités: même les tandems d'un même parti sont rarement unis...). On peut donner un exemple de cela avec le gouvernement élu il y a 8 ans: dans un bel élan de collégialité, il avait annoncé que les sept conseillers d'Etat allaient rapprocher leurs bureaux, et se séparer physiquement de leur administration départementale pour ceux qui sont littéralement assis sur elle; une promesse rapidement oubliée... Pas de grandes réformes à espérer donc, mais la République ne s'en portera pas forcément beaucoup plus mal tant la politique (surtout cantonale) est toujours plus irrelevante.
  • Une lecture optimiste: entre situation économico-financière difficile, menace populiste concrétisée par l'élection de 20 députés sur 100 (à laquelle s'ajoute 15% des suffrages qui se sont portés sur la gauche de rupture) et élan vers une refondation des institutions qui s'incarne dans un mouvement pour une révision totale de la Constitution cantonale, le gouvernement devra sortir des habitudes et oeuvrer, de manière exceptionnelle pour 4 ans, à un contrat de législature liant les 5 partis gouvernementaux également au parlement et devant le peuple, dans un esprit de Grande Coalition. Après, on peut rêver d'une Genève au parlement paritaire (le peuple élisant simultanément 50 hommes et 50 femmes au scrutin proportionnel) et d'un exécutif monocéphale (un gouverneur ou une gouverneure)...

Dans l'immédiat, c'est plutôt bien parti: les 7 élus se sont déjà réunis pour préparer ensemble leur entrée en fonction le 5 décembre.

BILLET REVU ET COMPLETE LE 18.11 à 14h.

Anonymat, voisinage et incompréhension

Très belle histoire racontée par Anna Lietti dans Le Temps de ce matin (fichier PDF: inexplicablement, le site du journal, qui ne permet un accès libre qu'à une maigre sélection des articles du jour, donne aujourd'hui les trois autres articles de la rubrique "Société" mais pas celui-ci!): celle du film réalisé par et pour les habitants d'un grand ensemble de l'agglomération lausannoise, à partir de la question toute simple de savoir si et comment les locataires de toutes nationalités se disent "Bonjour!".

Alors, finalement, le «bonjour», c'est culturel ou personnel? Le film ne tranche pas. «C'est les deux, bien sûr!» résume l'un des reporters amateurs, Chantal Ebongué, impressionnée, tout de même, par l'importance du premier facteur. Moitié suisse moitié israélienne, mariée à un Camerounais, cette habitante des Boveresses n'est pourtant pas une novice en matière de différences de codes: «Je ne croyais pas que c'était à ce point! Par exemple, chez nous, les enfants apprennent à regarder les gens dans les yeux quand ils leur parlent. Quand vous réalisez que ce regard est considéré, dans un autre contexte, comme un manque de respect, vous mesurez les malentendus qui peuvent surgir!»

Un autre échange a marqué Chantal Ebongué. «Un monsieur irakien souffrait de voir sa femme tisser des liens au tea-room du coin sans parvenir à faire de même, raconte-t-elle. Ses voisins, eux, disaient: on l'a invité plusieurs fois, il n'est jamais venu. Finalement, nous nous sommes rendu compte que dans son code à lui, ce qui comptait, c'était que les gens viennent chez lui. Beaucoup d'hommes sont comme lui: plus isolés que les femmes, mais ne sachant pas comment entrer en contact.» L'épisode ne figure pas dans le reportage, le monsieur n'ayant pas voulu être filmé. Mais le tournage a dénoué la situation: «Ses voisins ont décidé d'aller sonner chez lui pour s'inviter», raconte la reporter d'un jour.

La promotion du film, destiné à la télé locale et disponible en DVD, devrait être assurée: voilà au moins quelque chose à quoi les émeutes françaises auront été utile...

mardi 15 novembre 2005

Paris n'aura pas non plus les Jeux Gays

Après Londres pour les Jeux Olympiques de 2012, c'est Cologne, en Allemagne, qui souffle à Paris (et Johannesbourg en Afrique du Sud) la place de ville organisatrice des VIIIe Jeux Gays (2010).

C'est une supposition gratuite, mais cette décision se veut-elle une pierre dans le jardin du pape allemand (un peu comme le Prix Nobel de la paix paraît souvent avoir pour fonction de critiquer la politique américaine)? Ou est-ce le succès des XXe Journées mondiales de la jeunesse qui a fait pencher la balance?

dimanche 13 novembre 2005

Le charme offensif de la bourgeoisie

Toujours à propos des banlieues, Emmanuel Raveline, sur son Big Blogger, a une solution qu'il formule en une combinaison de termes très inhabituelle, sinon provocante. Pour lui, le salut passe par l'embourgeoisement, qui n'est rien moins qu'un terrorisme culturel à haute valeur éthique:

La démocratie, pour survivre, doit fabriquer de la bourgeoisie, i.e. une classe sociale ambitieuse, assez méprisable d'un point de vue purement esthétique, et relativement souhaitable d'un point de vue éthique.

