Un swissroll

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Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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samedi 27 juin 2009

40 ans!

Je n'aime pas trop la figure imposée, et n'ai même pas pris le temps de réfléchir à une idée originale pour l'accomplir (on pourrait ajouter à la fin de ce billet quelques liens, n'hésitez pas à nous en signaler!)... en même temps si ce blog ne rappelle pas cet anniversaire, qui le fera? Or donc, chère lectrice, cher lecteur, le 27 juin 1969 était également un samedi un vendredi, le temps était à l'orage comme aujourd'hui à Londres et Genève, mais c'était New York: Greenwich Village plus précisément... En fin de soirée un bar gay, le Stonewall Inn, a fait l'objet de ce que l'on appelait alors un contrôle une descente de police. Mais au lieu de provoquer la fuite éperdue des clients et la honte pour ceux qui seraient attrapés, cette nuit-là a vu une révolte vigoureuse contre le harcèlement policier (la faute à la mort récente de Judy Garland, paraît-il). Dès 1970 c'est en commémoration de cet événement que s'organise, fin juin - début juillet, partout où c'est possible une Gay Pride, manifestation assertive (pour le moins) de l'existence des gays et des lesbiennes et de leur égal droit à la dignité et à la recherche du bonheur.

Pour le monde francophone, n'y a-t-il pas lieu de dater le début d'une revendication homosexuelle militante de Mai 68 plutôt que des seules années 70? Tel est mon souvenir (j'avais 13 ans en mai 68 et suivais de près les événements sur Europe1 et dans L'Express, principalement, en alternance avec le Printemps de Prague qui avait commencé en janvier et devait se finir en août), mais on enjolive parfois le passé. Quoi qu'il en soit il y a là un thème sur lequel on pourrait disserter: le pragmatisme, le souci de parler pour l'homme de la rue du mouvement anglo-saxon (qui s'est généralisé), le séparatisme "élitiste", anti-hétéro, des premières formes de la militance en France. Ne pas oublier non plus tout ce qui existait déjà avant (y compris avant la deuxième guerre mondiale, sans remonter traditionnellement à l'Antiquité grecque et romaine...), mais avec cette différence essentielle d'être strictement privé, non-universaliste.

Oui, je m'émerveille de la formidable accélération de l'histoire que représente le succès de reconnaissance du fait homosexuel, certes pas encore universel mais déjà dans toutes les démocraties libérales: moins de 40 ans des soirées clandestines à la normalité bourgeoise, avec statut reconnu pour les couples et y compris, de plus en plus souvent, acceptation que l'adoption par un individu ou un couple gay peut ne pas être pire que rester orphelin à la charge d'une institution.

Je suis sûr que Guillaume complètera ci-dessous, et tout à la fin du billet je propose donc un espace pour les liens commémoratifs.

COMPLEMENT DE GUILLAUME BARRY

Mais qu'y a-t-il à compléter: tu as dit l'essentiel. Sinon, on peut toujours revenir sur l'éternel débat qui est quasiment devenu un marronnier – à savoir faut-il être pour ou contre la gay pride – débat que les journalistes adorent reprendre chaque année en faisant comme si c'était la première fois que se posait la question. Et en rappelant bien sûr que les gais eux-mêmes sont divisés sur la question, etc. etc.

Le médias, donc le grand public ne retiennent des défilés intitulés Gay Pride que des images de créatures hautes en couleurs qui, numériquement parlant, ne doivent pourtant pas représenter plus de 1% des participant-e-s. Les braves gais moyens (si, si, ils existent, ils constituent même la majorité) sont alors tiraillés entre plusieur attitudes. Il y a l'attitude défensive ou carrément de rejet de ces personnages qui, non, non, ne sont pas représentatifs des gais et nuisent à l'image des gais ordinaire, tout comme les folles.

D'autres braves gais ressentent la même chose, tout en se sentant coupables d'avoir une attitude d'exclusion, alors qu'ils appartiennent à une catégorie susceptible d'être exclue de la société à un titre ou à une autre, à un moment ou à un autre, en un lieu géographique ou en un autre. A noter que parfois l'exclusion signifie ou (a signifié) d'être carrément exclu de la vie.

Alors pour ou contre la Gay Pride? Avec ou sans les drag queens?

L'expérience montre qu'il faudrait un nombre infini de commentaires ou de billets pour traiter de ce sujet. Disons qu'un élément de réponse se trouve ans le fait que la Pride réunit deux aspects: celui de la revendication politique et celui d'une fête qui relève du carnaval. Qui dit carnaval dit fête des fous (ou des folles): c'est un temps penant lequel on se permet tout ce qui est interdit le reste du temps. En ce sens, le carnaval est très conservateur: en faisant un seul jour ce qui est interdit le reste de l'année, en le transgressant, il ne fait qu'en souligner la légitimité et la normalité.

Les premières Prides étaient beaucoup plus subversives: les gens ont défilé dans leur tenue de tous les jours, ce qui fait qu'il y avait beaucoup de costumes cravates... Le mot Pride, qui signifie fierté, ézait aussi employé dans un sens négatif: il s'agissait de refuser, de contrer la notion de honte, de déchéance, de dépravation, de perversion, qui était attachée aux homosexuel-le-s.

