octobre 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche | Aller au blogroll | Identification

lundi 31 octobre 2005

Identité, diversité, unité

Que représente le fait d'être Britannique, par rapport au fait d'être Anglais ou Ecossais, et selon que l'on est Blanc ou Noir, musulman ou chrétien? Le résultat d'une étude par focus group, présenté le président de la Commission pour l'égalité raciale, Trevor Philips, dans le Daily Telegraph d'aujourd'hui.

dimanche 30 octobre 2005

Beckam: une récupération juteuse de l'homophobie?

Sujet futile comme l'univers auquel il se rapporte? Ou y aurait-il quand même matière à réflexion profonde? Me voilà en effet interpellé par une petite phrase qui tue. Je l'ai trouvée dans une revue de presse du magazine Têtu (version imprimée). Elle émane de l'édition de septembre du magazine So Foot, et est assénée par Mark Simpson, le père du terme métrosexuel.

"La métrosexualité de Beckam a besoin d'homophobie pour fonctionner: il reçoit célébrité et argent en se comportant comme un gay; or, si être gay n'était pas aussi choquant dans le foot moderne, il ne serait pas aussi célèbre."

Bon, j'aurais tendance à dire que Beckam fait probablement partie de ceux à qui on (les médias) adore trouver tous les vices après avoir contribué à une érection précoce du personnage en mythe. Comment savoir si un joueur de ce niveau ne jouit pas d'une personnalité et d'un physique qui lui auraient permis de gagner autant d'argent, sans avoir à recourir à ce gadget? La métrosexualité serait alors à la gloire de Beckam ce qu'est le hardeur de Tannhäuser au talent d'Olivier Py: inutile et indifférente, moralement parlant.

COMPLEMENT DU 31.10.05. A propos de coming-out gai ou lesbien dans le sport, cf. cette brève de Têtu en ligne au sujet de la basketteuse Sheryl Swoopes. C'es tout récent et tous les effets ne se sont pas encore fait sentir. On pourrait croire que là, la notion de courage est autrement différente. Et pourtant, il y a polémique autour du fait que la basketteuse se fait sponsoriser par une agence de voyages pour gais et lesbiennes, qui aurait encouragé au coming-out. Lire par exemple cet article de la rubrique "Money Talks'" du San Franciso Chronicle en ligne. Pour un autre angle d'approche, qui donne plus la parole à l'intéressée, lire par ex. cet article du Houston Chronicle.

samedi 29 octobre 2005

"Egalité des chances, inégalité des malchances"

Occasionnellement, les pages "Débats" du Monde publient des tribunes de personnes inconnues ou moins connues, ou simplement qui sortent des moules convenus. Je range dans cette catégories celle qui porte le titre ci-dessus, dans Le Monde de vendredi, par Gil Ben Aych, dont on nous dit qu'il "est écrivain et enseigne la philosophie au lycée Guillaume-Apollinaire à Thiais (Val-de-Marne)". Il brocarde de manière suggestive l'intitulé du ministère de "la promotion de l'égalité des chances". Le vocabulaire politique anglophone, qui recourt au mot "opportunities" (occasions, possibilités), excite peut-être moins l'ironie en étant moins proclamatoire et plus précis.

vendredi 28 octobre 2005

Grisélidis Réal et l'abbé Pierre

J'avais trouvé à l'époque quelque peu déplacée (et en tout cas fort peu professionnelle) la déclaration de Grisélidis Réal, prostituée genevoise militante et membre du PS, d'avoir compté l'abbé Pierre au nombre de ses clients (page 84). Il ne le confirme peut-être pas, mais au moins la chose paraît désormais moins invraisemblable (et si ça n'augmente pas la fréquentation de ce blog...).

VAO: vélo assisté par ordinateur

A Londres comme à Genève, je suis un utilisateur systématique de ces programmes qui vous indiquent sans effort le meilleur itinéraire en transports publics compte tenu des correspondances (si vous êtes automobiliste, vous connaissez sûrement l'équivalent pour les trajets routiers). Même en croyant bien connaître le réseau on a des surprises (comme on dit dans les avions: "l'issue de secours la plus proche est peut-être derrière vous"; et cela ne dispense pas de faire preuve de bon sens critique: une fois, le logiciel me déposait à quelques dizaines de mètres de ma destination, mais de l'autre côté du Rhône, et sans pont -- il valait mieux dans ce cas indiquer l'arrêt final). Celui de Londres a quand même les moyens d'être plus sophistiqué: il vous génère un plan personnel en forme de fichier PDF, comprenant également le trajet à pied avant et après les arrêts de départ et d'arrivée, si vous avez stipulé les adresses précises.

Mais je suis aussi cycliste, et là il fallait toujours se rabattre sur la carte spécialisée: un plan urbain sur lequel on fait figurer les aménagements particuliers et l'on recommande un certain nombre d'itinéraires plus directs ou à l'écart des grands axes. Ce qui est quand même l'équivalent de planifier son trajet en transports publics avec le plan du réseau et l'horaire des lignes...

Mais je découvre dans le magazine des membres de la London Cycling Campaign (l'équivalent pour 8 millions d'habitants de l'Association genevoise pour les intérêts des cyclistes, l'ASPIC) que le programme utilisé pour les transports publics a été complété pour les déplacements à vélo et même à pied! J'ai passé une partie de l'après-midi à le faire tourner, ça a l'air vraiment remarquable. Tout repose sur l'impression de votre plan personnalisé dans un fichier PDF: une page pour l'itinéraire complet puis autant de pages que nécessaire pour illustrer chaque segment en donnant la liste des rues, la direction à suivre, la longueur du tronçon et le parcours cumulé. Je compte découvrir demain un itinéraire complètement différent de celui que j'utilisais jusqu'à présent pour traverser le centre, de chez nous à mon fitness! (Un programme similaire, plus simple et destinée uniquement aux cyclistes, est ici: et je vois qu'il y a des différences dans l'itinéraire...)

Et il va falloir que je songe à avoir PDF-To-Go sur mon Tréo 600 (ou est-ce une raison de plus de passer au 650? ;-) )...