(...)

Le devoir sacré de la République est de donner à la bourgeoisie une éthique qui dépasse celle consubstantielle à son état. En d'autres termes, tandis que l'organisation de la chose politique doit tendre à favoriser la puissance de la classe moyenne en éradiquant les mécanismes de paupérisation (engendrant désordres, démagogie, délinquance, extrêmisme) et de ploutocratie (engendrant paupérisme, corruption, et, à terme, tyrannie), une partie fondamentalement terroriste du pouvoir doit pousser la bourgeoisie à (a) croire à la démocratie et à la république (b) croire au libéralisme moral et politique (c) exceller civiquement (respect du droit), intellectuellement (jugement) et rationnellement (respect de la science et de la technique) pour être capable de juger les représentants politiques et de résister aux tentatives de démagogie et corruption (au sens purement économique, bien sûr) (d) séparer définitivement les traîts culturels et éthiques des traîts politiques (i.e. empêcher le multiculturalisme et le fascisme). Choses pour lesquelles la bourgeoisie est prédisposée, mais qu'elle ne fait pas naturellement dans son ensemble. Les moyens de ce terrorisme sont variés: ce peut être l'éducation, ce peut être un esprit civique diffusé par habitude, par ethos (tant que cet ethos n'a pas d'application politique, il est en conformité avec le point d).

(...)

le devoir de notre régime est d'embourgeoiser la banlieue. Cela va passer, à mon avis, par la destruction de mouvement culturels, et non politique. (...) Or pour détruire la culture qui s'est créée, il va falloir des choses bien plus douloureuses et contestable éthiquement qu'un couvre-feu ou un état d'urgence. Le devoir de la bourgeoisie - outre cesser d'avoir honte de ce qu'elle est, et viser à alimenter par le terrorisme qu'est l'éducation les points a, b, c et d que j'ai évoqué - est de s'assurer qu'à aucun moment, cette destruction culturelle soit impérialiste ou raciste, mais qu'elle soit une destruction des éléments politiques saillants du mouvement culturel, et ce ne peut se faire que par l'embourgeoisement. C'est déjà bien assez de travail.

Lire ici le billet complet. COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 18.11 à 19h30: il n'est pas trop tard pour aller lire ce que développait à ce propos Damien sur Samizdjazz (via Zvezdo).

Tout aussi intéressant: le diagnostic de Frank Furedi de spiked (un Spectator de gauche sans l'humour, dit mon co-blogueur), qui voit à la racine du mal la perte de sens en politique, et va peut-être plus dans le même sens qu'on ne croirait.

samedi 12 novembre 2005

''Le Monde'': désormais un journal comme les autres

La suite de mon appréciation, pas forcément péjorative, de la nouvelle formule de l'ex-quotidien de référence français!

COMPLEMENT DU 27.11: Pour une analyse autrement serrée et sévère, voir ici et (via Versac). Peut-être dois-je préciser que cette critique n'est pas la mienne, elle relève par trop de la nostalgie, mais je suis heureux d'avoir trouvé un blog qui discute ces questions de typographie et de mise en page qui me passionnent.

Bush tient le cap

Un nouveau grand discours de Bush formulant de manière articulée et convaincante la lutte globale dont l'Irak n'est que l'un des théâtres, et attaquant à juste titre l'amnésie, pour ne pas dire le révisionnisme pur et simple, dont témoignent ses adversaires. Le vrai problème, c'est que "bien faire et laisser braire" ne suffit pas en démocratie, et qu'un discours galvanisateur de loin en loin n'est pas assez.

Mais lisez-le (passé deux écrans de paragraphes introductifs)!

vendredi 11 novembre 2005

Le revers de Blair sur la législation anti-terroriste

Le refus mercredi d'une disposition de la législation anti-terroriste proposée par le gouvernement Blair illustre l'une des perversions du régime politique fondé sur la confrontation exacerbée entre majorité et opposition: la tentation de marquer un point contre le gouvernement au détriment de l'objet lui-même. C'est la seule explication que l'on peut donner à la discipline plus forte que prévu des parlementaires conservateurs pour voter de manière opportuniste contre une mesure sécuritaire réclamée par la police... De sorte que le vote contre le gouvernement d'une minorité travailliste composée, outre quelques originaux adoptant une position libertaire de manière conséquente, principalement d'adversaires de Blair à titre personnel ou idéologique, a suffi à entraîner le rejet de la disposition. Une péripétie peu glorieuse donc.

