mai 2005 - Un swissroll

Un swissroll

Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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mardi 31 mai 2005

Migros copain?

nouveau logo MigrosFascinant! Lorsque je l'ai remarqué la première fois, il y a quelques semaines ou quelques mois, j'ai (non sans arrogance) cru à une erreur: un graphiste qui se sera emmêlé les pinceaux... Mais désormais pas de doute: c'est partout que l'omniprésent logo de la Migros subit une transformation semblable à l'amincissement qu'a connu le bonhomme Michelin. Et ce n'est pas évident de transformer une identité en gardant rigoureusement le même principe: un mot orange de 6 lettres en majuscules. D'ailleurs, aucune des personnes à qui j'ai posé la question n'avait rien remarqué (certaines ne voient d'ailleurs pas la différence avec l'ancien), et l'opération ne paraît pas avoir donné lieu à une grande orchestration médiatico-narcissique, ou alors elle m'a échappé...

Banque MigrosBon, je reconnais avoir un intérêt particulier pour ces questions, et la typographie en particulier (ici on est clairement dans une variation sur Gill Bold Sans, alors qu'auparavant on était plutôt dans l'Univers). nouveau logo MigrosEt je trouve que ça change subtilement, mais indéniablement, l'image (quant à savoir si ça vaut les séances au plus haut niveau, les honoraires de "spécialistes" et les frais du remplacement...: quel est le retour sur investissement attendu, et surtout comment le vérifie-t-on a posteriori?): moins massif, dur, fort, plus copain, doux, rassurant... aussi solide? Je ne trouve pas immédiatement d'images de l'ancien logo, mais il est encore incorporé (pour combien de temps) dans ces dominions de l'empire que sont Le Shop et la Banque Migros...

lundi 30 mai 2005

Optimisme britannique

Pour le commentateur de France 2 à Londres tout à l'heure, les Britanniques sont dans l'ensemble soulagés par le refus français de la Constitution. Aux yeux d'une majorité, elle était trop sociale. Maintenant, l'heure est à l'optimisme puisqu'on on va pouvoir revenir au Traité de Nice, beaucoup plus libéral. Telle est la victoire du non de la gauche française antilibérale.

COMPLEMENT DE FRANCOIS BRUTSCH à 10H30 - On aura l'occasion d'y revenir, mais juste une précision: la gauche antilibérale n'est qu'une composante (importante, certes) du non français. Ce qui est vraisemblable, c'est que le non de droite est aussi antilibéral (et dans un sens probablement plus large encore).

dimanche 29 mai 2005

Ouf, pas de surprise

Au point où en est la France, un "oui" à l'arraché aurait été la pire des solutions...

Jean-Polémiques

Pour parler de toute autre chose que ce que vous savez: Jean-Paul II a-t-il été un mass murderer (sachant que mass signifie bien sûr foule et non pas messe)? Non, répond Andrew Kenny dans The Spectator (gratuit mais il faut s'enregistrer). L'auteur est par ailleurs un athée pénétré de l'illogisme de la doctrine catholique en matière de contraception et convaincu de l'efficacité du préservatif dans la prévention du VIH/sida. Mais il rapporte qu'en Afrique du Sud, où il vit, on pense qu'une grande proportion des rapports causant une infection au VIH/sida sont de type non-consensuels, et que dans ce cas, l'homme ne mettrait jamais de préservatif, même si le Pape le lui ordonnait. Les femmes disent que leurs maris ou leurs amants les battraient si elles demandaient cette protection. L'article s'ouvre sur un crime écologiste commis en 1971 lorsqu'on a renoncé à l'usage du DDT qui aurait pu sauver des vies de la malaria. Pour Andrew Kenny, il est avéré que le DDT est innocent des dangers qu'on lui attribue. Par contre, les idéologies (rouge, brune, verte = écologiste) sont plus meurtrières que l'Eglise catholique. Du moins pour ce qui concerne l'Afrique du Sud.

samedi 28 mai 2005

Europe: où va la gauche?

Au-delà des jours prochains, l'échéance qui se profile est le renouvellement du Bundestag allemand à l'automne. Après un nouvel échec du SPD, cette fois en Rhénanie du Nord Westphalie, Gehrard Schröder a décidé de provoquer des élections anticipées; il ne paraît pas rencontrer les mêmes difficultés qu'en son temps Helmut Schmidt, alors lâché par les libéraux, pour mettre dignement un terme à la législature. Le geste pourrait ne pas manquer de panache mais ne relève pas tant du joueur d'échec que du flambeur de casino; et ses conséquences risquent d'être douloureuses, à la mesure des errements du chancelier.

A moins qu'il ne se la joue tactique, comme il a gagné la précédente élection sur un pacifisme anti-américain opportuniste, et pense ainsi mieux couper l'herbe sous les pieds de l'opposition de gauche aux réformes enfin entreprises qu'en attendant la fin de la législature? Mais que le SPD fasse peut-être son plus mauvais score depuis la fondation de la République fédérale, précisément sur un programme réformiste, ne peut manquer d'évoquer les déchirements du Labour britannique après l'échec de Callaghan (lui aussi en butte à la gauche du parti contre ses tentatives réformistes) en 1979, suivi par 18 ans d'opposition avant la renaissance de la Troisième Voie. Et la conjonction d'une gauche "anti-capitaliste" en Allemagne avec la gauche du non au traité constitutionnel en France (Oskar Lafontaine, qui est une sorte de Chevènement allemand, présent à un meeting du "non") n'annonce rien de bon.

Le Monde de samedi présente un éclairage inquiétant sur la manière de penser des dirigeants socialistes allemands, en citant Thomas Meyer, président de l'académie politique de la fondation Friedrich Ebert:

"En gros, estime-t-il, il y a dans le monde d'aujourd'hui deux concepts différents de démocratie qui s'affrontent: le concept de la démocratie libertaire, de type américain; et le concept de la démocratie sociale de type européen. La social-démocratie doit défendre son projet contre la concurrence du concept libertaire, en Allemagne mais aussi sur le terrain européen. Elle doit, dans les conditions de la globalisation et des changements sociétaux en cours, définir ce qu'elle représente aujourd'hui, et défendre son projet contre une démocratie libertaire entièrement fixée sur le marché".

On retrouve cette obsession des fratries (ou des sectes) dans lesquelles c'est précisément de ce que l'on est proche, similaire, que l'on tente désespérément de se distinguer. Comme la "multipolarité" chère à Chirac qui a conduit aux errements de certains pays d'Europe sur la riposte au 11 septembre 2001, prétendre voir une opposition fondamentale de type sociétale entre l'Amérique et l'Europe est une erreur tragique dans un monde globalisé. Dans une tribune percutante publiée dans le même numéro du Monde à propos du traité constitutionnel, Sylviane Agacinski (Mme Jospin) porte le fer dans la plaie:

Certains font semblant de découvrir avec effroi la "concurrence libre et non faussée", dont le principe remonte au traité de Rome: est-ce à dire qu'ils préféreraient une concurrence faussée par les monopoles? Ou pas de concurrence du tout, dans une économie à la soviétique? Je préfère une Europe d'inspiration sociale-démocrate qui impulse des politiques sociales et reconnaît aux Etats le droit de développer les "services d'intérêt général" , c'est-à-dire les services publics.

J'ai déjà évoqué ma conviction que les suites du 11 septembre 2001, attaque contre toute les démocraties qui doit faire prendre conscience de la nécessité de la défendre et de la promouvoir en cessant de composer avec les dictatures mais en travaillant résolument à aider les peuples à les renverser, sont porteurs d'un réalignement qui traverse tant la droite que la gauche (et on peut aussi en faire remonter l'origine à la chute du Mur en 1989). Et je ne crois pas que cette question soit indépendante de l'attitude par rapport au marché: dans les deux cas, c'est bien l'avenir de la démocratie libérale qui est en jeu et celle-ci appelle, comme l'évoquait Oliver Kamm (à juste titre sévère avec Schröder), un militantisme démocratique qui doit dépasser la gauche et la droite. Que la gauche allemande vacille, que la gauche française, dont on n'a jamais été sûr que ce soit par conviction plutôt que par opportunisme qu'elle s'est ralliée à la culture de gouvernement, retombe dans ses errements, souligne a contrario la lucidité visionnaire (mais hélas peu prophétique) de Clinton et Blair dans leur conviction que la gauche doit se repositionner du côté des individus. Le populisme, l'altermondialisme et le totalitarisme (d'inspiration religieuse ou autre), voilà les vrais ennemis; et le socialiste français Pascal Lamy est bien courageux de prendre la direction de l'Organisation mondiale du commerce dans ce climat.