A suivre (peut-être)

Liens

  • Wikipédia en anglais
  • Wikipédia en français
  • The Times Ian McKellen sur le mouvement britannique (dont l'une des organisations a pris le nom de Stonewall)
  • The Times Matthew Parris, ancien député conservateur à la Chambre des communes (il n'était pas out à l'époque -- aujourd'hui il serait simplement inconcevable que l'on ne sache pas qu'un parlementaire ou un ministre, travailliste ou conservateur, est gay, au même titre qu'on connaît son sexe, son origine ou son affiliation religieuse ou son athéisme militant!)
  • Schwulengeschichte Une encyclopédie historique en ligne pour la Suisse (en allemand seulement)

vendredi 26 juin 2009

Ni à gauche, ni à droite, et encore moins au centre

Parmi mes amis, un jeune qui n'a pas 30 ans et que je qualifierais de politiquement pur, déplorait (avec un large sourire) que je fusse à droite. C'est en effet une posture que je revendique quand il s'agit, en avocat du diable, de contribuer à rendre les conversations moins convenues et d'extraire mes interlocuteurs, quand ils sont de gauche, de la pensée unique.(Cela ne s'applique d'ailleurs pas tout à fait à ce jeune homme qui se situe à la gauche des socio-démocrates, c'est-à-dire à "la gauche de la gauche" comme on dit chez nous). Or, comme je cherchais une fois de plus à définir dans quelle mesure j'étais de droite, c'est la réponse suivante qui m'est venue à l'esprit (et qui m'a permis de clarifier pour mon propre bénéfice certaines notions):

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lundi 22 juin 2009

L'islamophobie n'existe pas

En Suisse, le peuple va devoir voter sur une initiative interdisant la construction de minarets, ce qui est à mes yeux fort regrettable. Malheureusement, les adversaires de cette initiative (pas tous heureusement) ont aussi des arguments lamentables, par exemple quand ils argumentent à partir de la seule islamophobie qui est une catégorie vide. Voici donc ce que ce discours automatique m'inspire et qui a déjà fait l'objet d'un commentaire à cet article de Domaine Public.

Est-ce qu'un Suisse moyen, athée, conservateur et égoïste (si, si, l'addition de ces qualités existe), qui lancerait une initiative contre les clochers et les cloches qui sonnent le dimanche matin et troublent son repos voire son sommeil serait taxé de christianophobe? Par ailleurs, n'a-t-on pas le droit de détester une religion (mais pas les gens qui la pratiquent) dans ce qu'elle représente d'atteinte à la dignité de telle ou telle catégorie d'humains. Si on prend la liberté d'opinion et d'expression, n'aurais-je pas le droit, non seulement de ne pas croire ou d'être athée, mais encore de vilipender, de vomir une doctrine qui réclame la mise à mort des homosexuels (mais je sais que je suis partial puisqu'il se trouve que je suis concerné)?

Ai-je le droit de dire que le fantasme de la toute-puissance de la divinité suprême dans le Coran est rabaissante pour l'humain, et insultante pour le Dieu qui se révèle dans la faiblesse à travers une incarnation pour le chrétien que je suis? Dans toute les évocations mythologiques plus ou moins imagées et plus ou moins mythologiques de l'après-vie proposées par la Bible (jardin, cité ou royaume, justes promus au rang d'anges ou d'astres rayonnants, etc.) avec une remarquable parcimonie, y a-t-il quelque chose d'aussi ridicule que les 72 vierges du paradis coranique qui sont réservées aux mâles croyants? Sans parler des beaux jeunes gens qui seront au service des représentants du sexe fort, précise le texte dicté par l'archange Gabriel.

Quand il s'agit des idées, des croyances, des doctrines, le refus de tout ou partie de l'islam n'est pas comparable à du racisme, à de la xénophobie ou à de l'homophobie (avec leurs conséquences mortelles quand elles sont extrêmes). Le rejet, l'aversion et les préjugés à l'égard d'une population, en l'occurrence arabe, qui se trouve, dans la compréhension qu'elle a d'elle-même, être musulmane, relèvent par contre du racisme ou, version atténuée, de la xénophobie. Ceci dit, je voterai non à l'initiative contre les minarets, car elle atteint gravement au principe de laïcité qui est au fondement des valeurs libérales-et- chrétiennes qui sont les miennes.

jeudi 18 juin 2009

Blogueur «outé» par un journaliste

La fausse querelle entre blogueurs et journalistes n'a rien de nouveau, même si elle me semblait en régression. Quant à la problématique des blogs sous pseudonyme qui permettent un témoignage vécu de l'intérieur d'une profession ou autre activité, elle est bien connue aussi, y compris quant aux risques encourus en cas de perte de son anonymat. L'affaire anglaise du moment réunit les deux sujets: c'est un journaliste de la rubrique Médias du Times, apparemment ému par l'attribution au policier blogueur NightJack du prestigieux prix Orwell d'ordinaire attribué à des journalistes engagés, qui s'est assigné la mission de dévoiler son identité, à l'appui de critiques du blog dont la pruderie le dispute à l'hypocrisie.