Il est dès lors regrettable que les médias se soient souvent laissé aller à présenter cela comme un conflit honorable entre la défense des libertés et la sécurité publique. Le Monde, en particulier, qui parle dans tous ses articles de "garde à vue", induit ses lecteurs en erreur. Le système pénal anglo-saxon est très différent du modèle continental: il est beaucoup plus exigeant à l'égard de l'autorité. En Suisse ou en France, il n'en faut pas beaucoup à la police pour arrêter un individu, puis à un juge d'instruction pour obtenir son maintien en détention, quitte à finir par le relâcher des mois plus tard sans qu'il passe en jugement. Le système anglo-saxon ne connaît pas le juge d'instruction et exige de la police qu'elle présente un dossier solide avant toute inculpation, à défaut de laquelle elle doit libérer le suspect (et ultérieurement, la pusillanimité avec laquelle ce qui tient lieu de Parquet, le Crown Prosecution Service, renonce à poursuivre la procédure faute de preuves suffisamment absolues pour obtenir une condamnation par un tribunal, peut susciter l'admiration quand elle n'inquiète pas un peu). C'est dans ce cadre-là qu'il était question de porter (à l'essai pour une année: on aurait pu vérifier concrètement si la police avait abusé de son nouveau pouvoir) de 14 à 90 jours le délai à disposition de la police (dans les affaires de terrorisme exclusivement), alors qu'elle n'a que ce laps de temps pour exploiter du matériel complexe (informatique par exemple) que sur le continent le juge d'instruction a tout son temps pour étudier...

Typologie du "mariage gay"

C'était un peu inévitable, avec l'utilisation toujours plus fréquente de la formule "mariage gay"... Mais il est quand même inquiétant de voir un grand quotidien sérieux comme le Daily Telegraph se planter à ce point. En marge d'un des articles qui commencent à se multiplier avec la prochaine entrée en vigueur, le 5 décembre, du Civil Partnership Act établissant un statut pour les couples de même sexe, le journal confond grossièrement partenariat enregistré et mariage civil:

The Civil Partnership Act will make Britain the fifth country to legalise homosexual unions, after Spain, Belgium, Canada and the Netherlands

Si c'était le cas, le Telegraph n'aurait pas publié en première page, deux jours plus tôt, un article titré:

Let gays wed, says top woman judge

En réalité, le point commun entre les quatre autres Etats mentionnés est qu'ils ont dématrimonialisé le mariage du Code civil: c'est désormais une institution neutre, susceptible de s'appliquer tant à des couple de sexes opposés qu'à des couples de même sexe. Ce régime est aussi celui de l'Etat américain du Massachusetts (comme au Canada, sur injonction judiciaire forçant la main du parlement).

Le Royaume-Uni n'est pas dans cette catégorie, mais dans celle, plus nombreuse, des pays qui ont institué, parallèlement au mariage pour les couples hétéros, un statut de partenariat enregistré (selon la terminologie suisse) pour les couples de même sexe, sur le modèle danois de 1989. Je n'en tiens malheureusement pas à jour la liste (les Etats américains du Vermont et du Connecticut le connaissent aussi).

Exception française dont il n'y a pas de quoi être fier, et fort peu imitée, le PaCS (pacte civil de solidarité) est une troisième voie ni chair ni poisson: un statut qui offre des garanties juridiques bien inférieures à celles d'un partenariat enregistré, mais qui est ouvert aussi bien aux couples hétéros (comme alternative au mariage) qu'aux couples de même sexe (qui n'ont pas la possibilité de se marier).

Si l'on veut être encore plus complet, il va falloir ajouter une nouvelle catégorie (voire deux) en fonction des référendums qui se déroulent dans des Etats américains (mais je suis moins au clair sur les détails): ceux qui excluront expressément, dans leur Constitution, la dématrimonialisation du mariage (ne laissant au législateur que l'option du partenariat), voire, s'il en existe, qui excluront tout statut légal quel qu'il soit pour les couples de même sexe.

L'Espagne présente un cas particulièrement compliqué puisque le gouvernement Zapatero, à mon avis encore plus désireux de mettre en rage les bigots que de répondre aux attentes légitimes des gays et des lesbiennes, a dématrimonialisé le mariage dans la loi sans s'aviser que la Constitution espagnole stipule que le mariage concerne un homme et une femme... La Cour constitutionnelle doit encore se prononcer sur un recours, et l'on peut s'attendre aussi bien à ce qu'elle annule la loi qu'à une pirouette vidant la formule constitutionnelle de toute portée normative.

Camp de la paix et banlieues

Le rédacteur en chef du journal Coopération a plusieurs fois affiché son papisme sans vergogne, et cette entorse au consensualisme areligieux est méritoire pour un journaliste qui s'exprime dans un hebdomadaire romand, tout gratuit et orienté famille soit-il. Bien sûr, je déplore qu'il ait naguère associé le mot prosélytisme à la question de la différence des sexes - il est mal renseigné. Mais Jean-Christophe Aeschlimann aussi l'un des seuls journalistes à ne pas donner dans la pensée unique au sujet des Etats-Unis, de l'Irak, et... des banlieues françaises - cf. son dernier édito (et ce n'est pas la première fois):

"(...) Pas moins de 2200 entreprises (sur 3600) ayant participé au programme <i.e. "Pétrole contre nourriture"> auraient, selon ce rapport <i.e. Volcker>, versé des pots-de-vin à Bagdad - en particulier russes, égyptiennes et françaises. (...) à elles seules, les entreprises russes et françaises ont fourni un cinquième des importations irakiennes de l'époque (6,8 milliards de dollars) - songeons que ces deux pays, en particulier, figuraient en février 2003 parmi les apôtres du «camp de la paix». Les affaires sont les affaires, me direz-vous, et vous aurez sans doute raison. Pendant ce temps, et qui n'a aucun lien avec ce qui précède, personne ne peut sortir les banlieues françaises d'une misère et d'un isolement eux aussi stupéfiants."