A un niveau plus anecdotique, il faut relever le rôle de microcosme d'anticipation de la Suisse dans ces mouvements: l'alliance entre le PS et le PdT (nos communistes) a précédé l'Union de la gauche en France, de même que l'émergence des trotskystes par le biais d'une OPA masquée en vue d'organiser ce qui est à la gauche du PS, pour assister désormais à la neutralisation ambiguë de la gauche réformiste.

vendredi 27 mai 2005

Votations: les affiches du 5 juin

J'y ai passé une partie de la nuit (et du lendemain à vrai dire, ce n'est d'ailleurs pas totalement terminé), mais ce blog comporte désormais une galerie de photos consacrée aux affiches de la campagne à propos de l'association de la Suisse à l'Espace Schengen / Dublin et de la loi sur le partenariat entre personnes de même sexe. Avec l'aide du forum des utilisateurs de DotClear, j'ai surmonté la dernière difficulté rencontrée: les miniatures ne s'affichaient pas sur la page générale de la galerie.

Evidemment, je regrette un peu de n'avoir que des images prises avec le méchant appareil photo de mon PalmOne Tréo 600 (je faiblis dans ma résolution de ne pas me précipiter sur le 650 dont c'est une des améliorations!)... Si des visiteurs perfectionnistes veulent m'envoyer des photos de meilleure qualité, c'est bien volontiers que je les substituerai. Et je n'ai ici que les affiches genevoises (oui, en Suisse même les campagnes nationales sont en main des partis cantonaux plus que du parti fédéral), mais je serais heureux de compléter... L'adresse: francois @ swissroll . info (sans espaces évidemment).

BILLET ACTUALISE LE 28.05 A 22h10: Tout fonctionne!

jeudi 26 mai 2005

Discours de campagne

Un nouveau sondage persiste à lui donner une majorité de l'ordre de deux-tiers: même si l'exercice est assez peu fiable en Suisse, c'est peu dire que le "oui" au partenariat ne part pas battu. Et toute la campagne est orientée dans le sens d'une évidence tranquille, servie par la propagande du "non" qui tend à se marginaliser par une argumentation religieuse relevant (logiquement!) de la profession de foi et non du souci de convaincre. "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentils": aux lesbiennes et gays proprets, responsables et carréments édifiants qui s'affichent répondent des hétéros de tous âges et de tous milieux débarrassés de tout préjugé: le rêve, je vous dis! La seule fausse note dans cette "positive attitude" est une affiche agressive de l'extrême-gauche genevoise qui met en scène Mgr Ratzinger / Benoît XVI...

On peut pourtant aussi rappeler qu'il y a un véritable enjeu: c'est le sens du récit poignant publié par un ami, hélas seulement dans un quotidien local confidentiel (et au lectorat sans doute acquis à la cause). Jean-Pierre Sigrist était bien placé pour le faire: militant de la première heure et de toutes les heures, qui me fait penser à Peter Tatchell par son inépuisable capacité d'indignation et d'enthousiasme, aux objets innombrables, dont la radicalité véhémente se marie mystérieusement avec une urbanité exquise. Son texte est reproduit intégralement ci-dessous.

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La tactique du salami et autres aliments impurs

Un certain nombre de référendaires opposés à la loi sur le partenariat (LPart) sur laquelle les Suisses voteront le 5 juin sont issus de partis qui entendent défendre les valeurs chrétiennes. De son côté, le Parti Démocrate-Chrétien a décidé de soutenir la LPart. Dans son introduction à la LPart, Ruth Metzler, alors conseillère fédérale (PDC) a dit: «Mesdames et Messieurs, c’est une question d’amour.» Les opposants n’ont donc pas le monopole de la foi. Surtout pas d’une foi basée sur les Ecritures. Jésus ne s'est pas exprimé sur l'homosexualité mais il a remis en question des catégories comme le pur et l’impur, de même que l'auteur des Actes des apôtres qui est allé très loin en la matière...

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mercredi 25 mai 2005

Liverpool bat Milan

Lisez Samizdjazz!

mardi 24 mai 2005

Votations du 5 juin

A Genève où je peux enfin voir les affiches de la campagne. Le "oui" au partenariat est unanimiste et gentillet, comme il se doit ;-), l'objet vraiment disputé est l'association à Schengen - Dublin, donc la question du rapport à l'Europe... Deux exemples, en attendant que j'ajoute peut-être au DotClear qui fait tourner ce blog le plugin Gallery qui permet de présenter des séries d'images.

COMPLEMENT DU 28.05: C'est fait!

lundi 23 mai 2005

Bonnes nouvelles d'Irak (28)

Le croiriez-vous, à voir les grands médias? Et pourtant, oui, il y a -- aussi -- plein de choses positives qui se passent en ce moment en Irak. Arthur Chrenkoff les recense et vous permet de juger par vous-même en suivant ses liens.

dimanche 22 mai 2005

Schengen-Dublin

Si la France vote sur le traité constitutionnel européen dimanche prochain, le scrutin sur l'association de la Suisse à l'Espace Schengen et à l'Espace Dubin ne sera clos que le dimanche suivant et, pour être moins exhubérante qu'en France, l'opposition ne me paraît pas moins réelle. Une raison de plus pour lire une interview de Jacques Pitteloud, coordinateur national des questions de sécurité, que publie Ludovic Monnerat sur son site d'informations stratégiques Check Point.

samedi 21 mai 2005

Société civile à Cuba

Babalu Blog contient beaucoup d'informations sur l'étonnant congrès qui, malgré les embûches, se tient près de La Havane à l'enseigne de l'Assemblée pour l'organisation de la société civile à Cuba (via Instapundit).

P.S. Entre remord et coquetterie: je mets en ligne ce billet le dimanche à 12h, en l'antidatant au moment où j'en ai transmis par mail la substance à un ami à Cuba même...

vendredi 20 mai 2005

"Pétrole contre nourriture": un rôle pour des banques suisses...

Frustrant! Le Temps d'aujourd'hui publie deux articles du journaliste d'investigation "maison", Sylvain Besson, qui croisent les travaux de la Commission d'enquête indépendante présidée par Paul Volcker (nommée par Kofi Annan) et ceux de la sous-commission du Sénat américain... mais ils ne sont accessibles qu'aux abonnés (ou vendu bien trop cher: 3CHF depuis la Suisse, 10 CHF depuis l'étranger). Le Temps, qui se veut le quotidien national de qualité en langue française, a l'un des plus mauvais sites que je connaisse, en n'ayant par exemple pas d'URL unique pour ses articles.

Quelques extraits, quand même:

De récents rapports du Sénat américain montrent que des banques basées à Genève et à Lausanne ont prêté de l'argent à des sociétés de négoce pour acheter du pétrole irakien. Certaines de ces transactions auraient donné lieu au versement de dessous-de-table illégaux au régime de Bagdad, ou à des politiciens étrangers considérés comme favorables à Saddam Hussein.

Cela concernerait au total pas moins de 60% des ventes de pétrole dans le cadre du Programme de l'ONU "Pétrole contre nourriture", destiné à permettre à l'Irak d'échanger son pétrole contre des denrées essentielles mais détourné par Saddam Hussein pour soudoyer des personnalités étrangères et récupérer des fonds pour son propre usage.

Parmi les transactions problématiques, le Sénat américain a identifié un virement effectué le 4 octobre 2001 par la BCV à la demande de Bayoil. D'un montant de quelque 840 000 dollars, il serait parvenu, après un passage par Chypre, au politicien russe d'extrême droite Vladimir Jirinovski, un favori du régime de Bagdad. Une partie du montant aurait ensuite été rétrocédée au gouvernement irakien.

La société texane Bayol, qui a une filiale à Genève, est accusée par le Sénat américain d'avoir versé au régime irakien des dessous-de-table évalués à 37 millions de dollars, et son patron, David Chalmers, est inculpé aux Etats-Unis.