A vrai dire, il est rarement difficile de percer l'anonymat d'un blogueur et le journaliste raconte bien comment il s'y est pris. Ne trouvant pas la compréhension pour sa position à laquelle il aurait pu légitimement s'attendre, le policier a tenté de jouer l'argument de la protection de la sphère privée, mais sans succès et à raison. Ce n'est pas sur le plan juridique mais sur le plan éthique que l'attitude du Times est déplorable (et massivement condamnée par ses lecteurs); elle est particulièrement surprenante de la part d'un quotidien du groupe News Corp de Rupert Murdoch, qui a le mieux su comprendre la spécificité et l'importance des nouveaux médias interactifs et y adapter son activité. On peut espérer un tardif mea culpa, comme dans le cas de ce blogueur américain.

dimanche 7 juin 2009

«Dear Gordon, we both love the Labour Party»

Nous partons dix jours marcher en Sicile. Je ne suivrai donc pas de près les prochains soubresauts de Gordon Brown jusqu'à la chute finale... Les épisodes dramatiques de ces derniers jours vont continuer avec la publication des résultats des élections européennes dimanche, une réunion du groupe parlementaire lundi soir etc. Il est inimaginable que cela traîne encore jusqu'au terme théorique de la législature, début juin 2010!

Je persiste à espérer que les ministres ou les députés parviendront à surmonter la faiblesse et l'anxiété qui les paralyse pour, à la défaite certaine et pitoyable dont les suites seront difficile à gérer, préférer la voie de la clarté et de la contre-offensive: un nouveau leader redonnant son souffle et sa dignité au projet moderne et transformateur des travaillistes et convoquant des élections anticipées à l'automne pour ensuite diriger soit un gouvernement relégitimé soit une opposition pugnace à un gouvernement Cameron.

C'est la voie montrée dans sa lettre de démission, publiée jeudi soir à la clôture du scrutin[1], par un ministre, valeur montante du parti, qui a ainsi refusé une promotion pourtant assurée. Elle n'a pas été suivie à court terme, mais il a le temps: James Purnell a 39 ans.

Le style comme le contenu de la lettre valent la citation in extenso, il me semble:

Dear Gordon,

We both love the Labour Party. I have worked for it for twenty years and you for far longer. We know we owe it everything and it owes us nothing.

I owe it to our Party to say what I believe no matter how hard that may be. I now believe your continued leadership makes a Conservative victory more, not less likely.

That would be disastrous for our country. This moment calls for stronger regulation, an active state, better public services, an open democracy. It calls for a Government that measures itself by how it treats the poorest in society. Those are our values, not David Cameron's.

We therefore owe it to our country to give it a real choice. We need to show that we are prepared to fight to be a credible Government and have the courage to offer an alternative future.

I am therefore calling on you to stand aside to give our Party a fighting chance of winning. As such I am resigning from Government.

The Party was here long before us, and we want it to be here long after we have gone. We must do the right thing by it.

I am not seeking the leadership, nor acting with anyone else. My actions are my own considered view, nothing more. If the consensus is that you should continue, then I will support the government loyally from the backbenches. But I do believe that this question now needs to be put.

Thank you for giving me the privilege of serving.

Yours,

Rt Hon James Purnell MP

P.S. En raison d'un problème technique, ce billet n'a pu apparaitre en ligne que lundi à 17h30.

Notes

[1] Parlement européen + élections locales partielles, qui ont vu la déroute des travaillistes.

vendredi 5 juin 2009

Le "discours aux musulmans" d'Obama

Donc tout a changé. On pense à Lampedusa (mais si cela pouvait marcher, tant mieux!)... Car moi j'ai (comme d'autres, mais contrairement au plus grand nombre et en particulier aux médias) entendu pendant 8 ans Bush expliquer que les musulmans, l'Islam, n'étaient nullement l'adversaire, soulignant qu'ils étaient au contraire les premières victimes du suprémacisme islamique dont Al Quaïda est une des principales manifestations. James Taranto illustrait admirablement ce point au moment du discours d'Obama au parlement turc, en argumentant de manière convaincante qu'une telle dénégation était inutile et contre-productive. C'était une erreur de la part de W et il est peu vraisemblable, quelles que soient ses indéniables qualités oratoires, qu'Obama parvienne davantage à être cru.

Au passage, le danger est grand qu'Obama s'écarte de la principale percée conceptuelle de l'après 11 septembre 2001 (dont les germes se trouvent dans le discours de Chicago de Tony Blair en 1999): la reconnaissance du droit universel (et non exclusivement occidental) à liberté et à la prospérité comme rempart contre tous les totalitarismes, l'abandon de la politique de soutien au statu quo (si cher aux diplomates de tous les pays, de gauche comme de droite) qui a échoué au Proche-Orient et au contraire le soutien au changement profond comme moyen de promouvoir une stabilité qualitativement supérieure[1]. Je ne suis pas loin de partager l'inquiétude de ce commentateur du Times à l'égard d'une notion aussi grossière que celle d'un discours aux musulmans, ainsi identifiés et confondus: c'est d'ordinaire Oussama qui s'adresse aux chrétiens et aux infidèles. Et je signale aussi le retour en bonne forme de Paul Wolfowitz!