COMPLEMENT DU 29.10 A 23H30: Mon enthousiasme était peut-être prématuré... Les itinéraires proposés tant à l'aller qu'au retour pour le trajet de 6,5km que j'ai expérimenté cet après-midi à travers le centre de Londres étaient loin d'être irréprochables: de l'erreur pure et simple (m'envoyer remonter un sens unique impraticable, en lieu et place de l'axe parallèle), à la manoeuvre passablement inadéquate que ce genre d'itinéraire a précisément pour vocation de bannir (traverser trois voies sur un axe à grand trafic pour changer de direction, sans le secours d'un feu qui permettrait un tourner indirect -- ou simplement l'emploi d'un passage piétons) en passant par la non utilisation d'aménagements particuliers pour le trafic cyclable à proximité immédiate. Maladie de jeunesse ou défaut inhérent à la complexité de la tâche, compte tenu de la diversité des besoins des cyclistes et du nombre de variables à prendre en considération? Cela reste une aide à la décision intéressante, à confronter à la traditionnelle carte des aménagements et itinéraires cyclables et à adapter à son propre usage.

Affaire Plame

Je reçois ceci par mail comme abonné à l'édition électronique du Monde:

Lewis Libby, directeur de cabinet du vice-président américain Richard Cheney, a été mis en examen pour "obstruction à la justice", "faux témoignage" et "parjure", dans le cadre de l'affaire Plame. (AFP)

La montagne accouche d'une souris, selon la formule consacrée (et pour une fois le français est plus concis que l'anglais, je l'avais écrite avant de le lire): un procureur spécial avait été désigné pour investiguer sur un prétendu crime fédéral de révélation de l'identité d'un agent secret; mais aucune inculpation de ce type ne sort de deux ans d'enquête... Pour illustrer la différence, il faut se rappeler que le Watergate n'a pas donné lieu seulement à des inculpations pour des crimes commis durant la procédure, mais bel et bien pour un cambriolage très réel des bureaux du candidat démocrate à la Maison-Blanche! Ici on est plus proche des investigations frénétiques du procureur Kenneth Starr contre Bill Clinton.

J'en profite pour communiquer aux lecteurs de ce blog ce que j'avais écrit dans des commentaires à la suite d'un billet d'Emmanuel Ceteris Paribus sur le sujet.

Pour moi, "l'affaire Plame" est pour la présidence Bush le pendant du soi-disant meurtre de Vince Foster, le juriste de la Maison-Blanche sous Clinton qui s'est suicidé: un fantasme qui germe dans la cervelle de gens désespérés de compromettre le président et qui finissent par se convaincre de sa réalité.

Valerie Plame a peut-être été agente secrète dans le passé, mais la fonctionnaire de la CIA qui pointait à Langley peut difficilement se prévaloir de cette qualité; ce d'autant quand elle a recommandé son mari pour sa mission controversée au Niger. Mais la parader en victime a visiblement été un coup de génie pour Joe Wilson.

La vraie différence avec l'affaire Foster, c'est que la "vast right wing conspiracy" à juste titre dénoncée par Hillary était malgré tout contenue dans la marge, alors que l'hystérie anti-Bush fait perdre la tête au parti démocrate et aux médias libéraux de manière quasiment généralisée.

L'affaire peut encore certainement évoluer, mais je persiste à penser que personne ne finira condamné pour ce fameux crime... et bien sûr il n'y aura pas non plus de condamnation pour dénonciation abusive.

mercredi 26 octobre 2005

Misère de l'urbanisme genevois

A Genève, où je mène une vie minutée du matin au soir, sautant de séances en rendez-vous... Pas le temps de bloguer, donc. Aujourd'hui à midi, j'ai même tenté de combiner l'agréable à l'agréable en prévoyant de retrouver une amie pas vue depuis longtemps à une exposition que je souhaitais voir:

"Genève 2020"
réaménagement et densification des quartiers Praille - Vernets - Acacias

Il s'agit des 5 lauréats et 50 autres projets déposés par des architectes du monde entier à la suite d'un concours international. Il a un caractère probablement assez original, s'agissant de l'avenir d'un grand secteur proche du centre de l'agglomération, déjà en cours de transformations qui ne pourront que s'accentuer dans les années qui viennent: la présence inexistante des pouvoirs publics. Le concours émane de la section locale de la Fédération des architectes suisses, avec le soutien de sponsors, c'est tout. Et ils expliquent que leur démarche vise bien à interpeller le pouvoir politique, à le mettre en face de ses responsabilités.

A vrai dire, le moment est à la fois bien et mal choisi compte tenu du contexte électoral genevois: après le parlement le 9 octobre, c'est le gouvernement cantonal qui sera élu le 13 novembre.

Le sens civique des promoteurs est admirable malgré des moyens limités, et pour ce que j'ai pu en voir les "visions urbaines" présentées sont stimulantes et font rêver, en noir et blanc et en couleurs, de la plus sage à la plus folle. Mais je n'en ai pas vu grand chose: nous étions quatre à trouver porte close à 12h15 d'une exposition annoncée de 12h à 19h, du mercredi au dimanche, dans un immeuble anonyme qu'il a fallu trouver... Renonçant à maculer l'affiche, nous sommes ressortis en quête d'un bistrot pour revenir à 13h10: c'était ouvert, par un brave étudiant engagé la veille par téléphone pour être de piquet, "à partir de 13h"! L'exposition a lieu dans des bureaux en attique visiblement entre deux locataires, avec au moins vue sur le site concerné. Ni fioriture, ni maquette, ni vidéo: juste un panneau par projet, en rangs par deux. J'ai jeté un coup d'oeil puis suis parti à mon rendez-vous suivant. Mon amie, elle, pouvait rester (et au moins avons-nous eu du temps à consacrer au seul plaisir de nous retrouver).

lundi 24 octobre 2005

Démocratie de partis

Je soliloque au clavier, sans but précis, en marge de la sélection du nouveau leader du parti conservateur britannique et du prochain renouvellement de la direction du PS français. Qu'on ne peut dissocier, en France, de la question des modalités de choix du candidat à l'élection présidentielle (qui occupe les arrières pensées); au Royaume-Uni le leader est le futur premier ministre si le parti l'emporte.