Selon le rapport, ces fonds provenaient de transactions financées par un groupe de banques suisses spécialisées dans le commerce de pétrole: Banque Cantonale Vaudoise (BCV), Crédit Agricole Indosuez, United European Bank, Paribas et Banques Bruxelles Lambert (aujourd'hui ING). Pour ces banques, le problème est simple: "Aurions-nous pu nous rendre compte que de l'argent était payé "au noir" en marge de ces transactions? En toute honnêteté, la question se pose", confie un cadre de l'un des établissements concernés. "Mais jamais nous n'avons versé d'argent directement au gouvernement irakien."

Et pour couronner le tout Sylvain Besson indique que ce sont deux sociétés suisses, ou l'une de leur filiale, qui auraient mis sur le marché une partie des allocations de pétrole attribuées à George Galloway et Charles Pasqua.

L'article évoque également les démarches pressantes de la Commission Volcker pour obtenir des informations de la part des autorités suisses, fort inquiètes pour l'image du pays et les répercussions politico-économiques que cela pourrait entraîner; mais il leur est d'autant plus difficile de les éluder que le vice-président de la commission, Mark Pieth, est un professeur de droit pénal à l'Université de Bâle, et le Chief Investigation Officer Europe, avec bureau à Paris, est Laurent Kasper-Ansermet, un ancien juge d'instruction spécialisé dans les affaires financières à Genève...

jeudi 19 mai 2005

Petite leçon de realpolitik suisse (ou de ce qui se voudrait tel)

Pour Philippe Barraud, opposé à l'adhésion de la Suisse à l'UE, la France aurait intérêt à voter non à la Constitution européenne, mais du point de vue de la Suisse, c'est le oui qu'il faut souhaiter - et le non du peuple suisse et à la ratification des accords de Schengen. La Suisse a en effet besoin d'avoir un partenaire - l'Europe - qui ne soit pas en crise. Autre argument, le non à la Constitution tourne le dos au libéralisme prudent des pères fondateurs et va dans la direction de l'eurosocialisme.

mercredi 18 mai 2005

Transplantation rénale

Encore une histoire de transplantation d'un rein prélevé sur une donneuse vivante dans le Daily Telegraph, et celle-ci finit mieux que la précédente! Décidément, les exigences de compatibilité biologique se font de moins en moins contraignantes (l'article mentionne même un cas de don d'une mère à son fils alors que les groupes sanguins sont différents), ce qui témoigne à la fois de la difficulté à obtenir suffisamment d'organes prélevés sur des cadavres et de l'amélioration des traitements ultérieurs pour prévenir le rejet.

Une particularité dans l'affaire d'aujourd'hui, c'est que le prélèvement du rein a été opéré à l'aide de bras télécommandés et d'une caméra, insérés dans le corps par des micro-incisions. Remarquable en effet, mais il a quand même fallu retirer le rein, et en une seule pièce...

mardi 17 mai 2005

Crédulité et sacrilège

Après la BBC, le Daily Mirror, le Boston Globe, CBS (pour ne s'en tenir qu'à l'Irak): Newsweek... Ludovic Monnerat a tous les détails.

On ne sait s'il faut s'indigner de cette nouvelle manifestation de crédulité unilatérale des journalistes bien-pensants, se féliciter de la rapidité de la rétractation, ou méditer sur la situation de vide social dans lequel écrivent des journalistes qui n'ont pas l'ombre d'une considération pour les soldats qui portent l'uniforme de leur pays.

Dans un tout autre registre, peut-être s'inquiéter du fait que jeter, par hypothèse, un exemplaire imprimé du Coran dans les toilettes puisse passer pour un acte de torture sans faire éclater de rire; et qu'il paraisse en tout cas établi que cela serait inadmissible. Au train où vont les choses, je me demande si Philip Roth pourrait encore écrire, dans Portnoy's Complaint (en français: Portnoy et son complexe), que la religion chrétienne est

a set of beliefs that would ashame a gorilla.

lundi 16 mai 2005

Impression de campagnes

Alex Dépraz

Les Suisses romands peuvent observer les effets médiatiques d'une double campagne européenne: celle qui se déroule en Suisse sur l'adhésion de la Confédération aux Accords de Schengen et Dublin (vote le 5 juin) et celle qui enflamme l'Hexagone avant le référendum du 29 mai sur le traité constitutionnnel. A l'approche des scrutins, on peut s'amuser à faire l'inventaire des similitudes et des différences.

Les choses qui se ressemblent d'abord: l'enjeu européen donne lieu d'un côté et de l'autre du Jura à une certaine cacophonie politique. Tous les arguments sont bons pour dire oui: Nicolas Sarkozy, qu'on a connu mieux inspiré, estime qu'un "oui" serait préférable pour barrer la route à la Turquie. En Suisse, Samuel Schmid, Président en exercice de la Confédération, estime qu'un "oui" suisse à Schengen/Dublin est un bon moyen pour s'opposer à une adhésion future du pays à l'UE. Même manoeuvre chez ces deux hommes politiques: ils utilisent les arguments de leurs adversaires pour les renverser à leur profit. Mais, ce faisant, ils oublient l'enjeu même de la votation: la création d'un espace politique commun pouvant au contraire justifier une adhésion turque si ce pays en accepte les règles du jeu pour l'un et un rapprochement avec la politique en matière de sécurité et d'asile de l'UE dont on voit mal qu'elle ne rapprocherait pas le pays d'une adhésion dans l'autre cas.

Les différences maintenant: la votation suisse paraît beaucoup moins indécise que la française (les sondages indiquent plus de 60% de oui en Suisse). Et surtout, elle est pratiquement déjà jouée. Comme l'indiquait François dans un billet précédent, les Suisses votent pour la plupart par correspondance plusieurs semaines avant la clôture du scrutin. Même une révélation sur des dysfonctionnements dans le système de Dublin quelques jours avant le 7 juin (par hypothèse) n'aurait sans doute pas un effet déterminant. Il en va tout autrement en France où l'on sent bien qu'un événement quelconque peut faire basculer le scrutin d'un côté ou de l'autre! Si je m'appelais Jean-Pierre, j'aurais sans doute des nuits pénibles!

PS: Et encore une observation. Le fait que les médias soient en Suisse romande en majorité, voire unaniment, favorables à une ratification des accords de Schengen et Dublin ne donne pas lieu à la même polémique qu'en France.

L'extrême-doite: seul recours pour les gais aux Pays-Bas?

Chris Crain, journaliste gai américain d'une certaine envergure, s'est fait attaquer lorsqu'il déambulait main dans la main avec son partenaire à Amsterdam. Les agresseurs avaient, selon Crain, des traits marocains. Ils devaient faire partie de ces minorités d'immigrés aux Pays-Bas, dont une partie croissante, de religion musulmane, ne peut s'adapter aux valeurs occidentales. Cf. son témoignage rapporté par Andrew Sullivan.

Une morale de cette histoire nous est donnée dans cet article de PlanetOut qui nous apprend que pour un autre gai américain, Scott Long, directeur du programme gai, lesbien, bi- et transgenre de Human Rights Watch, il y a toujours un degré extraordinaire de racisme dans la société néerlandaise. Les gays en deviennent les victimes quand les immigrés leur font payer les injustices dont ils ont à souffrir. Dans un sens, c'est méritoire qu'un gai tente de prendre de la distance et de comprendre l'agresseur homophobe. Dans un autre sens, cette attitude de non-jugement mué en jugement à rebours (les agresseurs sont d'abord des victimes, les méchants, ce sont les Néerlandais de souche racistes) se fait complice passif des agressions passées et à venir.

Selon Pieter Dorsman de Peaktalk, c'est exactement ce contre quoi feu Pim Fortuyn avait cherché à mettre en garde ses concitoyens. Mais il est pessimiste, dans la mesure où les Néerlandais moyens ne seront pas affectés par ce problème.

Une fois de plus, la question postmoderne classique est posée de savoir comment, sans donner des gages au racisme et la discrimination, se faire intransigeant par rapport aux règles de vie dans les pays, au respect de l'égalité des femmes, des minorités, etc.? Il ne faudrait pas laisser à l'extrême-droite ou à des mouvements marginaux tel celui de Pim Fortuyn le monopole de dénoncer les dangers de passage à l'acte représentés par diverses minorités religieuses ou ethniques.