Notes

[1] L'Europe en est une démonstration avec la disparition du communisme.

jeudi 28 mai 2009

Oxygène vs surréalisme?

Voici deux clips qui m'ont été communiqués dans un contexte chrétien. L'un est qualifié de surréaliste, l'autre d'oxygène.





Et voici la réponse que cela m'a inspiré:

Chère <...>, Permets à ton ami Helvète de, très respectueusement, ne pas partager ton enthousiasme pour le deuxième clip.

Certes, sur la forme, c'est plein d'oxygène, c'est frais, c'est dansant, c'est saturé d'une ironie qui a priori semble faire du bien - mais sur le fond, on ne propose rien de concret, que de se complaire dans la lamentation. C'est destiné à des initié-e-s car il faut connaître le programme de cette formation politique pour se faire opinion et savoir si on veut voter pour eux. D'ailleurs si tout allait bien, les concepteurs de ce clip, qui semblent vivre du malheur généralisé de la planète, seraient désoeuvrés. Encore une fois, aucun programme constructif n'est proposé - à part le slogan autre chose est possible qui ressemble furieusement à celui de l'UMP. A moins que le programme ne soit la révolution, avec les lendemains qu'on sait et qui chantent, certes, comme dans le clip.

Tandis que le clip de l'UMP est tout à fait dans la ligne de ceux qu'ils ont fait précédemment. Des promesses, des déclarations de bonnes intentions. Mais au moins, je me surprends chaque fois à avoir envie d'y croire, et même de voter pour (tout citoyen français que je ne suis pas) car c'est confiant, optimiste, positif. Les publicitaires attitrés de ce parti, au moins en avant des intentions, des lignes d'action, des valeurs (tout juste pas des projets)... et pourtant on sait bien qu'on sera déçu, comme chaque fois.

En tant que chrétien, je sais bien qu'on est appelé parfois à se ranger du côté des prophètes de l'Ancien Testament, qui, au risque de leur vie, interpellaient courageusement les puissants de leur époque (qu'ils fussent religieux ou temporels), qui dénonçaient plein de choses en assortissant leurs discours de toutes sortes de menaces de châtiment et de destruction (et qui, pour certains, vivaient de cette négativité). Mais les chrétiens peuvent aussi se faire encourageants et donner des raisons d'avoir confiance, sans tomber dans la caricature...

Mais, n'étant pas moi-même prophète, comment puis-je risquer ce commentaire sur ce qui se passe dans les campagnes politiques de mes grands voisins?

samedi 23 mai 2009

La Turquie dans l'UE

On veut souvent nous faire croire que la place plus récemment pris par la religion musulmane oblitère les racines profondément européennes de la Turquie (remontant à l'Antiquité grecque), ou qu'il convient de distinguer la "Turquie d'Europe" avec Instanboul de la Turquie anatolienne.

Extrait d'une des dernières chroniques de Matthew Parris dans The Times:

I loved Syria - magical, different - but the place and its people seemed mysterious. Crossing into Turkey (all of us felt this) seemed somehow like coming home. There were road signs; traffic lights that drivers obeyed; you could read the writing; places and faces seemed open to us; women walked alone, bare-headed; shops and houses looked quietly middle class. From the train (small green fields, neat stations, stationmasters with caps and whistles) it could honestly have been Hungary. The Spain where my family arrived in 1974 felt more Third World.

Before writing off Turkey's chances of joining the EU, people struck by what is alien about the country should take stock of what is familiar. Try arriving from the other side. Coming in from Asia, Istanbul feels like Liverpool with mosques.

jeudi 21 mai 2009

Ascension

Bon week-end de l'Ascension - un élément de la foi chrétienne un peu difficile à appréhender pour les modernes. Je crois que cela fait un tout avec la résurrection et Pentecôte, qui participent de la même dynamique, et qui sont trois manières d'exprimer une réalité positive et pleine <porteuse> d'espérance après la crucifixion et la mort.

On a un mouvement symétrique:

– descente ciel | terre
– descente terre | enfer/sous-la-terre
– montée enfer | terre
– montée terre | ciel

Ce qui signifie

  • Christ est Dieu "descendu" se manifester, montrer qui il est (à savoir amour, justice et libération pour y parvenir, et bien d'autres choses) sur la terre (langage imagé, manière de parler).
  • La crucifixion est une descente dans la mort et le néant de l'absence de Dieu, du pourvoyeur de l'être et de la vie.
  • La résurrection est une remontée vers la vie qui se passe sur la terre.
  • L'Ascension est une montée vers Dieu, de qui tout provient, donc, en langage imagé de l'époque, "descend du ciel" comme la pluie descend sur la terre.
  • La Pentecôte est donc la descente de l'esprit de Christ sur les croyants qui sont désormais "équipés" pour assumer à leur tour les fonctions de Christ: témoigner de qui est Dieu: (amour, justice et libération pour y parvenir, et bien d'autres choses)

dimanche 17 mai 2009

Votations populaires du 17 mai

J'ai mis en ligne la traditionnelle galerie des affiches[1] posées à Genève pour cette votation qui comportait deux objets fédéraux et quatre objets (dont le dernier se décomposait en trois questions) propres au canton. Quelques questions chaudes:

  • le remboursement par l'assurance-maladie des médecines complémentaires: plébiscité,
  • le passeport biométrique: majorité acquise de justesse au niveau national, à signaler que dans 16 cantons (dont Genève) sur 26 c'était non,
  • la suppression du jury dans la justice pénale: une question juridico-émotionnelle où, surprise, le peuple a suivi les autorités (plusieurs partis, eux, ont flanché entre le vote parlementaire et le vote populaire) et accepté la réforme,
  • l'école (entre le primaire et la fin de la scolarité obligatoire): là aussi, le peuple a suivi les autorités plutôt que les tenants d'une école plus exigeante / traditionnelle / sélective (selon les inclinations).

La documentation sur les questions fédérales et les résultats pour la Suisse sont ici; pour les questions cantonales et les résultats dans le canton de Genève, c'est là.

Notes

[1] Merci à l'ami Martin pour les photos!

vendredi 15 mai 2009

Chronique d'un scandale annoncé

Depuis dimanche passé, une vague d'antiparlementarisme submerge le Royaume-Uni, la Chambre des communes est paralysée: car lundi le Daily Telegraph a commencé de publier en feuilleton les éléments croustillants d'une compilation de quatre années de notes de frais dont le remboursement a été sollicité par des députés conformément aux dispositions en se fondant sur les dispositions applicables à l'indemnité de résidence à laquelle ils ont droit compte tenu du fait que leur activité est partagée entre Londres et leur circonscription[1].

Ce n'est pas vraiment l'effort et le talent qui sont récompensés: le Telegraph utilise simplement un CD-rom copié ou volé dans les services du Parlement dont les autres quotidiens ont raconté, depuis des semaines, qu'un intermédiaire le proposait à la vente pour 600'000 £. Et il ne fait qu'anticiper de deux mois ce que la Chambre des communes allait rendre public à mi-juillet -- avec un important bonus toutefois: l'accès aux notes de frais elles-mêmes a permis aux journalistes de mettre en évidence des éléments qui sans nul doute ne seraient pas apparus dans un rapport général (situation de couples de parlementaires, ou rapport propriétaire-locataire entre deux élus, et la manière cavalière dont certains députés modifient la qualification de leur résidence)[2].

Cette transparence attendue était, elle, le fruit de la ténacité d'une journaliste du Guardian qui, aujourd'hui dans le supplément G2, raconte son combat commencé en 2004. Utilisant le Freedom of Information Act qui entrait alors en vigueur, elle s'est heurtée à toute les ressources de la procédure invoquées (avec l'argent public, évidemment) par la Chambre des communes pour ne pas donner suite à sa requête. Elle a dû aller successivement devant le préposé indépendant, puis un tribunal pour finir devant la Cour suprême (High Court), qui lui a donné raison le 16 mai 2008. D'abord prévue en automne 2008, la publication des indemnités a encore été repoussée jusqu'à cet été (non sans tentative, dans l'intervalle, de l'éviter en modifiant la loi!).

Pendant tout ce temps, les parlementaires avaient la possibilité de prendre connaissance de leur dossier, voire de le rectifier. C'est dire s'il est difficile de croire à leur bonne foi: face à l'indignation du public (qui tombe dans le populisme), ils sont disqualifiés pour tenter de ramener le scandale à sa juste proportion (après tout, l'indemnité de résidence s'élève au plus à 24'000 £ par an, en sus du salaire de base de 63'000 £ et des autres indemnités auxquels ont droit les élus)[3] [4].

D'autant qu'ils savent ce qui les attend depuis bien plus longtemps. Et avaient parfaitement conscience (c'est l'élément que j'ai trouvé particulièrement significatif) de l'emploi largement abusif qui est fait de l'indemnité de résidence. Car je lis ceci à la date du 1er mai 2002 dans le passionnant Journal d'un député et ex-ministre de Tony Blair A View from the Foothills - The Diaries of Chris Mullin:

Andrew Mckinlay dropped a little bombshell at this afternoon meeting of the parliamentary committee. Apparently, under the Freedom of Information Act, by January 2005 MP's expenses will be subject to public scrutiny, retropectively. Goodness knows what mayhem that will cause. "We are in a jam", said Robin Cook. "Few members have yet tumbled to the juggernaut heading their way." He said he had been advised that we could probably get away with publishing headline figures and it would be desirable to start publishing a year before the deadline so that any fuss would have died down come the general election. It was agreed not to minute the discussion.

Notes

[1] Et le domicile privé, familial, peut être encore à une troisième adresse!

[2] Complément du 19.05: Voir en revanche cette analyse du bénéfice qu'il en retire en terme de vente et de la manière scientifique dont le site est utilisé pour sortir les informations qui seront dans le journal du lendemain de manière à maximiser la caisse de résonance offerte par la radio, la télévision... et les confrères bien obligés de suivre.