Paradoxalement, c'est au Royaume-Uni qu'on trouve une procédure très présidentielle (bon, en France c'est aussi le cas de l'UMP, mais de manière plus fruste): le choix porte sur une personne, avec l'équation que cela comporte: la ligne, mais aussi la personnalité, la compétence, l'image, voire l'âge. Selon une procédure encore récente (c'est seulement sa deuxième application, mais une tentative de la direction du parti de revenir à une méthode moins démocratique a échoué), il revient d'abord au groupe parlementaire conservateur de sélectionner, en éliminant à chaque tour le moins bien placé, deux candidats proposés aux suffrages des membres (quelque 300'000) -- une procédure qui, soit dit en passant, se prête à tous les calculs tactiques. On en est là: David Cameron (pas encore 40 ans, né la cuillère en argent dans la bouche) pour un centre-droit moderne et "compatissant" (compassionate, il vaudrait probablement mieux dire "proche des gens"), est actuellement le grand favori des sondages et des médias face à David Davis (la bonne cinquantaine, fils de mère célibataire qui en a bavé, ancien SAS) pour une droite dure mais juste, après élimination de deux autres candidats. Résultat le 6 décembre, et ça dure depuis la fin de l'été!

Le PS français, par comparaison, fleure quasiment le parlementarisme façon IIIe ou IVe: ce sont des motions qui s'affrontent à la proportionnelle (il y en a en définitive cinq), mais leur contenu ne dissimule guère que la question est en réalité de savoir à quelle équipe on s'identifie (la surenchère à gauche est de rigueur, seule la motion socialiste libérale de Jean-Marie Bockel tranche un peu). Les choix de personnes interviendront ultérieurement entre état-majors... Mais le choix du premier secrétaire national devra être ratifié par les membres dans un deuxième temps. Et pour la présidentielle, le candidat sera désigné au suffrage universel des membres, sans trop de médiation.

Je vous disais que c'était sans but: je ne suis pas sûr qu'il y a grand chose à tirer de cette comparaison!

dimanche 23 octobre 2005

Porta Alpina

Je m'aperçois, dans une "revue de la presse alémanique" publiée samedi par Le Temps, que j'en savais peut-être plus par le Daily Telegraph de vendredi sur une décision du Conseil fédéral mercredi: un grand article avec schéma en coupe sur ce projet de transformer une station de secours au milieu du tunnel de base du Gothard en une véritable gare, au profit du tourisme. Stefan Engler, qui doit être le conseiller d'Etat grison chargé des transports, déclare:

"We are not just building for Switzerland, we are building for Europe. The dream is to have a fast train directly from London to the Porta Alpina. The English were the pioneers of tourism in Graubünden, and we hope this idea will now experience a renaissance."

COMPLEMENT DU 01.11 à 10h50: un dossier dans Le Temps.

COMPLEMENT DU 16.11 à 20h: Décidément, Le Temps est fasciné...

vendredi 21 octobre 2005

Bio

La grippe aviaire qui va commencer par faire des ravages économiques chez les éleveurs; le Malawi et sa famine dont on s'émeut peu, sans compter le sida et le reste ( article poignant dans la Tribune de Genève du 20 octobre) et... les soucis de l'agriculture bio. C'est toujours un peu facile de faire remarquer la juxtaposition gênante de certains thèmes dans les médias - et pourtant, c'est la vie. Sur le plan phénoménologique, un individu ou un groupe d'individus n'est pas obligatoirement affecté (en l'occurrence tiré vers le bas) par le malheur des autres. Sur un plan mystique, qui sait? En dehors de la commune appartenance à tout ce qui a été tiré du non-être, sommes-nous reliés les uns aux autres? Le grand rationaliste Leibniz, voyant les choses en individualiste, a développé ce paradoxe selon lequel chaque individu reflétait la totalité du monde, selon un point de vue différent, sans être affecté extérieurement par le monde. Une autre manière d'appréhender le lien, c'est l'image pré-scientifique du ciel, du ferme firmament, de cette coque, de ce dais, envisagé comme le lieu d'un sourire et d'une bienveillance parentale envers une terre libre et faillible.

La grippe aviaire, le Malawi, l'agriculture bio, trois sujets liés à la nourriture. Et se nourrir, c'est la vie. Pourquoi évoquer l'agriculture bio? Parce qu'en Suisse, un rapport vient d'établir qu'on ne peut pas mettre en évidence que les produits de l'agriculture biologique seraient meilleurs pour la santé. Le lait bio, en particulier, serait moins sûr. (Cf. vidéo accessible depuis ici) Tollé chez les producteurs concernés. Mais c'est au contraire une nouvelle rassurante et "démocratique": cela veut dire que la population n'a pas besoin de payer plus cher pour avoir des produits corrects. Déjà qu'en toute subjectivité mal informée économiquement parlant, le prix des fruits et des légumes beaux-mais-pas-bio me paraît bien assez prohibitif, et de ce fait, mauvais pour ma santé.

Je reconnais cependant, que, quand j'ai envie de me faire plaisir et de sentir un peu de saveur, je suis prêt à mettre la différence. En effet, si les tomates non bio sont certainement bonnes pour la santé, elles ne sont ni bonnes ni mauvaises pour le palais - elles ne prennent pas ce risque. Pour les yoghourts, c'est le contraire. Je consens au supplément pour ne pas avoir ce supplément de goût provoqué par l'arôme ajouté un peu trop présent.

Le bio apparaît comme un luxe de bien nourris, mais il s'inscrit pourtant dans la logique de progrès de notre société, dans l'idée de faire mieux, d'optimaliser l'utilisation des produits, des additifs, bref une logique qui n'est pas en contradiction avec le libéralisme (si on fait la part de la politique d'encouragement de l'agriculture bio par la Confédération). S'il n'y a pas de magie, comme dans l'homéopathie, il y a un peu de religion - qui ne convainc et ne relie pas forcément tout le monde. Peut mieux faire.

mercredi 19 octobre 2005

Le procès de Saddam Hussein et l'antiaméricanisme aveugle

Ce titre dans Le Temps d'aujourd'hui est symptomatique d'un état d'esprit plus général:

Coupable Saddam Hussein, levez-vous!