COMPLEMENT DE FRANCOIS LE 18.05 A 10H30: Deux articles à signaler dans Le Monde d'aujourd'hui: Les homosexuels manifestent contre une intolérance inédite aux Pays-Bas et L'insoumise de La Haye (un portrait de la députée Ayaan Hirsi Ali, dans le collimateur de ceux qui ont assassiné Theo Van Gogh).

dimanche 15 mai 2005

Irak: solidarité syndicale internationale

Comment une délégation de cinq représentants de syndicats britanniques opposés à l'intervention internationale en Irak s'est rendue dans ce pays, a rencontré des représentants de l'Union syndicale irakienne (l'IFTU) et en est revenue convaincue de la nécessité pour le TUC de manifester sa solidarité. Un long reportage émouvant, drôle, passionnant publié par le très remarquable FTmagazine qui accompagne le Financial Times du samedi. C'était le 23 avril 2005, mais il me semble que c'est toujours d'actualité. J'ignore si l'Union syndicale suisse fait quoi que ce soit d'approchant, mais au moins l'OSEO conduit-elle quelques projets en Irak.

samedi 14 mai 2005

De Babel à Pentecôte

Dans un précédent billet, à propos de la traduction généralisée à l'UE, François Brutsch évoquait la "malédiction de Babel" (le texte de la Genèse est ici). Mais peut-on vraiment parler de malédiction? En effet, dans le récit de la Genèse, la multiplication des langues est, plutôt qu'une punition, une mesure prise par YHWH pour sauvegarder son territoire (le ciel), empêcher que les hommes prennent sa place et deviennent, eux, tout-puissants comme lui. Avec les conséquences funestes que cela impliquerait. C'est du moins l'interprétation des théologiens modernes, qu'ils privilégient par rapport à la lecture encore trop courante qui laisse entendre qu'on a affaire à un dieu jaloux de ses prérogatives, obligeant l'homme à rester humblement à sa place. Aujourd'hui, on pourrait dire que la leçon de Babel serait plutôt de nature libérale, à savoir rendre attentif aux dangers des potentiels aliénants et totalitaires de toute société qui subordonne les individus à un but unique. Dans un autre registre, l'épisode de Babel devrait interpeller toute Eglise qui prétend au monopole de l'Unité.

Demain, les chrétiens fêteront l'anti-Babel. Lors de la Pentecôte (le texte des Actes des apôtres est ici), un des effets de la descente du St-Esprit sur les apôtres, c'est le parler en langues étrangères qui n'existent pas forcément, phénomène de transe dont il semble qu'on le retrouve aussi ailleurs que dans le christianisme. Mais peu importe ce que profèrent les apôtres, le résultat est que chaque auditeur entend le message de l'Evangile dans sa langue. A l'inverse de ce qui se passe à Babel, Dieu est descendu du ciel, non pas pour disperser les hommes, mais pour les rassembler dans une communication intime verticale et horizontale. Autrement dit, l'accès au ciel qui était refusé à ceux qui voulaient l'envahir par le moyen de la tour de Babel est octroyé gracieusement - n'en déplaise à ceux qui voudraient imposer les lois du marché (libre ou étatisé) à l'économie divine.

vendredi 13 mai 2005

Pasqua, Galloway et Saddam

Le rapport (bipartisan) de la sous-commission du Sénat américain sur ces détournements du Programme de l'ONU "Pétrole contre nourriture" est ici en PDF (22 pages). L'introduction:

This Report presents the evidence gathered by the U.S. Senate Permanent Subcommittee on Investigations (the "Subcommittee") establishing that Charles Pasqua, the former French Minister of the Interior, and George Galloway, a newly-reelected Member of the British Parliament, were granted substantial oil allocations from the Hussein regime under the U.N. Oil for Food Program. In particular, the Subcommittee presents documents created by the Iraqi Ministry of Oil during the reign of Saddam Hussein, interviews with senior officials of the Hussein regime that were interviewed by the Subcommittee, and interviews of Hussein regime officials conducted by the U.S. Treasury Iraqi Financial Asset Team.

That evidence shows that some of Pasqua's allocations were personally approved by Saddam Hussein. In addition, the evidence reveals that Pasqua attempted to hide his activities for "political reasons" and because he "fear[ed] political scandals." Similarly, an Iraqi Ministry of Oil document indicates that Galloway appeared to use a charity for children’s leukemia to facilitate at least one of his oil transactions. That evidence is presented below.

On peut facilement creuser le sujet sur Galloway chez Harry's Place. Pour Pasqua, la blogosphère française a l'air plus dédaigneuse... Mais je suis prêt à compléter!

jeudi 12 mai 2005

Majoritaire ou proportionnelle?

Il y aurait beaucoup de choses à écrire, à la suite des élections britanniques, sur les mérites comparés des systèmes électoraux fondés sur la représentation proportionnelle ou sur la majoritaire, du système parlementaire ou du système de l'équilibre des pouvoirs, et de la capacité respective des différents régimes à décourager ou à encourager l'extrémisme, d'une part, l'innovation de l'autre... Je n'ai malheureusement pas le loisir de développer le sujet comme je le voudrais en ce moment.

La plus cinglante réfutation des habituelles pleurnicheries s'indignant de l'amplification du résultat parlementaire (66 sièges de plus que la majorité absolue) pour le parti arrivé en tête dans le pays (les travaillistes avec 35,2% des suffrages, contre 32,3% pour les conservateurs, 22% pour les libéraux et 12,5% pour les autres), c'est chez Stephen Pollard que je l'ai lue:

  • La dernière fois qu'un parti a obtenu la majorité absolue des suffrages, c'était en 1935; depuis lors, tous les gouvernements qui se sont succédés auraient-ils été illégitimes?
  • Mais ce qui est sûr, c'est que l'effet d'une représentation proportionnelle serait de garantir la présence du troisième parti dans toute coalition d'alternance: or 22% c'est tout de même encore moins majoritaire que 36 à 48...

Billet précédent << Elections britanniques

mercredi 11 mai 2005

5 juin: le scrutin est ouvert!

A plus de trois semaines de la date officielle, j'ai au moins un ami qui a déjà reçu son matériel de vote et qui a renvoyé son bulletin (à La Sarraz, dans le canton de Vaud). D'une certaine façon, les jeux sont faits, la campagne se termine cette semaine et la suivante -- et ce n'est pas tant le partenariat pour les personnes de même sexe que l'association de la Suisse à l'Espace Schengen et à l'Espace Dublin qui soulève les passions! Je suis trop souvent à Londres pour pouvoir véritablement faire un compte-rendu d'ambiance, mais peut-être l'un des autres collaborateurs de ce blog le fera-t-il? Avec des photos des affiches svp...

Pour nos lecteurs de l'étranger que cela intéresse: en Suisse tout électeur reçoit à domicile, dans une enveloppe adressée à son nom, un bulletin de vote sur lequel figure la ou les questions posées et une brochure officielle contenant des explications et arguments (y compris ceux des adversaires) ainsi que le texte adopté par le Parlement et soumis au vote. Le vote à l'urne, le dernier jour du scrutin (le dimanche jusqu'à midi), c'est vraiment pour les traditionnalistes ou les retardataires (moins de 20% des votants). A Genève (je ne suis pas sûr qu'il en soit de même partout, l'organisation matérielle du scrutin est de la compétence des autorités cantonales), le contrôle de la validité du vote (et de son unicité, car on peut obtenir un duplicata du matériel de vote en cas d'égarement) est assuré par le code barre figurant sur la carte de vote nominative, à prendre avec soi au bureau de vote ou à joindre à l'enveloppe fermée contenant le bulletin en cas de vote postal.

mardi 10 mai 2005

Multilatéralisme actif

Blair avait déjà comparé sa relation avec Brown à celle d'un vieux couple. Harry adapte à aujourd'hui la fin du conte: quand Brown deviendra premier ministre, il nommera Blair ministre des affaires étrangères...

Social democracy at home and pro-democracy abroad - its the dream ticket.

