Un swissroll

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Depuis août 2003, blog-notes de l'actualité (gaie ou non!) sur terre, au ciel, à gauche, à droite, de Genève, de Londres...

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dimanche 18 juillet 2010

La tornade Mandelson

Demain, je vais écouter et applaudir Peter Mandelson, en conversation avec le rédacteur en chef du Times, James Harding. Le lieu est en lui-même significatif: c'est à la fois l'aula d'une prestigieuse université, la London School of Economics, et un théâtre dont le nom ne manquera pas de fournir l'opening joke de la soirée, The Peacock (le paon).

A l'origine du New Labour il y a trois mousquetaires, et comme il se doit ils étaient quatre: Tony Blair, Gordon Brown, Peter Mandelson, trois parlementaires, auxquels s'est très vite ajouté le journaliste Alastair Campbell comme porte-parole puis responsable de la communication et de la stratégie[1]. Le cycle commencé avec l'élection de Tony Blair comme leader du parti le 21 juillet 1994 s'est achevé avec l'élection générale du 5 mai 2010 qui a entraîné l'arrivée au pouvoir d'une coalition Tory-LibDem après 13 ans de gouvernement travailliste et la démission de Gordon Brown comme leader.

C'est bien sûr une période fascinante pour l'histoire de la Grande-Bretagne et celle de la gauche. Et dans les semaines à venir je vais délaisser l'écran pour me remettre à lire des livres, car ça publie en rafale:

  • Il y avait d'abord eu le Journal d'Alastair Campbell. Des quatre il était le premier à se retirer du jeu, mais du coup la première édition, par simple loyauté, était passablement édulcorée. Ce souci n'existe plus: le volume 1[2] (!) d'une nouvelle édition complétée vient de sortir et les échos médiatiques ne sont pas tristes.
  • La grande surprise a été l'annonce de la publication, cette semaine soit à peine deux mois après la formation du nouveau gouvernement, d'un livre de Peter Mandelson couvrant la totalité de la période et intitulé[3] The Third Man. C'est qu'il l'avait en réalité mis en chantier à un moment où, de Bruxelles où il était tout de même membre de la Commission européenne[4], il croyait sa carrière politique active plus ou moins terminée, avant son deuxième et plus époustouflant comeback comme ministre de Gordon Brown (et rapidement vice-premier ministre de fait[5]). Il n'a plus eu qu'à reprendre son tapuscrit et le compléter pour publier, notamment, le premier compte-rendu exhaustif des manoeuvres et conciliabules qui ont précédé les élections et la constitution de la coalition, par un des acteurs privilégiés. Dans une grande opération médiatique qui teste également la nouvelle politique du Times de rendre son site intégralement payant[6], ce qui réduit drastiquement l'intérêt de s'y référer dans la blogosphère[7], le quotidien londonien s'est assuré l'exclusivité des "bonnes feuilles" sur lesquelles il a fait pas moins de quatre Unes entre lundi et samedi. En tout cas, aucun des autres médias n'y a échappé, Mandelson a occupé méthodiquement le terrain: BBC, The Guardian / The Observer, Telegraph, The Independent... Les extraits publiés sont explosifs, en réalité surtout parce qu'ils confirment intégralement tout ce que l'on disait des rapports tragiques entre Blair et Brown et des défauts irrémédiables de ce dernier. Mais je ne doute pas qu'il y a beaucoup plus que cela dans le livre. Même les morceaux choisis pour leur caractère provocateur par le Times sont bien plus subtils que les titres et la présentation qui en est faite le laissent croire, distribuant savamment le blâme (même à Tony Blair) et l'éloge (même à Gordon Brown ou Ed Ball) et surtout sachant s'élever au-dessus des horions pour tirer la leçon politique et idéologique des événements. C'est dire que je n'adhère nullement à la nouvelle diabolisation dont Mandelson est l'objet en l'accusant de vouloir faire du fric et de faire le jeu de Cameron en portant tort au parti; comme si l'intérêt de celui-ci était de cacher les problèmes sous le tapis.
  • Et il y a enfin la publication à la rentrée, attendue celle-là, du livre de Tony Blair, The Journey, sûrement moins croustillant mais tout aussi important. L'ouvrage est déjà en vente sur Amazon!

Notes

[1] On aurait tort de croire que les deux premiers sont plus importants que les deux derniers, pour lesquels j'ai personnellement, depuis longtemps, la plus grande admiration, aux antipodes du mépris assez général dans lequel ils sont tenus comme spin doctors et exécuteurs de basses oeuvres (plutôt qu'à un Foccart pour de Gaulle ou un de Grossouvre pour Mitterrand, il faut penser à Balladur pour Pompidou, JJSS pour Giscard, Attali pour Mitterrand ou Villepin pour Chirac): Mandelson est certainement celui qui articule le mieux la stratégie idéologique incarnée par Blair, et Campbell (comme un autre acteur important de cette saga, John Prescott, vice-premier ministre de Tony Blair de mai 1997 à juin 2007) fournit un irremplaçable enracinement dans la réalité et le milieu populaire. Pour donner un exemple, dans l'affaire emblématique de l'accusation mensongère (mais aujourd'hui encore propagée par les faiseurs d'opinion) que le gouvernement a sciemment trompé le parlement sur le dossier des armes de destruction massive de Saddam, lancée par le journaliste Andrew Gilligan sur la BBC au moment précis où Tony Blair effectuait une première visite dans l'Irak libéré après le renversement de Saddam Hussein, c'est Alastair Campbell et Peter Mandelson qui ont mené la contre-offensive; comme on le sait l'affaire, qui a été marquée par le suicide du Dr David Kelly, l'informateur manipulé par Gilligan, s'est terminée par le renvoi de Gilligan et la démission du directeur de la BBC après le rapport d'enquête du juge Hutton.

[2] The Alastair Campbell Diaries - Volume 1: Prelude to Power

[3] Avec une modestie inhabituelle!

[4] Et pas dans une sinécure, puisqu'il était le ministre du commerce extérieur et grand négociateur de l'Union.

[5] Son dernier titre a d'ailleurs été First Secretary of State (les secrétaires d'Etat étant, dans la terminologie britannique, les ministres importants: ceux qui sont membres du Cabinet, chacun à la tête d'une équipe de ministres et sous-ministres).