Le texte intégral se trouve ici

mercredi 9 novembre 2005

Ghetto français: un autre regard

J'en étais sûr, et ça n'a pas raté: Tarquine a bien quelque chose à raconter qui enrichit l'image que l'on peut se faire de la situation française. Et elle semble annoncer une suite...

mardi 8 novembre 2005

Evreux et Jean-Louis Debré frappés par le don d'ubiquité de Mark Steyn

Je suppose que je ne devrais pas, mais comment résister au plaisir de faire partager une telle plume?

According to its Office du Tourisme, the big event in Evreux this past weekend was supposed to be the annual fête de la pomme, du cidre et du fromage at the Place de la Mairie. Instead, in this charmingly smouldering cathedral town in Normandy, a shopping mall, a post office, two schools, upwards of 50 vehicles and, oh yes, the police station were destroyed by - what's the word? - "youths".

Over at the Place de la Mairie, M le Maire himself, Jean-Louis Debré, seemed affronted by the very idea that un soupçon de carnage should be allowed to distract from the cheese-tasting. "A hundred people have smashed everything and strewn desolation," he told reporters. "Well, they don't form part of our universe."

Maybe not, but unfortunately you form part of theirs.

Pour la suite, c'est ici, sous le titre: Early skirmish in the Eurabian civil war.

Hip blog

Comment s'appelle déjà ce militaire qui blogue sur le hip-hop, avec sérieux et empathie? Serait-ce MonneRap ou LudovHip Hop? Ça lui a même valu d'être cité sur France Inter - gloire et consécration pour un Suisse, d'autant plus qu'il n'est pas du même bord que l'éternel dissident de service qu'est Jean Ziegler. Sérieusement: son billet est aussi intéressant que touchant et interpellant.

lundi 7 novembre 2005

Fukuyama et la réforme de l'Islam

Mon co-blogueur me prie de signaler cet article de Francis Fukuyama (antérieur aux événements français mais intéressant à lire dans ce contexte) et de réagir à sa remarque sur Bin Laden qui représente une sorte de Réforme de l'Islam, au sens de la Réforme historique protestante - ce qui irait contre l'idée courante que c'est ce dont l'Islam a besoin aujourd'hui.

Je réagis en me disant d'accord, sous réserve d'un contresens fait à propos de Pym Fortuyn et des nuances suivantes:

La réforme dont parle Fukuyama pourrait, davantage qu'à la Réforme protestante proprement dite, être comparée aux différents mouvements de réveil piétiste, méthodiste, évangéliques qui ont suivi et mettent l'accent sur la relation individuelle à Dieu active (entretenue, bichonnée) et non pas formelle (sociologique) en passant par une lecture fondamentaliste, les rites passant au second plan.

Il me semble que l'idée courante est que l'Islam a besoin d'une réforme libérale: les textes coraniques ne seraient plus intouchables et pourraient être soumis à une exégèse de type historico-critique = chercher à reconstituer le contexte historique de chaque élément du texte, comme la théologie chrétienne (d'abord du côté protestant) le fait depuis plus d'un siècle, ce qui implique de rompre avec le dogme d'une inspiration littérale, d'une dictée divine. Cela prépare, mais cela ne se substitue pas au travail herméneutique que doivent faire tant les théologiens que les croyants: comprendre le sens, les enjeux que le texte a eu pour son auteur et pour ses destinataires originels ne dispense pas de se demander quel sens il peut avoir pour nous, et, pour le croyant, ne diminue pas son potentiel d'inspiration.

Une alternative, c'est de ne pas toucher au texte sacré, mais de le réinterpréter uniformément pour lui faire dire la même chose: Dieu nous aime, et la seule manière de l'honorer, c'est de nous nous aimer, de nous respecter, de nous tolérer les uns les autres. Toutes les valeurs démocratiques, droits de l'hommistes, féministes peuvent découler de cette autre forme de libéralisme.

Dans une certaine mesure, c'est déjà comme ça que les musulmans modernes, dits "modérés" d'une manière qui les place malencontreusement sur la défensive, s'en sortent actuellement.

Cette approche est moralement louable, mais intellectuellement problématique, puisque le sens d'un texte est alors prédéfini et lui est imposé de l'extérieur. Le texte devient prétexte.

Exotisme

Je suis toujours fasciné de voir comment ce qui est inconcevable quelque part peut être la norme ailleurs. Par exemple, en Suisse, changer de nom est une affaire d'Etat considérable exigeant un juste motif à propos duquel il existe toute une jurisprudence; en Grande-Bretagne c'est un acte unilatéral qui peut être accompli fréquemment et par pur caprice.