De Harry aussi, via ce billet en anglais et ce billet en italien de Wind Rose Hotel, le blog de Roberto Piccoli, cette intéressante prise de position (sinon, ici) de Massimo d'Alema (comme Prodi l'un des leaders de la gauche italienne et ancien premier ministre) reprenant très largement la "doctrine Bush" en rejetant un multilatéralisme de défense du statu quo au profit d'une promotion active de la démocratie comme condition de la sécurité -- et qui ne saurait exclure l'usage de la force. On trouve l'intégralité de ses propos ici, mais seulement sous forme audio-visuelle!

La démocratie, moteur du développement

Le rapport de la Banque mondiale sur les indicateurs de gouvernance, présenté par Eric Le Boucher dans sa Chronique de l'économie du Monde de dimanche-lundi, est disponible ici (ou ici pour télécharger le document intégral en anglais).

On peut faire joujou en ligne avec la base de données des six indicateurs composites retenus pour 209 pays: le détail pour un pays, la comparaison de plusieurs pays sur un indicateur donné, des graphiques de toutes les formes...

lundi 9 mai 2005

L'Europe (ne) veut (que) la paix, l'Amérique la liberté

Etonnant Bush! Il s'était véritablement révélé, transformé, après le 11 septembre 2001, mais j'avais l'impression qu'il avait maintenant plus ou moins achevé sa "mission historique" avec la recomposition démocratique en cours du Grand Moyen Orient (même s'il restera encore beaucoup à faire pour les années, voire les dizaines d'années, qui viennent). Ayant solidement posé, avec sa réélection puis dans son discours d'investiture et dans le discours sur l'état de l'Union, les fondements de la doctrine qu'il a définie, on aurait pu s'attendre à ce qu'il se contente de gérer la fin de sa présidence. Eh bien non, il poursuit et trace plus profondément son sillon. Le voyage qu'il effectue en Europe, la signification qu'il a voulu lui donner, témoignent de la poursuite d'une ambition supérieure: rappeler que la fin de la deuxième guerre mondiale n'a pas représenté la libération de toute l'Europe, puisque les Etats baltes avaient été annexés par l'URSS à la faveur du pacte germano-soviétique; souligner que les pays de l'est étaient passé de l'oppression nazie à l'oppression communiste et n'ont connu leur libération qu'à partir de 1989-1991; et témoigner très concrètement de sa solidarité avec sa visite en Géorgie et son appel à renverser "la dernière dictature d'Europe" en Biélorussie.

Il ne faut pas se dissimuler la part d'autocritique dans le discours et l'action de Bush (aujourd'hui à propos de Yalta, précédemment à propos de la politique d'accomodement avec les dictatures "amies"). Au demeurant, la différence de perspective de part et d'autre de l'Atlantique s'inscrit dans une grande continuité historique. Lors de leur entrée en guerre, ce sont les Etats-Unis qui ont imposé aux alliés et l'ONU (qui devait à la fois être plus forte, plus interventionniste, et promouvoir plus activement l'universalisme démocratique que cela ne s'est réalisé) et la décolonisation (qui déplaisait tant à Churchill qu'à de Gaulle).

Après la guerre, lorsque l'Europe s'est rapidement trouvée divisée, c'est grâce à l'Amérique que l'ouest a résisté à la menace soviétique, puis par elle que l'espoir a été entretenu de l'autre côté du rideau de fer; l'Europe de l'ouest, elle, ne se préoccupait au fond que d'elle-même, s'organisant sans aucune référence à cette partie coupée d'elle-même (même la réunification allemande tenait plus de l'incantation rituelle que du projet concret, particulièrement avec l'Ostpolitik de Willy Brandt, et il s'est même trouvé au sein du SPD des réticences pour l'accepter lorsque Kohl a saisi l'occasion, car cela allait bien évidemment mettre en question des "avantages acquis"). Les tentations diverses de la finlandisation, du neutralisme et de ce qui était une autre "troisième voie" relevaient de l'acceptation définitive de l'état de force, comme le défaitisme, la politique d'apaisement avaient suivi le traumatisme de la première guerre mondiale. Le Pacte d'Helsinki créant l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, à l'initiative de l'Union soviétique, a été un coup de dé risqué qui doit aux militants des droits de l'homme des deux côtés du rideau de fer et surtout à Reagan d'être finalement tombé du bon côté. Et tout l'édifice de la construction européenne elle-même n'était-il pas construit sur l'idée de la permanence du rétrécissement de l'Europe à son extrêmité ouest? C'est peut-être un élément du malaise d'aujourd'hui sur le traité constitutionnel: peut-il vraiment être à la fois le dernier avatar d'une idée dépassée et le socle d'une idée renouvelée de l'Europe?

Après le refus maladroit du Parlement européen d'honorer comme il aurait fallu l'anniversaire du massacre de Katyn perpétré par les forces soviétiques en Pologne, une déclaration de son président a tenté de dépasser le discours béat sur la paix après la guerre pour intégrer aussi la mémoire des nouveaux membres; mais se proclamer un rôle universel ("paix, justice et tolérance" -- la liberté et la démocratie ne sont qu'implicites si elles ne sont pas carrément subordonnées à ces "valeurs", mais visiblement ce qui compte c'est la "prospérité de tous (l)es citoyens" européens, dont contrairement à Bush on ne précise pas qu'elle repose en dernière analyse sur la liberté de tous). Mais dans la libération des pays de l'est, les Etats d'Europe occidentale n'ont fait qu'improviser en fonction des circonstances, faire moins aurait été honteux (et l'on ne peut exclure que certains en aient eu la tentation, je pense au curieux projet de Confédération européenne lancé un temps par François Mitterrand et aux réticences de Margaret Thatcher sur la réunification allemande). L'Union européenne a été à la traîne dans les Balkans (encore une fois, il a fallu que Clinton s'en mêle), elle a hésité sur la Géorgie ou sur l'Ukraine, on ne l'entend toujours guère sur la Biélorussie et la Russie...

Oui, l'Europe peut remercier Bush de la confronter, de manière lucide et solidaire, à ses responsabilités face à son passé comme vis-à-vis de son avenir.

COMPLEMENT DU 10.05: Ajouté le le lien vers le discours de Bush à Tbilissi.

Bonnes nouvelles d'Irak (27)

A l'heure où les grands médias (qui ne mentionnent guère le reste) persistent à monter en épingle chacun des attentats et autres coups de main toujours plus désespérés des islamofascistes en Irak, la compilation bimensuelle d'Arthur Chrenkoff reste plus nécessaire que jamais! Elle témoigne de la reconstruction accélérée du pays et de l'espoir retrouvé de sa population.

dimanche 8 mai 2005

Sélection

Vous ne connaissez pas encore Tarquine? Commencez peut-être par .

samedi 7 mai 2005

L'anglais comme langue officielle de la Suisse?

Je fais aussi bien de reprendre sur ce blog une suggestion que j'ai émise dans un commentaire chez Ludovic Monnerat: adopter en Suisse une langue officielle unique, étrangère, à savoir l'anglais, à côté des quatre langues maternelles nationales que sont l'allemand (le suisse-allemand), le français, l'italien et le romanche.

Référence peut-être à un âge d'or mythique, il me semble que le sentiment est général d'une dégradation de la capacité à travailler ensemble par-delà les frontières linguistiques en Suisse: les Alémaniques ne mettent plus autant d'empressement que par le passé à apprendre le français, les Romands n'ont jamais été enthousiasmés par l'allemand (et le problème est que celui est déjà pratiquement une "langue officielle étrangère" pour les Alémaniques); mais surtout, comme le souligne l'affaire de la nomination par le Conseil fédéral d'un Alémanique, Oswald Sigg, en remplacement de l'italophone Achille Casanova à la Chancellerie fédérale qui est à l'origine du billet de Ludovic Monnerat, ce sont certains usages qui se perdent, un surmoi qui amenait les Alémaniques à constamment prendre en compte les minorités linguistiques qui tend à disparaître. Et, corrélativement, il me semble que les Romands se placent de plus en plus en situation d'assistés à qui tout est dû sans qu'eux-mêmes doivent faire d'effort: le cercle vicieux de ce que j'appelle dans des moments de pessimisme la "belgicisation" de la Suisse est en marche.