[6] Quoique modestement: en gros, c'est le même prix que LeMonde.fr pour lequel en réalité le bénéfice n'est justement pas si tangible que cela du fait qu'une grande partie de la matière peut être accessible gratuitement; au Times même les blogueurs maison sont derrière le paywall (de sorte que le flux d'Oliver Kamm ne pourra hélas plus figurer dans notre colonne de droite).

[7] Ou contraint à remplacer la paresse du lien par l'art du style indirect et de la citation choisie...

vendredi 16 juillet 2010

La coalition et le financement des études supérieures

Dernière édition: 23h30

L'un des problèmes inédits que pose la coalition Tory-LibDem[1], c'est celui du contenu et de la légitimité de son programme gouvernemental. Car l'usage traditionnel selon lequel le parti arrivé en tête occupe le pouvoir et met en oeuvre son programme[2] est évidemment inapplicable. L'affaire des tuition fees (les taxes universitaires, comme on dirait en Suisse où les universités sont des établissements publics autonomes et pas des institutions privées) est une bonne illustration.

Avec Tony Blair le Labour s'est illustré par une de ces politiques courageuses, authentiquement progressistes et paradoxales en apparence seulement dont les socialistes sont capables lorsqu'ils sont au gouvernement[3]: jeter aux orties le consensus conservateur/social-démocrate d'études supérieures gratuites ou presque (donc à la charge de l'Etat, de l'ensemble des contribuables, pour le bénéfice des enfants de milieux aisés, surtout, et des futures élites), et affirmer le principe que les bénéficiaires doivent payer -- parce qu'ils le peuvent et qu'il y a mieux à faire de l'argent public. En mettant en place, en bons sociaux-libéraux, non seulement des bourses pour les étudiants provenant de milieux moins favorisés, mais surtout un dispositif de paiement intelligent et dans la pratique indolore: un financement à crédit sophistiqué dont le remboursement n'est dû qu'à un rythme strictement compatible avec l'amélioration concrète la capacité financière des intéressés.

Les libéraux-démocrates, dans leur rôle de parti de la gauche intello bourgeoise que Vince Cable incarne tout particulièrement, y étaient violemment opposés: refusant de voir le problème de classes et de choix financier, ils estimaient que l'Etat n'a qu'à payer, position confortable du parti qui ne risquait pas d'avoir à gouverner et pouvait se permettre d'avoir à son programme l'augmentation des impôts. Les conservateurs jouaient leur rôle d'opposant en combattant le projet, mais en leur capacité de futur gouvernants l'ont depuis accepté faute d'être prêts à voir l'Etat financer le manque à gagner d'une réduction massive des taxes universitaires.

Et voici que la coalition, par la voix du ministre lib-dem en charge, Vince Cable justement, propose un bouleversement étatiste et carrément punitif pour les (futurs) riches: les études universitaires ne seront plus facturées aux bénéficiaires directs et payées à crédit, sous la responsabilité des universités et en fonction de l'attractivité (particulièrement sous forme de revenus futurs) des formations, elles seront financées par un impôt supplémentaire sur le revenu des diplômés! Un projet non seulement absurde (dont les modalités seront un casse-tête) mais dément, qui supprime toute notion d'émulation[4] en faveur d'un centralisme redistributeur -- si tant est que la totalité du produit de cet impôt supplémentaire soit réellement affectée à l'éducation supérieure.

Une proposition qui ne figure évidemment pas au programme du parti conservateur, arrivé en tête aux élections, qui ne correspond à aucun mandat démocratique et ne saurait se prévaloir d'un changement de circonstances.

Notes

[1] La terminologie n'est pas encore stabilisée ici: Lib-Con ou Con-Lib, mais Con-Dem qui sonne comme une comdamnation progresse...

[2] Cela a même une portée juridique: programme s'entend au sens formel du Manifesto sur lequel le parti a fait campagne, pas l'ensemble des idées et projets qu'il a pu évoquer, et auxquels il peut continuer de tenir, mais qui n'ont pas trouvé leur confirmation dans ce texte; s'il était mentionné dans le Manifesto, la Chambre des Lords n'est pas autorisée à refuser en seconde lecture un texte dont la Chambre des Communes a confirmé l'adoption.

[3] Particulièrement dans un système majoritaire, où la responsabilité politique n'est pas un vain mot et se manifeste très concrètement par l'alternance du pouvoir ou de l'impuissance; un régime proportionnel éclaté, lui, pousse chacun à rester dans sa niche et condamne le ministre socialiste de l'éducation innovateur à être désavoué par son parti...

[4] On commençait à voir les bénéfices qualitatifs du nouveau système, les futurs étudiants faisant leur marché avant de s'inscrire, puis veillant en cours d'études à en avoir pour leur argent -- au grand déplaisir des professeurs.

jeudi 8 juillet 2010

Droit d'asile pour les gays

Je voudrais pouvoir me réjouir de la décision de la Cour suprême britannique qui a accordé le statut de réfugié à deux requérants, l'un iranien, l'autre camerounais, en raison de leur homosexualité.

Ce qui m'indispose, toutefois, c'est la manière triviale dont l'un des juges a décrit la question[1]:

What is protected is the applicant's right to live freely and openly as a gay man. To illustrate the point with trivial stereotypical examples from British society: just as male heterosexuals are free to enjoy themselves playing rugby, drinking beer and talking about girls with their mates, so male homosexuals are to be free to enjoy themselves going to Kylie concerts, drinking exotically coloured cocktails and talking about boys with their straight female mates.

Si tant est que cette caricature représente un idéal, il n'est déjà atteint que dans quelques enclaves urbaines des démocraties les plus libérales. Estimer qu'en deçà on tombe dans l'oppression est se moquer de la réalité quotidienne des gays et des lesbiennes en Occident. Et c'est projeter une vision complètement fausse de la nature du statut de réfugié, tant auprès des concitoyens contribuables que des requérants potentiels et des autres candidats à l'émigration depuis un pays du tiers-monde.

Notes

[1] Qu'il le souligne lui-même ne le justifie nullement: manifestement la délibération en audience publique pousse à produire des bons mots pour la galerie et confirme ma suspicion qu'un juge suprême n'est pas un esprit supérieur aux simples mortels mais est susceptible, comme le dernier des parlementaires venus, de tenir des propos de café du commerce.

dimanche 30 mai 2010

David Laws piégé par son placard

Màj le 18.07 à 20h15

La démission soudaine du nouveau ministre britannique du budget, le libéral-démocrate David Laws, est pitoyable à bien des égards.