(Adjonction de 22h: Paxatagore a lu l'article et n'est pas édifié; il se donne la peine de le réfuter.)

Quoi que les Irakiens fassent, ils ne sauraient satisfaire ceux qui auraient préféré qu'ils continuent de souffrir sous Saddam plutôt que d'avoir la possibilité de construire une démocratie grâce à une intervention conduite par les Etats-Unis. Et comme toujours on s'intéresse à la forme (faut-il le juger? comment?) et pas au fond (les crimes qui lui sont reprochés). Parmi les esprits qui ont le plus perdu le sens des valeurs, il doit même s'en trouver qui tenaient le même discours à propos du procès Barbie...

On en a eu une autre illustration avec ce documentaire télévisé sur Canal +, en proie au délire de la persécution à propos de l'appui de fondations libérales américaines aux mouvements démocratiques dans les anciennes républiques soviétiques. Il reprend la substance d'un dossier que Le Temps, toujours lui, avait publié en décembre dernier déjà. Ici, le vrai scandale c'est que les Européens, eux, n'aident pas les militants de la démocratie...

mardi 18 octobre 2005

Psycho management

Je ne sais pas combien de temps ça va durer et si ça va vraiment leur réussir, mais la nouvelle formule du Daily Telegraph depuis la semaine dernière donne indéniablement plus à lire: le cahier sports est désormais au demi-format (et je me surprends à le feuilleter), l'économie (Business) dispose dorénavant d'un cahier grand format autonome de 8 pages et le cahier principal (32 pages) comporte une partie magazine élargie.

Plein de nouvelles rubriques, évidemment, pour remplir tout ça. Et j'ai noté hier celle de Jack et Suzy Welch, dont je n'ai pas encore lu le livre mais dont l'histoire avait déjà retenu mon intérêt. Un peu moins New Age que Jean-Louis Servan-Schreiber, certainement, mais un croisement prometteur entre L'Expansion qu'il avait fondé avec Jean Boissonat et Psychologies qu'il dirige aujourd'hui.

Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise

Le quotidien Le Temps publie ce jour, dans sa page Opinions, un texte de votre serviteur... pour lequel ce billet a largement servi de galop d'essai.

Lire la suite

lundi 17 octobre 2005

Hit-parade des intellectuels

Norman Geras, qui adore les listes et invite souvent ses lecteurs à en établir, reste sans voix devant le classement mondial des intellectuels vivants produit par les lecteurs des revues Prospect et Foreign Policy: premier: Noam Chomsky! Les quatre suivants sont Umberto Eco, Richard Dawkins, Vaclav Havel et Christopher Hitchens. Le premier Français est Jean Baudrillard (22e), les premiers Suisses sont Tariq Ramadan (58e) et Hans Küng (61e).

Cela nous vaut en tout cas de réjouissants textes d'Oliver Kamm, dont Chomsky est une tête de Turc favorite (enfin, j'imagine que cela ne se dit plus ainsi?!).

dimanche 16 octobre 2005

Invitez vos voisins à peser vos déchets!

C'est une mode qui commence à Londres après avoir fleuri à Newcastle, selon le FTmagazine de ce week-end. Un peu comme pour une présentation Tupperware ou un club de lecture, on invite ses voisins, collègues et amis pour une soirée convivale sur le thème de la gestion des déchets et de la protection de l'environnement. J'imaginais d'abord que c'était une technique de prise de conscience destinée à un pays à vrai dire pas vraiment avancé sur ce plan, mais apparemment cela vient des Pays-Bas.

samedi 15 octobre 2005

Constitution irakienne

Ludovic Monnerat m'a devancé et dit tout cela bien mieux que moi... Comme la participation (61%) vient de tomber, j'ajoute simplement que le taux d'un peu plus de 40% pour l'élection du Grand Conseil genevois a été considéré comme remarquable!

Autarcie et dépendance, à l'âge numérique

La mésaventure vécue avec la panne qui a affecté ce blog (qui a surtout pris de l'ampleur parce qu'elle a coïncidé avec mon départ en vacances) n'a pas manqué de m'interroger: finalement, si j'avais continué de l'héberger chez Blogger (ou l'un des nombreux autres services gratuits à disposition, dont les fonctionnalités continuent d'ailleurs de s'améliorer) j'aurais eu moins de problème! Il y a indéniablement un paradoxe du potentiel libérateur de l'individu grâce aux moyens offerts par le Net (blogs, podcasts, eBay, groupes virtuels...) au travers de la dépendance à l'égard d'une technologie sophistiquée. Ce n'est pas précisément un vélo, métaphore illichienne de l'autarcie libératrice, mais ce n'est pas non plus une lourde machine centralisée: un réseau flexible en évolution et reconstitution permanente. C'est cela qu'il est fondamental de conserver, raison pour laquelle je vois très négativement la tentative des Etats, et des américanophobes à la courte vue, pour s'en emparer via l'ONU (dont il faut quand même rappeler qu'elle n'est nullement une institution démocratique, légitimée par les peuples, mais une instance diplomatique entre gouvernements -- c'est déjà pas mal, pas besoin de l'idéaliser comme on le fait trop facilement) sous prétexte de régulation -- mais c'est un autre débat encore.