Longtemps la Suisse a utilisé des expressions latines, par exemple, pour trouver une désignation identique dans tout le pays (Pro Helvetia, Pro Senectute). On commence néanmoins de généraliser à tout le pays des acronymes spécifiquement germaniques (Suva); le web offre une nouvelle source de difficulté à ce propos pour trouver des noms de domaines ou des structures de site neutres sur le plan linguistique. Or s'il y a un usage à établir, c'est bien que seul l'emploi d'un mot d'une langue minoritaire (idéesuisse pour la télévision) ou étrangère peut être étendu à tout le pays, car il ne suscite pas l'irritation naturelle qui vient de l'emploi de la langue majoritaire.

Il faut surtout ajouter à cette perception épidermique le vrai problème de mauvaise qualité des échanges qu'implique un multilinguisme aussi contrarié; j'ai personnellement vécu cela à deux reprises au sein du PS suisse, où la tendance réformiste s'est cristallisée sur un Manifeste du Gurten puis sur un livre de Rudolf Strahm et Simonetta Sommaruga (elle est aussi Alémanique que je suis Genevois, malgré la consonnance de nos noms respectifs!) auxquels les initiateurs n'ont pas pris la peine d'associer un seul Romand. Si l'on dit que l'Amérique et le Royaume Uni sont "deux nations divisées par une même langue", je ne crois pas, dans un monde caractérisé par le double mouvement de l'individualisation et de la globalisation, que la Suisse puisse se permettre encore longtemps d'être ce pays où l'on peut "vivre ensemble parce que l'on ne se comprend pas".

Dans la vie quotidienne, la solution s'impose toute seule avec la généralisation de l'anglais comme deuxième langue. Il me semble que son utilisation confédérale progresse dans l'économie, dans les universités; qu'en est-il à l'armée (ou au CICR)? Reste à faire le pas pour la vie publique, le débat politique: à quand un vrai quotidien national, en anglais, une vraie radio nationale, en anglais, une vraie télévision nationale, en anglais? Pour terminer par l'usage de l'anglais pour les débats parlementaires et la législation.

On pourrait déjà commencer par des blogs en anglais consacré à des problématiques nationales suisses, avec des contributions d'auteurs des différentes parties du pays... En tout cas je suis encouragé sur cette voie par la découverte d'un site agrégateur de blogs suisses: blog.ch, Swiss blog feed.

Petit rappel. Pour l'Union européenne, j'ai déjà défendu une thèse similaire avec une proposition tout aussi sérieuse mais plus drôle dans son résultat: renoncer à la traduction généralisée par laquelle le Parlement européen incarne véritablement la malédiction de Babel pour se limiter à 3 ou 4 langues officielles (dont l'esperanto, à toutes fins utiles); mais simultanément interdire l'emploi de sa langue maternelle afin que tout le monde soit placé sur pied d'égalité!

vendredi 6 mai 2005

Elections britanniques: pas de répit!

Une caractéristique frappante de la politique britannique, c'est la rapidité. Après l'élection du jeudi 1er mai 1997, Tony Blair est dès le vendredi chargé par la reine de former le gouvernement. Il arrive le jour même à Downing Street et rend publique la liste des principaux ministres dans la soirée. Le Cabinet se réunit le 4 et le 6 Gordon Brown annonce la décision-surprise de donner son indépendance à la Banque centrale.

De même, alors que tous les résultats ne sont pas encore connus, Blair va de l'avant. Et Michael Howard, coupant l'herbe sous les pieds de ceux qui lui demandent de rester leader du parti conservateur, ouvre sans attendre la transition, ne restant que le temps nécessaire à l'adaptation des règles de désignation du futur chef de l'opposition. Breathless, je vous dis!

A part cela, parmi toutes les merveilles que l'on trouve sur le web et en particulier sur BBC News, je signale ce très pratique récapitulatif des résultats détaillés de tous les scrutins depuis 1945, avec pour chacun d'eux des compléments écrits et audio-visuels.

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Elections britanniques: résultat en demi-teinte

Pour une fois, chacun peut légitimement crier victoire (et même la participation a augmenté):

  • Les libéraux démocrates de Charles Kennedy enregistrent une forte progression en voix et surtout en sièges.
  • Après deux défaites cuisantes, les conservateurs sont de retour comme alternative crédible et gagnent quelques dizaines de sièges.
  • Tony Blair et les travaillistes, pour la première fois dans l'histoire de la gauche britannique, remportent un troisième mandat consécutif.

La victoire travailliste est bien sûr tempérée par la perte de près de cinquante élus, qui laisse néanmoins une majorité confortable de 66 sièges: mais ce n'est probablement pas assez pour neutraliser, comme dans le parlement sortant, les votes dissidents occasionels avec l'opposition, et trop pour les dissuader (l'expérience montre que ce sont les majorités parlementaires courtes qui sont les plus disciplinées). L'élection du rouge-vert-brun George Galloway à Bethnal Green and Bow (pour quelque 800 voix!) est une énorme déception, et elle a probablement une implication bien plus profonde et bien plus inquiétante sur les conditions de viabilité de la société multiculturelle qu'est véritablement le Royaume Uni (bien davantage que la France, par exemple).

Le parti conservateur revient de loin (il a, de manière symbolique, récupéré le siège que Stephen Twigg lui avait pris en 1997): menacé d'extinction hors de la seule Angleterre et de vieillir avec ses électeurs, il retrouve une implantation dans toutes les régions de la Grande-Bretagne (L'Irlande du Nord étant, elle, entièrement livrée aux partis locaux) et amène du sang neuf à son groupe parlementaire. Mais il a encore du chemin à faire avant de prétendre retrouver le pouvoir, à la prochaine élection ou à la suivante. Personnellement je trouve que Michael Howard a mené une bonne campagne et, à l'échelle européenne, se situe près de la CDU allemande ou du PP espagnol, et nullement à l'extrême-droite populiste comme on le caricature volontiers ici: ce n'est pas lui qui se laisserait aller des remarques sur "le bruit et l'odeur" des immigrés comme Chirac.

Charles Kennedy a beau proclamer que le Royaume Uni est désormais (?) entré dans l'ère du tripartisme, le succès libéral démocrate me paraît nettement le plus artificiel, sans conséquence durable. La réalité, c'est qu'il a échoué tant à empêcher les conservateurs de progresser nettement en sièges (y compris à ses dépens) qu'à les déstabiliser en "décapitant" les futurs leaders potentiels, de manière à préparer un retour des libéraux démocrates comme deuxième parti et un renvoi des Tories à la troisième place. Le parti a capitalisé un vote protestataire contre l'intervention en Irak d'autant plus facile que (comme Kennedy lui-même se plaisait à le souligner) il était sans risque réel de remplacement du gouvernement travailliste par un gouvernement conservateur. Mais on ne voit pas pourquoi cela se confirmerait à la prochaine élection. Elle se jouera soit sur un véritable affrontement à l'issue incertaine entre travaillistes et conservateurs (auquel cas même les électeurs traditionnels des libéraux démocrates seront tentés de le déserter pour voter utile), soit sur l'approbation du cours donné par un nouveau leader travailliste (Gordon Brown ou un autre), auquel cas les électeurs travaillistes qui ont voulu sanctionner Blair sur l'intervention en Irak n'auront aucune raison de voter libéral démocrate.

Paradoxalement, ce résultat souligne le rôle crucial de la personnalité du premier ministre dans quelques situations historiques, et Blair rejoint Churchill dans cette solitude du leader dépositaire de l'honneur de son pays et de son camp, souvent contre ceux-ci: un Neil Kinnock, un John Smith, un Gordon Brown ou un Jack Straw n'auraient certainement pas fait preuve d'autant de lucidité, de courage et de détermination. Battu en 45, Churchill n'en a pas moins établi sa position de "plus grand Britannique", et d'icône du parti conservateur alors qu'il était fondamentalement un outsider. Réélu en 05, Blair pourrait bien connaître un destin plus tourmenté... Et, à la différence de Churchill face au nazisme, l'Irak n'est qu'un aspect du volet international (défini dès 1999 dans la Doctrine de la communauté internationale, dont d'autres aspects à haut risque d'échec concernent le développement de l'Afrique et la paix israélo-palestinienne) de sa politique, qui comporte deux autres volets contestés: la réhabilitation des valeurs de la gauche (évidemment combattues par la droite) et la modernisation de l'action publique (qui suscite des résistances aussi bien à droite qu'à l'intérieur de la gauche).