[3] C'est un des éléments de la crise: dans le régime parlementaire pur que connaît le Royaume-Uni, le gouvernement, aussi composé de députés, est tout autant compromis; Gordon Brown démontre une fois de plus qu'il manque manifestement des qualités de leadership qui seraient nécessaires (alors que David Cameron a, au contraire, saisi l'occasion de démontrer les siennes en édictant des règles beaucoup plus strictes qu'il a rendues obligatoires pour tous les députés conservateurs, applicables rétroactivement en vue du remboursement du trop perçu); le Speaker de la Chambre des communes est un élément caricatural du problème et seule sa démission rapide pourrait faire évoluer la saga, mais à condition qu'il soit remplacé par une personne ayant le charisme nécessaire; une dissolution dans ces conditions ne ferait qu'accentuer le chaos; il ne reste que la reine... ;-)

[4] Comme il ne faut quand même pas dramatiser et outrance, je signale dans le Times2 d'hier un papier sur les notes de frais des journalistes... Une manière élégante de parer au reproche d'Ann Widdecombe, une formidable députée conservatrice (et catholique) à côté de qui Thatcher est modérée: "I must say having people from the journalist profession passing judgement on anyone's expenses is a bit like having Satan heading a commission on sin."

lundi 4 mai 2009

La Belgique, un modèle pour la Suisse?! Ou: quand le marketing fait perdre la tête aux élites romandes

Dernière màj: mercredi 13 mai

Les états d'âme de la minorité sont pratiquement un "marronnier" de la vie politique des Etats composites. En Suisse c'est reparti en fanfare cette semaine, dans le magazine L'Hebdo et au travers d'un ouvrage de l'intellectuel organique local, François Cherix, titré sans excès d'originalité La question romande. Pas vraiment d'élément déclencheur, comme au temps de la première guerre mondiale la très profonde division linguistique des sympathies pour chacun des deux camps, qui ne s'est nullement retrouvée pour la deuxième; ou comme après l'échec de la participation suisse à l'Espace économique européen (aujourd'hui, tout indique que l'europhilie, toujours forte dans le microcosme, a faibli dans toute la Suisse et aussi parmi les francophones). Pour prendre un vrai sujet brûlant, Alémaniques et Romands ne sont nullement divisés sur la question du secret bancaire: le clivage est politique, pas "ethnique", et c'est bien mieux ainsi.

Non, l'éruption présente est un pur coup médiatique, né du "besoin" de "nourrir le débat", de "faire bouger les choses", comme aiment à dire les agités du "journalisme d'intervention". Car l'organe créé la fonction, parfois: newsmagazine, L'Hebdo ne peut exister qu'à l'échelle de tous les francophones de Suisses, qui vivent principalement dans sept cantons différents (trois d'entre eux institutionnellement bilingues). Pour lui plus encore que pour la Télévision suisse romande et la Radio suisse romande qui assurent le relais de cette opération[1], le marketing de ces institutions supra-cantonales comme l'ego de nos mini-stars exigent que cette population se vive comme "romande", rattachée à un territoire identifié et à des institutions: et voilà comment l'on se retrouve un beau jour avec un gouvernement romand, capitale Payerne! La seule vraie question est de savoir si le quotidien Le Temps va aussi monter dans le bateau ou au contraire jouer la différence[2].

Je suis particulièrement affligé du rôle de François Cherix dans cette affaire: nous étions ensemble dans l'entreprise Vaud - Genève initiée par l'ancien conseiller d'Etat radical vaudois Philippe Pidoux et complétée par l'ancien conseiller d'Etat socialiste genevois Bernard Ziegler. Il s'agissait alors de reconstruire, en partant d'en bas, le fédéralisme suisse (car l'évolution des choses menace d'obsolescence les 26 cantons historiques et favorise l'émergenced'un niveau institutionnel intermédiaire) pour retrouver une Suisse composée d'un nombre réduit d'entités (nombre d'entre elles bilingues) permettant un fédéralisme réel. Et nous étions particulièrement attentifs à éviter toute idée de constitution d'une "région romande", s'identifiant par la langue: car nous n'étions pas dans la posture du minoritaire (la victime n'est pas loin). L'idée n'a certes pas pris du premier coup, mais elle a marqué les esprits et fait son chemin, comme en témoigne encore tout récemment le projet d'un rapprochement entre Neuchâtel, le canton du Jura et le Jura sud.