Pour ma part, j'apprécie Dotclear comme une course de montagne: c'est précisément l'effort qui engendre la gratification à l'arrivée (en l'occurence la stimulation de découvrir et d'assimiler toujours de nouvelles possibilités d'amélioration, beaucoup plus évidemment que de devoir résoudre un bug qui d'ailleurs était dû à mon hébergeur et pas à Dotclear: j'aurais été au même point avec un blog utilisant un outil en ligne sous URL propre). Mais fondamentalement je suis un anti-geek: pas bricoleur, pas même intéressé à la technique, seulement au produit que l'outil permet de réaliser, davantage d'ailleurs avec l'oeil du client que celui du fabricant (mais mes élans perfectionnistes s'accomodent hélas d'un velléitarisme certain, comme en témoigne le fait que je n'ai toujours pas résolu des problèmes de présentation des listes qu'Internet Explorer (Mal) dissimulait mais que Firefox (Bien) révèle impitoyablement...). En informatique je suis converti depuis longtemps à l'externalisation en ligne plutôt qu'au stockage sur mon disque dur à moi: je n'ai pas de liens favoris dans mon navigateur, par exemple, ils sont sur la page My Yahoo à laquelle j'accède depuis n'importe où, qui me fournit aussi les dernières infos (et maintenant c'est sans restriction de source, et y compris les blogs: ça marche par fil RSS). De même pour le stockage en ligne de certains documents: ça permet d'y avoir accès depuis n'importe où, n'importe quel ordinateur. Si je pouvais ne pas avoir à installer des programmes (et leurs mises à jour...), mais enregistrer une fois pour toute une configuration accessible de n'importe quelle console en ligne, ce serait le rêve! Mon utopie d'autarcie écolo-sociale-libérale est aux antipodes du survivalisme anarcho-capitaliste (bon là je commence vraiment à délirer, il vaut mieux arrêter là ce billet à vocation thérapeutique post-traumatique...).

COMPLEMENT DU 18.10 à 23h50: J'en avais déjà parlé (mais les liens sont apparemment rompus), l'utopie écolo high tech c'est l'ordinateur à propulsion humaine. Eh bien on s'en rapproche, et le MIT s'est assuré la collaboration de l'inventeur britannique de la radio qui se remonte comme un réveil, Trevor Baylis.

vendredi 14 octobre 2005

De retour (cette fois vraiment)!

Enfin! Le bug est réparé, très certainement dû à un problème du côté de mon hébergeur :-( . Un grand merci à la communauté Dotclear dont l'esprit de solidarité bénévole ajoute encore à la qualité de ce produit libre, et en particulier à Tehu, Kozlika, Yannis Girod et Xave qui m'ont soutenu moralement et dépanné...

J'ai donc pu mettre en ligne la galerie des affiches de l'élection du Grand Conseil genevois du 9 octobre (mieux vaut tard que jamais!), et éditer sous forme de billets en bonne et due forme les contributions que leurs auteurs, en particulier Guillaume et Alex, étaient réduits, entre le 1er et le 11 octobre, à publier dans des commentaires encore ouverts.

Billet complété à 19h45.

mercredi 12 octobre 2005

RFA, GE: d'une coalition à l'autre

On me pardonnera ce télescopage audacieux entre la République fédérale d'Allemagne, plus grand Etat membre de l'Union européenne, et la petite République et canton de Genève, membre de la Confédération suisse! Mais la coïncidence est trop suggestive...

Dans les deux cas, on trouve un parlement élu sans majorité claire:

  • En Allemagne, c'est l'émergence d'un groupe de la gauche de rupture qui empêche tant la droite (CDU-CSU et FDP) que la gauche réformiste (SPD et Verts) d'exercer la plénitude du pouvoir.
  • A Genève (voir ce billet du 26 septembre que je viens seulement de parvenir à mettre en ligne, et les résultats détaillés), ce rôle est joué par 20 députés populistes répartis en deux groupes de frères ennemis (la section cantonale de l'UDC, Union démocratique du centre de Christoph Blocher, et un MCG, Mouvement Citoyens genevois), entre l'Entente (droite, 47 sièges) et l'Alternative (gauche, 33 sièges).

Dans une démocratie parlementaire, il y a trois solutions possibles à une telle situation:

  • Le gouvernement minoritaire, qui repose sur la tolérance de l'opposition, donc le respect de limites implicites à son action. C'était la position exprimée au lendemain de l'élection allemande par Joschka Fischer: poursuite des réformes version Schröder. Intellectuellement c'était il me semble la solution la plus satisfaisante (qui veut le plus veut le moins), qui évitait a Merkel de dissoudre le radicalisme de ses propositions dans le compromis d'une Grande Coalition et la posait en recours. Elle n'était toutefois pas praticable en raison d'une dissymétrie structurelle: si aucun camp n'a de majorité, une fois investi un gouvernement minoritaire Schröder ne pouvait plus être renversé (en partant évidemment de l'idée que la gauche de rupture adopte un comportement rationnel), alors qu'un gouvernement minoritaire Merkel aurait contre lui une opposition potentiellement majoritaire.
  • La coalition élargie au centre: la droite cherchant un accord avec les Verts, la gauche avec le FDP. En l'occurrence les circonstances ne s'y prêtaient pas.
  • Reste donc la Grande Coalition, ou ce qu'en d'autres lieux et circonstances on appelle un gouvernement d'union nationale, voire de salut public: l'entente entre adversaires principaux, CDU-CSU d'une part, SPD de l'autre. La caractéristique essentielle d'une telle coalition, me semble-t-il, c'est le pragmatisme: elle n'est pas fondée sur une proximité idéologique, mais sur le sens des responsabilités vis-a-vis de la société. Son horizon est bien précis, la législature, et son contenu, voire les modalités de son fonctionnement, reposent sur un accord négocié jusque dans les détails. Mais pas question d'alliance: à l'élection suivante la concurrence reprend ses droits (chacun mettant au besoin en valeur son apport propre au bilan commun), et que le meilleur gagne (et retrouve éventuellement son allié naturel). Exemple: Atlee, leader travailliste ministre de Churchill, lui succède après la deuxième guerre mondiale.

En Suisse nous connaissons une situation encore différente du fait de la démocratie directe qui pèse tant sur le parlement que sur le gouvernement: les accords les mieux verrouillés n'y résistent pas. C'est pourquoi la Confédération et les cantons ont développé la pratique de la coalition gouvernementale la plus large possible: y est le bienvenu quiconque entend prendre sa part du fardeau, et il faudra bien faire avec (pas d'accord préalable, ni de contrat de législature). C'est d'autant plus inévitable lorsque, comme dans les cantons, les membres de l'exécutif sont élus individuellement par le peuple.