Ou sur le plan culturel: à Genève pratiquement toutes les salles de spectacles sont en mains publiques ou para-publiques, et la vente des billets joue un rôle quasiment négligeable dans leur équilibre d'exploitation. A Londres, cet articulet du Daily Telegraph indique que Lloyd-Weber, le pape de la comédie musicale, renonce à vendre sa part de la propriété des 8 salles (parmi les plus grandes) qu'il détient, et a même décidé de racheter la part d'une société de capital risque (qui, comme son nom ne l'indique pas vraiment en français, est là pour faire une très bonne affaire et non pour jouer les paratonnerres). De la même manière, je suis régulièrement impressionné par la manière dont, à Londres, un spectacle qui n'a pas le succès attendu voit sa programmation abruptement écourtée...

Guérilla aux portes de la Suisse... et bientôt à l'intérieur ?

Alex Dépraz

Une dépêche de 7h27 du teletext signale que des "incidents ont éclaté en Haute-Savoie (Annecy, Evian) et dans des communes situées sur la frontière franco-suisse". Après un rapide balayage sur internet, aucun média - en particulier ni la RSR ni la TSR - ne paraît avoir repris/confirmé cette information. Si ces incidents devaient se vérifier et se propager, les agglomérations transfrontalières (de fait et bientôt de droit) de Genève et Bâle ne devraient pas échapper au phénomène. La Suisse a donc bien tort de se croire à l'abri puisque deux de ses trois agglomérations les plus importantes sont proches de la frontière française, avec des régions frontalières relativement peuplées et des interactions toujours plus marquées par-dessus une frontière qui n'existe plus que dans l'imaginaire. A suivre de près.

dimanche 6 novembre 2005

La nouvelle formule du "Monde"

Non, je n'ai pas de scoop sur les numéros 0... Je suis bien sûr impatient de voir ça, mais ça commence avec une déception. A lire la pub, le quotidien n'en profite pas pour changer son heure de parution et cesser son petit jeu: "Le Monde du lundi 7, daté du mardi 8"... Un système qui était compréhensible et astucieux en 1945, quand les journaux étaient acheminés depuis une seule imprimerie vers les points de vente, mais véritablement dépassé en 2005. A Genève ou à Londres, je peux feuilleter le même Libé ou Figaro que les Français, mais seulement Le Monde de la veille. C'était devenu pire avec l'édition électronique, jusqu'à ce que je me désabonne du courriel m'annonçant à l'aube le sommaire du numéro daté du lendemain, avant même que j'aie pu acheter celui paru le jour précédent.

COMPLEMENT DU 07.11 à 11h: Bon, à voir ici... Cette fois c'est un vrai changement (moins en Une qu'en pages intérieures, semble-t-il)!

COMPLEMENT DU 12.11. à 16h30: Après quelques jours de cette nouvelle formule, il me semble que Le Monde a définitivement rompu avec ses origines. Ce n'est plus un journal pour l'élite ("le quotidien de référence"), une sorte de Journal officiel officieux de la vie diplomatique et politique: ce rôle exhaustif et systématique a été définitivement rendu obsolète par l'Internet qui donne un accès direct aux sources. C'est devenu plus modestement un "quotidien de qualité" généraliste parmi d'autres, avec le même tryptique Information - Distraction - Services, et comme viatique le mot de Kant Hegel: "La lecture des journaux est la prière du matin de l'homme moderne"... Avec tout de même l'ambition d'être meilleur que les autres. Il y perd sa spécificité mais ça peut marcher: moins alternatif que Libé, plus urbain et cosmopolite que Le Figaro, deviendra-t-il le grand quotidien des familles des Français? Toutes proportions gardées, c'est un peu la mue qu'a connu en Suisse francophone le Journal de Genève et Gazette de Lausanne quand il est devenu Le Temps en absorbant Le Nouveau Quotidien. Encore un pas à franchir: paraître le matin!

COMPLEMENT DU 27.11: Pour une analyse autrement serrée et sévère, voir ici et (via Versac). Peut-être dois-je préciser que cette critique n'est pas la mienne, elle relève par trop de la nostalgie, mais je suis heureux d'avoir trouvé un blog qui discute ces questions de typographie et de mise en page qui me passionnent.

Sarkozy à Clichy: Révélations et déceptions d'Arrêt sur images

Dans Arrêt sur images, on avait l'occasion d'apprendre (en exclusivité?) le contexte de la fameuse sortie de Sarkozy sur la racaille. En effet, il est apparu que cette expression ne lui est pas venue spontanément. Il aurait répondu à une dame qui l'a interpellé depuis le 3ème étage d'un immeuble en disant quelque chose comme "Quand est-ce que vous nous débarrasserez de cette racaille?"