Pressé, Cherix s'est trouvé de nouveaux amis et abandonne tout cela. Il se raccroche aux valeurs sûres du nationalisme identitaire: c'est la langue qui fonde l'unité, et on ajoute une couche institutionnelle entre la Confédération et les cantons. Dans un révisionnisme digne de Roland Béguelin, il veut d'ailleurs nous faire croire que la Suisse romande est une entité, qu'elle a toujours existé, et qu'elle est opprimée. Alors qu'elle n'est qu'une commodité descriptive: avant leur participation à la Confédération, Genève, Neuchâtel et le Valais n'existaient pratiquement pas l'un pour l'autre alors que chacun d'eux avait des rapports avec d'autres entités devenues confédérées. Même Vaudois et Genevois, pourtant voisins, n'ont pas d'histoire commune alors que chacun d'eux a vécu d'étroites relations avec Berne. Le Jura (qui doit à la Suisse d'exister comme canton) n'a pas une histoire romande, mais bâloise, etc. Les chantres de la Romandie oublient que celle-ci, comme ses succès, n'existent que par la Suisse (l'EPFL, l'Université dont on se regorge, ce sont dans la réalité des institutions fédérales qui ont tout à perdre au repli identitaire, comme l'économie d'ailleurs). Une cristallisation institutionnelle ne peut que provoquer la constitution d'une Suisse alémanique qui, aujourd'hui, n'existe pas davantage mais rassemblerait deux-tiers de la population du pays (comme la Wallonie révèle la Flandre, comme les parlements régionaux d'Irlande du Nord, d'Ecosse et du Pays de Galles provoquent avec toujours plus d'insistance l'émergence embarrassante d'une Angleterre qui finit par s'apercevoir qu'elle paie pour tous les autres et n'a rien à dire chez elle). Le sommet, c'est quand on vient nous présenter comme un modèle un pays au bord de l'éclatement et du rattachement de sa partie problématique et francophone à la France: «En Belgique, la question existentielle de la différence est un sujet; en Suisse, c’est un tabou».

Quand un autre politologue, Pascal Sciarini, déclare à propos du refus de l'Espace économique européen, «la fois où je me suis senti profondément Romand, c’est le 6 décembre 1992; la Suisse romande avait alors un projet, ce qui est la marque d’une véritable identité», il oublie ou omet:

  • l'objet du vote: ce n'était nullement un (lointain) rattachement des Suisses francophones à l'UE, mais bien celui de la Suisse toute entière (et le Liechtenstein a voté oui);
  • les citoyennes et citoyens des cantons francophones qui ont voté non: 5e colonne? traîtres? à "purifier"?
  • les cantons alémaniques qui ont également, et dans les mêmes proportions, votés oui.

Car les vrais clivages sont liés au degré d'urbanisation, au niveau de formation ou à l'orientation politique, et réunissent ou divisent par-delà les langues ou les religions. Mais ils sont plus difficiles à instrumentaliser.

Notes

[1] Complément du 07.05: En fait la genèse de l'histoire est un peu différente: c'est Gilles Marchand, le patron de la Télévision romande (qui conduit par ailleurs, significativement, une technocratique opération de fusion avec la Radio romande) qui a passé commande à Cherix... n'imaginant sans doute pas que l'innocente étude des attentes du "cher public" le conduirait dans des eaux aussi sulfureuses, que L'Hebdo s'est ensuite chargé de faire mousser. De la force centrifuge qui s'exerce quand les préoccupations commerciales font oublier la culture politique et la mission première d'un service public financé par la redevance et au bénéfice de la générosité fédérale due aux minorités.

[2] Complément du 13.05: Voir cet éditorial de Jean-Jacques Roth publié le vendredi 8 mai.

dimanche 3 mai 2009

Churchill et la torture

Un article du Times retrace à son avantage l'origine d'une déclaration d'Obama invoquant Churchill à l'appui de sa position relative aux moyens utilisés par la CIA dans les interrogatoires ("torture"). Plus précisément il s'agit des méthodes mises en oeuvre dans un centre d'interrogatoire secret de la deuxième guerre mondiale dirigé par le colonel Robin Stephens. Quelque 500 espions de 44 pays démasqués grâce au décryptage des messages codés allemands y ont passé. La torture (la violence physique) était prohibée. Mais tous les autres moyens, allant jusqu'au simulacre d'exécution, étaient systématiquement appliqués pour "faire parler" et "retourner" les détenus... (et les récalcitrants étaient bel et bien pendus sans autre forme de procès): c'était bien sûr avant les Conventions de Genève de 1948 et la Convention européenne des droits de l'homme.

Il est significatif que le journaliste du Times donne comme exemple de cette torture prohibée l'arrachage des ongles, une technique qui ne figure pas que je sache dans le fameux manuel de la CIA actualisant aux yeux des juristes de la couronne américains jusqu'où ne pas aller trop loin. Bush, dont on connaît l'admiration pour Churchill, aurait aussi bien pu soutenir n'avoir rien voulu faire d'autre que du Stephens (et il est absurde de faire une violette humaniste de Churchill, pour qui le châtiment corporel était naturel et qui ne cachait pas son sentiment qu'il aurait fallu exécuter sommairement les officiers des camps d'extermination nazis). La question est toujours celle de l'emplacement du curseur: trop loin avec le supplice de la baignoire, mais dans l'autre sens ce sont les fondamentalistes du droit de l'hommisme qui sont dans le déni de réalité en prônant la judiciarisation de la guerre et des services secrets.