Le système a fonctionné à merveille pendant des dizaines d'années, mais à Genève il paraît avoir trouvé ses limites, "épuisé sa force propulsive", comme disait Berlinguer du communisme. On en a eu une illustration saisissante hier mardi avec la présentation d'un projet de budget dont le gouvernement a, en parfaite harmonie entre ses membres, annoncé qu'il avait été adopté par 3 voix contre 3 (les 2 socialistes et une des deux libérales, pour des raisons symétriquement opposées) et une abstention (le Vert, désireux qu'un budget existe sans y être associé), grâce à la voix prépondérante de la présidente (l'autre libérale) jointe aux deux magistrats centristes. C'est dire qu'il est d'ores et déja mis en pièces par les médias et les parlementaires.

C'est dans ce contexte que le résultat des élections a pu être qualifié de "séisme" par la Tribune de Genève. Il faut préciser qu'elles ont aussi vu l'implosion, sur trois listes dont aucune n'a obtenu le quorum de 7%, d'une gauche de rupture totalisant 14,8% de l'électorat, auparavant fortement représentée dans la composante parlementaire de l'Alternative, si elle pratiquait le soutien (relatif...) sans participation pour les membres socialistes et vert de l'exécutif; elle conserve évidemment tout son impact sur le plan de la démocratie directe et ne manquera pas de s'y investir avec une énergie redoublée.

Pour rompre avec le fatalisme et les blocages (qui durent maintenant depuis au moins 3 législatures), la tête pensante des Verts a émis l'idée d'une recomposition autour d'un accord entre les deux partis de la gauche réformiste (28,5%) et les deux partis centristes satellisés par le parti libéral au sein de l'Entente de droite: parti radical (10,5%) et parti démocrate-chrétien (9,9%). Mais ces deux partis sont surtout des reliquats de l'histoire, sans véritable identité ni homogénéité: ce n'est pas même l'UDF française. On ne voit pas ce qu'un tel accord pourrait contenir, ni comment il pourrait tenir face au triple assaut de ceux contre qui il serait dirigé: la droite libérale, les populistes et la gauche de rupture.

Personnellement je verrais plutôt l'occasion d'une adaptation genevoise du scénario de la Grande Coalition: au lieu de la sorte de "main invisible" actuelle, un accord à conclure entre la gauche réformiste, d'une part, et son adversaire principal, le parti libéral (19,1%), d'autre part (impliquant en réalité toute l'Entente: mais il ne faut pas se tromper d'interlocuteur). Il engagerait les partis, les groupes parlementaires et les membres du gouvernement sur un programme détaillé de compromis réciproques en vue de dépasser et surmonter les blocages accumulés. Cela n'a toutefois de sens que si l'objectif n'est pas simplement de gérer la boutique, mais bien de présenter une situation durablement assainie à la fin de la législature, tant sur le plan institutionnel (révision totale de la Constitution) que sur le plan du rétablissement des finances publiques et de la réforme de l'Etat. Ce serait une manière de couper l'oxygène dont s'enivre le populisme et de rétablir les conditions minimales d'un jeu politique normal: et qu'en 2009 le meilleur gagne, en ayant retrouvé sa pleine identité et ses alliés traditionnels.

COMPLEMENT DU 14.10 à 13h: En raison de la panne qui affectait encore ce blog, ce billet avait d'abord été mis en ligne dans une forme qui laissait pour le moins à désirer... Texte progressivement revu et corrigé par la suite.

mardi 11 octobre 2005

Anti-religiosité sélective et autoracisme

La réparation avance, mais en attendant à mon tour d'utiliser ce fruste moyen pour signaler le dernier Mark Steyn dans le Telegraph de ce matin...

Billet originellement envoyé comme commentaire après le billet du 06.10, mis en ligne le 14.10.

dimanche 9 octobre 2005

(Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi

Jeudi dernier, le groupe des gais chrétiens de Genève (que j'ai fondé en 1988) recevait Thomas Römer, professeur d'Ancien Testament ainsi que Loÿse Bonjour, son ancienne assistante, pour nous parler de leur livre qui vient de sortir: L'homosexualité dans le Proche-Orient ancien et la Bible. Points forts: les relations sexuelles entre hommes devaient exister puisqu'on a eu besoin de les interdire, aussi bien en Israël que chez ses grands et puissants voisins qu'étaient la Mésopotamie et l'Egypte. Simplement, on n'en faisait pas une obsession. Les relations entre femmes n'étaient pratiquement pas prises en compte, l'acte sexuel étant défini par la pénétration. Ce qui faisait problème (et c'est toujours ce qui est insupportable), c'est l'idée qu'un homme, de gré ou de force, en vienne à revêtir un rôle qui ne peut être que féminin. Thomas Römer constate cependant que le passage du polythéisme (dans lequel les dieux avaient une sexualité) au monothéisme (dieu asexué par définition) s'est traduit par un désintérêt ou une méfiance des prêtres à l'égard de la sexualité, du point de vue théologique.

Cette soirée était l'occasion de rappeler (ou plutôt de révéler, pour ce qui est de la majorité du public) un fait très peu connu, à savoir que Yahwé, le Dieu des Juifs, a d'abord été un dieu parmi d'autres du panthéon régional. C'est-à-dire qu'il y avait un dieu très haut (El Elyon) qui avait des fils, et à chacun de ses fils était attribué un peuple (par ex. Baal pour les Philistins). De plus, chaque dieu avait une parèdre, c'est-à-dire un pendant féminin, qu'on peut peut-être assimiler à une épouse. Celle de Yahwé s'appelait Ashéra. Je suis bien cuieux de savoir quand ces notions , acquises dans le milieux théologiques protestants, seront passées du côté du public, en commençant par le plus éclairé, sans que cela amène à perdre la foi (c'est comme pour les avancées de la science en matière d'évolution et de cosmologie).