C'est bien sûr une tragédie personnelle. Voici un brillant quadragénaire qui s'était construit une image de chasteté vouée à la politique et se retrouve, du jour au lendemain, à devoir assumer publiquement son homosexualité vis-à-vis de sa famille à qui il la cachait et sa relation secrète (la seule qu'il a jamais eue, dit-il) avec son compagnon de longue date. Espérons que, comme lord Browne, il s'en remettra.

Tout cela parce que Laws a eu la faiblesse, la stupidité[1] et l'esprit de lucre de produire dans ses notes de frais parlementaires pour 40'000 livres de loyers payés à son compagnon. En violation d'une règle claire depuis 2006: pas de prestation à un conjoint, partenaire ou assimilé ou autre membre de la famille. Si cela s'applique aux concubin-e-s des parlementaires hétéros[2], on ne voit pas pourquoi cela ne vaudrait pas pour les gays et lesbiennes. Où il s'avère qu'hélas l'affaire des notes de frais n'a pas disparu avec la précédente législature et peut continuer de venir hanter les sortants réélus.

C'est pitoyable pour le gouvernement et le pays. Après le choc de la coalition, David Laws a été la révélation des 18 premiers jours dans son rôle crucial de mettre en oeuvre le programme d'économies du gouvernement avec une efficacité clinique, tout en assurant la plus-value lib-dem d'une attention plus soutenue à ses conséquences sociales. Cameron a manqué de caractère en ne coupant pas d'emblée cours à la polémique: il aurait pu sommer Laws de mettre en ordre sa vie et ses affaires, mais proclamer que l'intérêt du pays commandait qu'il reste à son poste.

Et c'est bien sûr pitoyable sur ce que cela révèle de l'état d'esprit de trop de gays et de lesbiennes qui n'ont pas compris que le monde a changé. En Suisse on a connu cela avec le politicien jurassien et démocrate-chrétien Jean-François Roth, mais il reste trop d'hommes et de femmes dans la politique, les médias ou l'économie qui vivent dans une hypocrisie d'autant plus confortable qu'elle repose sur la complicité tacite de leur entourage, au lieu d'assumer publiquement, pour le bénéfice de la société (homos et hétéros confondus), l'orientation sexuelle dont ils n'ont pas à avoir honte[3]: il faut en finir avec l'idée que celle-ci fait partie de la sphère privée, ce n'est pas plus vrai que le genre, la couleur de peau, l'âge, l'apparence physique ou le fait que toutes ces personnes vont aux toilettes (ce sont les détails qui, eux, sont privés!).

COMPLEMENT DU LUNDI 31, 22h45

  • Le commentaire-témoignage de Matthew Parris sur le site du Times (pendant qu'il est encore gratuit!)

I realise that I have made a serious mistake, because of my failure to be honest about my sexuality. Today has been the most difficult day of my life and I apologise to James, and to all my family, friends and constituents who I have not been honest with about who I am over all the years of my life.

I hope that others will now learn that it is time for people to be honest about their sexuality. Keeping secrets is much tougher than telling other people who you really are.

COMPLEMENT DU MERCREDI 2 JUIN à 23h15

Et comme les grands journaux anglo-saxons excellent à revenir sur une affaire (une story) sous tous les angles et points de vue possibles, aujourd'hui dans le Times nous avons droit à ce témoignage: Why I wish that I had never ‘come out’

COMPLEMENT DU DIMANCHE 18 JUILLET à 20h15

Lord Browne sur l'affaire Laws, dans le Guardian.

Notes

[1] Ou le machiavélisme égaré, s'il pensait ainsi clarifier comme non affective la relation à son "co-locataire"!

[2] Curieusement pour eux personne n'a l'air de penser qu'il relève de leur vie privée de savoir s'ils couchent ensemble ou non...

[3] On dira que c'est aussi aux autres de méditer sur les ravages qu'ils inspirent -- la famille, catholique, de David Laws, par exemple -- mais j'estime pour ma part que cette posture de victime est trop facile.

mardi 11 mai 2010

Retour aux fastes de la démocratie en monarchie constitutionnelle

Fin de la parenthèse 4e République: dans une impeccable chorégraphie télévisée en direct, hélicoptère et rayon de soleil à l'appui, Gordon Brown a quitté Downing Street, après avoir formé des voeux pour son successeur, pour aller présenter sa démission à la reine; peu après celle-ci a reçu David Cameron pour le nommer premier ministre, après quoi il est parti pour Downing Street où il a rendu hommage à son prédécesseur.

Un bon point à qui a eu l'idée d'intégrer les deux jeunes fils Brown au tableau: ils ont accompagné leurs parents chez la reine. Comme Tony Blair il y a 3 ans (en totale rupture avec les usages[1]), Brown tourne proprement la page en abandonnant toute responsabilité politique avec effet immédiat: la No 2 du parti, Harriet Harman, assure l'intérim jusqu'à l'élection d'un nouveau leader et il y aura une élection partielle à Kirkcaldy. Cameron de son côté tient un discours plutôt prometteur sur le gouvernement de coalition fondé sur un programme commun qu'il entend constituer entre conservateurs et libéraux-démocrates: il y a gagne en tout cas une marge de manoeuvre inédite par rapport au programme de son propre parti! Reste à voir si les libéraux-démocrates, que la confortable position de parti minoritaire opposé aux deux partis de gouvernement n'a habitué ni à la cohérence ni à la discipline, tiendront sur la durée. Mais en tout cas la journée finit mieux qu'elle n'a commencé!

COMPLEMENT DU MERCREDI 12 à 23H55: Voir aussi l'addendum au billet précédent!

COMPLEMENT DU VENDREDI 14 à 13H: Quelques rectificatifs: j'avais mal vu, les enfants n'ont pas embarqué dans la Jaguar pour Buckingham Palace (ils ont été adroitement remis à une nanny après la photo-op attendrissante). Et s'il démissionne bel et bien avec effet immédiat comme leader du parti, Brown reste finalement, comme tous les premiers ministres avant lui sauf Blair, député de base.

Notes

[1] Qu'on pense que Churchill, battu en 45 et déjà âgé de 71 ans, est resté comme leader de l'opposition avant de redevenir premier ministre en 1951.

Après les élections britanniques: pire que la 4e République!