Comme la Bible, on peut tout faire dire à Churchill, l'important est de l'avoir avec soi! Ce qui me frappe aussi c'est le parallèle entre la baraka d'Obama ou, en son temps, de Blair (la clarté, l'intelligence, la force de conviction) et la scoumoune de Bush et de Brown (les maladresses, la rigidité, l'inaptitude à s'exprimer). Mais c'est une autre histoire...

jeudi 30 avril 2009

Blair revisite l'interventionnisme démocratique

Les lecteurs attentifs de ce blog et quelques rares esprits qui n'ont pas été submergés par l'intoxication collective le savent: loin d'avoir servilement suivi Bush, c'est Blair qui a défini, dans un grand discours de politique internationale à Chicago en 1999 (c'était sous la présidence Clinton, frère en Third Way), la doctrine dite de la communauté internationale tirant les conséquences politiques ultimes de la globalisation de l'économie mondiale. La nécessité de contrer la menace islamiste comme de lutter contre les Etats à la dérive du type de l'Irak de Saddam Hussein comme d'agir à l'égard du réchauffement climatique.

Dix ans plus tard à un jour près, au même endroit, Blair s'est prêté à l'exercice de revisiter et d'actualiser son propos. Ceux qui espéraient une autocritique en bonne et due forme en seront pour leurs frais! C'est nuancé et sans concession, idéaliste et pragmatique, subtil et en même temps empreint de cette confiance en soi qui manque si désespérément à la gauche social-démocrate empêtrée dans les traditions, le matérialisme et un sens de la culpabilité déplacé. Une merveille. Mais lisez-le vous-même!

dimanche 29 mars 2009

Combattre l'islamisme sans céder à l'islamophobie

Le livre de Mireille Vallette: Islamophobie ou légitime défiance?Je m'en voudrais de ne pas apporter ma contribution, dans la blogosphère, à la promotion du livre d'une amie: Islamophobie ou légitime défiance?, par Mireille Vallette. J'en suivais, de loin en loin, la gestation incertaine depuis longtemps. Et soudain il est là: publié par les éditions Favre, présenté en fanfare dans Le Matin Dimanche (avec interview et éditorial par le rédacteur en chef lui-même) distribué massivement dans toute la Suisse romande, avant une table ronde chez Payot, le libraire dominant, avec la Tribune de Genève, le quotidien local... Une fois lancée, Mireille ne fait pas les choses à moitié, et elle a bien raison. Nourri de l'expérience et des recherches personnelles de l'auteure et ancré dans la réalité suisse, l'objet du livre a au demeurant une résonance qui n'a rien de local: c'est le même débat qui a lieu ou doit avoir lieu aux Pays-Bas, au Royaume-Uni ou en France. Que le livre émane d'une journaliste reconnue, ancrée à gauche de sa participation naguère à l'hebdomadaire alternatif romand Tout va bien à son appartenance au parti socialiste[1] est aussi un gage de sérieux.

J'en parle évidemment sans avoir encore lu le livre[2], mais quelque part c'est aussi plus pratique: je ne connais pas encore les réponses à certaines questions que je me pose. Une fois instruit le dossier à charge de la religion musulmane (qui est certes plus lourd que celui du catholicisme ou du judaïsme, mais que l'on pourrait au fond aussi présenter à l'égard de ces deux religions), quelles conclusions en tire Mireille Vallette? Sur un axe qui va de l'interdiction de cette religion[3], d'un côté, aux simples mesures visant à assurer le respect de la liberté personnelle des individus dans la pratique, ou non, de cette religion, de l'autre côté, en passant par l'initiative populaire sur laquelle le peuple suisse va prochainement voter sur l'interdiction des minarets?

Le premier terme, devrait logiquement prôner l'interdiction de toutes les religions. Ce serait l'aboutissement d'un laïcisme rigoureux ou extrémiste (choisissez votre camp) qui devrait au fond aller jusqu'à la remise en cause de la liberté religieuse dans les catalogues des droits humains, à la Richard Dawkins: après tout, n'est-elle pas qu'une survivance historique de temps moins éclairés et ne convient-il pas d'affirmer le triomphe de la raison? Le second terme est, plus traditionnellement, celui qui conduit à distinguer la lutte légitime contre l'extrémisme musulman, son bras politique l'islamisme, de l'intolérance inacceptable envers une pratique religieuse reconnue: l'islamophobie? C'est un débat qui a souvent occupé ce blog et nous avons pour notre part, Guillaume Barry et moi, toujours cherché, à la suite de Tony Blair[4], à préserver la distinction et refuser tout islamophobie. Avec le titre de son livre, Mireille Vallette semble pour sa part la revendiquer, mais peut-être n'est-ce que ruse de marketing: ce serait de bonne guerre.

Car à l'inverse, dans une Suisse traditionnellement méfiante à l'égard des idées générales (elle préfère concentrer sur des modalités techniques les débats passionnés), le politiquement correct conduit bien trop facilement à étiqueter comme islamophobe toute prise de position un tant soit peu vigoureuse sur des réalités à regarder en face.

Notes

[1] Ce qui ne veut pas dire qu'elle adhère à chacune de ses prises de position: nous avons souvent les mêmes doutes!

[2] Ca devient une habitude!

[3] Comme le propose pour sa part allègrement un Alain Jean-Mairet.

[4] Qui depuis lors a lancé une Fondation dédiée à la tolérance interreligieuse et à la promotion de la dimension spirituelle dans la vie publique.


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