Billet originellement envoyé comme commentaire après le billet du 06.10, mis en ligne le 14.10.

jeudi 6 octobre 2005

Lire les nouveaux billets dans les commentaires (suite)

Une petite carte postale prétexte, souvenir d'Ajaccio avant-hier où se déroulait, comme partout en France, une manifestation syndicale et politique, car les commentaires du billet du 29.09 s'étaient automatiquement fermés. Ils contiennent notamment différents billets de Guillaume et Alex, et les billets suivants pourront donc venir dans les commentaires de celui-ci. Tout cela en attendant que nous puissions à nouveau éditer normalement ce blog...

Ce sera probablement pour la semaine prochaine, après notre retour à Londres!

mercredi 5 octobre 2005

Tu enfanteras dans la douleur

Alex Dépraz

Un article du Temps d'aujourd'hui (encore en ligne!) critique le libre choix laissé aux femmes par de plus en plus de gynécologues entre un accouchement par la voie naturelle et une césarienne. La césarienne de confort est forcément suspecte puisqu'il y a une "supériorité a priori de la naissance naturelle". Dommage que nos aïeules dont certaines sont mortes en couche dans des douleurs atroces ne soient plus là pour confirmer cette supériorité évidente! D'ailleurs, l'article étouffe totalement les cris de douleur que poussent en général les femmes pendant cet acte parfaitement naturel, donc d'une violence inouïe. On peut légitimement penser qu'ils conduisent certaines femmes à choisir une technique, parfaitement maîtrisée et plus apaisante. Comme le fait habilement remarquer un gynécologue cité dans l'article, si les hommes devaient subir ce qu'endurent les femmes, il n'y aurait plus que des césariennes depuis longtemps...

Billet originellement envoyé comme commentaire après le billet du 29.09, mis en ligne le 14.10.

mardi 4 octobre 2005

Le bracelet rédempteur

Alex Dépraz

La question de la récidive des délinquants sexuels agite la France depuis quelques jours et les commentaires ont déjà fleuri sur les blogs (voir notamment Versac et Maître Eolas). Le Monde revient dans son édition d'aujourd'hui sur la question, pour applaudir Sarkozy et critique la vision "angéliste" de la gauche. Les reproches de Laurent Greilsamer paraissent triplement infondés:

  • Premièrement, parce qu'au pouvoir la gauche a considérablement renforcé l'arsenal législatif contre les délinquants dangereux, particulièrement contre les délinquants sexuels. Notamment sous l'impulsion d'une certaine Ségolène Royal. Elle ne fait que timidement se réveiller aujourd'hui.
  • Deuxièmement, parce que parier sur la réinsertion est tout sauf un discours angéliste. C'est le fondement du droit pénal moderne. Si la loi pénale ne sert qu'à protéger la société, construisons un bagne sur Mars. L'idée a de l'avenir, j'en suis sûr.
  • Troisièmement, parce que le moyen choisi pour lutter contre la récidive (soit le port d'un bracelet électronique applicable à titre rétroactif et anticonstitutionnel) n'est d'aucune efficacité pour ces cas de criminels en série sortants de l'ordinaire (Dutroux, Guy Georges, Fourniret, et désormais Pascal Clément). Ils récidiveraient même s'ils avaient un bracelet électronique aux deux mains et une caméra de surveillance greffée sur l'épaule. Correction du 18.10.05: en réalité, c'est parce que la plupart des crimes sexuels ont lieu au domicile de l'auteur que le bracelet électronique est le plus souvent inefficace pour arrêter le criminel dans son entreprise coupable. C'est du moins l'avis du criminologue Martin Killias qui vient de livrer une étude sur le bracelet électronique en Suisse (voir le Temps du 3 octobre, "la vie avec un bracelet électronique ou la maison comme prison" malheureusement payant). A noter qu'en Suisse, le port du bracelet électronique est un mode alternatif d'exécution de la peine (qui remplace la prison ou le travail d'intérêt général) et non pas une mesure de sûreté.

Cette mesure sur la récidive n'est d'ailleurs que la partie immergée d'un iceberg qui a commencé à geler au moment de l'affaire Dutroux : allongement des peines, allongement des délais de prescription, extension des définitions d'infractions. La réponse politique s'appelle depuis longtemps répression.

En Suisse, l'initiative pour l'internement à vie a passé le cap du vote populaire en 2003, ce qui est très rare pour une initiative. Et, le projet qui doit la concrétiser dans le Code pénal en prévoit une application rétroactive aussi. Notre "ministre de la justice", docteur en droit, a d'aussi bons souvenirs d'études que son homologue français...

Le plus grave, c'est que ce discours de la "récidive zéro" passe. Alors même qu'un système pénal reposant sur les principes de Beccaria et les droits fondamentaux produit forcément un risque de récidive. Mais, il est bien plus commode de faire croire au citoyen que la liberté n'a pas de prix.

Billet originellement envoyé comme commentaire après le billet du 29.09, mis en ligne le 14.10.

dimanche 2 octobre 2005

Le pape est-il homophobe?

La question de l'épuration des prêtres homosexuels, une intention attribuée au Vatican, qui ne serait pas encoré avérée, n'est apparemment pas aussi simple. Damian Thompson explique dans le Spectator que ce n'est pas un thème qui oppose conservateurs et progressistes, comme les médias semblent le faire accroire.

Parmi ses arguments, je retiens les deux suivants:

  • A partir du moment où le célibat est réclamé, ce serait une offense au Saint-Esprit de postuler qu'il ne peut pas produire les fruits de chasteté chez un prêtre homo que chez un hétéro.
  • On peut difficilement invoquer la lutte contre la pédophilie et les abus sexuels en général. D'abord parce que ces derniers sont en nette régression aux Etats-Unis et quasi inexistants en Europe. Ce sont les prêtres du tiers-monde qui y seraient le plus enclins à commettre des abus, et ce sont des jeunes femmes qui en sont les victimes. Or les prêtres du tiers-monde sont considérés comme une bénédiction du ciel pour l'Eglise - donc intouchables.