Beaucoup plus édifiant: les journaux télévisés n'ont montré que des images de jeunes hostiles au Ministre de l'Intérieur. Or on ne sait pas que celui-ci a aussi rencontré de manière tout à fait improvisée pendant une heure, une heure et demie, des jeunes, pas spécialement complaisants. Ils auraient commencé par lui reprocher je ne sais plus quoi sur son passage et il aurait répondu: "Venez et discutons". Les médias ont totalement fait l'impasse sur cette rencontre - dont les jeunes protagonistes ont témoigné devant la caméra.

Enfin, il y avait le débat sur le drame initialisant des deux jeunes électrocutés. On s'est longuement posé la question de savoir si il y avait ou non eu poursuite de la part de la police, s'ils étaient ou non soupçonnés de cambriolage - mais personne n'a osé dire que cela ne changeait rien. Que même si on est poursuivi ou simplement recherché par la police, le fait de mettre sciemment ou non sa vie en danger ne peut être imputé à la police. Sauf si on estime risquer sa vie ou son intégrité corporelle au cas où on tomberait entre les mains de la police. Ou sauf si celle-ci pouvait prévoir que sa présence et la crainte qu'elle causait pouvait amener des jeunes à ces actes dramatiques. Ou si elle n'a rien fait pour les empêcher de les commettre. Tout cela étant absurde ou des plus improbable. En revanche, qu'il y ait eu panique sur ce sujet est compréhensible - mais c'est étonnant que cela n'ait pas été relevé sur le plateau.

COMPLEMENT DE 20H. Pour ce qui est de l'"exclusivité": la substance (donc du "scoop") de l'émission était déjà exposée hier par Daniel Schneidermann dans son blog.

samedi 5 novembre 2005

Les émeutes françaises, vues des gradins

J'ai sursauté en voyant ce titre dans Le Monde:

Les destins fracassés des jeunes gens jugés à Bobigny pour leur participation aux émeutes

Ah oui? Mais pourquoi pas plutôt, ou aussi, les portraits de leurs voisins et victimes, ceux dont les voitures ont flambé et qui endurent ordinairement, mais toute l'année, une violence à basse intensité?

Paternalisme bienveillant pour les fauteurs de troubles (rapidement généralisés: "les jeunes"), capacité de s'identifier aux victimes moindre que s'ils étaient Palestiniens ou à la Nouvelle-Orléans. Tout cela est traité de manière irréelle, extérieure, ethnologique: il ne doit pas y avoir beaucoup de journalistes et de hauts fonctionnaires qui vivent dans ces banlieues. On peut dès lors disserter doctement sur les stratégies comparées de Villepin et Sarkozy.

Pas grand-chose sur le sujet dans les blogs français que je consulte habituellement, mais à signaler un billet de Hugues sur Commentaires et vaticinations, celui-ci de Jules sur What's next? et une vocation rentrée de titreur à Charlie-Hebdo pour Paxa. Pas pour du vécu, mais pour une analyse tactique et stratégique que l'on ne trouve nulle part ailleurs, il faut lire le professionnel, Ludovic Monnerat, ici, , et encore : quel sera le premier quotidien français à le publier?

COMPLEMENT DU 08.11 à 14h30: Le Monde remet ça dans le numéro de mardi:

Une nuit avec des "émeutiers" qui ont "la rage"

C'est Le Figaro qui est allé s'enquérir des victimes (sans guillements).

Certes, ni l'un, ni l'autre quotidien ne sont vraiment susceptibles d'avoir ou de gagner beaucoup de lecteurs dans ces milieux, mais j'aurais cru Le Monde plus naturellement intéressé par le sort des habitants ordinaires de ces quartiers que le journal de Serge Dassault. Réduire un mouvement collectif aux histoires individuelles qui le composent, c'est le nier en l'atomisant, et traiter les dégâts comme une abstraction lointaine c'est nier les victimes.

vendredi 4 novembre 2005

"Guy Fawkes Night": à Londres, l'Escalade c'est le 5 novembre

La calendrier de la République et canton de Genève connaît pas moins de trois dates de "fête nationale":

  • Le 31 décembre (1814): se célèbre à l'aube (!), en petit comité d'officiels, avec traditionnellement le discours d'un militaire, à coups de canon, de soupe et de vin chaud. C'est la plus réac, célébration de la Restauration de l'Ancien Régime aristocratique plus encore que de l'indépendance, après le rattachement à la France napoléonienne avec statut de préfecture du département du Léman.
  • Le 1er juin (1815): l'entrée dans la Confédération suisse qui n'était pas encore un Etat fédéral. Donne lieu à un aimable rassemblement avec discours et musique au bord du lac en commémoration de "L'arrivée des Suisses au Port-Noir".
  • Mais la plus ancienne, la plus chère au coeur des Genevois, c'est celle du 12 décembre (1602): la commémoration de (l'échec de) l'Escalade (des murailles) de Genève par les troupes du duc de Savoie. Elle est marquée par des réjouissances tant publiques (cortège allégorique, lecture de la liste des morts pour la liberté de la Cité, culte d'action de grâce) que familiales (orgie de marmites en chocolat remplies de légumes en massepain en souvenir de la soupe versée par la Mère Royaume sur des assaillants, racket à domicile et dans les cafés par des enfants déguisés chantant éventuellement les deux chansons populaires liées à l'événement, dont l'une est un cantique en patois genevois: très pré-Halloween).