Mon scénario de dimanche était bien trop raisonnable... Pour toutes leurs protestations de ne rechercher que "l'intérêt national" et le respect du suffrage populaire (qui a clairement désavoué les travaillistes au pouvoir et placé les conservateurs en tête), les libéraux-démocrates de Nick Clegg n'ont qu'une obsession: profiter de la situation qui leur donne un rôle charnière pour tenter d'imposer une représentation proportionnelle que les deux grands partis rejettent. En deux jours Clegg est passé de Monsieur Propre à Machiavel, de rencontre secrète dans le dos des conservateurs en ouverture officielle d'une négociation parallèle avec le Labour: et que montent les enchères... L'intérêt des lib-dems se conjugue par ailleurs à cet archaïsme fascinant de la vie politico-sociale britannique: un affrontement de classe toujours vivace qui explique une véritable haine portée aux conservateurs[1].

Pour l'occasion Brown se fait enfin hara-kiri... en vue de rester trois mois de plus premier ministre dans le cadre d'une coalition hétéroclite exclusivement vouée à dénier le pouvoir aux Tories. On voudrait dégoûter les Britanniques de la proportionnelle et des tractations entre partis qu'on ne s'y prendrait pas autrement, comme le dénoncent les travaillistes qui s'expriment publiquement contre cette façon indigne de s'accrocher au pouvoir (avec l'argument très pratique que les deux partis ne manqueront pas d'être sanctionnés dans les urnes le moment venu).

Outre le mode de scrutin de la Chambre des Communes[2], ce qui est en jeu c'est aussi la structure territoriale du Royaume-Uni: la coalition anti-Tories a fâcheusement pour effet d'exclure le parti majoritaire en Angleterre du gouvernement, alors même que ce dernier est seul compétent pour les affaires intérieures[3] anglaises (contrairement aux affaires intérieures écossaises, nord-irlandaises et, dans une moindre mesure, galloises, gérées par des parlements et gouvernements distincts). On devra bien un jour revenir à la solution que le New Labour n'est pas parvenu à "vendre": la mise en place d'institutions régionales en Angleterre permettant de parachever la devolution du pouvoir de Westminster et Whitehall.

Attendons la suite: le pire n'est pas toujours sûr (et au moins la vraie nature des lib-dems est-elle apparue).

COMPLEMENT DU MERCREDI 12 à 23h55: La négociation secrète engagée entre travaillistes et libéraux-démocrates pendant le week-end dans le dos des conservateurs, officialisée par Nick Clegg et Gordon Brown le lundi, a tourné court dès le mardi matin. Il est rapidement apparu que, s'ils étaient prêts à surenchérir dans les concessions pour rester au pouvoir, les travaillistes n'offraient qu'un engagement contingent, sans commune mesure avec le programme commun de gouvernement sur 5 ans avec les conservateurs (dont une version encore plus détaillée sera rendue publique d'ici quelques jours). Outre que le compte n'y était pas pour assurer une majorité solide à la Chambre des Communes, le soutien du groupe travailliste lui-même était peu probable: nombre de MPs se sont exprimés contre en soulignant qu'ils n'avaient à aucun moment été consultés sur un dernier "coup" préparé dans les officines de Downing Street par Peter Mandelson et Alastair Campbell, tous deux non élus... Chacun des deux partis rejette sur l'autre la responsabilité de l'échec. Avec le recul, je suis un peu moins sévère avec Nick Clegg: il s'est engagé dans cette opération sous la pression de son parti, pas enthousiasmé par la perspective d'une alliance avec les Tories, et cela lui a permis à la fois de convaincre ses troupes que cette voie était sans issue et d'obtenir des concessions supplémentaires de Cameron. Bien joué donc. Le double act de Cameron premier ministre et Clegg vice-premier ministre, si inusuel pour les Britanniques, rappelle évidemment l'alliance SPD-FDP forgée entre Willy Brandt et Walter Scheel dans les années 60, ou plus récemment SPD-Verts entre Gerhard Schröder et Joschka Fischer[4].

Notes

[1] Les travaillistes sont devenus un parti pour tous, y compris la classe moyenne supérieure et les riches, mais les Tories, eux, ne sont toujours pas parvenus à dépasser les préjugés qui les stigmatisent comme parti des riches et d'une élite héréditaire, d'une manière inconnue en Allemagne pour la CDU, en France pour l'UMP ou en Suisse pour le PLR.

[2] Mais on ferait mieux d'inclure pleinement la réforme de la Chambre des Lords dans cette réflexion, en imaginant plutôt une seconde chambre aux pouvoirs réduits élue, elle, à la proportionnelle.

[3] Qui constituent l'essentiel de l'Etat moderne: éducation, santé, politique sociale, promotion économique, aménagement, transports...

[4] Toutes deux impliquaient des compromis bien plus emblématiques que l'actuelle coalition CDU-FDP d'Angela Merkel et Guido Westerwelle.

dimanche 9 mai 2010

Elections britanniques: enfin les difficultés commencent!

Jeudi soir (ou plutôt vendredi matin, car personne n'a cru à la projection annoncée à 22h,à la clôture du scrutin, sur la foi d'un sondage sortie des urnes, qui s'est pourtant révélée remarquablement exacte[1]), ils étaient tous perdants: le soufflé Nick Clegg était retombé en lieu et place du tremblement de terre politique annoncé (perte de 5 sièges pour les libéraux-démocrates, +1% des suffrages seulement[2]), le Labour était clairement renvoyé dans l'opposition (même s'il ne résistait finalement pas si mal), les Tories étaient en tête en manquant toutefois de 20 sièges la majorité absolue. Pour tous ses défauts, le scrutin uninominal à un tour n'a pas produit les aberrations arithmétiques envisagées par les experts: l'ordre des trois partis est le même en termes de nombre de sièges et de nombre de suffrages; les partis nationalistes ont été contenus; les Verts ont décroché un siège à Brighton, mais le BNP d'extrême-droite a échoué et George Galloway a perdu le siège qu'il détenait pour le parti islamo-fasciste d'extrême gauche Respect.

La fin du week-end et d'un premier round de discussion entre conservateurs et libéraux-démocrates devrait clarifier la situation: Gordon Brown devra prendre acte de sa défaite et David Cameron sera nommé premier ministre, soit pour un gouvernement de coalition soit pour un gouvernement minoritaire[3]. Le Labour était mieux préparé à l'hypothèse d'une coalition et offrait un "paquet" sérieux et crédible de transition possiblr vers le changement de régime qu'impliquerait la représentation proportionnelle, suivi de nouvelles élections. Mais (outre que ce serait une coalition des deux plus petits partis contre le vainqueur de l'élection qui ne passerait pas vis-à-vis de l'opinion) l'addition ne tient simplement pas: travaillistes et libéraux-démocrates seuls ne font pas une majorité (contrairement à une coalition conservateurs - lib-dems). Il est au demeurant douteux que tous les parlementaires travaillistes soient prêts à renoncer au scrutin majoritaire; nombre d'entre eux préféreront entrer dans l'opposition et se donner un nouveau leader.