COMPLEMENT DE 14H, 19H ET 23H: Les premiers commentaires de Harry's Place, Oliver Kamm et Norman Geras (avec en prime, via ce dernier, un article préélectoral de Christopher Hitchens).

COMPLEMENT DU 07.05: Et pour lire du français, la nuit électorale d'Emmanuel et les notes écossaises et académiques de François Briatte.

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jeudi 5 mai 2005

Elections britanniques: jour J

De retour du bureau de vote (moi je me suis contenté de regarder, évidemment). Dans un sous-sol d'école, l'électeur présente la carte de vote qu'il a reçue à domicile, son nom est biffé du rôle et il reçoit un seul bulletin de vote en trois colonnes: le nom des candidats, le logo du parti s'il y en a un et la case à cocher. Cette opération s'effectue dans une rangée d'isoloirs en contreplaqué à vrai dire sommaires: ni porte ni rideau. L'urne est encore moins cérémonieuse: une boîte noire cabossée.

A l'extérieur du bureau, un militant travailliste et un militant conservateur, dûment encocardés, disposent de leur propre liste de noms à biffer. Cela donne tout son sens au canvassing (porte-à-porte) qui est censé s'être déroulé les jours précédents: le candidat (ou des militants en son nom) vous demande très directement s'il peut compter sur votre vote; si vous répondez positivement, et qu'en fin d'après-midi vous n'avez toujours pas voté, les grands moyens seront déployés pour vous rappeler à votre devoir, en vous conduisant au local s'il le faut. (A vrai dire, rien de tel ne s'est passé chez nous; mais je me fie à un excellent bouquin historico-politico-comique, Things Can Only Get Better, l'éducation politique d'un militant travailliste sous Thatcher, par John O'Farrell.)

Bien sûr tout ce folklore risque de disparaître avec la généralisation du vote par correspondance, qui commence encore modestement avec cette élection mais suscite déjà les plus grandes craintes, comme toute innovation qui dérange une routine. Les risques de fraude sont plus imaginaires que réels, ou plus précisément davantage imputables au laxisme avec lequel est tenu le rôle des électeurs. Pour un Suisse, habitué à l'automatisme du droit de vote fondé sur un suivi bureaucratique minutieux appelé traditionnellement "contrôle de l'habitant", l'idée qu'il faille s'inscrire, puis renouveler régulièrement son droit de vote sous peine de le perdre, écorne sérieusement l'image de la "mère des parlements" et du suffrage universel; mais l'élite politico-médiatique s'indigne toujours à l'idée d'un document d'identité obligatoire qui figure au programme de Blair, et que dans les sondages la population, elle, accepte sans problème. Le véritable impact du vote "hors sol" (par poste ou par Internet), c'est l'étalement et la dissémination qui obligent à changer la manière dont les campagnes électorales se déroulent. Certaines critiques faites au vote par correspondance (comme aussi au vote par Internet) sont cependant loin d'être absurdes: par exemple la pression conformiste que l'on imagine volontiers dans des familles musulmanes traditionnelles. Mais je ne crois pas que le raidissement sur les traditions soit la bonne réponse.

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Alertes au blog

En Suisse romande, la mode est à la découverte des mauvais usages des blogs. Le journal Le Matin d'aujourd'hui évoque dans un article et dans un éditorial intitulé "Villes suisses: ça déblogue..." comment des bandes s'invectivent par blogs interposés avant de passer à l'attaque. Dernièrement, une circulaire mettait en garde les parents des élèves des cycles d'orientation genevois (secondaire inférieur) contre les dérapages liés à l'utilisation des blogs par les adolescents. A savoir la croyance en un anonymat parfait et l'oubli des règles relatives au discours en public. Ces craintes ne sont pas forcément illégitimes. En même temps, l'interdiction de l'accès à internet décrétée par les éducateurs d'une maison de quartier de Genève semble un pis-aller qui ne fera que renforcer les aspects sulfureux de ce qu'on trouve sur la toile. En revanche, ce qui est très intéressant, c'est de voir dans ces exemples que la révolution du blog ne touche pas seulement à la position des médias traditionnels et que tout le monde devra apprendre à faire avec ce nouveau mode de communication.

mercredi 4 mai 2005

Elections britanniques: J - 1

La campagne arrive à son terme, demain on vote de 7h à 22h. Si vous captez BBC World, ne manquez pas le spectacle jeudi soir: outre les projections et débats, l'élément émotionnellement fort est fourni par la proclamation des résultats dans les circonscriptions. Un événement très ritualisé, comme tout ce qui a précédé: en présence des candidats alignés (ministre ou candidats d'un des trois principaux partis comme aussi les habituels travestis et autres indépendants qu'attire une circonsciption médiatique), le responsable du local de vote lit les résultats devant une petite foule de militants et journalistes. En 1992 il y avait eu la défaite surprise de Chris Patten, président du parti conservateur et artisan de la victoire à l'arraché de John Major sur Neil Kinnock. En 1997, la joie du travailliste gay Stephen Twigg battant le ministre conservateur Michael Portillo (voir la vidéo) avait symbolisé le triomphe de New Labour. Cette année aussi fera immanquablement rouler quelques têtes: dans sa tentative de s'imposer à plus long terme comme la vraie opposition, le parti libéral démocrate ne vise pas seulement les travaillistes mais cherche aussi à "décapiter" de futurs leaders potentiels du parti conservateur.

Une circonscription à suivre plus particulièrement est celle de Bethnal Green and Bow, ou la sortante travailliste, Oona King (outre d'être femme, elle est noire et juive) est menacée par George Galloway (un travailliste sortant exclu du parti, qui a préféré ne pas se représenter dans sa circonscription écossaise) au nom d'une coalition rouge-vert-brune d'adversaires de l'intervention en Irak: il tente de s'appuyer sur le fait que la majorité des électeurs de la circonscription sont musulmans. Le Monde en a fait un reportage quelque peu retenu, lisez plutôt les nombreux billets qu'y consacre Harry's Place (et si les trotskystes de tout le pays sont venus soutenir Galloway, Salam Pax, les syndicats irakiens et les blogueurs de la gauche internationaliste font campagne pour King).

Une surprise à l'espagnole est-elle possible? Après tout, Aznar aussi avait un bon bilan économique mais au dernier moment c'est une vague de rejet contre l'intervention en Irak qui l'a emporté. Difficile de dire si un sentiment similaire existe au Royaume Uni (ou si son martèlement médiatique n'est que l'expression d'une "élite" en vase clos). On verra cela surtout au score (en voix plus qu'en sièges) des libéraux démocrates qui ont invité le peuple britannique à faire de cette élection un référendum sur l'intervention. Si Blair devait faire un mauvais résultat là-dessus, il faudra regretter qu'il n'ait pas engagé une contre-offensive revendiquant haut et fort le bien-fondé de l'action pour ramener l'Irak au sein de la communauté internationale. Pour des raisons de cohésion européenne mais aussi de politique intérieure (et déjà pour ne pas casser le parti travailliste), le gouvernement britannique est allé au-delà du raisonnable afin de tenter d'accomoder la France et le Conseil de sécurité, ce qui a conduit à mettre en avant la supposée menace des armes de destruction massive de Saddam par rapport à une explication plus large (dont paradoxalement Bush ne se privait pas); aujourd'hui encore, face à des accusations absurdes sur la prétendue "illégalité" de l'intervention, Blair reste sur la défensive en n'invoquant que sa bonne foi.

Avant le début de la campagne, Harry s'était demandé si les blogs y joueraient un rôle important, comme cela a été le cas pour l'élection présidentielle américaine: tant les prétentions de Kerry à se prévaloir d'un passé militaire glorieux au Vietnam que les faux documents présentés par CBS pour attaquer Bush n'ont été démasqués que grâce aux blogs, les médias traditionnels étant contraints de suivre. Rien de similaire ici, où la pression concurrentielle dans la presse la maintient constamment à l'affût. Ce qui ne veut pas dire que les blogs ne sont pas intéressants et n'apportent pas une plus-value considérable par rapport à la télévision ou à la lecture d'un seul quotidien (quel qu'il soit)!

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A vélo

Quand Ludovic Monnerat rejoint la blogosphère cycliste, ce n'est pas sur un vélo militaire!