En 2002, c'est toute l'année que le 400e anniversaire de l'Escalade a été célébré.

Eh bien c'est seulement ces jours que je réalise que les Britanniques (qui n'ont pas de véritable fête nationale: celle-ci est décentralisée dans la Saint-Georges pour les Anglais, la Saint-André pour les Ecossais, la Saint-Patrick pour les (Nord-)Irlandais et la Saint-David pour les Gallois) célèbrent de manière très similaire un événement très comparable, survenu trois ans plus tard: la Guy Fawkes Night du 5 novembre (1605) qui rappelle l'échec d'un complot catholique visant à faire sauter le Parlement au jour de sa rentrée solennelle, c'est-à-dire en liquidant d'un coup le roi, la Chambre des Lords et la Chambre des Communes (savoir ce qu'il en serait sorti est une autre histoire...). A l'occasion du 400e, la télévision et les journaux en sont pleins, et les Archives du Parlement ont mis sur pied une exposition et un site web qui valent la visite.

Assaut extérieur dans un cas, intérieur dans l'autre (cette année, le parallèle avec les attentats islamo-fascistes indigènes des 7 et 21 juillet 2005 attise la controverse), mais tous les deux dans un contexte géopolitique marqué par les guerres de religions. Dans les deux cas, l'échec du complot a paru miraculeux, signe d'une faveur toute spéciale du Dieu des protestants. Et dans les deux cas l'antagonisme a finalement été surmonté et la célébration s'est ancrée dans des manifestations folkloriques qui en assurent la popularité: à Londres ce sont les feux d'artifices!

jeudi 3 novembre 2005

Pensée positive

Une de ces paraboles comme je les aime dans le Telegraph de ce matin: une petite entreprise allemande aurait doublé son chiffre d'affaires en introduisant dans ses contrats de travail une interdiction de gémir et se plaindre, à moins d'avoir quelque chose de constructif à proposer (il y a déjà eu deux licenciements pour ce motif):

After a particularly bad bout of complaining at Nutzwerk, her company, "about everything from the traffic to the fact that a husband had forgotten a wedding anniversary", she decided to act, and took her employees to a comedy show.

"After a serious evening of constant laughter which did us a lot of good, I put it to them that we should ban moaning in the company from then on," said Mrs Wonneberger.

Une rapide recherche dans ma barre d'outils Google (qui me permet aussi, dorénavant, de vérifier l'orthographe de mes billets!) confirme que ce n'est pas une légende urbaine, même si le mécanisme de propagation semble similaire: cet article de la Mitteldeutsche Zeitung date du 22 janvier 2003! Le conte de fées continue: Ramona Wonneberger s'est depuis diversifiée sur le marché des gourous de la gestion avec le site Freut Euch.

Fumée dans les lieux publics et Constitution

Alex Dépraz

La loi à la mode est celle qui interdit la fumée dans tous les lieux publics. Toujours à la pointe de la mode, les Italiens ont adopté une législation il y a quelques mois. Un parlementaire français a tout naturellement fait une proposition de loi dans ce sens. En Suisse, il y a également un débat, essentiellement dans les cantons, notamment à Genève où une initiative populaire réclamant cette mesure à été déposée.

C'est dans ce dernier contexte que le Professeur de droit constitutionnel Andreas Auer a rendu un avis de droit: selon une information du Temps (fichier PDF), il aboutit à la conclusion que cette initiative est contraire aux droits fondamentaux et donc inconstitutionnelle. Le texte détaillé n'est hélas pas public pour l'instant, à ma connaissance, mais sa publication est annoncée dans une revue scientifique d'ici la fin de l'année.

Deux aspects méritent d'être soulignés :

  1. L'expert s'appuie sur les libertés fondamentales pour parvenir à cette conclusion. Il apparaît donc que son raisonnement ne vaut pas seulement pour le cas particulier genevois mais est peu ou prou transposable dans l'espace juridique européen.

  2. L'angle de vue me paraît très intéressant. Le professeur Auer considère que la mesure d'interdiction est disproportionnée par rapport au but de protection des non fumeurs. Il considère que l'Etat ne doit pas seulement jouer un rôle de défenseur de buts généraux, comme la protection de la santé, mais aussi de gardien des libertés individuelles. Et l'expert de constater, mais semble-t-il tout à fait à juste titre, qu'en ces temps de politiquement correct l'un a tendance à prendre toute la place au détriment de l'autre...

Il faut attendre d'avoir le texte complet de l'avis de droit pour en apprécier totalement le raisonnement. Le recteur de l'Université de Genève, l'helléniste André Hurst, ne l'a pas attendu pour critiquer dans le même quotidien tant le fond que la forme de l'expertise, réalisée sur mandat d'une des plus grandes sociétés actives sur le marché de la cigarette... On dit qu'il n'y a pas de fumée sans feu, mais là c'est la fumée qui a mis le feu!