Pour les conservateurs, le jeu est plus subtil: ils mettront de l'eau dans leur vin sur le programme du gouvernement pour tenir compte de la situation et viseront soit des réformes électorales plus limitées que la représentation proportionnelle elle-même, soit un refus de la RP par le peuple au cours d'un référendum, soit encore des élections anticipées qui permettraient de court-circuiter l'opération en leur donnant cette fois une majorité claire. Paris risqués, mais situation intéressante!

Tout le monde ici ne mesure pas encore que la RP ne se limite pas à donner aux trois grands partis une représentation plus conforme à leur popularité respective, mais qu'elle implique l'entrée à la Chambre des Communes de députés d'extrême droite du BNP, anti-européens de l'UKIP, Verts, et l'émergence d'un parti à la gauche du Labour, de sorte que des coalitions fluides deviendront la norme, à la belge ou la néerlandaise[4]. Même l'Allemagne, incarnation exceptionnelle d'un régime proportionnel fondé sur l'alternance de deux grands partis, finit inéluctablement pas évoluer, selon la logique de ce scrutin, vers une fragmentation rendant les coalitions inéluctables. Ce serait un complet changement de culture politique, quelque part l'abandon d'un élément essentiel de l'identité britannique.

Notes

[1] Projection/résultat: conservateurs 307/306 sièges, travaillistes 255/258, libéraux-démocrates 59/57 et autres 29/28.

[2] N'eût été l'attente insensée à l'égard des libéraux-démocrates, c'est en réalité un bon résultat pour un parti condamné au rôle de valeur-refuge: normalement il prospère lorsqu'il n'y a pas d'enjeu mais sa part du vote s'effondre lorsqu'on va vers une alternance.

[3] En anglais on appelle Confidence & Supply l'accord plus limité que cela suppose, correspondant à ce qu'en France sous la IIIe et IVe République on appelait le "soutien sans participation".

[4] Avec de surcroît les possibilités de chantage que cela ouvrira aux partis nationalistes, sur le modèle des partis religieux en Israël.

jeudi 6 mai 2010

Elections britanniques: le cheval à abattre

Le parlement élu aujourd'hui sera-t-il le dernier au scrutin uninominal à un tour (first past the post selon la formulation anglaise, concrète et inspirée par les courses de chevaux)? C'est peu probable, mais c'est moins impossible que ça l'a jamais été. Car le temps a fait son oeuvre et les avantages du système (un régime d'alternance qui garantit un vrai choix pour les citoyens en même temps que la stabilité gouvernementale, et une marginalisation impitoyable des extrémismes) laissent place à des effets pervers qui prennent toujours plus d'importance.

Les quelque 650 élections individuelles qui produisent la Chambre des Communes n'ont pas réellement pour but de désigner un représentant des intérêts locaux. A travers lui, c'est le choix du gouvernement qui s'effectue, et plus précisément: le parti au pouvoir sera-t-il confirmé ou perdra-t-il la majorité et laissera-t-il la place à l'opposition? En 1979, les Tories ont accédé au pouvoir avec Margaret Thatcher. Ils y sont restés jusqu'en 1997 (John Major, qui avait succédé à Margaret Thatcher, remportant contre toute attente l'élection de 1992) quand Tony Blair pour le New Labour a emménagé à Downing Street. Ce bail lui a été confirmé en en 2001 et 2005, et aujourd'hui la question posée est la suivante: les travaillistes (désormais emmenés par Gordon Brown) doivent-il rester au pouvoir ou non?

On saura bientôt si réellement la réponse est négative, et si elle produit autre chose qu'une alternance en faveur des conservateurs conduits par David Cameron: une désaffection telle à l'égard des deux grands partis qu'elle contraindrait l'un ou l'autre à un accord avec les libéraux-démocrates de Nick Clegg, dont le prix à payer serait une réforme électorale mettant fin au scrutin uninominal à un tour...

Même si ce n'est pas le cas, le système aura sans doute atteint ses limites. On savait déjà que la simplicité du vote et la clarté du choix ultime avaient pour prix une illisibilité des suffrages consolidés: le parti qui l'emporte dans la majorité absolue des circonscriptions a souvent moins de 40% de l'ensemble des suffrages, les pesanteurs sociologiques des choix électoraux individuels créent une force d'inertie qui a longtemps profité aux conservateurs mais dont bénéficient aujourd'hui les travaillistes. Comme occasionnellement lors de l'élection présidentielle américaine, le parti qui l'emporte peut ne pas être celui qui a obtenu le plus de suffrages (les projections en sièges des sondages qui donnaient Nick Clegg épaule contre épaule avec Brown et Cameron ont même illustré le cas où les travaillistes pourraient arriver en troisième position pour les suffrages tout en remportant le plus grand nombre de sièges[1]). Il y a une double explication à cela: d'une part, dans une circonscription donnée, il ne sert à rien de gagner de plus d'une voix par rapport au deuxième (les suffrages excédentaires sont "perdus"); d'autre part le scrutin uninominal ne pousse pas à voter simplement pour exprimer sa couleur politique: il invite soit au "vote tactique" (je vote pour le candidat qui a le plus de chance de battre le parti que je rejette) soit à l'abstention, car dans la majorité des circonscriptions le sortant est assuré de sa réélection. Les suffrages consolidés du scrutin uninominal ne correspondent donc pas aux suffrages qui iraient aux partis dans un scrutin proportionnel.

Au "vote tactique" en vogue depuis plus de 30 ans s'ajoute cette année, pour la première fois à une si large échelle, la "campagne tactique" qui concentre cyniquement les moyens sur les seules circonscriptions qui comptent. Le vice-président et généreux mécène (domicilié dans un paradis fiscal) du parti conservateur, Lord Ashcroft, a monté une opération de professionnalisation non seulement du marketing, mais du "reporting" de la campagne menée par les candidats, dont le financement est strictement dépendant de leur respect des objectifs-cible qu'il leur fixe; cette campagne échappe même aux instances du parti, c'est une opération personnelle de Lord Ashcroft.

