Réalisme
François Brutsch | samedi 10 septembre 2005 à 23h47 | droit/politique | rss
Un petit reportage bien intéressant, encore dans Le Monde de samedi:
La douloureuse conversion à la vidéosurveillance d'un collège difficile de l'Yonne
(C)haque enseignant pense, en son for intérieur: "En acceptant les caméras, on a le sentiment de se trahir soi-même. C'est le premier pas vers une société à l'américaine", résume Corinne Mathieu, professeur de lettres. "Par réalisme" face à "une société qui change", elle a toutefois soutenu le projet "à contrecoeur" .
Monique Petitot, conseillère principale d'éducation (CPE), a mal vécu cet épisode. Elle en parle encore avec émotion. "Moi qui me situe plutôt à l'extrême gauche, je me trouve d'accord avec une politique de droite quand je défends la vidéosurveillance", regrette-t-elle.
L'idéologie s'efface néanmoins derrière le pragmatisme: la CPE établit un parallèle avec... l'informatique. "On pourrait continuer à écrire à la main, ça marche. Mais l'informatique, c'est aussi très pratique." Pourquoi se priver, alors, d'une nouvelle technologie?
Même chose côté élèves:
D'un côté, il y a des bénéfices évidents qui ont conquis leurs parents, d'après ce qu'ils en savent. "C'est bien pour les tout-petits, les sixièmes, qui ont peur de se faire taper", glisse Rajda, une déléguée de classe de troisième. "Ça évitera les punitions collectives quand les profs ne trouvaient pas les coupables", estime Julien, élève de troisième. "Ça empêche les dégradations", note Christopher, en quatrième.
De l'autre côté, il y a des craintes quant à la dimension "policière" du dispositif. "Vingt-deux caméras, ça fait un peu flipper", dit Damien, en quatrième. "Le collège va ressembler à une prison", pense Benjamin.
Où l'on voit aussi que le problème est surtout dans la représentation mentale, plus que dans la réalité: pourquoi "policier" serait-il péjoratif, en quoi les caméras sont-elles "de droite", sauf à soutenir que l'impunité des violences et dégradations de locaux serait souhaitable et de gauche? Les enseignants ont fini par le reconnaître, qui ont approuvé la proposition à 60% (les agents d'entretien et de service, qui sont en première ligne, l'ont soutenue plus nettement encore).
Mais cela oblige à sortir d'une anesthésie euphorique dans laquelle tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et c'est de l'Etat et de la police seulement que peuvent venir le mal, en refusant de voir les atteintes bien réelles à la liberté, et d'abord celle des plus faibles, des incivilités au terrorisme. Cela prendra du temps, comme a pu s'en rendre compte l'autre jour le ministre de l'intérieur du Royaume-Uni (et, pour l'occasion, de l'Union européenne), lorsqu'il s'est fait prendre de haut au Parlement européen, par des gens qui se croient manifestement plus démocrates que lui, pour les propositions de bon sens qu'il défendait. Un autre exemple est la pétition lancée en France par la Ligue des droits de l'homme, notamment, contre la carte d'identité électronique biométrique: le droit au flou, mais en fin de compte le droit à la fausse identité, comme nouveau droit de l'homme?






Commentaires
1. Le dimanche 11 septembre 2005 à 03h17, par al
2. Le dimanche 11 septembre 2005 à 13h32, par Sozorogami
3. Le dimanche 11 septembre 2005 à 15h20, par François Brutsch
4. Le mercredi 14 septembre 2005 à 16h18, par Alex Dépraz
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