L'occasion de présenter le très beau site d'un groupe vététiste, construit à partir de Dotclear. Ca aide évidemment d'avoir un professionnel avec soi, qui explique très bien en quoi la forme du blog est susceptible de renouveler les sites associatifs.

mardi 3 mai 2005

Le blairisme expliqué à la gauche

Il récidive! Lu dans l'avion du retour la Chronique de l'économie de Eric Le Boucher (Le Monde de lundi -- et pour une fois pas de "dimanche-lundi": c'est le 1er mai qui nous vaut cela?).

(S)i les Français ne portent pas leur regard outre-Manche, c'est aussi que Tony Blair dérange. A droite, son succès met en relief les échecs du gouvernement de Jacques Chirac. A gauche, la croissance, la baisse du chômage, la forte hausse du smic sont volontairement cachées pour ne pas voir que la "troisième voie", ça marche.

Le voir obligerait à admettre que, face à la mondialisation, la stratégie blairiste de l'"adaptation", combattue radicalement en France au profit de la stratégie de la "résistance", est la bonne. Pour la gauche, sous l'emprise intellectuelle de la gauche de la gauche, Blair ne peut pas réussir. Impossible. Interdit. Fermez les yeux!

(...)

(L)a stratégie blairiste offre une solution qui fait la démonstration qu'elle "marche", tandis que la France s'enfonce dans la déprime, collée à son taux de chômage de 10% depuis 1983!

Cette stratégie du New Labour a deux temps: tout faire pour la croissance; le social viendra ensuite. Contrairement à ce qu'on entend en France, elle ne conduit pas à un social "peau de chagrin". Etre probusiness ne force pas Blair à être antisocial. C'est le contraire qui est vrai, être probusiness est la condition du social. Et, à l'examen, la résultante sociale de la stratégie blairiste est importante et bien supérieure à celle issue de la stratégie française de prétendue "résistance".

La démonstration est renforcée, dans le même numéro, par un entretien avec deux économistes français établis à Londres. Mérite la lecture!

lundi 2 mai 2005

O sondage, ô clivage

Si le sondage (les Suisses et le partenariat homo) évoqué ici par l'un de nos nouveaux coblogueurs est réjouissant (réjouissante, aussi, cette nouvelle collaboration), le résultat romand me navre - et pourtant c'était loin d'être une surprise hélas.

Sur cet écart entre Romands et Alémaniques, j'aurais tendance à relativiser la première explication de Steve (le fait, pour les Alémaniques, d'avoir déjà eu un débat ces dernières années), car un sondage portant sur le partenariat (et aussi le mariage!) homo a été effectué en 1997 (à l'occasion de la première Gay Pride à Genève). A l'époque, les Suisses alémaniques disaient déjà oui à un partenariat à plus de 60% et les Romands suivaient avec à peu près 5 points d'écart (si je me souviens bien). Si on peut se fier à ces sondages (et à mes souvenirs - ce qui est peut-être hasardeux dans les deux cas) , on trouve que les Suisses allemands seraient devenus plus favorables et les Romands légèrement moins favorables au partenariat.

A mon avis, les Romands redoutent plus que les Alémaniques par rapport aux questions qui touchent l'adoption (pourtant expressément exclue de la loi sur laquelle on va voter). Peut-être que ce qui se passe en Espagne augmente leurs craintes.

Autre tentative d'explication que je tenais jusqu'il y a peu: la mentalité latine plus macho que celle des germaniques/nordiques, donc plus coincée par rapport à l'homosexualité. Mais l'Espagne semble contredire cette théorie, d'autant plus que les sondages (et pas seulement la majorité socialiste du Parlement) sont favorables au mariage homo. A moins que faire la nique à l'Eglise y soit une forme d'expression politique propres aux hommes qui se respectent et qui ne se sentent pas menacés dans leur virilité?

dimanche 1 mai 2005

Taiwan

Vu d'une chambre d'hôtel où nous regardons très épisodiquement BBC World, l'actualité paraît principalement se limiter à la visite en Chine populaire effectuée par le leader du principal parti d'opposition de Taiwan. Et ce qui en ressort est excessivement simplificateur et naïf (comme j'en ai rapidement la confirmation en accédant au site de BBC online).

Dans le style "Tout le monde il est beau...", on nous présente cela comme un geste de détente, référence aux échanges de pongistes et de pandas qui ont précédé la visite de Nixon en Chine à l'appui. Il est pourtant évident quíl s'agit d'une grossière manipulation, le régime de Beijing tentant simplement de courtcircuiter la volonté d'indépendance dans la démocratie de Taiwan en flattant l'ego des leaders d'opposition (la déclaration commune rendue publique à Beijing paraît un cas patent de trahison naïveté collaborationniste). Démocratie est d'ailleurs un mot que BBC World n'utilise pas par rapport à cet événement, présentant le président de Taiwan (démocratiquement élu, lui) comme une sorte de laissé pour compte belliciste quand c'est évidemment du continent que vient la menace.

Un autre angle de lecture qui échappe à BBC World concerne l'enthousiasme que susciterait le passage du visiteur: il ne manque pas de sel, s'agissant du leader du Kuomintang, le parti nationaliste (et longtemps profondément antidémocratique) chassé du pouvoir par les communistes de Mao. Cet hommage à un Chinois qui montre aussi qu'un autre monde est possible rappelle surtout l'accueil réservé derrière le rideau de fer à Reagan, ou à Gorbatchev en Allemagne de l'Est...

Le oui au partenariat enregistré l'emporterait largement

Steve

Le premier sondage sur la loi sur le partenariat (LPart), soumise au vote des citoyens suisses le 5 juin prochain, est tombé et le résultat ne laisse pas d'étonner: 66% des Suisses s'apprêteraient en effet à glisser un oui dans l'urne.

Au-delà de ce pronostic réjouissant s'il se confirme le jour du vote, il convient de remarquer un net clivage entre la Suisse alémanique et la Suisse romande: tandis que la première plébiscite le partenariat à 69%, les Romands ne sont que 53% à l'approuver. Voilà de quoi tordre le cou au cliché des méchants Suisses allemands conservateurs muselant des Suisses romands progressistes...

Deux tentatives d'explication:

  • D'une part, la Suisse alémanique s'engage pour la deuxième fois en moins de 5 ans dans le débat de la reconnaissance des unions homosexuelles. En janvier 2002, en effet, soit près d'un an après le canton de Genève, le parlement zurichois avait adopté un pacs valable sur le territoire du canton. Or, contrairement à ce qui s'était passé à Genève, l'Union démocratique fédérale (UDF), un parti d'obédience évangéliste, était parvenue à réunir les signatures nécessaires à la tenue d'un référendum. Ainsi, en septembre de la même année, les citoyens zurichois acceptaient le pacs zurichois par 62,5 % des voix, à l'issue d'un intense débat dans la presse et le landerneau politique d'outre-Sarine (du nom de la rivière qui sépare peu ou prou la population francophone de la germanophone).
  • D'autre part, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, la Suisse alémanique se montre plus progressiste (ou plus pragmatique, selon le point de vue que l'on adopte) sur les questions de société (drogue, euthanasie, homosexualité).

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      Afghan forces have formally taken over security for the whole of the country from Nato-led troops, completing a process begun in 2011.
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    • Army redundancy letters expected
      Up to 5,000 military personnel are expected to receive redundancy letters in the third and biggest round of Army job cuts following the 2010 defence review.
    • No 10 to host 'web porn' summit
      Internet firms are to meet ministers at No 10 amid calls for more to be done to block images of child sex abuse and to stop children viewing pornography.
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      A prison area housing low category inmates is "the worst establishment inspectors had seen for many years", a report by prison inspectors says.
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      Two companies which appear in BBC Three documentary The Call Centre are fined by the regulators in connection with nuisance calls.
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    • French footballers to go on trial
      Two French football stars, Franck Ribery and Karim Benzema, are to go on trial in Paris on charges of paying for sex with an underage prostitute.
    • Piracy in West Africa tops Somalia's
      Piracy off the coast of West Africa has now overtaken Somali piracy, a report by the International Maritime Bureau (IMB) and other seafarers' groups says.
    • 'Quiet epidemic' of UK male cancer
      Action is needed to fight a "quiet epidemic" of oesophageal cancer, which is on the rise in the UK, particularly in men, say cancer experts.

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