Est-ce à dire que le Royaume-Uni devrait se convertir aux défauts de la représentation proportionnelle? Eux aussi se développent surtout avec le temps. La solution me paraît claire: une rotation entre les différents systèmes envisageables tous les 30 ou 50 ans...

Notes

[1] Les libéraux-démocrates s'en plaignent, évidemment, mais les faits sont têtus: s'ils n'ont pas davantage d'élus, c'est parce qu'ils n'arrivent pas en tête. Malgré ces déformations, la légitimité des élus ne me paraît pas contestable.

vendredi 23 avril 2010

Elections britanniques: une présidentielle triangulaire?

Vous connaissez ce sentiment glaçant qui s'empare de vous en cliquant trop vite sur l'envoi d'un courriel dont la combinaison du contenu et du destinataire sont erronés et inappropriés? Quand vous réalisez trop tard que plus rien[1] ne peut interrompre les conséquences tragi-comiques, ou plus graves, de votre geste? Une métaphore plus cultivée est celle de la boîte de Pandore dont l'ouverture, dans la mythologie grecque, a libéré sur l'humanité les maux qui l'accablent.

Si les débats télévisés entre les leaders des partis britanniques aboutissent à un bouleversement du paysage politique par irruption du parti libéral-démocrate, même de manière différée Gordon Brown et David Cameron pourront facilement identifier le geste irrémédiable, la décision fatale qui aura tout changé de manière irréversible (mais dont on pourra dire avec certitude que sans elle la destinée du pays aurait été différente): l'acceptation de débattre en plaçant sur pied d'égalité les trois partis nationaux. Qui est une "première" à un double titre: faute d'accord, il n'y a jamais eu de tel débat par le passé[2], et généralement l'affrontement privilégie le parti du premier ministre et le parti de celui qui a le titre officiel de leader de l'opposition, faisant place en retrait au troisième parti par le nombre de ses sièges[3]. C'est comme ça pendant la session parlementaire tous les mercredi pour les Questions au premier ministre à la Chambre des Communes, et toute l'année à la radio, à la télévision et dans les débats publics.

Nick Clegg, le leader libéral-démocrate, n'a pas laissé échapper la chance qu'aucun de ses prédécesseurs n'a eue, et à ses qualités personnelles s'ajoute la prime à la différence par rapport à l'overdose de duels Labour / Tory. Les médias, l'opinion selon les sondages, en ont fait le clair vainqueur du premier débat, jeudi dernier. A celui d'hier il ne s'est nullement effondré. Il en reste un troisième jeudi prochain, puis le suivant ce sera l'élection.

L'extraordinaire, c'est que cela a toutes les caractéristiques d'une confrontation présidentielle tel qu'on le connaît en France ou aux Etats-Unis, mais sans les institutions qui vont avec:

  • En France, l'affrontement est constitutionnellement un duel pour le second tour entre les candidats arrivés en tête au premier.
  • Aux Etats-Unis même George Wallace (1968), John Anderson (1980) ou Ross Perrot (1992), les rares candidats indépendants qui de mémoire récente quelque peu taquiné le duopole Démocrates / Républicains, n'ont jamais été placés sur le même plan que les deux candidats principaux.
  • Mais surtout la différence majeure c'est que le Royaume-Uni ne connaît pas, si je puis dire, la séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif! On vote pour des élections législatives qui désignent à la fois les membres du parlement et le chef du gouvernement dont le pouvoir, sur le plan politique interne, est sans commune mesure avec celui d'un Obama dont ses groupies réalisent qu'il est loin de faire ce qu'il veut, en particulier parce qu'il n'a pas de pouvoir direct, contrairement au premier ministre britannique, sur les parlementaires de son parti: leur élection a lieu à d'autres échéances et obéit à des logiques bien différentes de la présidentielle.

On n'élit pas un président Brown, Cameron ou Clegg en sachant qu'ensuite il devra composer avec les éléments d'un système complexe (et c'est le cas même de Sarkozy en France). En Grande-Bretagne on choisit, au travers du candidat dans la circonscription identifié au leader, un parti majoritaire dans un système d'alternance pur. Auquel les notions de gouvernement minoritaire, de coalition majoritaire et de gouvernement d'union nationale ne sont certes pas totalement inconnues (il y a des précédents pour les trois cas de figure), mais sont profondément étrangères: des accidents de l'histoire que l'on doit gérer jusqu'à ce qu'une dissolution autant que possible rapide permette de ramener l'ordre binaire.

Personnellement je crois encore que c'est un fantasme, que la performance dans les sondages de Nick Clegg est une bulle médiatico-politicrate qui ne se traduira pas en suffrages dans les circonscriptions au point de faire autre chose du groupe libéral-démocrate que le troisième parti national[4] au sein de la Chambre des Communes; et que la question de savoir qui des travaillistes ou des conservateurs gouvernera le Royaume-Uni, si aucun des deux n'a une majorité absolue de députés au lendemain du 6 mai, sera simplement reportée à l'élection suivante, d'ici 6 mois ou une année. Mais si je me trompe[5], ce sera un renversement analogue au déclassement du parti libéral d'alors par le tout jeune parti travailliste (il n'est pas encore clair si cela concernerait les deux mêmes partis ou se ferait, cette fois, au détriment du parti conservateur).

Sans correspondre, cependant, à rien de profond, de sociologique: seulement le geste malheureux de deux leaders si désespérément perdus dans leur affrontement pour le pouvoir[6] qu'ils commettent par démagogie médiatico-populiste l'erreur de permettre l'irruption du troisième. Et sans que le parti libéral-démocrate le mérite le moins du monde tant il est pétri de contradictions et coupé des réalités de l'exercice du pouvoir.

Notes

[1] Sous GMail, il existe un gadget pour introduire un délai de correction!

[2] Le plus souvent c'est le premier ministre, maître de la dissolution qui n'en voyait pas l'intérêt pour lui. De manière plus enrobée, on peut soutenir qu'un tel débat est moins nécessaire au Royaume-Uni qu'ailleurs car il est de fait constant au parlement.

[3] On aurait parfaitement pu imaginer, par exemple, deux ou trois débats Brown - Cameron, complétés d'un débat Brown - Clegg et d'un débat Cameron - Clegg.