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH LE 04.11 à 18h30: Ce débat déchire actuellement le cabinet britannique également... Mais je constate que la Suisse (et la France, probablement) a peut-être une guerre de retard. On peut en effet identifier les grandes étapes suivantes dans le débat sur le tabac:

  1. La plus ancienne est la culpabilisation des fumeurs, qui n'est toutefois jamais allée jusqu'à la prohibition juridique (la pénalisation) dans un but de protection de l'individu contre lui-même, comme c'est le cas pour d'autres drogues.

  2. Est venue ensuite la protection des non-fumeurs (et pas seulement par rapport au risque médical qu'Andreas Auer paraît curieusement relativiser, mais aussi leur confort personnel, le droit à ne pas subir en tous lieux l'agression olfactive des fumeurs: la protection de leur personnalité, comme il dit). Je m'étais attiré une certaine (im)popularité, en 1974, en concurrençant le flot de tracts trotskystes à l'entrée du Collège Calvin par une revendication d'un espace non-fumeurs à la cafétéria (signée, selon les usages de l'époque, d'un Front de libération des non-fumeurs)... Depuis lors, la tendance est passée aux espaces fumeurs délimités dans le cadre d'une interdiction générale de fumer. Le conflit porte en général plus sur l'intensité de la norme (volontaire ou obligatoire, privée ou étatique) que sur le principe de prise en compte des besoins respectifs des uns et des autres. Et l'interdiction totale dans les lieux à usage collectif peut être revendiquée par simple constatation du caractère ineffectif de la (demi-)mesure, dont la violation, ponctuelle ou endémique, est toujours au détriment des non-fumeurs et jamais des fumeurs.

  3. Mais la percée conceptuelle décisive, qui déplace fondamentalement l'enjeu du débat, est intervenue aux Etats-Unis ou, plus près de nous, en Irlande (n'est-ce pas aussi cet argument qui a prévalu en Italie?): c'est désormais la protection des travailleurs qui est mise en avant (retour à l'argument médical au sens étroit) et, surtout, la responsabilité de l'employeur qui est engagée, y compris, dans la vision la plus extrême des procédures de dommages-intérêts américaines, pour ne pas avoir protégé un employé fumeur contre lui-même (bon, j'espère que je caricature)... Dans ce cas, pas d'autre solution que l'interdiction absolue sur tous les lieux de travail, sauf peut-être dans des espaces clos avec traitement de l'air vicié...

On est loin des frissons libertaires anti-politiquement correct que se donne Andreas Auer à bon compte dans le cadre du chiffre 2... L'argument de la proportionnalité me laisse perplexe sous deux angles:

  • Le premier, qu'il ne faut tout de même pas oublier, est que fumer reste une activité libre en privé (et pas seulement, comme cela paraîtrait pourtant légitime de l'exiger, entre adultes consentants). De ce point de vue, il n'y a guère que les hôpitaux, maisons de retraite et prisons où il me paraît justifié pratiquement que l'interdiction soit aménagée de manière à préserver la liberté personnelle des pensionnaires.
  • Le second renvoie au rôle du juriste, ou du juge, face à l'autorité législative: parlement élu ou peuple, puisqu'à Genève toute l'affaire tourne autour de la tentative des adversaires d'un projet qui a recueilli plus de 10'000 signatures d'électeurs d'empêcher qu'il soit seulement soumis au peuple comme le veut la Constitution (plutôt que de simplement le combattre dans le débat politique, voire de recourir au juge seulement si ce projet devait être approuvé). Est-il habilité à substituer sa propre appréciation idiosyncratique des critères de la proportionnalité et de la balance entre droits fondamentaux, ou ne doit-il pas plutôt réserver son intervention à des violations manifestes? Je me réjouis de lire Andreas Auer là-dessus, car ce surcroît d'exigence pour déclarer nulle une initiative populaire figure précisément dans la Constitution genevoise:

Article 66, alinéa 3:

(Le Grand Conseil [ici dans un rôle juridictionnel]) déclare partiellement nulle l'initiative dont une partie est manifestement non conforme au droit si la ou les parties qui subsistent sont en elles-mêmes valides; à défaut, il déclare l'initiative nulle.

COMPLEMENT DE FRANCOIS DU 19.11 à 17h45: Trouvé ceci sur Lost Highway.

mercredi 2 novembre 2005

Jacqueline Berenstein-Wavre blogue

Enfin mon prosélytisme aboutit à quelque chose! Curieusement, ce n'est pas du côté des jeunes politiciens ambitieux à qui j'en ai parlé, mais plutôt des "panthères grises", comme on dit aux Etats-Unis. J'ai donc le plaisir d'ajouter à notre blogroll Jacqueline Berenstein-Wavre, dont j'ai déjà parlé ici. C'est un blog créé chez Blogspirit, une plateforme gratuite et très complète, francophone, que je ne peux que recommander aux amatrices et amateurs et de tous âges désireux de se lancer.

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