Billet originellement envoyé comme commentaire après le billet du 29.09, mis en ligne le 14.10.

.

samedi 1 octobre 2005

Billet honteux et furtif (le Tannhäuser de Py)

J'ai vu le Tannhäuser d'Olivier Py de Wagner. Je l'avoue: c'est la polémique phallique qui m'a fait réaliser que je n'avais pas encore vu de réalisation du génial néonphile et que je devais être déniaisé en la matière. Et j'avais raison. Des voix à tomber, une mise en scène et une esthétique qui sont un régal pour l'oeil et pour l'esprit. D'où il appert que la provoc au hardeur est aberrante et contreproductive. Pendant tout le temps qu'on en parle (moi y compris), on ne parle pas du reste, qui est l'essentiel, et c'est bien dommage. Py douterait-il que son talent, son intelligence suffisent à faire parler de lui, à attirer des spectateurs? A moins qu'il ne fasse preuve d'une lucidité cynique, qui ne serait pas sans résonnances avec la morale qui se dégage de l'oeuvre, une fois passé le premier degré d'un texte si convenu. La vraie vie semble être au Venusberg, affranchie de tous les tabous de la religion, mais c'est un monde refermé sur lui-même, sans relations interpersonnelles réelles, où il ne s'agit que de la satisfaction d'egos juxtaposés, qui voient cependant les choses telles qu'elles sont. Forme de cynisme.

Billet originellement envoyé comme commentaire après le billet "Suisse-UE" du 25.09, mis en ligne le 14.09.

Calendrier

« octobre 2005 »
lunmarmerjeuvensamdim
12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31

FB Google+ Reader

Subscribe to the feed
Or to the daily newsletter

Dernières tranches

Tranches de choix

  • Blogs d'élu-e-s romand-e-s
  • Où sont les blogueuses politiques?
  • Sheila, les mages et moi (Epiphanie + 1)
  • Après la "flat tax", l'impôt "dégressif"
  • Politique: la force d'inertie
  • La politique n'est pas une compétition
  • Tous athées
  • La légèreté délicieuse qui sous-tend la Création
  • Abolir le mariage en faveur d'un PACS+?
  • Après les élections irakiennes
  • Gérontoloftophilie
  • Archaïsme et modernité: polygamie et pouvoir dans la société française
  • Le Cristal-Rouge, vraie fidélité à Henri Dunant
  • Outreau, chronique d'une erreur judiciaire annoncée
  • Mgr Genoud et les gays
  • Alain Finkielkraut et l'intifada des banlieues
  • Typologie du "mariage gay"
  • Fumée dans les lieux publics et Constitution
  • Affaire Plame
  • Genève sur Spree? Pour une grande coalition à la genevoise
  • (Homo)sexualité et polythéisme de nos ancêtres dans la foi
  • Bonnes nouvelles d'Irak (35)
  • Quand un pasteur protestant se fait ordonner prêtre catholique
  • Rocard et le congrès du Mans
  • Le combat de Jacob avec...
  • Saïda vs Tariq
  • Inégalité et pauvreté
  • GB: deux points pour la blogosphère
  • Kouchner comme joker anti-Sarko
  • Excuse et apologie, romantisme et culpabilité
  • Retour sur le "Rainbow Warrior"
  • Lendemain d'attentat
  • "Le rabais britannique doit disparaître" (Tony Blair)
  • Attali et Onfray: laissez-les parler (surtout le premier)
  • L'acquittement de Michael Jackson
  • Le pouvoir est dans la multitude anonyme
  • Quelle Europe?
  • Couples de même sexe: le chemin parcouru
  • Jean-Polémiques
  • Europe: où va la gauche?
  • Démocratie en Irak: la mémoire sélective des adversaires de l'intervention
  • L'Europe après Chirac
  • Elections britanniques: J - 23
  • Institutions européennes: illustration sur les brevets logiciels
  • La religion et ses ennemis
  • Les journalistes, cibles ou "victimes accidentelles" des blogs?
  • Pape impudique
  • 68 enterré ou réincarné?
  • Gays palestiniens
  • Lincoln était donc bi!
  • Le placard doré de Susan Sontag
  • Robert Malley rabat-joie
  • Théologie des désastres naturels
  • Tsunami: solidarité gay?
  • La gauche, la droite et l'intervention en Irak
  • Diables de créationnistes
  • Mariage gay et égalité de traitement
  • BBC News

    • Murder sparks anti-Muslim backlash
      There has been a huge increase in anti-Muslim incidents since the murder of a British soldier in Woolwich, an inter-faith charity says.
    • Police probe fatal tiger attack
      The death of a zoo worker attacked by a tiger could have been due to "human or technical" factors, police say.
    • Warnings over flagship projects
      More than 30 of the coalition's flagship schemes, including the West Coast Main Line scheme, are at serious risk of failure, a government report warns.
    • Syria town under heavy army shelling
      Rebel positions in Qusair in western Syria come under heavy shelling as government troops step up their offensive to recapture the strategic town.
    • Pakistan bus fire kills 16 children
      At least 16 children and a teacher are killed in a fire on their school bus in the eastern Pakistan of Gujrat, police say.
    • Swedish riots spread beyond capital
      Cars and buildings are torched for a sixth night in Stockholm despite extra police being deployed, as rioting spreads to at least two other towns.
    • Two questioned after UK plane alert
      Two men are questioned on suspicion of endangerment of an aircraft after RAF jets were scrambled to escort a Pakistan Airlines plane in UK airspace.
    • 48 rescued as island boat hits rock
      A total of 48 passengers, including children, are rescued from a boat after it hits a rock and starts taking in water off the Pembrokeshire coast.
    • French army in major Mali pullout
      France begins a key stage of its military withdrawal from Mali, four months after sending troops to push Islamist rebels out of the north.
    • IMF chief Lagarde made key witness
      A French court does not place IMF head Christine Lagarde under investigation over a payout made when she was finance minister, making her a key witness...

    Le Temps

    Domaine Public

    Têtu

    Abonnez-vous