[4] En concurrence, dans le rôle du grain de sable ou de l'appoint soit pour le soutien à un gouvernement minoritaire soit pour la participation à une coalition, avec un groupe hétérogène mais dont on peut clairement identifier les éléments permettant d'"acheter" les voix: les élus des partis régionaux d'Irlande du Nord, d'Ecosse et du Pays de Galles.

[5] Cela s'est déjà vu: j'ai en particulier proclamé sur ce blog et dans Le Temps qu'Obama avait virtuellement perdu la primaire face à Hillary Clinton, et que si contre mon attente il était néanmoins désigné il ne pourrait battre McCain...

[6] Et tous deux affaiblis par le discrédit sur la classe politique à la suite du scandale des notes de frais des parlementaires.

lundi 5 avril 2010

Twittering the Camino

  • Des mécréants comme nous ne laissent aucun déchet, mais les pélerins pensent visiblement que Dieu pourvoira au ramassage (ce qui n'en donne pas une très haute idée -- ou cette remarque révèle mes préjugés de classe).
  • L'Espagne socialiste -- par anti-catholicisme primaire a mon avis -- a préféré dématrimonialiser le mariage plutôt que de le compléter d'un partenariat civil pour les couples de mệme sexe (comme en France avec le Pacs, on cache la réalité). Résultat: dans chaque hôtel il faut mettre les points sur les i pour que la réservation d'un lit double ne se transforme pas en lits jumeaux.

dimanche 7 mars 2010

Votation du 7 mars 2010: recherche, animaux, retraites et économies d'énergie

La traditionnelle galerie d'affiches[1] pour la campagne de votations qui se termine aujourd'hui. Au menu, comme toujours varié: trois objets fédéraux et à Genève un objet cantonal. Les affiches sont particulièrement décevantes.

Recherche sur l'être humain

Un article constitutionnel adopté par le Parlement: il est obligatoirement soumis au vote et doit recueillir la double majorité des votants et des cantons. C'est le genre de question de société soulevant des problèmes éthiques qui aurait pu donner lieu à de vives empoignades, mais non. A Genève en tout cas il n'en est pas question.

Avocat des animaux

Le premier objet phare sur le plan fédéral, promis sans doute à l'acceptation: il en était même question aux infos de minuit hier, sur la BBC, juste après le vote islandais rejetant un accord sur le remboursement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni du dédommagement payé par ces Etats aux épargnants victime de la faillite des banques islandaises... Il s'agit d'une initiative populaire des milieux de protection des animaux, que les autorités proposent de rejeter. Voir cet excellent article de Domaine Public.

Retraites

L'autre objet phare sur le plan fédéral, promis sans doute au rejet: une modification de la législation fédérale adoptée par le Parlement, soumise au vote populaire à la suite d'une demande de référendum émanant de la gauche. Il s'agit, pour la deuxième fois en peu de temps, de diminuer les pensions que les futurs retraités peuvent espérer percevoir avec le capital accumulé des contributions sur le revenu versées à leur fonds de retraite professionnelle: c'est ce qu'en Suisse on appelle le 2e pilier, à côté du 1er (la retraite étatique, financée par tous et versée à tous par répartition) et du 3e (facultatif, épargne personnelle liée bénéficiant d'avantages fiscaux). L'article le plus intéressant sur le sujet a paru dans Le Temps.

Economies d'énergie

Une modification de la loi cantonale genevoise sur l'énergie, soumise au référendum obligatoire en vertu d'une disposition d'exception. Sur le plan local, la bataille fait rage, et c'est à front renversé: ce sont la droite et les milieux économiques qui soutiennent des prescriptions étatiques extrêmement ambitieuses, et la gauche et les syndicats (d'ordinaire ravis de combiner emplois et écologie) qui les combattent au nom de l'intérêt bien mal compris des locataires puisque ce sont eux qui paient le chauffage et bénéficieront donc des économies (voir cet autre excellent article de Domaine Public)! Il est d'ailleurs frappant (et sans doute réjouissant) de voir que l'autre objet auquel les socialistes se sont identifiés depuis 30 ou 40 ans, la promotion des transports publics, est-elle aussi dorénavant menée tambour battant par des magistrats de droite.

COMPLEMENT DE 17h: On (je) sousestime parfois le peuple: pas de mauvaise surprise pour la recherche, et non seulement la baisse des retraites a été refusée (massivement), mais l'avocat des animaux tout autant! Et même la loi sur l'énergie a été adoptée à Genève, ou pour la première fois l'automatisme aveugle au nom de la défense des locataires n'a pas joué (une défaite cuisante et dont je me réjouis pour ceux qui ont entraîné le PS, parti des infrastructures, des biens publics non marchands et de l'intérêt collectif, dans cette mise en avant populiste du seul intérêt financier égoïste -- et faux à long terme -- d'une clientèle dont il se croit propriétaire).

Notes

[1] Merci à Martin pour les photos!

vendredi 5 mars 2010

Inconvénients des débats sécuritaires (dommages littéralement collatéraux)

Avant-hier soir, au restaurant, une amie, mon compagnon et moi tenions un débat intense et dense (euphémismes) sur de très classiques questions sécuritaires – mais néanmoins en référence à une certaine actualité locale (hyperlocale, puisque circonscrite à certains quartiers de Genève).

Deux types (pas désagréables regarder, mais il s'est avéré qu'il n'aurait fallu que je me contentasse d'apprécier les traits de leurs seuls visages) se sont installés à la table voisine (or la salle était presque vide) puis ils sont partis sans finir leurs consommations. Ont-ils profité de nos échanges? Certes, mais, a priori, pas sur un plan philosophique – hélas. En effet, Thierry a découvert que les billets de son porte-monnaie qui était dans sa veste, qu'il avait accrochée à sa chaise, étaient eux aussi aussi partis sans crier gare…

vendredi 26 février 2010

Le tout grand héraut du libéralisme et son adversaire pour les Nuls

A moins qu'il ne faille titrer Le plus noble des chantres de l'interventionnisme et son principal pourfendeur?


Voici un clip pédagogique, génial de vulgarisation, qui est constitué par un rap (oui, un rap) dans lequel J.M. Keynes et F.A. Hayek défendent chacun sa théologie théorie économique avec une obstination impitoyable (normal, les refrains sont quasiment des boucles). C'est fait avec humour, mais tout ce qui y est proféré correspond à des citations des deux économistes.

Pour être honnête, il me semble que la sympathie et le respect vont plutôt à l'Autrichien, tandis que le Lord britannique semble traité avec un peu moins de respect et de manière plus caricaturale. Mais ça reste très pédagogique.

Les sous-titres en français me laissent aussi béat d'admiration et de reconnaissance.

L'original a été publié par EconStories que j'ai découvert à cette occasion: une merveille.

(Via ExtrêmeCentre)

mardi 2 février 2010

Pause télévision

Nous regardons rarement la télévision, mais hier sur Channel 4 il y avait une biopic sur Mo Mowlam, l'une des ministres emblématiques du premier gouvernement Blair. Populaire (dans les deux sens du terme), chaleureuse, d'une grossièreté pas nécessairement antipathique, probablement angélique sur le plan politique et prête à donner dans tous les sentimentalismes de gauche, elle était néanmoins pragmatique, "down to earth". Le film tourne principalement autour de son important poste de secrétaire d'Etat[1] à l'Irlande du Nord au moment des négociations[2] qui ont abouti à l'accord du Vendredi Saint (1998) sur le processus de paix approuvé par la suite massivement dans un référendum, et de la tumeur cérébrale qui l'affectait (dont elle a longtemps fait croire qu'elle avait été bénigne, jusqu'à la rechute et sa mort prématurée à l'âge de 55 ans, en 2005). Son rôle était probablement quelque peu surévalué (aucune mention de Jonathan Powell, le chief of staff de Tony Blair qui a été instrumental dans les coulisses) et enjolivé (la partialité de Mo envers le camp indépendantiste catholique, contre la majorité unioniste protestante, n'a pas facilité les choses et il a fallu rien moins que Peter Mandelson pour lui succéder dans ce poste extrêmement délicat). Mais ce qui m'a frappé dans ce film c'est le mari, pratiquement deuxième rôle principal: elle avait apparemment la chance de former un couple et une famille comme peu de politiciens en connaissent me semble-t-il.

Le problème quand on veut écrire rapidement un billet, c'est que cela prend parfois des tournants imprévus: je découvre ainsi que Mo a fait une thèse de science po à l'Université d'Iowa sur la démocratie directe en Suisse! Et son mari a eu ensuite une relation avec une autre (ex-)ministre que j'abhorre, elle, Clare Short, avant de mourir en 2009 à l'âge de 53 ans.

Et ce soir il y avait, toujours sur Channel 4 (la chaîne privée sous mandat public d'être provocante et de se préoccuper des publics minoritaires, distincte tant des deux chaînes sans publicité de la BBC publique que des deux chaînes privées de l'offre de base, ITV et Channel 5) l'une de ces émissions d'infotainment taillées pour la télévision: des parlementaires qui se prêtent à la vie dans un grand ensemble.

Notes

[1] Au Royaume-Uni c'est la désignation des membres du Cabinet (conseil des ministres), auxquels sont rattachés des ministres puis des ministres d'Etat: hiérarchie terminologique inverse de la France.

[2] Initiées sous John Major.

lundi 1 février 2010

Election du Conseil fédéral par le peuple (1): introduction

Un sujet que je me propose d'aborder dans une série de billets! J'espère arriver au bout, et être suffisamment didactique aussi pour lecteurs étrangers: peut-être y trouveront-ils un intérêt ethnologique, sinon comparatiste!

Les institutions suisses sont conformes au pays: complexes et subtiles, elles représentent un miracle d'équilibre qui explique le conservatisme foncier avec lequel toute proposition de bousculer l'ordre établi est accueilli. Ainsi en va-t-il de la proposition récurrente de faire élire l'exécutif fédéral par le peuple plutôt que par le Parlement: elle soulève des objections de principe qui expliquent qu'elle a été plusieurs fois rejetée dans le passé. On ne peut pas dire que l'UDC, qui enfourche à son tour ce cheval pour se venger de l'éviction de son leader Christoph Bocher, se soit donné de la peine pour mieux franchir l'obstacle: elle lance une initiative populaire bâclée, défectueuse, étroite d'esprit là où il aurait fallu tenter de séduire les indécis en s'appuyant sur le désir de changement et l'insatisfaction confuse à l'égard de la grisaille politique.

Point de départ: la Suisse (au niveau fédéral comme dans les 26 cantons) a un régime politique de type non parlementaire, mais "présidentiel" complété par des droits populaires étendus (démocratie directe):

  • l'exécutif ne peut pas dissoudre le parlement,
  • le parlement ne peut mettre fin aux fonctions du gouvernement en cours de législature,
  • le peuple ne se limite pas à prendre part à des élections mais intervient constamment dans la vie politique par des votations qui lui permettent de refuser l'entrée en vigueur d'une loi approuvée par le parlement (demande de référendum) et d'imposer, par le biais d'une modification constitutionnelle, une règle, mesure ou politique dont les autorités ne veulent pas (initiative populaire).

L'exécutif est par ailleurs dit collégial: il est formé de sept membres, élus individuellement par le parlement, qui exercent à la fois collectivement la fonction "présidentielle" et individuellement une fonction "ministérielle" en dirigeant le département que le collège leur confie.

L'ensemble de ces éléments conduit non a une démocratie d'alternance mais à une démocratie de concordance. La plupart des partis sont contraints de collaborer dans un parlement élu à la proportionnelle et un gouvernement collégial, digérant les impulsions extérieures et promouvant prudemment l'évolution de l'intérieur: on pourrait parler de démocratie organique.

Comme je le dis souvent, la vie des politiciens en Suisse n'est pas folichonne: ils font beaucoup moins "ce qu'ils veulent" que partout ailleurs. Etonnamment, il y a toujours des volontaires, mais c'est certainement un élément d'explication de la qualité souvent critiquée du personnel politique.

Prochains billets dans cette série:

L'initiative populaire du parti de Christoph Blocher veut remplacer la désignation parlementaire des conseillers fédéraux non par une élection claire et transparente mais par un régime électoral compliqué et insatisfaisant (2). Elle traite de manière désinvolte la question, non négligeable dans un pays fédéral multilingue, de la représentation au gouvernement de toutes les parties du pays (3). Elle ne répond pas au seul vrai problème: le mauvais fonctionnement de l'exécutif collégial (4). La question de l'amélioration de la qualité du gouvernement et de la dynamisation du système politique suisse a cependant de quoi stimuler la créativité juridique: je terminerai avec quelques esquisses de propositions – dont il n'est pourtant pas certain qu'elles soient supérieures au statu quo... (5).


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